Zen et nous

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    La découverte de zazen

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    supa
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    La découverte de zazen

    Message par supa le Mar 6 Aoû 2013 - 16:15


    Yuno Rech dans : \"Le champ de la vacuité" a écrit:

    La découverte de Zazen



    Pendant Zazen, concentrez-vous sur la position de vos mains. La main gauche est dans la main droite. Les pouces horizontaux forment un large ovale avec les index.  Dans cette position, les mains ne saisissent rien, ne fabriquent rien et cela influence l’esprit qui à son tour ne saisit rien et ne fabrique rien. Les mains qui ne saisissent rien, qui sont largement ouvertes, peuvent tout recevoir. Inversement, le poing fermé  ne peut rien recevoir, ne peut rien accueillir. Si on ne va pas jusqu’au bout de l’expiration, les poumons ne peuvent pas accueillir l’air frais ; vider ses poumons est la condition de la respiration.

    En Zazen, ne pas s’attacher à ses pensées, les laisser passer sans les saisir, est la condition de l’apparition d’une pensée neuve, fraîche. Mais pour cela, il est important de passer par le point zéro de non-pensée, de retrouver un esprit vide, vacant.

    Maître Wanshi nous dit : « Ce vide n’a pas en lui-même de caractéristiques. » C’est ce qui permet à toutes choses d’exister. Pour qu’une chose existe, il faut qu’il y ait de la place pour la recevoir, l’accueillir. Il faut qu’il y ait du vide. Mais si on fait du vide quelque chose de substanciel, si on commence à vouloir le définir, alors ce vide devient un nouvel objet d’attachement. C’est pourquoi la vacuité doit être pratiquée dans le lâcher-prise. Elle ne doit pas être saisie en elle-même.

    Nagarjuna disait que le Bouddha enseignait la vacuité de toutes choses pour permettre aux êtres de se libérer de leurs attachements. Mais ceux qui s’attachent à la vacuité sont incurables. Par exemple, j’ai évoqué la vacuité de l’esprit comme le point de non-pensée qui permet d’accueillir une pensée neuve, fraîche. Le vide n’est pas seulement l’absence de pensées. Nos propres pensées sont elles-mêmes vides, sans substance fixe.

    Nous pensons avec des mots, des notions qui n’ont de sens que l’un par rapport à l’autre. Un mot en lui-même ne veut rien dire, il n’a de sens que par rapport à d’autres mots. Donc les mots sont vides. Ils n’ont pas de substance ni de signification par eux-mêmes mais sont en relation avec d’autres paroles, d’autres mots. Si on parle d’illusion, ce mot prend un sens par rapport à l’éveil à la réalité telle qu’elle est : sans éveil, pas d’illusion, sans illusions, pas d’éveil. Donc ces paroles sont vides. Cela ne veut pas dire qu’elles n’existent pas, mais que leur mode d’existence est d’être interdépendantes avec d’autres paroles.

    Nous n’existons que dans l’interdépendance avec d’autres êtres. Ce mode d’existence qui est le nôtre, est aussi ce que l’on appelle vacuité. C’est le fait même de ne pas exister par soi-même. Mais ce n’est pas l’absence d’existence, c’est l’existence en relation. Aussi, rien ne demeure fixe.

    En Zazen, on perçoit clairement que notre corps évolue du début à la fin du zazen. Même si on est immobile, les sensations changent. Même si on ne pense à rien volontairement, consciemment, l’esprit change sans cesse. Certains regrettent le changement, aimeraient bien trouver quelque chose de fixe sur quoi se reposer, s’appuyer, parce qu’ils ne voient dans le changement que la perte. Dans l’acceptation totale de cette impermanence qui implique notre totale interdépendance avec tous les êtres, cette perte nous permet d’accéder à autre chose, de nous transformer, de faire qu’un être humain ordinaire puisse devenir à tout instant un bouddha. Ceci n’est pas produit par zazen mais découvert par zazen. En ce sens, zazen est la découverte de ce que nous sommes depuis toujours.

    Ce livre a déjà été cité lors de la présentation de supa → http://zen-et-nous.1fr1.net/t1480-presentation-supa#25853
    Cet extrait sera gardé dans ce sujet s'il est suivi de commentaires...Very Happy
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    Source: Le champ de la vacuité, de Roland Yuno Rech, L’enseignement de Maître Wanshi, Volume1
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    La découverte de zazen

    Message par zanshin le Mar 6 Aoû 2013 - 21:29

    étoile 
    Je crois que cet extrait est une tentative pour faire comprendre sunnyata souvent traduit par vacuité.
    Rien n'existe en soi, tout les phénomènes ne nous apparaissent que par interdépendance et ils sont donc "vides" d'existence propre ou indépendante, ils n'ont pas de noumène.

    Yuno a écrit:Ceci n’est pas produit par zazen mais découvert par zazen.
    C'est surtout découvert par celui ou celle qui est en zazen...rigolo


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    Re: La découverte de zazen

    Message par Kaïkan le Mar 13 Aoû 2013 - 21:06


    Bonjour,

    J'ai trouvé un texte qui peut très bien alimenter le sujet de supa. Enfin je l'espère , nous verrons bien...Wink 


    Zazen sans rien gagner


    Par Rév. Issho Fujita

    « Le monde dans sa totalité n’est jamais caché » – les myriades de choses qui apparaissent clairement en face de nous sont elles-mêmes la manifestation complète du Soi originel : c’est ce qu’exprime Maître Dogen par Genjokoan. Ce terme exprime l’enseignement de la nature absolue de la réalité, que nous le croyions ou pas, que l’on pratique ou pas, quelles que soient nos circonstances personnelles. Ce n’est donc pas quelque chose de « distant » que nous atteindrions par un effort humain impliquant foi et pratique. Mais c’est plutôt dans l’autre sens : parce que foi et pratique sont déjà l’activité humaine à l’intérieur de la réalité, c’est déjà quelque chose d’« intime », de « proche ».
    Néanmoins tant que nous vivons alourdis par nos pensées et nos émotions, il ne sera jamais possible d’avoir foi dans ce « présent absolument parfait ». Nous sommes toujours en train de créer, par ces pensées et émotions, l’impression que dans le présent, il y a quelque chose en trop, ou quelque chose qui manque. Nous regardons toujours ce présent imparfait avec doute : « Est-ce que c’est vraiment bien comme ça ? », et nous ne pouvons être tranquilles. Et nous faisons des efforts, petit à petit, ou dans une grande explosion, pour attraper la « perfection », passant ainsi notre vie avec la peur, soit de ne pas avoir ce qu’on veut, soit de perdre ce qu’on a obtenu. Malheureusement, malgré tous nos efforts, même en manipulant ou en développant nos pensées et émotions, il ne sera jamais possible de cette façon d’atteindre le « présent absolument parfait ».
    Cette réalité de la « véritable forme de toutes les choses », le « monde dans sa totalité qui n’a jamais été caché », ce Genjo-koan ne peuvent être attrapés ni avec la pensée, ni avec l’émotion. La lutte – de l’esprit qui cherche à gagner quelque chose – elle-même nous empêche d’expérimenter directement ce secret grand ouvert. Ce n’est que lorsque nous sommes seulement assis, ayant abandonné la poursuite des idées imaginaires que nous avons construites dans notre tête à propos de cette « perfection » qu’il est possible de rencontrer le présent, qui, depuis le début, n’a rien en moins, ni rien en plus. C’est pourquoi, l’expression « la forme véritable de toutes les choses » indique simultanément la « réalité » et le problème ou le thème que nous devons pratiquer et vérifier. Lâcher cet esprit qui recherche le gain est une condition absolue pour que le soi soit capable de s’ouvrir et de s’abandonner complètement au présent et pour que le présent puisse imprégner le soi abondamment et sans limite. Dire « imprégner » ne signifie pas que c’est l’arrivée de quelque chose de nouveau. Mais c’est réaliser le vivant, un moi inter-connecté avec tous les êtres. Zazen n’est pas un processus visant à avoir quelque chose mais une pratique : comment laisser le soi être présent maintenant – ce qui est complètement différent à la fois dans sa qualité et sa dimension. « Rien à gagner » : on peut dire que c’est une expression qui aide à clarifier que zazen n’est pas une activité, dont le résultat serait « gagner » quelque chose. Ce n’est pas pour avoir, mais pour être.

    Quand nous entendons que zazen est seulement « s’asseoir tranquille sans rien chercher », il y en a sûrement parmi nous qui pense : « Quoi ! Une chose aussi simple que ça ! C’est une perte de temps et d’énergie de faire ça. Il n’y a qu’une personne paresseuse et inutile qui pourrait perdre du temps à ça ».
    Autrement dit, on peut entendre « rien à gagner » comme une situation sans aucun challenge, aucune valeur, si bien que le zazen ressemblerait à « un chat qui dort au soleil dans la véranda »... Sans doute que la critique mentionnée ci-dessus provient de cette sorte de compréhension de zazen.
    En réalité, zazen sans rien gagner ressemble plutôt à « un dragon qui approche de l’eau, un tigre qui s’ébat dans la montagne » (Fukanzazengi). Si cette sorte d’élan, de vie et d’enthousiasme ne remplit pas le corps et l’esprit, alors ce ne sera pas cette sorte de zazen. Dans le zazen-sans-gain, l’important se place sur le moment, là où l’on est, pas sur ce qui va être gagné à la fin. En d’autres termes, c’est un processus, pas un résultat ; ainsi chaque moment est important, exactement aussi important qu’un autre moment et aucun moment ne peut être négligé. C’est parce qu’il n’y a rien à gagner qu’il est demandé une diligence continue. Dès que cette diligence disparaît, l’esprit retourne à l’esprit-de-gain, ou à la négligence, ou la paresse et l’assise bien droit sans rien gagner va s’écrouler. Ainsi cette pratique sans esprit-de-gain est la chose la plus pure et la plus simple, et pourtant jamais simple ! On pourrait même dire qu’il n’y a rien de plus difficile.
    Le temps passé à s’asseoir sans rien gagner et sans rien « faire » peut sembler, en termes de marché, du temps gaspillé car rien du tout n’est produit. Pourtant, comme nous l’avons dit plus tôt, c’est là que le soi peut rencontrer la perfection absolue du présent, qui va imprégner le soi – et il n’y a pas de plus grand cadeau. Zazen n’est pas pour les personnes paresseuses qui tournent le dos au monde. Mais c’est une chose recommandée à tous, occidentaux ou asiatiques, homme ou femme, quel que soit l’âge. Car la perfection absolue du présent est toujours là : le moment présent parfait éveille (suscite) le moment présent parfait suivant ; à l’intérieur de ce moment est incluse la vigueur, (l’énergie ) qui va amener le moment suivant. Il ne suscite pas le moment suivant parce qu’il est imparfait, et va vers la perfection mais plutôt parce qu’il est une perfection sans cesse renouvelée.


    Rév. Issho Fujita dans « Dharma Eye », le Journal du Soto Zen.
    Traduction Joshin Sensei.
    Rév. Issho Fujita


    Collé à partir de < http://www.buddhaline.net/Zazen-sans-rien-gagner >

    J'avais vertement critiqué un texte de Issho Fujita posté par Buso dans ce sujet → ICI.
    Mais cette fois-ci je dois dire que je m'incline devant un texte qui expose, selon mon point de vue, l'essence même de la "sainte pratique"... Gassho !




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