Zen et nous

Le zen, sa pratique, ses textes, la méditation, le bouddhisme, zazen, mu


    Bankei

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    Message par Fa le Dim 14 Déc 2008 - 21:55

    Bankei naquit en 1622 dans la préfecture actuelle de Hyogo et mourut en 1693, au temple Ryûmon-ji qu'il avait fondé à Hamada, la ville où il était né.

    Il passa des années à comprendre cette phrase de Confucius: « La voie du Grand Savoir consiste à savoir illuminer la Vertu Lumineuse ». Mais ce n'est pas auprès des confucianistes qu'il reçu une réponse, mais du côté des moines Zen. Pratique le Zazen, s'entendit-il ordonner. Il pratiqua ardemment, jusqu'à l'épuisement et la maladie jusqu'au seuil de la mort. Alors comprit-il que toutes les choses sont basées sur la « non-naissance ». Il sentit alors l'inutilité de sa souffrance et de ses austérités. Il avait 26 ans. Il comprit qu'il était « à côté de ses tongues » (comme on dirait aujourd'hui) depuis des années. Son éveil fut authentifié trois ans plus tard quand il rencontra Dôja à Nagasaki : « Voilà quelqu'un qui a dépassé la vie-et-mort » dira ce dernier au sujet de Bankei.

    La « non-naissance » résume en un mot toutes les pensées fondamentales de Bankei. La « non-naissance » est la base et l'origine de tout. Il n'y a rien qui débute avant la « non-naissance ». Si notre esprit est « non-naissance », nous sommes déjà Bouddha. La « non-naissance » ne peut être détruite, en conséquence Bankei ne dit pas « non-naissance-non-destruction », mais simplement « non-naissance ». Il fut le premier à prêcher sur la « non-naissance » avec expérience immédiate authentique.

    Il conseillait de demeurer trente jours dans l'esprit de « non-naissance », et qu'après cela, il serait impossible de ne pas y rester naturellement. Il ironisait sur l'intérêt des koans, parce que pour lui ils n'étaient valables que dans la situation précise où ils avaient été énoncés, pour une personne particulière en questionnement, mais pas en dehors.

    Bankei, non seulement ne se préoccupe pas des Défenses (les 250 règles édictées dans le Bouddhisme), mais encore du Zazen, qui , pour lui, n'est que la tranquillité de notre esprit du Bouddha. En conséquence, pour lui, le Zazen n'est pas seulement la position assise, jambes croisées, mais l'ensemble des actes de la vie.

    Il critique aussi ses contemporains, tout comme fera Hakuin des années plus tard, qui attachent une grande importance à la concentration d'interrogations, au lieu d'enseigner à demeurer dans l'esprit de « non-naissance ».

    « Lorsque l'on dort, dit-il, on est avec l'esprit du Bouddha comme lorsqu'on est éveillé ».

    Bankei annule dans tous les cas le dualisme. Ainsi, il dit : « Si vous voulez corriger votre colère, votre cupidité, en vue d'atteindre la « non-naissance », c'est faire deux parts de l'esprit unique. Tant que vous êtes occupés à corriger vos penchants, deux pensées se combattent sans cesse : les penchants qui vous assaillent toujours et la volonté de les corriger . Même si vous êtes en colère un moment, ou bien sous l'emprise d'un désir, laisser aller sans vous y arrêter. Si vous ne vous en occupez pas, que ce soit pour les arrêter ou non, il ne manqueront pas de disparaître tout naturellement. Même lorsque vos penchants sont forts, laisser passer ce moment sans vous interposer. N'attachez pas longtemps votre esprit, même dans votre plaisir. L'essentiel est de ne pas transformer L'esprit unique en esprit double.»

    Quelqu'un demanda à Bankei :

    « j'essaie de pratiquer le mieux possible, mais parfois, au lieu d'une progression, je sens une régression, que faire pour ne pas régresser?

    --Soyez dans l'esprit de non-naissance du Bouddha. Si vous y demeurez, il ne vous arrivera ni progression ni regression. Au point de vue de la « non-naissance », vouloir progresser est déjà une régression vis-à-vis de la « non-naissance ».

    Bankei n'use pas de termes philosophiques, mais ce passage est une critique fondamentale de l'idéalisme.

    Bankei ne fut pas toujours compris de son temps et mourut sans successeur, peut-être parce qu'il n'établit aucun système d'exercices pour parvenir à la Voie, contrairement à Hakuin qui naquit 63 ans après lui.
    Dernière mise à jour : ( 28-10-2007 )


    Dernière édition par Djee le Jeu 18 Déc 2008 - 21:55, édité 1 fois
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    Re: Bankei

    Message par Invité le Lun 15 Déc 2008 - 15:22

    Cette présentation de Bankey est un peu "orientée". En particulier :

    Il critique aussi ses contemporains, tout comme fera Hakuin des années
    plus tard, qui attachent une grande importance à la concentration
    d'interrogations, au lieu d'enseigner à demeurer dans l'esprit de «
    non-naissance ».

    Qui peut, écrit comme ça, laisser supposer que Hakuin n'était pas un adepte de la concentration d'interrogation. Le lien qui suit (que je ne peux malheureusement pas copier), montre qu'Hakuin, bien au contraire, en était un farouche partisan :

    http://books.google.fr/books?id=D-jDWMqF27sC&pg=PA104&dq=hua+t%27ou+hakuin&lr=#PPA111,M1
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    Re: Bankei

    Message par Fa le Lun 15 Déc 2008 - 16:03

    Merci à toi, Khât...

    Pour cette source... Smile

    Il y a un passage important sur le dressage du Boeuf..."Si votre pouvoir de pénétration n'est pas assez fort, vous serez gênés pas les afflictions chroniques...
    Ce que je nomme nos névroses...
    On peut alors les voir, sans arriver à y mettre un terme.
    On a la compréhension, mais pas le courage de mettre ses mains dans le cambuis...

    Par conséquent aprés l'éveil il ne faut pas s'attarder au connaitre du grand miroir parfait...Allez de l'avant concentrez-vous sur la pratique après l'éveil...

    Oui , il faut arriver à la liberté dans l'action...C'est cela qui est très difficile.... Very Happy ...
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    Re: Bankei

    Message par Fa le Lun 15 Déc 2008 - 18:00

    Hakuin montre qu'après la pratique d'interrogation, il y a la pratique " briller à travers", évoquée par Bankei.
    qui montre juste que le stade de la pratique d'interrogation doit être dépassé...
    Bankei a découvert la pratique briller au travers, qui correspond à un état non-duel qui illumine le déroulement de la vie,
    et qui purifie le "moi" des ses scories...

    Ce qui apparaît clairement, c'est que le chemin est vaste....et qu'il y a un premier éveil ou on aquière l'intuition...
    Mais ce n'est que le début du chemin...
    Ensuite les vraies difficultés commence...Car c'est la pratique au delà de la technique...Et là on est seul avec soi-même...
    Je comprend mieux, Khât ce que tu veux dire, par : "Se bouger les fesses"....

    Mais se bouger les fesses, cela veux dire, arrêter de polir le miroir...
    Ne pas rester un Bouddha assis...
    Devenir un Bouddha en mouvement...
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    Re: Bankei

    Message par Invité le Mer 17 Déc 2008 - 9:19

    Hakuin montre qu'après la pratique d'interrogation, il y a la pratique " briller à travers", évoquée par Bankei.
    qui montre juste que le stade de la pratique d'interrogation doit être dépassé...

    La pratique de l'interrogation ne doit cesser que lorsqu'il n'y a plus de doute et que l'on est un bouddha vivant. Hakuin n'a jamais dit de cesser de s'interroger, même si l'interrogation "Qui ?" cesse naturellement quand on a atteint le miroir. Bassui, un maître zen du 14ème siècle, célèbre pour son sermon et ses lettres, recommandait de poursuivre indéfiniment la question "Qui... ?" jusqu'à l'éveil à l'état de bouddhéité. Il recommandait de se mesurer ensuite au kôan "le cyprès dans la cour" et si ce kôan posait encore un problème, il fallait recommancer sur le "Qui ?"

    Attention à l'interprétation que tu sembles faire du texte de Hakuin ; ce n'est pas un texte philosophique supposé montrer que le bouddha "brille" de toute éternité (comme le dit Bankei dans son acception de non-né), mais une recommendation du maître à l'égard de ses disciples à la recherche du miroir brillant et à l'utilisation pratique que l'on doit avoir avec ce miroir quand on l'a atteint. Il recommende de "briller" parce que le fait de pénétrer simplement le miroir est insuffisant ; ça n'est pas exactement ce que recommandait Bankei qui demandait simplement de se "fondre" dans le non-né. La recommandation de Bankei est difficile à comprendre car on ne sait s'il est favorable à une forme quiétiste (se fondre) ou à une forme active (briller). Dans la traduction de son autobiographie par D.T. Suzuki, rien ne permet d'avancer dans un sens ou dans l'autre.

    Je comprend mieux, Khât ce que tu veux dire, par : "Se bouger les fesses"....

    Mais se bouger les fesses, cela veux dire, arrêter de polir le miroir...

    Ce n'est pas clair. Est-ce que tu penses que poser l'interrogation comme je le fais consiste à "polir le miroir" ? Cette expression "polir le miroir" a été employée à l'encontre d'un moine (devenu maître par la suite) qui avait l'habitude de s'abîmer dans la contemplation et qui avait donc une attitude quiétiste. Un moine lui demanda :"Que fais-tu dans cette posture ?". Le contemplatif répondit "Je veux devenir un bouddha". L'autre moine pris une brique sur le sol et se mit à la polir avec sa robe. Le contemplatif demanda :"Que fais-tu avec cette brique ?". Le moine répondit "je veux en faire un miroir". "Mais on ne peut pas faire un miroir en polissant une brique !". Le moine répliqua "On ne peut pas devenir un bouddha en restant assis en méditation. Quand tu veux avancer, tu fouettes le boeuf ou la charrue ?"
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    Re: Bankei

    Message par Fa le Mer 17 Déc 2008 - 11:31

    On ne peut pas "devenir" un Bouddha, parceque l'on est un Bouddha...
    Il faut donc aller jusqu'au bout du doute... de ses questions sur la nature de l'esprit...
    Nous devons affronter notre propre questionnement ontologique ...
    Est-ce que je doute encore ? Ai-je encore un doute sur le fait que le Cyprés ait la nature de Bouddha. ?

    Est-ce que tu penses que poser l'interrogation comme je le fais consiste à "polir le miroir" ?

    Si ton questionnement est sincère, alors il faut traverser ce questionnement...Mais il ne faut pas considérer ce questionnement comme une technique...

    Résoudre les questions, au fur et à mesure qu'elles se posent à toi...Le risque est de s'accrocher à la technique du questionnement...Qui ne produit rien en elle-même...

    L'important c'est l'authenticité du Doute que l'on porte en soi...C'est cela notre vrai koan du moment...
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    Re: Bankei

    Message par Invité le Mer 17 Déc 2008 - 12:37

    Est-ce que je doute encore ? Ai-je encore un doute sur le fait que le Cyprés ait la nature de Bouddha. ?

    Si tu ne doutes plus, cette question n'a pas de sens. Il faut douter sur un kôan, pas sur le doute lui-même.

    Mais il ne faut pas considérer ce questionnement comme une technique...

    Attention, il ne s'agit pas de considérer le questionnement comme une technique mais d'avoir une technique de questionnement afin que celui-ci soit mené dans le bon sens. Sans faire la différence entre "l'hôte" et le "visiteur", l'objet du questionnement est compromis.

    Le risque est de s'accrocher à la technique du questionnement...Qui ne produit rien en elle-même...

    On en revient un peu au débat sur la maîtrise de la technique pour dépasser la technique. Il est évident que le questionnement pour le questionnement n'a aucun sens, mais sans connaître la technique du questionnement, on risque de perdre beaucoup de temps et d'énergie et de n'aboutir à rien (sinon une migraine). Je ne suis pas attaché à la technique mais je m'appuie sur elle dans ma pratique. Bien connaître la technique du questionnement est la base quand on veut questionner. Sans technique, c'est comme si tu voulais la solution d'un problème sans être en mesure d'en comprendre clairement l'énoncé.

    On ne peut pas "devenir" un Bouddha, parceque l'on est un Bouddha...

    On ne sait pas si l'on est un bouddha si on ne l'a pas vérifié soi-même. L'affirmer est un acte de foi en l'expérience de Çakiamuni et si cette expérience n'est pas nôtre, cette affirmation est un dogme. Le doute est la base de la pratique bouddhiste. Sans doute, c'est une bondieuserie qui en vaut une autre (et à laquelle je ne souscris pas). Il ne s'agit pas de "devenir" ni d'"être" un Bouddha. Ces considérations ne font pas partie de ma pratique.
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    Re: Bankei

    Message par Fa le Mer 17 Déc 2008 - 14:02

    Ce n'est pas clair. Est-ce que tu penses que poser l'interrogation comme je le fais consiste à "polir le miroir" ?
    Bankeï est "entré dans le courant"...Il ne cherche plus à travers un questionnement.

    Tout questionnement est duel. Pourquoi ?

    Qu'attends-tu de ta pratiques au juste ?
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    Re: Bankei

    Message par Invité le Mer 17 Déc 2008 - 15:18


    Bankeï est "entré dans le courant"...Il ne cherche plus à travers un questionnement.

    Bankei est entré dans le courant en cherchant. Il n'a plus cherché quand il a trouvé. Il n'a jamais dit qu'il ne fallait pas chercher mais qu'il a perdu beaucoup d'énergie en cherchant comme il l'a fait, c'est à dire en s'imposant une discipline ascétique au péril de sa vie. Gautama Siddharta a commis la même erreur quand il a passé une partie de sa recherche en s'imposant des jeunes prolongés et en se privant de sommeil. Il a ensuite orienté sa pratique vers le "chemin du milieu", c'est à dire la recherche introspective à mi chemin entre l'ascèse stricte et la vie d'un moine "ordinaire". Bankei s'est comporté exactement comme Siddharta l'avait fait au début de sa pratique, et c'est sur l'ascèse qu'il a dit s'être trompé et non sur l'orientation et la nature de son questionnement. Par ailleurs, la plupart des exégètes de Bankei admettent que son discours manquait de clarté, de sorte qu'il a mal été compris par ses contemporains. La conséquence de cette incompréhension a été l'extinction de son enseignement (il n'a pas eu de successeur). On n'a donc plus de commentateurs "autorisés" de Bankei autre que des exégètes, ce qui renvoie l'étude de Bankei à des considérations strictement philosophiques qui ne peuvent en aucun cas servir de moyen pour la pratique (sauf à refaire l'expérience "interdite" de Bankei).


    Tout questionnement est duel. Pourquoi ?

    Un questionnement est duel quand il se fait dans un cadre philosophique ou logique. Il ne l'est pas dans le cadre d'un kôan. On ne met pas son intellect à contribution dans la lutte avec le kôan (sauf au début, parce qu'on débute et qu'on ne sait pas comment procéder). Tant qu'il y a l'intellect, il n'y a pas de zen (c'est pour cela qu'il ne suffit pas de lire Hakuin pour savoir comment procéder). Dans le kyodo (tir à l'arc), il y a bien un archer (avec son arc est ses flèches) et une cible. D'un certain point de vue, on peut dire qu'il y a l'archer d'un côté et la cible de l'autre (dualité). Mais la bonne compréhension des choses, c'est à dire quand le kyodo "devient" le zen (ce qu'il est fondamentalement, mais bon...), il n'y a pas d'archer séparé de sa cible et, comme le dit Herrigel dans son merveilleux bouquin "le zen dans l'art chevaleresque du tir à l'arc" : L'archer a touché la cible quand il s'est atteint lui-même (note de mémoire).

    Qu'attends-tu de ta pratiques au juste ?

    Si je devais attendre quelque chose de la pratique, celle-ci serait égocentrique et donc duelle. Je ne nie pas que je suis venue à la pratique il y a une trentaine d'années dans un but précis, en relation avec mes questionnements, mes doutes, mes peurs... mais à mesure que j'ai progressé dans la pratique et que mes doutes et mes peurs se sont largement émoussés, mes questionnements demeurent (même si, bien évidemment, ils ont évolué en fonction de la pratique). Il ne s'agit plus pour moi de chercher le bouddha ou quelque chose de spécial mais de consolider une expérience et de trouver, pour cela, les moyens de le faire. En clair, je suis un peu comme quelqu'un qui tient de la flotte dans ses mains et qui réalise que ses mains ne sont pas complètement étanches. Comment les garder étanches est une question. En les ouvrant est la réponse. Mais le problème n'est pas de répondre correctement à la question mais bien "comment ouvrir ses mains ?". Comprends-tu ? Il y a toujours un questionnement tout le temps qu'on n'est pas au bout du chemin. Le chemin est un questionnement.
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    Re: Bankei

    Message par Fa le Mer 17 Déc 2008 - 15:41

    Que deviennent tes questions quand tu dors ?
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    Re: Bankei

    Message par Invité le Mer 17 Déc 2008 - 15:53

    Je t'ai répondu sur l'autre thread Wink
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    Re: Bankei

    Message par Fred le Lun 22 Déc 2008 - 15:58

    Bonjour...
    Un questionnement est duel quand il se fait dans un cadre philosophique ou logique. Il ne l'est pas dans le cadre d'un kôan. On ne met pas son intellect à contribution dans la lutte avec le kôan (sauf au début, parce qu'on débute et qu'on ne sait pas comment procéder). Tant qu'il y a l'intellect, il n'y a pas de zen
    N'y at'il pas lutte avec le kôan comme tu dis très justement en raison du fait même que celui à qui il est proposé ne peut pas se débarrasser des mouvements "instinctifs" de son intellect.
    La raison d'être du Kôan ne réside t'elle pas dans cette lutte et dans l'abandon de cette lutte qui est la conséquence du dépassement de l'emprise de l'intellect?

    Bien à vous
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    Re: Bankei

    Message par Fa le Lun 22 Déc 2008 - 17:37

    Il y a nécessairement passage par l'intellect.... Very Happy
    Même le simple fait de le mémoriser...
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    Re: Bankei

    Message par Invité le Lun 22 Déc 2008 - 18:56

    Bon, je m'étais engagé à mettre mes contributions en veilleuse, mais je vais faire une exception parce que la question m'est posée directement (et je ne saurais donc m'y soustraire) Cool

    Le passage par l'intellect est évident au début du questionnement parce qu'il faut bien commencer par l'avaler avant de le digérer. L'intellect, c'est "le mot". En clair, nos pensées sont des constructions mentales auxquelles nous associons des mots. Ainsi, le kôan "quel était le visage d'avant ma naissance", par exemple, est une succession de mots qui, dans notre intellect, fait sens ou, plutôt ici, non-sens (au plan logique). On sait ce que signifie, intellectuellement, "visage", "avant", "ma" et "naissance". On sait aussi ce que signifie "Quel était". Donc, l'intellect comprend la question complète en fonction des mots qui sont associés et, évidemment, n'y trouve aucun sens. D'emblée, on réalise qu'on n'a pas de solution intellectuelle à cette question et il faut donc la chercher "autrement". Comment faire ? D'abord, il faut comprendre ce qu'est un hua t'ou. J'en ai parlé ailleurs mais je vais le redire ici. Le hua t'ou est la "question sans les mots". La traduction de hua t'ou est "mot-tête" parce que bien que la question existe, elle n'est pas exprimée par des mots ; elle "précède" les mots. Il faut donc faire en sorte que l'esprit soit interrogatif sans que la question soit précisée en mots. Comment y parvenir ? D'abord, on fait porter toute la question sur le "Qu..?" de "Quel était..... ". Ce "Qu.." n'a pas besoin de suite car il se suffit à lui-même (on sait ce qu'il y a derrière). Mais pour que le kôan fonctionne, il faut aussi un doute. Par exemple, Dans "quel était le visage d'avant ma naissance ?" le doute porte sur "sa propre existence avant sa naissance". Comment peut-on exister avant sa naissance est évidemment une énigme et l'esprit n'a rien de concret à quoi se rattacher. De fait, l'esprit est lancé dans une interrogation à impasse et est maintenu dans une sorte de hiatus mental. Il ne faut pas laisser tomber l'énergie qui maintient ce hiatus en répétant, de temps à autre, quand on sent les pensées nous assaillir (étrangères au kôan), le mot "clé" qui porte le kôan ("Quel ?"). Hakuin conseillait de répéter le "Qu... ?" sur chaque inspiration et chaque expiration (Je mets "Qu.." sans la suite car ce peut être Qui, Quoi, Quel... Il ne faut pas répéter le "Qu..?" du bout des lèvres mais en plongeant "dans le vide des pensées". Il ne s'agit donc pas de le répéter comme un mantra ou comme on récitait une table de multiplication.

    Lorsqu'on est suffisamment entrainé et que le kôan nous convient (il faut que le kôan convienne pour qu'il soit efficace), l'interrogation est maintenue alors même qu'il n'est plus nécessaire d'y penser. Idéalement, on devrait garder son kôan comme de la soif, c'est à dire qui reste en nous, quoi que nous fassions, tout le temps qu'on ne s'est pas abreuvé (d'où l'importance du choix du kôan). De même que la soif est un processus inconscient et qui n'arrive à la conscience que stratégiquement, pour forcer l'être à trouver de quoi se désaltérer, de même le kôan est un processus inconscient qui, stratégiquement nous force à chercher une sortie à l'impasse (sans quoi, on est fait comme un rat Twisted Evil ). Et donc, si vous venez au zen avec une interrogation ou une démarche de recherche sur vous mêmes, formulez clairement la question de ce qui vous y amène parce que vous avez et le doute et la détermination suffisants pour trouver la réponse.


    Dernière édition par khât le Lun 22 Déc 2008 - 19:58, édité 1 fois
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    Re: Bankei

    Message par Fred le Lun 22 Déc 2008 - 19:12

    Cet éclairage est intéressant... Merci Neutral
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    Re: Bankei

    Message par Invité le Mar 23 Déc 2008 - 9:07

    En fait, la chose la plus importante, dans un kôan, c'est le doute. Sans doute, le kôan n'a aucune force (on dit aussi que le doute est "la béquille du kôan"). Faire naître un doute est donc essentiel et c'est ce qui a justifié, à une époque où les pratiquants du zen s'enfermaient dans des certitudes en privélégiant la méditation quiétiste et/ou la récitation des soutras ou des mantras, la création de kôan tels que "Quel est le bruit d'une seule main ?" ou encore "Sans bouger, comment arrêter la cloche qui tinte au loin ?" ou bien "Comment avaler d'un seul trait toute l'eau de l'océan Pacifique ?" ou simplement "Qui récite le nom du Bouddha ?". On comprend bien qu'il y a quelque chose d'artificiel dans ces kôans qui n'ont, en apparence, rien à voir, de près ou de loin, avec le bouddhisme (sauf dans le dernier cas, adressé aux adeptes du Pays de la Terre Pure). Le doute permet, avec le "Qui/Quoi/Quel...?" de plonger la conscience dans un hiatus. Le doute permet le hiatus et la question permet de mettre en oeuvre une tension interne qui permet de le traverser. Sans cette tension, on reste du mauvais côté de la barrière. Sans le doute, il n'y a pas de barrière.

    Le problème est donc bien de faire naître un doute car, à chaque fois, l'intellect sera tenté de répondre pour résoudre "l'énigme" (et donc faire tomber la barrière). Par exemple, au kôan "D'où que tu sois et sans te mouiller, arrête la barque au loin qui dérive sur l'eau !" qui fait naître la question "Comment arrêter cette barque alors qu'elle nest pas à ma portée ?", le doute peut être intellectuellement partiellement levé en disant que "La barque et l'eau ne font qu'un de sorte que ce n'est pas la barque qui dérive mais c'est l'eau qui s'écoule". On sera alors satisfait de cette réponse et on ne cherchera plus. Si on demande au maître de la valider, il dira certainement "ce genre de considération n'a rien à voir avec le zen". Pourquoi ? Parce que le maître aura compris que le disciple a tenté de trouver une réponse "cohérente" intellectuellement et que ce n'est pas du tout ce qu'il faut faire. Ce qu'il faut faire, c'est 1) avoir la foi que l'on peut vraiment arrêter la barque (foi) 2) constater qu'il n'est pas possible de l'arrêter sans se mouiller mais penser que c'est toutefois possible puisqu'il y a exortation du maître (doute) et 3) Traverser le hiatus mental pour vraiment arrêter la barque sans se mouiller (détermination).

    Avant que les kôans ne furent d'actualité, des gens comme Bankei et les patriarches ou les maîtres zen se confondaient avec les questions essentielles du bouddhisme. Ils doutaient en permanence sur leur propre nature. Est-elle moi ? Est-elle différent de moi ? Si elle est moi, pourquoi ne suis-je pas éveillée à la nature de Bouddha ?... Ils n'avaient de cesse de trouver la réponse de sorte qu'ils en oubliaient de manger et de dormir (voir Bankei). De nos jours, on se contente volontiers de phrases toutes faites telles que "Il n'y a rien à chercher. Tout est là.. Regardons..". Aucun doute là dedans. Rien qu'une certitude qui ne repose nullement sur notre propre expérience mais sur les affirmations des maîtes qui l'ont réalisée (comment sait-on qu'il n'y a rien à chercher ?). Si nous sommes certains que notre véritable nature est celle du Bouddha, pourquoi sommes-nous encore sous l'emprise de Maya (illusion ?). Va-t-on se contenter de répondre "qu'il n'y a pas d'illusion puisque l'illusion n'est pas, par définition" comme le font certains adeptes doctes de la non-dualité ? Comme disait un maître zen : "Quand le jour viendra où vous serez confronté à votre propre mort, dans la souffrance de l'agonie, votre zen du bout des lèvres ne vous servira à rien".
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    Re: Bankei

    Message par Fa le Lun 29 Déc 2008 - 20:25

    Bankeî
    critique aussi ses contemporains, tout comme fera Hakuin des années plus tard, qui attachent une grande importance à la concentration d'interrogations, au lieu d'enseigner à demeurer dans l'esprit de « non-naissance ».

    J'ai retrouvé l'extrait d'origine qui parlait de cela , en fait la citation est inexacte : Elle était la suivante :

    Elle montre en effet qu'Hakuin accordait une grande importance aux koan, contrairement à Bankeî.

    Bankeî critique aussi sévèrement les moines Zen de son époques, tel Hakuin qui attachent une très grande importance à la concentration d'interrogations :"Au lieu d'enseigner de demeurer dans l'esprit de la non-naissance" du Bouddha, ils remplacent cet enseignement par un concentration d'interrogations,et transforment l'esprit du Bouddha en interrogations.C'est une erreur."
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    Re: Bankei

    Message par Fa le Lun 29 Déc 2008 - 20:37

    Il semblerait que l'enseignement de Bankei, ne passa pas à la postérité, du fait que certains de ses propos furent sujet à incompréhension notamment lorsqu'il dit :

    "Notre esprit" est de la non-naissance" donc, notre corps retourne à la terre et en poussière, tandis que l'esprit ne se consume pas, ni ne pourrit sans la terre. L'esprit habite un corps comme s'il était une maison."

    Evidemment le sens du propos dépend de la manière dont on interprète le terme "Esprit"...Mais formulé de la sorte, il peut-être interprété en terme dualiste, ce qui ne reflète pas la réalisation de Bankeï.
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    Re: Bankei

    Message par Invité le Mar 30 Déc 2008 - 10:26

    C'est effectivement ce que j'avais noté. Wink
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    Re: Bankei

    Message par AncestraL le Mar 23 Oct 2012 - 20:50

    Existe-t-il un ouvrage en français traitant de l'enseignement de Bankei ?
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    Re: Bankei

    Message par Kaïkan le Mer 24 Oct 2012 - 10:02



    Bonjour,

    Enseignement de Bankei Yōtaku
    Le "sans naissance" de Bouddha tranche à la racine de chaque nœud. Vous voyez que les bouddhas du passé, présent et futur, et tous les patriarches successifs peuvent n’être considérés que comme de simples désignations : à savoir, ils ne sont seulement que des personnes ou des personnages historiques dans le monde des phénomènes. Du point de vue de l’Éveil, c’est de peu d’importance pour vivre dans l’état de "non-naissance" et atteindre la bouddhéité.
    A partir du moment vous avez commencé à réaliser ce fait, vous êtes un Bouddha vivant, inutile de faire des efforts supplémentaires sur votre tatami ....

    Ne hais pas l’apparition de pensées ou le désir d’arrêter les pensées qui surgissent ; simplement se rendre compte que ton esprit d’origine, dès le début, est au-delà de la pensée....
    Vos pensées sont posées temporairement à la suite de ce que vous voyez et entendez, elles n’ont pas d’existence réelle ; elles sont semblable à des objets vus et entendus. Vous devez savoir que l’esprit d’origine réalisé et ce qui est l’origine de l’esprit ne sont pas différents."

    ligne arc en ciel

    Un jour, une personne demanda au maître Bankei :

    - De quels prodiges êtes-vous capable ?
    - Un seul, répond Bankei.
    Quand j’ai faim, je mange ;
    quand j’ai soif, je bois ;
    quand j’ai sommeil, je dors.
    Le seul miracle est d’être quelqu’un d’ordinaire.
    Le mental rêve de se distinguer,
    l’égo est affamé de louanges.
    La merveille est que nous acceptions de passer inaperçu
    que nous puissions être aussi banal que possible,
    que nous n’aspirions à être apprécié de personne,
    que nous existions comme si nous n’existions pas.
    La supériorité, de quelqu’ordre qu’elle soit,
    n’est jamais spirituelle.
    Il n’existe qu’un seul miracle :
    laisser la nature suivre son cours,
    permettre à ce qui arrive d’arriver.


    ligne arc en ciel

    Extraits du Gyogo Ryakki de Maitre Bankei



    Suspicion

    Durant la Période de la Grande Pratique au Temple de Ryomonji, un incident se produisit, et de l'argent disparu dans le Hall de Fudo. *


    Un jour, alors que le Maitre montait sur sa chaire, un moine s’avança vers lui et lui dit : Je m'appelle Un-tel, je viens de telle et telle Province et suis un disciple de tel et tel temple. L'hiver dernier, alors que je pratiquais dans le Hall de Fudo, un moine assis à mes cotes perdit l'argent qu'il avait mis de cote pour ses voyages. Comme j’étais assis à cote de lui, il me suspecta d'avoir pris son argent. Cette rumeur s'est répandue dans tout le hall, et je demande à votre Révérence de bien vouloir faire un enquête à ce sujet. “

    Le Maitre lui demanda : « As tu volé quoique ce soit ? »
    Le Moine répondit : «Dans une assemblée religieuse telle que celle ci, une pensée aussi honteuse ne traverserait jamais mon esprit ! »
    La Maitre dit : «alors, tout va bien.»
    Le Moine dit : « Oui bien entendu, mais durant la tenue de cette présente assemblée, des moines venus de tout le Japon seront présents, et je suis inquiet du fait que s'il n'y a pas d’enquête (pour me disculper) cela me donnera une mauvaise réputation dans tous le Pays. J'implore la compréhension et compassion de votre Révérence.
    Le Maitre dit : "S'il y a enquête, alors le coupable sera découvert et sa honte exposé au grand jour. Est-ce que cela est bien aussi ?"

    Le moine alors déclara : "C'est moi qui ai fait preuve d'une honteuse attitude par mon égoïsme et mon arrogance dans une telle affaire, après avoir écouté votre merveilleux enseignement tous ces jours."

    Et il se retira en pleurant des larmes de joie



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