Zen et nous

Le zen, sa pratique, ses textes, la méditation, le bouddhisme, zazen, mu


    Les "bonnos" (en skt : kleśa) dans le Hinayana et le Mahayana

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    Annonce Les "bonnos" (en skt : kleśa) dans le Hinayana et le Mahayana

    Message par Kaïkan le Sam 7 Avr 2012 - 20:01

     
    Bonjour tout le monde,

    La voie du Hinayana (ou petit véhicule) est basée sur la morale, l’observance des préceptes (sila en skt. Ou kai en jap.).
    La destruction, « l’anéantissement » des bonnos est nécessaire et donc entraîne des pratiques ascétiques voire mortificatoires. Il y a donc recherche d’une vie d’ermite reclus, de moine solitaire fuyant le monde des souillures. Cela entraîne une vue dualiste entre un mode social perverti et une vie idéale pleine de pureté.
    La dualité est reine des bonnos car elle en est la mère, la source qui amène l’enlisement dans le gouffre profond de la discrimination sans fin.
    On peut comprendre et admettre que pour un certain temps, un homme sincère puisse être enclin à suivre une ascèse à la fin de laquelle il revienne régénéré, renforcé et plein d’enthousiasme pour un retour dans le monde social avec un esprit ouvert et éclairé.
    La plupart du temps c’est un résultat bien plus négatif qui est obtenu. Certes, une certaine distance a été obtenue envers les désirs habituels puisque leurs objets n’existent plus dans la nature des lieux retirés alors qu’ils pullulaient dans les grandes villes.
    Par contre d’autres bonnos sont apparus : non seulement ceux de l’attachement au mode de vie retiré avec un rejet de toute autre comportement, de toute autre façon de concevoir l’existence, mais en plus, et là, voilà beaucoup plus grave : le développement de l’orgueil d’être arrivé à quelque chose, le sentiment d’être dans le vrai et que les autres sont dans le faux ; le sentiment de s’être débarrassé du problème dans lequel sont englués les êtres humains ordinaires.
    Finalement les progrès n’ont été faits que dans le sens inverse de la Voie.
    Le Bouddha lui-même eut recours pendant six années aux pratiques ascétiques et mortificatrices qui l’amenèrent a un état physique déplorable et a un état mental troublé par des hallucinations. Il comprit heureusement qu’il était dans une impasse quand il fut secouru nourri et soigné par une brave paysanne qui l’avait découvert évanoui sur le bord d’un chemin.
    Ayant repris une hygiène de vie normale, au bout de quelques jours de méditation sous un arbre il obtint l’éveil et la grande leçon qu’il tira de ses expériences passées et de sa réalisation est que seule la Voie du milieu est la juste méthode pour tous les êtres humains qui veulent pratiquer la Voie de la libération.
    Cette Voie du milieu est devenue l’enseignement essentiel bouddhique sous le nom de Mahayana (grand véhicule), par opposition à l’enseignement graduel Hinayana (petit véhicule).

    Afin de comprendre un peu les différences entre petit et grand véhicule, je vais donner dans ce fil les méthodes de destruction des bonnos de l’école hinayana selon Maître Mokudo Taisen Deshimaru….








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    Annonce Re: Les "bonnos" (en skt : kleśa) dans le Hinayana et le Mahayana

    Message par Kaïkan le Dim 8 Avr 2012 - 15:36



    LES BONNOS


    <<<(suite)>>>

    - Méthode tai, ou méthode défensive et répressive : elle concerne particulièrement les trois bonnos de base qui sont :
    ton, le désir, Jin, la colère, et chi, l'ignorance; eux-mêmes se subdivisent en douze sortes de bonnos, envers lesquels doit être adoptée une attitude (une tactique) spécifique identique à la stratégie dont on userait envers un ennemi en pareil cas.

    - Méthode ten, ou méthode du changement qui consiste à imaginer ou regarder des souillures ou des cadavres lorsque s'élèvent des désirs; cette observation est supposée conduire à un bouleversement de l'état d'esprit du méditant.
    Les méthodes du Hinayana conduisent souvent à des excès: une jeune personne me racontait un jour qu'elle devait accompagner en métro deux jeunes moines cambodgiens qui allaient participer à une émission télévisée. En vertu de la rigueur de leurs préceptes, ces deux moines avaient exigé que leur soient attachés deux gardes du corps qui devraient veiller à éviter tout contact indésiré avec des personnes de sexe féminin! On opta finalement pour un taxi.

    - Méthode futen, ou méthode du non-changement : elle consiste en un transfert de bonno, sans que l'état d'esprit du méditant ait à s'imposer de changement par bouleversement
    de l'observation.

    - Méthode ten-futen, ou méthode du changement et non-changement, qui consiste donc à utiliser les deux méthodes précédentes: deux bonnos s'élèvent, désir sexuel, par exemple, et colère, deux méthodes sont utilisables; le résultat est la permutation des quatre termes : les deux bonnos et les deux méthodes.

    - Méthode gu, ou méthode du tout: grâce à l'utilisation des quatre méthodes précédentes, elle est le résultat final qui aboutit à l'extinction des bonnos et permet de pénétrer l'authentique vérité au moyen de la sagesse transcendantale. Si le Hinayana a été appelé tel, c'est-à-dire petit véhicule ou plus précisément véhicule inférieur, c'est en raison même des étapes, et de l'aspect graduel que revêt son enseignement, et qui constituent en quelque sorte les garde-fous de protection.
    Si ces derniers empêchent les êtres humains de se fourvoyer dans les méandres sinueux des passions et illusions, ils forment néanmoins une barrière érigée entre l'homme et sa possibilité d'accès direct à la vérité. Certes, et c'est la raison pour laquelle cet enseignement s'est perpétué et a toujours fait des adeptes, le Hinayana a le mérite d'offrir aux faibles une sécurité; la force de celle-ci ne réside pas dans le fait qu'elle est une valeur sûre et immuable, au contraire, cette sécurité n'est qu'illusoire puisqu'il faudra bien qu'en dernier lieu s'effondrent toutes les barrières discriminatoires du bien et du mal, du pur et du souillé, du vrai et du faux,
    bref toutes les formes dualistes qui confortent l'homme et le stimulent dans sa recherche, comme l'on flatte un cheval en le caressant; c'est la raison d'être du Hinayana; mais il incombe à chacun de savoir que tout concept doit un jour se vider de son contenu pour qu'apparaisse la vérité. C'est ce que vise le Mahayana à travers la Voie du Milieu qui trempe d'emblée l'homme fort dans le non-tout, dans l'audelà du tout, en unissant en une fois tous les contraires, dont il fait éclater les contours illusoires par heurts successifs et répétés, à la manière de deux bulles de savon qui se rencontrent, jusqu'à anéantissement de toute enveloppe limitative.
    Aussi, dans le Mahayana, les méthodes pragmatiques de destruction des bonnos sont inexistantes. Les bonnos, et leur corollaire les kai (ou préceptes) jouent finalement un rôle très secondaire, à la lumière de ce qui est le plus haut des préceptes et donc la voie d'extinction absolue des bonnos : zazcn en lequel sont réunis sagesse et samâdhi. C'est la seule el unique méthode: ku, l'essence absolue de la vérité dans le non-né originel.
    C’est dans la résolution des bonnos au moyen de ku que se fonde la philosophie essentielle du Zen et du Mahayana.
    Avant d’aborder le sujet en profondeur, il est bon au préalable de mettre en garde contre une erreur qui peut s'établir dans l'esprit du pratiquant du Mahayana : l'erreur qui consisterait à croire que le Mahayana, qui se veut au-delà de toute dualité, prône un enseignement selon lequel la maintenance des bonnos constitue en elle-même la Voie; ce serait une erreur grossière et totalement contraire à l'enseignement du Bouddha, qui ne ferait qu'augmenter l'héritage des dix bonnos fondamentaux qui échoit à chacun à sa naissance.
    Désirs, ignorance et colère demeurent ce qu'ils sont, c'est-à-dire les illusions to, jin et chi, et suivre ses penchants illusoires est foncièrement un égarement.
    Comment accéder à l'éveil, ou satori, sans avoir à s'aliéner la volonté acharnée, forcenée, et aliénante de trancher les bonnos. ?

    Un seul bonno inclut tout le bouddhisme, stipulent les sutras mahayanistes; cela ne signifie pas qu'il faut se concentrer sur les bonnos, mais, au contraire, y être attentif et exercer sa patience, laquelle brise l'ignorance et conduit l'esprit à sa vraie liberté. Revenons sur cette apparente contradiction qui fait état de l'entrée dans le nirvana sans avoir à « trancher» les bonnos :
    Il est fait mention, dans certains sutras mahayanistes relatifs aux bonnos, de quatre sortes de gens :

    - il y a ceux qui sans « couper » leurs bonnos n'entrent pas dans le nirvana : c'est le cas de la plupart qui vivent comme des animaux, ne développant que leurs facultés matérielles, et sont particulièrement nombreux dans notre 'civilisation actuelle;

    - il y a ceux qui , tranchent leurs bonnos et entrent dans le nirvana : ils sont rares, et se comptent parmi les ascètes, les moralistes; toutefois leur entrée dans le nirvana présuppose l'achèvement de leur discrimination bonnos-moralisme;

    - la troisième sorte de gens sont ceux qui fortuitement coupent ou ne coupent pas leurs bonnos, et qui, de façon contingente, parviennent ou non au nirvana : cela est le lot d'un certain nombre qui pratiquent zazen. Zazen lui-même est nirvana.




    Selon l'état de conscience durant zazen, les bonnos s'apaisent ou non, le nirvana est atteint ou non. Parfois l'on sombre en kontin, parfois l'on se disperse en sanran, parfois l'on parvient à l'équilibre juste, mais le seul fait de penser avoir obtenu le saton est une aberration mentale; le saton est fusion dans l'unité, aussi ne peut-il y avoir place pour la moindre réflexion de la conscience;
    - enfin, il y a ceux qui ne coupent, ni ne coupent pas les bonnos, et ainsi n'entrent ni n'entrent pas dans le nirvana : cela correspond à la véritable attitude, celle où toute forme de dualisme est transcendée.
    Chacune de ces quatre propositions est subdivisée en quatre énoncés, qui seront analysés par la suite…

    <<< à suivre >>>





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    Annonce Re: Les "bonnos" (en skt : kleśa) dans le Hinayana et le Mahayana

    Message par Kaïkan le Lun 9 Avr 2012 - 17:43


    Cinq impuretés (troubles)



    Dans le message n°2 nous avons vu les trois bonnos de bases (les trois poisons), qui font partie de la liste des « impuretés » suivantes :

    cinq impuretés ou cinq troubles

    (go-joku, 五濁, panca kachaya). Impuretés de l'époque, du désir, des personnes, de la pensée et de la vie elle-même. Elles sont mentionnées dans le chapitre Hoben* (II) qui dit que le Bouddha apparaît à une époque mauvaise, souillée par les cinq impuretés. Ces cinq troubles sont :

    1. les troubles de l’âge cosmique ou afflictions propres au kalpa (kojoku, 劫濁, kalpa kachaya), troubles affectant de façon qualitative une longue période de temps : guerres et autres perturbations de l'environnement social et naturel ;
    2. les troubles des passions (bonnojoku, 煩惱濁, kleśa kachaya) qui manifestent l’égarement et l’obscurité fondamentale engendrés par les trois poisons (sandoku) : la convoitise (ton), la colère (jin) la stupidité (chi), auxquels on ajoute l'arrogance (man) et le doute (gi) ;
    3. les troubles des êtres (shujojoku, 衆生濁, sattva kachaya) : déclin physique et spirituel des êtres humains ; la dégénérescence des êtres entraîne celle de la société ;
    4. les troubles des vues (kenjoku, 見濁) : erreurs qui affectent le jugement ; - les conceptions du corps (shinken) : croyance en un "moi" alors que tout est impérmanent ; - les conceptions extrêmes (henken) : croyance en des concepts-outils qu'on peut manipuler en philosophie alors qu'ils n'ont pas de définition précise ; - les conceptions fallacieuses (jaken) qui nient les concepts de base du bouddhisme tels que la production conditionnée ; - les conceptions d'appréhension (kenjuken) : tenir pour bon ce qui est mauvais, pour juste ce qui est faux, etc. ; - les conceptions liées aux commandements (kaigonjuken) et qui consistent à accepter des dogmes sur l’origine du monde, sur l’acquisition du savoir ou sur d’autres sujets fondamentaux et religieux. Ces troubles reprennent les doutes que le Bouddha exprimait vis-à-vis des autres doctrines de son temps ou des notions communes ;
    5. les troubles de la durée de la vie (myojoku, 命濁) : existence désordonnée qui en raccourcit la durée.

    Selon Zhiyi, les plus graves des cinq sont les impuretés de la pensée et du désir qui engendrent l'impureté des êtres et celle de la vie. Celles-ci, à leur tour, font naître l'impureté de l'époque. Voir également : (bonno, klesha), terme générique des cinq impuretés.







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    Annonce Re: Les "bonnos" (en skt : kleśa) dans le Hinayana et le Mahayana

    Message par Kaïkan le Sam 14 Avr 2012 - 19:46



    LES BONNOS



    <<< (suite) >>>

    Première proposition

    • a) - Ne pas trancher les bonnos et ne pas entrer dans le nirvana.
    • b) - Trancher les bonnos mais ne pas entrer dans le nirvana.
    • c) - Tantôt trancher, tantôt ne pas trancher les bonnos, et ne pas entrer dans le nirvana.
    • d) - Sans trancher les bonnos ni ne pas les trancher, ni ne pas entrer dans le nirvana.

    • a) - Sans trancher, et sans entrer: c'est le cas de la plupart des gens.
    • b) - C'est le cas de ceux qui recherchent l'ascétisme, et en cela se trompent d'orientation.
    • c) - Ce sont ceux qui font zazen et continuent la pratique, ils ont obtenu le Zen mais font des catégories personnelles à propos du Zen; ils sont nombreux ...
    • d) - Ce sont ceux qui continuent la pratique de zazen et comprennent le vrai mushotoku.

      Deuxième proposition

    • a) - Trancher les bonnos et entrer dans le nirvana.
    • b) - Ne pas trancher et entrer dans le nirvana.
    • c) - Trancher sans trancher, et entrer dans le nirvana.
    • d) - Sans trancher ni ne pas trancher, entrer dans le nirvana.

      Pour chacun de ces quatre cas, il y a obtention du saton et entrée dans le nirvana, mais chaque cas est différent.

    • a) - C'est le cas des ascètes, des moralistes, qui comprennent au moyen de la pratique de l'observation; leur morale rigoureuse finit par éclater au contact du nirvana. C'est le bouddhisme Hinayana.
    • b) - Ce sont les gens qui pratiquent zazen; ils obtiennent inconsciemment le satori sans trancher les bonnos qui existent naturellement.
    • c) - Ce sont les pratiquants qui obtiennent le satori par la concentration et l'observation de zazen. Parfois, ils tranchent les bonnos, parfois ne les tranchent pas et entrent dans le nirvana.
    • d) - Sans trancher, ni ne pas trancher, entrer dans le nirvana; ce sont les vraies personnes du saton, qui s'harmonisent avec l'ordre et la vérité cosmiques.

      Troisième proposition

      Ces quatre énoncés concernent les pratiquants de zazen :
    • a) - Trancher ou ne pas trancher les bonnos, et entrer ou ne pas entrer dans le nirvana.
    • b) - Trancher et entrer ou ne pas entrer dans le nirvana.
    • c) - Ne pas trancher et entrer ou ne pas entrer dans le nirvana.
    • d) - Sans trancher ni ne pas trancher, entrer ou ne pas entrer dans le nirvana.

      Quatrième proposition

      Ces énoncés correspondent dans chacun des cas à l'attitude juste et authentique :
    • a) - Sans trancher ni ne pas trancher les bonnos, ni entrer, ni ne pas entrer dans le nirvana.
    • b) - Trancher les bonnos, et ni entrer ni ne pas entrer dans le nirvana.
    • c) - Ne pas trancher, et ni entrer ni ne pas entrer.
    • d) - Trancher ou ne pas trancher, et ni entrer ni ne pas entrer.

    Ces seize énoncés, auxquels s'ajoutent les quatre propositions de base, constituent les vingt attitudes qui déterminent l'entrée ou non dans le nirvana.
    L'entrée dans le nirvana ne doit pas être, selon l'enseignement du Mahayana, une fin en soi (le Hinayana au contraire recherche le nirvana comme fin ultime, comme émancipation qui dans sa recherche n'en demeure pas moins individualiste; de la sorte, elle ne peut qu'échouer, car la véritable émancipation suppose l'abandon total de soi, ce qui dans la vie correspond à l'authentique altruisme, à la compassion sans limite; c'est pourquoi dans sa phase ultime, le pratiquant
    sincère et entier, ne peut qu'avoir recours au Mahayana).
    Ainsi l'idéal du bodhisattva se fonde-t-il sur le vœu de faire accéder tous les êtres à l'émancipation ultime, lui-même n'y accédant qu'une fois son vœu réalisé. C'est pourquoi, conformément à la véritable attitude du Mahayana, il faut se situer au-delà du saton. Le nirvana est la montagne qu'il faut escalader, mais dont on doit aussi savoir redescendre pour faire le saut dans le courant périlleux du monde social…

    <<< à suivre >>>





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    Annonce Re: Les "bonnos" (en skt : kleśa) dans le Hinayana et le Mahayana

    Message par Kaïkan le Dim 13 Mai 2012 - 13:09



    LES BONNOS



    <<< (suite) >>>

    Comme pour les quatre propositions précédentes, relatives à l'entrée ou non dans le nirvana, l'état au-delà du nirvana est défini en quatre nouvelles propositions, chacune se composant également de quatre énoncés, qui déterminent la justesse ou l'erreur de l'attitude.

    Première proposition :

    Ne pas trancher les bonnos et ne pas être au-delà du nirvana.

    Deuxième proposition :
    Ne pas trancher les bonnos, et être au-delà du nirvana.

    Troisième proposition :
    Trancher ou ne pas trancher les bonnos et être ou ne pas être au-dela du nirvana.

    Quatrième proposition :
    Ni trancher les bonnos ni ne pas les trancher et être au-delà du nirvana, ou non.

    Chacune de ces propositions est analysée comme suit :

    Première proposition

      a) Ne pas trancher les bonnos et ne pas être au-delà du nirvana.
      b) Ne pas trancher les bonnos et être au-delà.
      c) Ne pas trancher et être ou ne pas être au-delà.
      d) Ni trancher les bonnos et ni être ni ne pas être au-delà.


    a) Correspond au commun des gens, et aux ascètes qui sombrent dans les bonnos du moralisme et du dogmatisme.
    b) Correspond au bodhisattva qui est au-delà des phénomènes à travers son corps et son esprit.
    c) C'est l'état de bodhisattva qui est au-delà de ku et des phénomènes, mais qui peut, par sa qualité de bodhisattva, se mêler aux souillures du monde pour aider les êtres.
    d) C'est la vraie vérité, expérimentée et vécue à travers le corps, et qui transcende toute dualité entre le monde phénoménal et le monde de l'absolu, lesquels se situent sur le même plan en unité profonde.

    Deuxième proposition

      a) Trancher les bonnos et être au-delà du nirvana.
      b) Trancher les bonnos et ne pas être au-delà du nirvana.
      c) Trancher les bonnos et être ou ne pas être au-delà du nirvana.
      d) Trancher les bonnos sans être ni ne pas être au-delà du nirvana.


    a) Ce sont les ascètes qui sont retournés dans le monde social pour faire partager aux autres leurs propres bénéfices; ils aident le Bouddha.
    b) Correspond aux ascètes qui se sont éteints dans le parfait nirvana; ils n'ont plus aucune relation avec le monde phénoménal.
    c) Correspond aux ascètes~ qui tantôt jouissent du nirvana pour eux-mêmes, tantôt en distribuent les bienfaits aux autres.
    d) C'est la vérité cosmique elle-même.

    Troisième proposition

      a) Trancher ou ne pas trancher les bonnos et être ou ne pas être au-delà du nirvana.
      b) Trancher ou ne pas trancher les bonnos et être au-delà du nirvana.
      c) Trancher ou ne pas trancher les bonnos et ne pas être au-delà du nirvana.
      d) Trancher ou ne pas trancher sans être au-delà ni ne pas être au-delà du nirvana.


    a) Correspond au bodhisattva qui est entré dans ku par la concentration et l'observation, 'et qui peut en communiquer les bienfaits aux êtres souffrants.
    b) Le bodhisattva émancipé du monde phénoménal (par la pratique de la concentration et de l'observation), et qui demeure dans cet état d'émancipation.
    c) L'ascète qui usant de la concentration et de l'observation s'éteint dans le nirvana.
    d) La vérité cosmique ultime dont la réalisation dépend de la profondeur de la concentration et de l'observation du corps et de l'esprit.

    Quatrième proposition

      a) Sans trancher ni ne pas trancher les bonnos, n'être ni ne pas être au-delà du nirvana.
      b) Sans trancher, ni ne pas trancher les bonnos, être au-delà du nirvana.
      c) Sans trancher, ni ne pas trancher, ne pas être au-delà du nirvana.
      d) Sans trancher, ni ne pas trancher, être au-delà sans être au-delà.


    a) C'est la concentration profonde du corps et de l'esprit.
    b) C'est le bodhisattva qui par-delà le monde phénoménal et le monde absolu sert les humains dans l'esprit de profonde concentration et de compassion.
    c) Correspond à l'ascète dans l'état de concentration.
    d) C'est l'état parfait du bodhisattva qui porte en lui la totalité, et incorpore toutes les dimensions du phénoménal à l'absolu ku.





    Cette Voie implique le non-attachement, la non-fixation sur l'une ou l'autre des attitudes d'exorcisme ou de non exorcisme des bonnos.
    L'attitude qui consiste à s'abandonner passivement au courant ininterrompu des bonnos, attitude de non-exorcisation, est une forme d'inconscience, d'irresponsabilité grave, source et facteur du cycle incessant des réincarnations. Mais l'attitude inverse d'exorcisation, telle qu'elle est en usage dans le
    Hinayana, est dans sa nature même une forme de « folie », de par l'attitude d'esprit qui habite le pratiquant; celui-ci en effet s'enferme dans la crainte, crainte d'enfreindre les préceptes, crainte de ne pouvoir accéder à la libération, crainte de la vie et de la mort; sa vie est semblable à celle d'un homme pourchassé, traqué par l'ennemi et ne pourra guère se situer au-delà des trois mondes. Le véritable bodhisattva du Mahayana ne s'attache pas à l'action de conjurer les bonnos. Ayant le courage d'affronte!, la vie et la mort, il refuse le nirvana pour aider les êtres à trouver l'éveil; lui-même trempe intentionnellement dans le monde des souillures, conscient du danger, mais redoublant d'attention. Là est la clef de l'attitude mahayaniste, et la solution des problèmes que pose l'existence des bonnos : par la lucidité, la vigilance et l'attention s'opère le processus de libération; cette attention est l'état de tension véritable et juste dont est investi le pratiquant pendant zazen; c'est, autrement dit, la tension vers lui-même qui aboutit au retour véritable en soi, retour qui ne s'effectue qu'au moyen de la pensée KU et s'achève en KU; fin et moyens se rejoignent, certes, puisque le soi lui-même et toutes choses sont KU. Le bodhisattva qui comprend cette non-dualité résolue en KU ne recherche plus la certification de KU; pour lui bonnos et saton sont l'expression
    de l'universalité de KU.


    <<< à suivre >>>




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    Annonce Re: Les "bonnos" (en skt : kleśa) dans le Hinayana et le Mahayana

    Message par Kaïkan le Mer 17 Aoû 2016 - 17:23


    LES BONNOS


    <<< (suite) >>>

    Bonnos et satori dépendent l'un de l'autre, et cette dépendance est aliénante; tant que persiste dans l'esprit l'opposition bonnos-satori, aucun pas libérateur n'aura été fait. La recherche d'un objet, fût-il le satori, est une erreur de la conscience qui s'égare en raison même du concept qu'elle construit, donc de la scission dualiste qu'elle instaure; le concept en lui-même est facteur d'éloignement de la vérité, facteur d'illusion; il est le plus grand des bonnos, en incarnant le piège où tombent facilement tous ceux qui croient connaître par le seul fait de nommer. C'est pour cette raison qu'une sentence bouddhiste dit : « Si tu rencontres Bouddha, donne-lui trente coups de bâtons. » La vérité ne se nomme pas; bien que connaissance absolue, elle est connaissance sans nom, c'est-à-dire sans dualité entre l'objet connu et le sujet connaissant; objet connu et sujet connaissant sont fondus dans la même et unique réalité, l'un intégré dans l'autre et de la sorte, résorbant toute scission.
    Cette condition de la connaissance, atteinte par-delà les données de la conscience discriminante, et établissant une perception non dualiste du monde, doit être l'attitude fondamentale de l'esprit Mahayana du bodhisattva.
    Sans discrimination, il doit considérer les bonnos comme maladie et remède à la fois; aussi n'y a-t-il pas lieu de les conjurer ni de ne les point conjurer. Sans obstacle, se situant par-delà la vie et la mort, par-delà le positif et le négatif, l'homme libre trouve l'ouverture vers l'extérieur, l'ouverture transcendant les extrêmes, et incarne lui-même cette ouverture; la transmutation des bonnos s'opère alors d'elle-même, naturellement, selon la loi de l'interdépendance entre l'origine et la fin, où origine et fin sont de même nature.

    <<< à suivre >>>



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    Annonce Re: Les "bonnos" (en skt : kleśa) dans le Hinayana et le Mahayana

    Message par tangolinos le Mer 17 Aoû 2016 - 19:13

    Salut Kaïkan

    Selon la fréquence de tes messages sur ce sujet, j’ ai remarqué que  tu les espaçais de plus en plus… et selon mes calculs probalistiques , il semblerait que ton prochain post apparaitrait dans 60 ans, si je m’ abstenais d’ intervenir en disant  encore des sottises…Hihi

    Dans ton deuxième message, tu écris=
    ‘’les trois bonnos de base qui sont :
    ton, le désir, Jin, la colère, et chi, l’ignorance;’’

    En tant que fou du Roi, je dirais= Je suis fou de colère à ne pouvoir me débarrasser du désir de vaincre mon ignorance.

    Penses-tu que je sois sur la bonne voie ?… Very Happy
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    Annonce Re: Les "bonnos" (en skt : kleśa) dans le Hinayana et le Mahayana

    Message par Kaïkan le Mer 17 Aoû 2016 - 22:46


    Bonsoir,

    C’est un bon moyen mnémotechnique pour se souvenir de ce qu’on appelle aussi les trois poisons. Smile



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    Annonce Re: Les "bonnos" (en skt : kleśa) dans le Hinayana et le Mahayana

    Message par Yudo, maître zen le Jeu 18 Aoû 2016 - 9:18

    En général, je préfère la formulation "aversion" à celle de "colère", ce qui fait les trois poisons: avidité, aversion, ignorance.

    Avidité me paraît de même plus juste que désir. Ne fut-ce que par ce que Nishijima disait que les désirs, c'est la vie. L'avidité me paraît déjà plus pathologique: c'est-à-dire une forme de désirer même ce dont on n'a pas besoin (parfois juste parce que quelqu'un d'autre l'a...) On peut avoir le désir de manger une omelette aux cèpes. L'avidité, c'est de la vouloir toute pour soi ou de vouloir la manger toute alors qu'on n'a pas tant faim.

    De même l'aversion génère la colère et la haine, alors que chacun de ces deux termes est en soi limitatif. On éprouve de l'aversion pour quelqu'un ou quelque chose et la colère va en découler si le contact avec cette personne ou cette chose se prolonge ou bien se montre inévitable. La haine va s'ensuivre de par la répétition ou la permanence. Mais au départ, il y a l'aversion.
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    Annonce Re: Les "bonnos" (en skt : kleśa) dans le Hinayana et le Mahayana

    Message par tangolinos le Jeu 18 Aoû 2016 - 9:56

    @Yudo
    oui ta formulation des trois poisons est préférable…elle précise bien mieux la cause, plutôt que l’ effet… il serait vain de combattre l’ effet, si la cause était ignorée.

    l’ avidité et l’ aversion me font penser aux 2 lois fondamentales qui régissent le ballet des étoiles.
    La force centripète (attractive) et la force centrifuge (répulsive).

    L’ignorance serait alors de ne pas savoir maintenir la juste mesure.

    La Terre et la Lune nous sont un bel exemple de perfection. étoile sunny

      La date/heure actuelle est Ven 22 Sep 2017 - 15:34