Zen et nous

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    Entretiens de Lin Tsi (Rinzai) : Extrait.

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    Entretiens de Lin Tsi (Rinzai) : Extrait.

    Message par Invité le Lun 24 Nov 2008 - 9:22

    Le livre "Entretiens de Lin Tsi" (Ed Fayard) est épuisé et est devenu pratiquement introuvable en France. De mon point de vue, c'est une oeuvre majeure du bouddhisme zen et il est dommage que les éditions Fayard ne le rééditent pas (Lin Tsi est traduit "Rinzai" en japonais. On peut donc considérer que Lin Tsi est le "père spirituel" de la branche rinzai du zen). Je vous propose ici un extrait de ces entretiens, d'une lecture relativement abordable (ce qui n'est pas toujours le cas) :

    "
    Et le maître dit :
    « Ce qu’il faut actuellement à ceux qui apprennent la Loi du Buddha, c’est
    avoir la vue juste. Ayant la vue juste, les naissances et les morts ne les
    affecteront pas ; ils seront libres de leurs mouvements, de s’en aller
    ou de rester ; et toute supériorité transcendante leur viendra d’elle-même
    sans qu’ils aient besoin de la rechercher. Adeptes de la Voie, tous nos anciens
    ont eu leurs routes pour faire sortir les hommes. Quand à moi, ce que je leur
    montre, c’est à ne se laisser abuser par personne. Si vous avez usage (de ce
    conseil), faites-en usage ; mais plus de retard, plus de doute !
    Si aujourd’hui les apprentis ne réussissent pas, où est leur défaut ?
    Leur défaut est de ne pas avoir confiance en eux-mêmes.
    C’est parce que vous n’avez pas de confiance en vous-mêmes, que vous vous empressez
    tant à courir après ce qui vous est extérieur, vous laissant détourner par
    ces dix mille objets, et que vous ne trouvez pas l’indépendance. Sachez mettre
    en repos cet esprit de recherche qui vous fait courir de pensée en pensée,
    et vous ne différerez plus d’un Buddha-patriarche. Voulez-vous savoir ce qu’il
    est, le Buddha-patriarche ? Tout simplement ces hommes qui sont là, devant
    moi, à écouter la Loi. C’est parce que les apprentis n’ont pas suffisamment
    de confiance, qu’ils courent tant chercher à l’extérieur ; et même s’ils
    trouvent quelque chose, ce ne sont que supériorités selon la lettre :
    jamais ils ne trouvent l’esprit même du patriarche vivant.
    Ne vous y trompez pas, vénérables Dhyânistes ! Si vous ne le rencontrez
    pas en ce moment même, c’est pour des milliers de renaissances, au cours de
    myriades de périodes cosmiques, que vous circulerez dans le Triple Monde à
    la poursuite des objets agréables qui vous accrochent, renaissant dans des
    ventres d’ânesses ou de vaches. A mon point de vue, adeptes, vous ne différez
    point de Çâkya. Aujourd’hui, au milieu de tant d’activités de toutes sortes,
    qu’est-ce qui vous manque ? Jamais ne s’arrête le rayonnement spirituel
    émanant de vos six sens ! Quiconque sait voir les choses de cette manière,
    sera pour toute son existence un homme sans affaires. »"
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    Re: Entretiens de Lin Tsi (Rinzai) : Extrait.

    Message par Yudo, maître zen le Lun 24 Nov 2008 - 12:33

    L'autre jour, sur "Sagesses bouddhistes", j'entendais le vénérable Kengan Robert parler de "confiance en ce qu'on fait". L'interviouveuse lui répond: "confiance en soi", lui rétorque "non. Confiance en ce qu'on fait". Ça m'a plu. C'est vrai qu'avoir confiance en soi est mission impossible. Alors qu'avoir confiance en ce qu'on fait est déjà plus praticable, et permet même d'utiliser les erreurs à bon escient.
    Ne nous leurrons pas sur la traduction de Demiéville (je l'ai dans ma bibliothèque). Aussi parfaite soit-elle, le Chinois reste encore bien plus redoutable à la traduction que la plupart de nos langues. Si déjà entre l'Italien et le Français la marge est large, qu'en sera-t-il avec le Chinois, celui du Moyen-Age, par-dessus le marché!
    Voyez déjà ceci:
    Se or vos volïez taisir,
    Seignor, ja porïez oïr,
    S'estïez de bone memoire,
    Une partie de l'estoire
    Si con Renart et Ysengrin
    Guerroierent jusqu'en la fin.
    Se vos me prestés vos oreilles,
    Ja vos voldrai dire merveilles
    De Renart qui est vis maufés:
    Toz sui espris et escaufés
    De Renart dire en tel endroit,
    Sanz delaiement orendroit,
    Q'einc n'oïstes en si bon leu.
    De lui e d'Ysengrin le leu.
    Et ça c'est du XII°-XIII° siècles, soit 400 ans après la mort de Lintsi. D'ailleurs, à son époque, on ne parlait pas encore français...
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    Re: Entretiens de Lin Tsi (Rinzai) : Extrait.

    Message par Invité le Lun 24 Nov 2008 - 15:21

    Ne nous leurrons pas sur la traduction de Demiéville (je l'ai dans ma
    bibliothèque). Aussi parfaite soit-elle, le Chinois reste encore bien
    plus redoutable à la traduction que la plupart de nos langues. Si déjà
    entre l'Italien et le Français la marge est large, qu'en sera-t-il avec
    le Chinois, celui du Moyen-Age, par-dessus le marché!

    C'est le problème avec la plupart des textes d'extrême orient et c'est un risque à courir si on veut s'y pencher. Pour autant, concernant ce passage des entretiens de Lin Tsi, je dispose aussi de la traduction de D.T. Suzuki (dans le 3ème tome de ses essais sur le bouddhisme zen). Suzuki maîtrisait parfaitement les idéogrammes chinois de l'époque de Lin Tsi et également la langue anglaise. On peut donc supposer que sa traduction est conforme à l'esprit de la lettre. A part quelques différences de forme, la traduction de Demiéville et celle de Lin Tsi sont sensiblement similaires.

    C'est vrai qu'avoir confiance en soi est mission impossible. Alors
    qu'avoir confiance en ce qu'on fait est déjà plus praticable, et permet
    même d'utiliser les erreurs à bon escient.

    Susuki, concernant le passage de la confiance en soi, préfère l'expression "profonde foi en soi". Ça ne change fondamentalement pas grand chose à mon avis. Il faut simplement se souvenir que Lin Tsi faisait allusion à "l'homme sans affaires" (Demiéville) (que Susuki traduisait par "homme sans titre" et que Taikan Jyioji traduit encore par "homme sans encombrement") et enjoignait ses disciples de "s'emparer de "( Suzuki) ou de "reconnaître" (Demiéville) "cet homme qui se joue des reflets". Cet homme sans titre n'est autre que "l'esprit de bouddha que tous les êtres possèdent". Avoir foi en cet homme sans affaires est donc essentiel pour tout bouddhiste. Tout ça pour dire qu'il ne faudrait pas prendre le terme "confiance en soi" au pied de la lettre (tel qu'on l'entend ordinairement aujourd'hui en tout cas) car cela reviendrait à faire du bouddhisme une méthode Coué bis.

    Avoir confiance en ce qu'on fait, bien sûr, mais jusqu'à un certain point et d'une certaine façon aussi. En tant qu'artiste, je ne fais confiance à ce que je fais que si ce n'est pas prémédité, de sorte que mon affaire soit "dictée" par quelque chose qui m'échappe. En tant qu'ingénieur (il se trouve que je cumule les deux fonctions, la seconde en professionnel toutefois), j'ai intérêt à être attentif et à respecter les règles de l'art pour avoir confiance en mon travail. Dans le bouddhisme, l'attention "juste" est essentielle et il n'y a pas d'action juste sans attention juste. Pour un artiste, l'attention juste est peut-être de laisser simplement les choses se faire. Pour un ingénieur, l'attention juste est d'avoir le contrôle de la réalisation d'un projet, depuis le projet, précisément, jusqu'à la réalisation (encore que, dans les faits, il y ait partage des tâches). En d'autre termes, pour avoir confiance en ce que je fais, je dois être celui qui fait la chose au moment où la chose se fait.
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    Re: Entretiens de Lin Tsi (Rinzai) : Extrait.

    Message par Fa le Lun 24 Nov 2008 - 16:14

    L'esprit de foi,
    né de la compréhension du Dharma,
    Ce n'est pas une foi aveugle,
    Telle une forme de dévotion irraisonnée...
    Sans-doute...
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    Re: Entretiens de Lin Tsi (Rinzai) : Extrait.

    Message par Invité le Mar 25 Nov 2008 - 8:35

    Sans-doute...

    Certainement !
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    Re: Entretiens de Lin Tsi (Rinzai) : Extrait.

    Message par Fa le Mar 25 Nov 2008 - 9:05

    Sans aucun doute... Laughing
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    Re: Entretiens de Lin Tsi (Rinzai) : Extrait.

    Message par boubi le Lun 8 Mar 2010 - 0:16

    .... euh .... sans encombrement parcequ'il n'y a ni forme, ni son, ni saveur ... on ne peut être encombré par le vide ... le vide d'où nait tout mouvement

    Excusez mon manque de vocabulaire, j'étais en train d'écrire que je sentait une discontinuité entre les sutra et ce texte sur le point "sans encombrement"... et ma bêtise m'a sauté aux yeux, d'ici à y être dedans c'est pas pour demain!

    Ca me fait drôle, on dirait du maître Yoda, ou plutôt le contraire

    Mais il y a un changement de régistre par rapport au sutra, ou non?

      La date/heure actuelle est Dim 20 Aoû 2017 - 4:21