Zen et nous

Le zen, sa pratique, ses textes, la méditation, le bouddhisme, zazen, mu


    L'intellectualisme français

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    Yudo, maître zen
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    Message par Yudo, maître zen le Ven 18 Oct 2013 - 19:30

    Il y a un moment que je m'interroge à ce sujet, et ma récente rencontre avec Brad Warner et mes derniers voyages (au Japon et en Allemagne) m'ont entraîné à y réfléchir: j''aimerais donc vous faire part de ces réflexions.

    Il y a longtemps que, en tant que Québécois (même si je m'approche de plus en plus du point où j'aurai davantage vécu en France qu'au Québec), j'observe en France une très forte tendance à tout intellectualiser, et en particulier l'anti-intellectualisme. C'est, ailleurs, une réflexion sur la tendance qu'avait eu le Bouddhisme indien à intellectualiser l'enseignement qui m'a déclenché cette réflexion.
    En effet, à la suite de mon maître, et ayant étudié un bon nombre de suttas du Canon Pâli, j'en suis arrivé à croire fermement que l'enseignement du Bouddha n'était en rien intellectualisant. Non qu'il n'y ait rien eu d'intellectuel chez lui, mais qu'à ce que j'en vois, à chaque fois l'intellectuel se trouvait couplé au matériel et cela dans une attitude poussant à l'action et non à la seule réflexion ou à quelque sorte de nihilisme matérialiste.

    Certes, ces deux tendances ont toujours trouvé à s'exprimer, mais je pense que c'est à chaque fois par manque de conscience de l'aspect profondément kinesthétique de l'enseignement bouddhique.

    J'ai déjà fait observer qu'une exégèse quadripartite n'est en rien une rareté, et qu'on la retrouve autant au Moyen-Age européen que chez maître Dôgen et qu'elle est essentielle pour éviter de tomber dans le piège du dualisme qui, se contentant des deux parties intellectuelle et matérielle, en vient à oublier l'aspect kinesthétique de l'action et l'aspect poétique de la réalité ineffable.

    Mais il existe en France une tendance culturelle très (trop) forte qui consiste à toujours tout ramener à des considérations théoriques selon la formule élégante que j'ai vue l'autre jour à Berlin sur un T-shirt: "Ne me dérangez pas avec la réalité, je veux pouvoir continuer à fantasmer".  C'est cette tendance qu'on voit à l'oeuvre dans le nombre invraisemblable d'excommunications qui jaillissent dès que quelqu'un propose quelque chose qui ne colle pas avec la doxa courante. L'exemple le plus courant ces temps-ci est le Front National: au lieu de tenter de voir ce qui pousse de plus en plus de gens vers ce parti (sur lequel je ne me fais aucune illusion) dont la chef est la seule (ou l'une des rares) dans le paysage politique à dire des choses qui touchent ces gens, (et cela même si je sais que c'est pure démagogie de sa part), tout ce que j'entends, c'est des excommunications, du genre "vous devriez avoir honte de voter pour ce parti". Evidemment, ce genre de discours ne peut pas prendre.

    Mais il est selon moi caractéristique d'une attitude qui ne cherche pas à voir comment fonctionne la réalité, mais qui ne recourt qu'à l'émotif. Il en va de même lorsque la culture est menacée: les exclamations sont toutes du type "Nous devons protéger notre exception culturelle". Mais je n'entends personne se préoccuper de ce qui s'est pratiqué ailleurs, ni de chercher à démontrer de façon pragmatique la nécessité économique de la culture.

    C'est pourquoi, parfois, je m'inquiète pour le Bouddhisme. Ne risquons-nous pas de suivre la même pente, ce que j'avais déjà observé au dojo de Montpellier avec des personnes qui me traitaient d'intellectuel à chaque fois que je leur signalais quelque chose qui n'allait pas, mais dont l'anti-intellectualisme était paradoxalement totalement déconnecté de la réalité tangible des choses.

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    Re: L'intellectualisme français

    Message par Kaïkan le Ven 18 Oct 2013 - 20:13


    Bonjour,

    Si je me réfère à l’enseignement du zen sôtô tel que je l’ai reçu (comme beaucoup d’autres) et tel que je l’ai vu mettre en pratique et tel que je le vis, je ne ressens pas une inquiétude profonde.
    Il est quand même assez évident que l’enseignement pointe le doigt sur la posture, l’attitude, le travail manuel, et que les débutants sont dissuadés de se lancer dans les considérations philosophiques et ramenés constamment dans le concret de l’action ici et maintenant. Le zen c’est avec le corps en priorité. La concentration c’est beaucoup sur les mains et les pieds qui sont les parties les plus éloignées de la tête. M° Deshimaru faisait souvent le rapprochement antithétique entre la statue du penseur de Rodin et la posture des Bouddhas.
    Bien sûr je ne vais pas prétendre que le danger de retomber dans la ratiocination intellectuelle n’existe pas. Mais c’est vraiment le mal du siècle et il n’est pas que français. Les allemands et tous les germanophones sont en Europe largement en tête de l’intellectualisme suivis de près il est vrai par les français qui battent les italiens d’une courte tête (elle est bonne celle-là !) si j’ose m’exprimer ainsi.
    En fait c’est vrai il faudra toujours être vigilant à privilégier la lucidité qui n’a rien à voir avec les bouffées émotionnelles ni les raisonnements compliqués.
    La pratique, car le zen est une pratique constante, est toujours d’abord une attitude. Cette attitude est la base, la source d’une conscience au-delà de la pensée, et favorise la compréhension immédiate et directe de l’intuition.
    Cependant lorsqu’on est vraiment aguerri, rien n’empêche de pouvoir utiliser l’intellect avec une très grande efficacité.

    Je laisse la place à d’autres avis.
    Bon zazen.






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    Re: L'intellectualisme français

    Message par Fred le Ven 18 Oct 2013 - 22:44

    Bonsoir,

    En ce qui concerne le FN, il est vrai qu'au niveau efficacité quant à la manière de gérer l'existence d'un parti tel que celui ci, il est dommage que l'aspect affect prime à ce point. De ce fait, on ne peut à proprement parler, utiliser le terme de gestion, ce qui impliquerait une volonté de partir de l'acceptation de l'existence de ce parti, comme  composante de la réalité à partir de laquelle il faut dealer.

    Cependant, il faut dire une chose, c'est que bien qu'on puisse regretter cet état de fait, on peut également se réjouir de cette forme de rejet quasi viscérale de la part de certaines personnes, montrant par là, qu'un certain penchant éthique à été acquis, comme par exemple le fait de prendre conscience avec une certaine bienveillance, du côté humain, individuel, de la problématique de l'immigration. Cela, le discours FN l'exclue tout à fait de ses raisonnements, si ce n'est avec démagogie.

    Cependant, encore une fois, il est vrai que ce rejet est contreproductif, et procède finalement d'une forme d'ignorance comparable à celle qu'on rencontre chez les partisans FN, mais cette fois qui se porte sur ces partisans eux même, que l'on prive de considération, au même titre que les immigrants en tant qu'individus en sont privé par ces derniers. Ainsi, cette bienveillance qu'on accorde aux immigrés, rencontre un obstacle lorsqu'il s'agit de l'étendre aux sympathisants FN, ce qui est bien sur à regretter, puisque ces sans doute cette même bienveillance qui permet en quelque sorte qu'on puisse s'asseoir autour d'une table et discuter. Il y'a donc certainement un pas à franchir en l'occurrence.

    Il n'y a pas de raison à priori, que les pratiquants bouddhistes, ne rencontrent pas les uns les autres, ce problème de manque d'écoute mutuelle, que ce soit dans le combat intellectuel VS non intellectuel, ou autres combats, puisque les uns comme les autres, doivent faire face à leur crispations, tout autant que n'importe qui. Cependant, et là, c'est la foi en zazen qui parle, lorsque les individus s'assoient tous sur le zafu, il font une expérience qui, au delà des opinions de chacun, les rassemblent toutefois, inconsciemment. Le zazen, ne peut perdre ce statu fédérateur, car autrement on ne parlera même plus de Bouddhisme ou de zen. Le zazen, est donc le fondement de l'édifice commun proposé par le Bouddhisme, un édifice dans lequel chacun en arrive à réaliser par l'effort personnel, qu'il en est un pilier et que, en définitive, il n'a qu'a se préoccuper que de sa propre solidité.

    PS : Désolé, je crois que je suis un peu hors sujet...Embarassed 
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    Re: L'intellectualisme français

    Message par lausm le Sam 19 Oct 2013 - 0:21

    Le français est clairement un animal intellectuel attaché à la lettre et au mot.
    J'ai eu un stagiaire infirmier, il m'a permis de refaire l'état des lieux de la formation : on a bien progressé dans la complexification des formulations pour évaluer les élèves, ce qui fait bien suer les encadrants sur le terrain (mais pas moi, je n'ai pas peur de ça, je joue avec!).
    Mais on s'éloigne du terrain.
    Ce garçon pourrait avoir le diplôme demain, et son intellect il l'utilise totalement en lien avec le concret...mais ses profs n'aiment pas ça, car il met en évidence le fait qu'ils se sont pour la plupart fait suer à bosser comme des nases pour devenir cadres, en entrant dans le moule administratif, alors qu'un simple élève arrive et les doigts dans le nez, peut leur faire la leçon et se permettre en plus d'arriver à voir les limites du cadre!
    Le zen n'échappe pas à ces ambiguités : on enseigne que la vrai voie c'est ici et maintenant, que c'est dans la vie quotidienne que ça se réalise, mais ceux qui enseignent cela adoptent un mode de vie où ils font enseignants zen à plein temps, où ils passent des plombes à mettre en place et énoncer du discours intellectuel, à légiférer et pondre des règles de fonctionnement, en gros à des tâches administratives de gouvernance qui correspondent à un modèle patriarcal pyramidal hiérarchique et clanique. Les gens pour la plupart adhèrent à ce modèle du maître, de l'autorité, ne la remettent pas en cause. Voire en redemandent tout en voulant la liberté.
    Donnez-moi une laisse et un maître et je me sentirai libre de moi-même!
    Derrière, l'affectif mêne la barque alors qu'il est censé être maîtrisé...en fait il n'est pas reconnu, la tentative de contrôle monopolise toute l'énergie de conscience....alors ce qui n'est pas conscient mène le jeu.
    Le problème du bouddhisme survient dès qu'on se pose la question de ce qu'il devrait être...on ferait mieux de se poser la question à un niveau individuel....mais c'est tabou dans notre culture, alors que je pense que c'est un présupposé culturel oriental : on fonctionne à partir de notre centre, alors qu'en France on se pense comme être social, et fonctionnant pour les autres avant que pour soi (culture chrétienne catholique). Du coup ça fausse la réflexion.
    En fait on risque de créer un bouddhisme qui fonctionne avec tout ce qu'on voulait rejeter de la culture catholique, par faute d'avoir su observer et reconnaître nos propres conditionnements culturels.
    Deshimaru avait vu les risques, en disant même que l'on pouvait se passer du terme de zen, et appeler ça la Vie. Dogen récusait l'appellation école zen, pour ce genre de raisons.
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    Re: L'intellectualisme français

    Message par zanshin le Sam 19 Oct 2013 - 8:03

    tao 

    Bonjour lausm,

    Au prochain message il y a changement de rang (une deuxième étoile). Cela veut dire mille messages : félicitations. bravo


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    Re: L'intellectualisme français

    Message par fonzie le Sam 19 Oct 2013 - 10:44

    Bonjour,

    J'ai aussi souvent ce sentiment que l'administration est formatée et que leur formation consiste à construire de hauts mûrs avec des pensées toutes faites, des opinions et des préjugés qui ne peuvent être remis en cause et que le fonctionnaire ou le "cadre" se retrouve dans un engrenage lourdingue dans lequel même si sa sincérité et son courage lui donnait l'occasion de remettre en question, il s'attirerait de gros ennuis de la part de ses congénères, puisque devenant un objet de réflexion pour ceux-ci en les mettant face à leurs contradictions et à l'absurdité de leurs hautes abstractions intellectualistes, car ce n'est pas tout le monde qui s'appelle Nicodème et donc capable de poser des questions simples et innocentes (Jean 3.10).

    Yudo, maître zen a écrit:C'est cette tendance qu'on voit à l'oeuvre dans le nombre invraisemblable d'excommunications qui jaillissent dès que quelqu'un propose quelque chose qui ne colle pas avec la doxa courante.

    Quand le monde est trop plein de yin, un germe de yang apparaît et vice versa et ça peut provoquer des révolutions.
    Entre la bombe et la bombe à retardement, il vaut mieux choisir la bombe à retardement, ça laisse le temps de réfléchir comment la désamorcer.

    des personnes qui me traitaient d'intellectuel à chaque fois que je leur signalais quelque chose qui n'allait pas, mais dont l'anti-intellectualisme était paradoxalement totalement déconnecté de la réalité tangible des choses.

    je me suis retrouvée dans une situation similaire sous une autre forme. Des personnes dont le pouvoir et la notoriété n'ont pas l'habitude que le citoyen moyen ne soit pas impressionné par leur personne (en plus, moi qui suis timide, je sais pas comment ça ce fait que j'ai eu cette attitude, je ne devais pas ce jour là être moi-même Laughing ) et je crois que déjà cette attitude les a vexés, je veux dire que le fait de les prendre d'égal à égal a été considéré comme de l'irrespect; en clair je pense que j'étais face à des personnes que leur pouvoir et leur positions sociales avaient rendus un tantinet orgueilleuses.
    J'ai aussi bien senti que par le fait d'être sincère, j'allais me faire foudroyer sur place. Aussi dans l'urgence, j'ai finit par me mettre au diapason... en disant "oui, d'accord" à tout, car de toute façon, ils avaient le pouvoir de ne pas me laisser le choix mais dans mes actes, j'ai fait tout le contraire de ce que j'ai dit en attendant les foudres; c'est ce que j'appelle la bombe à retardement.
    Je n'ai pas de quoi être fière, mais je peux témoigner que de jouer le même jeu que les hypocrites quand on veut être sincère, est très difficile. Je me dis que les actes laissent des empreintes et en ce sens, sont plus importants que les paroles.
    Oui, c'est sûr, ce jour là, je ne devais pas être moi et peut-être même sans le savoir... ce pas-moi a combattu un administro-techno-intellectualisme schizophrène Shocked

    Quoiqu'il en soit, je vois à mon niveau qu'il m'est bien plus facile de parler sur un forum zen que de m'asseoir en zazen qui me fait mal aux pieds et aux jambes. Donc j'imagine que dans la quiétude et la pseudo sérénité des pensées théoriques, il n'est pas facile de remettre en question des pensées toutes faites par le seul fait de pratiquer.

    "Ne me dérangez pas avec la réalité, je veux pouvoir continuer à fantasmer"
    c'est vrai, quand on est dans une "réalité", même si elle est fondée sur des illusions ou fantasmes, si les yeux commencent à percevoir ne serait-ce qu'un soupçon d'une autre réalité possible remettant en cause la précédente, ça dérange beaucoup. C'est un peu comme quand on a repéré une nouvelle maison qui nous correspond plus et qu'on décide de déménager, il faut d'abord mettre du bazar partout pour faire les cartons, trier, jeter des trucs inutiles, tout nettoyer, transpirer pour porter les cartons, renettoyer, reranger etc. mais après on est content d'être dans cette nouvelle maison et on pense en souriant à toutes les craintes, les peurs, les questions qu'on s'est posé avant de déménager en se disant "mais qu'est-ce que j'ai été bête de pas le faire avant !"

    C'est pas mal ce genre de tee-shirt avec cette "formule élégante" qui peut tout aussi bien être comprise et sous-entendre l'inverse de ce que ça dit.

    Je trouve que la langue française, si on ne s'arrête pas pour un mot au seul sens qui nous arrange personnellement (comme pour l'interprétation des textes) est pleine de subtilités (comme beaucoup d'autres langues d'ailleurs).
    Avec peu d'instruction, car ma jeunesse est passée à faire autres choses (surtout des conneries) que des études, j'ai découvert les mots assez tard et j'ai pu ainsi mesurer l'immensité de mon ignorance intellectuelle.
    Cependant la lettre et les mots restent des outils et comme tout outil, tout dépend comment on l'utilise.
    Mais grâce à cet outil, j'ai pu poser des mots sur des expériences personnelles passées, c'est pourquoi je trouve qu'être un peu intello., s'enrichir de vocabulaire, c'est permettre aux pensées de faire des liens entre ses idées, entre ses pensées et ses actes et se donner le pouvoir de réfléchir...

    J'ai déjà fait observer qu'une exégèse quadripartite n'est en rien une rareté, et qu'on la retrouve autant au Moyen-Age européen que chez maître Dôgen et qu'elle est essentielle pour éviter de tomber dans le piège du dualisme qui, se contentant des deux parties intellectuelle et matérielle, en vient à oublier l'aspect kinesthétique de l'action et l'aspect poétique de la réalité ineffable.
    Pour reprendre l'image du yin dans le yang et du yang dans le yin (ce qui fait 4 et non 2), le centre de cette croix serait un juste dosage de la "quantité "et de la "qualité", source de mariage heureux.
    A propos, hier en cherchant sur les kanjis et me disant qu'avec les "mains vides", on a quand même 5 doigts dans chaque main,
    j'ai vu qu'il existe un livre sur Maître Dôgen et Saint François d'Assise.


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    Re: L'intellectualisme français

    Message par lausm le Sam 19 Oct 2013 - 12:17

    Le plus marrant, c'est que l'autre jour, un copain du zen nous a proposé une cérémonie Inipi à la Lakota, la hutte de sudation traditionnelle des amérindiens. La nuit de la Saint-François d'Assise.
    Je me suis demandé ce que je faisais là en tant que moine zen, mais aussi je m'en foutais, j'étais là, ni bien ni mal, au-delà du bien et du mal, avec l'éveil et toute mon impureté, bien assis sur la terre dont mon corps s'enduisait.
    Je suais le zen et le bouddhisme, et de toutes façons il était impossible de vouloir rester quelque chose de spécial ou quelqu'un!
    Je devenais rien!
    je suis sorti, allongé par terre : un crachin est tombé, infime, mais chaque goutte était comme une aiguille d'acupuncture tellement ma peau était devenue sensible. Ca me traversait.
    Donc avons-nous commencé à réaliser le zen de la Terre chez nous?
    je me dis, pourquoi vouloir ne faire que zazen, et rien expérimenter d'autre, et vouloir que le bouddhisme ressemble avant tout à une idée, plus qu'à l'expérience de la Vie, telle qu'elle vient?
    Aujourd'hui, les cloisons entre les bureaux tombent, mais je vois combien je suis conditionné à ce cloisonnement mental.
    Mais l'intellect, les mots, peuvent servir à communiquer une expérience....et il me semble que c'est là ce que tu fais, et là les mots trouvent leur vraie utilité. Ils ne sont pas du verbiage.
    Là le karma français intellectuel prend toute sa valeur positive.

    Mais comment François d'Assise parlait-il aux oiseaux?
    Sûrement comme les hommes-médecines parlent aux animaux, sûrement comme Reiun voyait les fleurs de pècher, sûrement comme Ryokan voyait la nature et les paysans : avec leur coeur.
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    Re: L'intellectualisme français

    Message par Yudo, maître zen le Sam 19 Oct 2013 - 21:09

    Lorsque je parle d'intellectualisme déguisé en anti-intellectualisme, je songe expressément à l'aspect proprement intellectuel du Bouddhisme, qui me paraît nécessaire, mais doit aller de pair avec la pratique, afin que l'idée (les concepts) et la matière (le sol, le coussin, et le reste) se rejoignent dans l'action qui est le fait même de s'asseoir (et non pas seulement l'idée de s'asseoir).
    J'observe que lorsque nie cet aspect intellectuel, on intellectualise ce qui n'aurait pas dû l'être (s'asseoir), de même que lorsqu'on privilégie cet aspect intellectuel, on se forge vite une bonne excuse pour ne pas entreprendre une pratique difficile, qui fait mal aux jambes et qui demande du temps.

    Cet équilibre si nécessaire entre les deux, il est hyper facile de le détruire d'un côté comme de l'autre.
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    Re: L'intellectualisme français

    Message par tangolinos le Sam 19 Oct 2013 - 23:18

    Bonsoir tous

    il me semble que la question que se pose yudo est celle qui a été résolue par l'américain moyen qui dit que l' Europe est "the old World", comme le ferait le français moyen en disant que la Grèce est "le vieux monde".

    On peut comprendre l'attitude d'un québéquois qui a choisi de revenir à sa source et qui se rend compte que sa source a bien vieilli.

    Mais au delà de ces questionnements intestinaux, il y a bien l'interrogation primordiale qui serait celle de distinguer le rationnel de l'intuitif.

    Il me semble en effet que la mouvance de la mondialisation en cours met en relief ce que le rationalisme génère, et ce que l'intuitif voudrait défendre.

    Nous pouvons constater combien le rationalisme envahit toutes les cultures, mais aussi combien cette manifestation permet de voir surgir de multiples réactions.

    Certes la crainte exprimée par Yudo=
    "C'est pourquoi, parfois, je m'inquiète pour le Bouddhisme. Ne risquons-nous pas de suivre la même pente"
    a toute sa valeur en tant que crainte mais aussi en tant qu'acte militant.

    Grosso modo, on peut dire que l'occident est l'initiateur du rationalisme envahisseur mais aussi le concepteur d'une mondialisation qu'il n'a pas encore gagnée.

    Je reste en effet persuadé qu'à force d'éteindre l'hémisphère intuitif de notre cerveau, un jour il rebondira...à l'image de notre cul qui a besoin de ses deux fesses pour faire un pêt...Hihi

    Ceci-dit j'ai bien aimé ce qu'à dit Kaïkan=
    "En fait c’est vrai il faudra toujours être vigilant à privilégier la lucidité qui n’a rien à voir avec les bouffées émotionnelles ni les raisonnements compliqués."
    sauf que je dirais que la lucidité n' a pas rien à voir avec les émotions et/ou les raisonnements, bien au contraire, elle en serait le lien tout en les contenant.
    Disons que les bouffées compliquées sont à bannir.
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    Re: L'intellectualisme français

    Message par Fred le Dim 20 Oct 2013 - 12:59

    Bonjour,

    Je crois aussi que l'une des spécificités incontournables de l'intellectualisme idéalement pratiqué dans le Bouddhisme, c'est son caractère étroitement lié à Metta, ce pour quoi, l'objectif de cet exercice s'avère être véritablement conscient, lui donnant force et direction. C'est par là d'ailleurs, qu'on pourra parler au sujet de cet usage, de moyen habile. C'est de ce fait par la conscience de cet objectif, qu'on ne peut considérer au sujet de cet usage idéal (dans le sens accompli), qu'il n'est que pure ratiocination coupée de l'instinct.
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    Re: L'intellectualisme français

    Message par Jabba the dégonflé ! le Dim 20 Oct 2013 - 13:17

    J'arrive ! j'arrive ! Distribution de mettadone pour tout le monde !
    vous êtes doucement en train de faire une rechute drunken 
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    Re: L'intellectualisme français

    Message par Fred le Dim 20 Oct 2013 - 13:27

    Non, je ne crois pas

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    Re: L'intellectualisme français

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