Zen et nous

Le zen, sa pratique, ses textes, la méditation, le bouddhisme, zazen, mu


    La pensée de la montagne

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    La pensée de la montagne

    Message par zanshin le Lun 1 Juil 2013 - 10:15


    La pensée de la montagne


    (par Reiryu Philippe Coupey)

    Polissant la tuile pour en faire un miroir,
    Et assis impassible comme une montagne.
    L’objet véritable du bouddhisme venu de l’ouest
    Est comparable au fruit de la grenade avant qu’elle ne s’ouvre et au volcan avant l’éruption.

    - Eihei Dogen, Eiheikoroku, poème n°6 -



      Reiryu


    Dans la première ligne, Dôgen fait allusion à un mondo entre Baso et son maître Nangaku.

    Un jour, Baso pratiquait zazen quelque part devant le dojo. Nangaku, qui passait par là, le voit et lui dit : « Hé, encore en train de faire zazen !? Mais dis-moi : as-tu un objet quand tu fais zazen ? As-tu un objet dans ta pratique ? »
    A cette époque on n’avait pas d’expression comme mushotoku, qui veut dire « sans objet » ou « sans but ».
    Baso répond : « Oui, c’est pour devenir bouddha. »
    Nangaku ne dit rien, mais avisant une tuile à ses pieds, il la ramasse et commence à la frotter contre un gros rocher lisse. Il était en train de polir la tuile.
    « Maître, que fais-tu ? » demande Baso.
    « Je fais un miroir. »
    A présent, Baso ne fait plus du tout zazen. Fixant son maître, il lui dit : « Comment peux-tu faire d’une tuile un miroir, simplement en la polissant ? »
    Nangaku réplique alors : « Et toi, comment peux-tu devenir bouddha en faisant zazen ? »

    Vous pouvez comprendre pourquoi ce mondo est devenu si célèbre. C’est parce qu’il touche directement et complètement à cette question de pratiquer avec un objet – pour quelque chose – ou de pratiquer pour rien.

    Dans le zen Soto, nous ne pratiquons pas pour obtenir le satori, ou pour devenir bouddha, ou pour devenir pur, pas même pour progresser. D’ailleurs, l’un des principes fondamentaux de Dogen est que zazen lui-même est satori. Pas besoin de le chercher.


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    Re: La pensée de la montagne

    Message par zanshin le Lun 1 Juil 2013 - 16:32

    Le satori veut dire devenir profondément libre ; et devenir libre, ce n’est pas obtenir quoi que ce soit mais plutôt perdre : perdre ses obstructions, ses préjugés, ses idées, ses pensées personnelles. Dôgen, Nyojo, Sawaki, Deshimaru, ont tous dit la même chose : mushotoku, sans objet, est essentiel.


    le Kanji : Mushotoku


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    Re: La pensée de la montagne

    Message par Lulu59 le Lun 1 Juil 2013 - 17:45

    Merci zanshin Cool 

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    Re: La pensée de la montagne

    Message par Fred le Lun 1 Juil 2013 - 18:17

    Le kyūdō (弓道, litt. « la voie de l'arc »?)



    http://fr.wikipedia.org/wiki/Kyudo
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    Re: La pensée de la montagne

    Message par zanshin le Mar 2 Juil 2013 - 22:24

    La deuxième ligne du poème :
     
    "Assis impassible comme une montagne"
     
    – c’est être en unité avec le cosmos. C’est le zazen tel que l’ont transmis les bouddhas et les patriarches.
     
    La montagne n’a pas d’objet et elle ne cherche pas à obtenir le satori ; elle n’essaye pas de devenir bouddha, comme le faisait Baso. La montagne n’a pas de plans. La montagne n’a pas de pensées personnelles ; ce qui signifie suivre l’ordre cosmique : assise sans objet, comme le mont Sumeru qui est la montagne au milieu de l’univers. Parfois on l’appelle « montagne d’argent », parfois « montagne de cristal », glacée, froide comme un diamant. Ce sont des images de la mythologie bouddhiste, mais aussi des métaphores de la pratique.
     
    Alors il nous faut rester assis impassibles comme Bodhidharma sur le mont Shoshitsu ; impassibles comme la montagne, mais pas lourds comme la montagne. Soyons légers comme l’hirondelle prête à s’envoler. Comme la panthère des neiges qui entre dans la montagne himalayenne. Naturellement. Comme on entre chez soi, sans peur, sans crainte.
     
    « Entrer dans la montagne » veut dire : devenir un avec la montagne. Pas de séparation. Alors si le maître vous dit « Entrez dans la montagne », vous devez saisir ce qu’il veut dire. Il veut dire : étudiez et comprenez votre esprit. Devenir la montagne, c’est i shin den shin.

     


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    Re: La pensée de la montagne

    Message par Fred le Mar 9 Juil 2013 - 12:37

    Coïncidence

    La montagne coïncide parfaitement avec la montagne,
    comme l'humain coïncide parfaitement avec l'humain.
    Par là, l'humain est à l'humain, ce que la montagne est à la montagne.

    De même; l'ignorance coïncide parfaitement avec l'ignorance,
    comme le satori coïncide parfaitement avec le satori.
    Par là, l'ignorance est à l'ignorance, ce que le satori est au satori.



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