Zen et nous

Le zen, sa pratique, ses textes, la méditation, le bouddhisme, zazen, mu


    La peur de disparaître

    Partagez
    avatar
    Zenoob
    vrai fleuron
    vrai fleuron

    Nombre de messages : 1106
    Date d'inscription : 08/09/2011

    La peur de disparaître

    Message par Zenoob le Mer 12 Fév 2014 - 18:14

    Tout à l'heure je lisais un truc - un peu débile d'ailleurs - sur la méditation, et le type qui en parlait disait que le but était de disparaître en tant qu'identité, avec toutes ces histoires de dissolution de l'ego dans un grand tout et tutti quanti. Bon, je me méfie toujours de ce genre de discours, mais n'empêche qu'encore une fois ça m'a questionné.

    La lecture de ce truc là a suffi chez moi à provoquer une crise d'angoisse : méditer, c'est donc aller vers ma mort, vers ma disparition ? Cette idée m'est insupportable. Pourtant j'aime pratiquer, j'ai confiance en la pratique, mais cet obstacle là, celui de la peur de mourir, de la peur de disparaître, de la peur de n'être rien (ou d'être tout, ce qui est la même chose), je n'arrive pas à le surmonter. C'est, certainement, une peur irrationnelle, et qui provient de je ne sais où, d'une partie de moi qui est dans l'erreur ; je le sais bien, je le sens bien. N'empêche que c'est terrifiant, quoi qu'il en soit. Je continue à pratiquer, pourtant, même si un peu moins qu'avant parce que les zazen ne sont vraiment pas très chouettes - évidemment, avec cette peur là en permanence, c'est pas très marrant.

    Comment approcher cela de façon un peu plus sereine ? Accepter de disparaître ? Accepter de n'être plus rien ? Je n'y arrive pas, c'est insupportable à envisager ! Juste respirer et rester dans la posture et dans l'expiration ? C'est ce que j'essaie de faire, mais les questions et la peur surviennent invariablement et le problème, c'est que ça prend le dessus : je me retrouve embarqué à flipper, à me dire que je n'existe pas, à angoisser, en croyant que je suis en train de vivre une expérience de dissolution de l'ego ou je ne sais pas quoi, alors que ce sont juste des conneries que j'ai lues. Bref, c'est stupide, et je n'arrive pas à dépasser ça. J'essaie d'avoir sur tout ça une approche spinoziste (oui j'ai lu spinoza récemment, d'ailleurs c'est incroyable à quel point c'est proche des enseignements du bouddha, je pense que c'est une lecture qui pourrait intéresser un sacré grand nombre de pratiquants de zazen) et de voir tous mes affects, toutes mes sensations, même les pires et les plus douloureuses, comme des expressions de vie dont il faut se réjouir plutôt que se plaindre, mais c'est pas évident...


    avatar
    Kaïkan
    Admin
    Admin

    Masculin Nombre de messages : 5504
    Age : 70
    Localisation : Jura-alsacien
    Emploi/loisirs : Moine zen enseignant, disciple de T. Deshimaru depuis -1978 -
    Humeur : insaisissable
    Date d'inscription : 19/11/2009

    Re: La peur de disparaître

    Message par Kaïkan le Mer 12 Fév 2014 - 18:50


    J'ai été pendant de longues années un ami de Yvon Bec qui était un grand admirateur de Spinoza.

    http://www.zen-deshimaru.com/fr/zen/maitre-myoken-bec

    Nous avons fait de nombreuses sesshins ensemble et des camps d'été à la Gendronnière pendant une dizaine d'années. Je ne l'ai pas suivi dans sa mission malgré la profonde amitié que nous avions.

    Comme tu peux le voir sur le lien il n'a pas perdu sa joie et n'a pas disparu dans le rien.




    _________________
    - - Kaïkan - -
    - étoile - Kyo gyo sho itto - étoile -
    L’enseignement, la pratique et le satori sont unité.

    " L 'univers entier est l'éternel présent "
    avatar
    esprit du débutant
    Amateur
    Amateur

    Masculin Nombre de messages : 188
    Age : 42
    Localisation : BdR 13
    Emploi/loisirs : educateur guitariste
    Date d'inscription : 12/02/2013

    Re: La peur de disparaître

    Message par esprit du débutant le Jeu 13 Fév 2014 - 16:59

    bonjour Zenoob
    "accepter de disparaître? Accepter de n'être plus rien? Je n'y arrive pas..."

    Qu'en est-il du zenoob qui prononçait ses premiers mots?
    Qu'en est-il du Zenoob qui faisait ses premiers pas?
    Qu'en est-il du Zenoob qui poussait son premier cri?
    Qu'en est-il même du Zenoob de la veille?


    Qui est le Zenoob qui s'interroge sur la grande question,
    celui qui saisit et s'identifie à ceci ou à cela renforçant son égo?
    " />
    avatar
    lausm
    vrai fleuron
    vrai fleuron

    Nombre de messages : 1472
    Date d'inscription : 08/02/2010

    Re: La peur de disparaître

    Message par lausm le Jeu 13 Fév 2014 - 17:50

    En fait, ne voudrais tu pas etre arrivé avant que d'etre la où tu es?
    Tu voudrais avoir résolu le problème ultime de l'ego avant que de vivre cet ego?

    Avoir peur de mourir, de disparaitre, de n'etre plus rien, n'est-ce pas un petit peu normal pour tout etre qui vit sa névrose normale dans ce monde?
    N'aurais tu pas envie de griller l'étape, pour justement esquiver le truc?
    Pour disparaitre, faut-il apparaitre d'abord...et rester coincé dans la peur de disparaitre, n'aurait-il pas pour fonction d'éviter d'apparaitre d'abord?

    Accepter de ne pas accepter de disparaitre, accepter de ne pas accepter de n'etre plus rien, ça me semble plutot salutaire comme première étape.
    Accepter son angoisse comme partie de soi, et en prendre soin.....on ne résout pas ce truc par la force ni en l'excluant de soi.
    avatar
    Kaïkan
    Admin
    Admin

    Masculin Nombre de messages : 5504
    Age : 70
    Localisation : Jura-alsacien
    Emploi/loisirs : Moine zen enseignant, disciple de T. Deshimaru depuis -1978 -
    Humeur : insaisissable
    Date d'inscription : 19/11/2009

    Re: La peur de disparaître

    Message par Kaïkan le Jeu 13 Fév 2014 - 19:18


    Quelques mots pour les débutants.



    Pour ceux qui commencent la pratique de zazen et particulièrement ceux qui pratiquent beaucoup solitairement, je veux insister sur →
    Les recommandations suivantes :

    • - Faire zazen ce n'est pas s'asseoir de façon ordinaire.
    • - Pendant zazen on ne laisse pas son esprit divaguer dans tous les sens.
    • - La respiration joue un rôle très important qui unit posture correcte, énergie juste et attitude de l'esprit.

    Il faut donc bien comprendre que ces trois points doivent être pris en considération et que les difficultés ne peuvent être surmontées que si l'on comprend qu'elles proviennent d'une pratique mal conduite.

    Les solutions proposées systématiquement :

    • - Toujours ramener l' attention sur les points importants de la posture
    • - Veiller à ne pas entretenir les pensées (à les nourrir) et toujours ramener le mental sur le corps, l'attitude, la respiration.
    • - Observer l'énergie de sa pratique en maintenant une respiration lente avec une expiration longue en se centrant sur le bas-ventre.

    Pendant zazen, si la concentration est bonne, on n'a quasiment pas le temps de penser. Les genoux pressent le sol, la cambrure lombaire est légèrement accentuée ce qui permet une colonne vertébrale bien droite, un menton rentré, une nuque souplement étirée en poussant le ciel avec le sinciput (sommet du crâne).
    Les épaules sont détendues et rejetées en arrière, le torse est légèrement bombé. Les bras tombent naturellement le long du torse et les mains sont rassemblées sur le giron, la main gauche sur la main droite, les paumes sont vers le ciel, les pouces se touchent en faisant une ligne horizontale.
    On est attentif à supprimer toute tension inutile. Zazen est une concentration totale du corps et de l'esprit, ce n'est certes pas une assise dont le but est de rêvasser. Il faut trouver l'équilibre entre tension et détente, c'est cela qui produit l'effet d'homéostasie.

    Donc il est important pour tous les débutants de comprendre que la pratique de zazen demande des efforts et est difficile pendant les premières années. Il est donc vivement recommandé de pratiquer de temps à autre dans des dojos afin de vérifier si la posture est juste et si on arrive à s'harmoniser avec d'autres méditants en se pliant aux règles des communautés ne serait-ce que une heure ou deux par mois.

    Bon courage.





    _________________
    - - Kaïkan - -
    - étoile - Kyo gyo sho itto - étoile -
    L’enseignement, la pratique et le satori sont unité.

    " L 'univers entier est l'éternel présent "
    avatar
    Zenoob
    vrai fleuron
    vrai fleuron

    Nombre de messages : 1106
    Date d'inscription : 08/09/2011

    Re: La peur de disparaître

    Message par Zenoob le Jeu 13 Fév 2014 - 21:13

    Merci Kaïkan ! Effectivement je crois que revenir à la base de la base est une bonne chose, c'est ce que je fais en ce moment : la respiration, la posture, et puis c'est tout. Du moins j'essaie. J'ai parfois aussi des moments de grande détermination pendant zazen, des bravades du genre : quoi qu'il arrive et quoi que je ressente, RIEN ne me fera bouger. Un peu rigide, mais ça fait pas de mal sur le moment.

    J'essaie d'appliquer ça au mieux, mais en fait parfois, je me retrouve embarqué dans les pensées et les angoisses sans même m'en rendre compte ! Quand ce n'est pas trop flippant, ça va, je repère le truc, et je peux revenir à la respiration et à la posture assez facilement ; par contre, quand c'est très fort, je ne me rends même pas compte que je suis en train de me faire flipper tout seul, je rentre en mode "lutte", et je n'arrive pas toujours à revenir simplement à la posture et à la respiration et à lâcher le train de pensées / d'émotions.

    Je remarque cependant que je "progresse" : je vois bien que mon angoisse est simplement liée à des pensées. Quand je suis avec la respiration, ça va. Mais paf, une pensée angoissante survient : "où suis-je ? qui suis-je ? est-ce que j'existe vraiment ?" et déclenche tout de suite une émotion de peur ou d'angoisse que je ressens physiquement, et à partir de là, ça fait boule de neige et le reste du zazen est passé à lutter. Mais je vois bien que s'il n'y avait pas cette pensée, qui n'est que ça : une pensée, je n'aurais pas le torrent de flip qui va avec. Quand je ne pense pas à tout ça, ça va. C'est quand j'y pense que ça part en vrille.
    avatar
    Kaïkan
    Admin
    Admin

    Masculin Nombre de messages : 5504
    Age : 70
    Localisation : Jura-alsacien
    Emploi/loisirs : Moine zen enseignant, disciple de T. Deshimaru depuis -1978 -
    Humeur : insaisissable
    Date d'inscription : 19/11/2009

    Re: La peur de disparaître

    Message par Kaïkan le Sam 15 Fév 2014 - 17:23


    Bonjour,

    La description que tu fais de tes difficultés est tout à fait intéressante, d'ailleurs je ne nommerais pas cela "difficultés" mais tout simplement "l'observation" pendant la pratique de zazen. Il y a l'observation de l'activité mentale, comme il y a également celle de l'équilibre de la posture et celle de l'énergie qui circule dans le corps ainsi que les fluctuations entre tensions et détentes.

    Mais revenons sur l'observation de l'attitude du mental. En ramenant sans cesse la concentration sur la posture et la respiration, on ouvre une plus grande possibilité à revenir au calme et silence mental. Mais ce silence n'est pas permanent. Il s'établit et on se sent tellement bien qu'on ne s'aperçoit pas immédiatement qu'on s'est remis à penser, et lorsqu'on s'en aperçoit enfin, il y a parfois un très long moment qu'on est revenu dans l'agitation mentale. Ce n'est pas grave du tout et c'est au contraire une richesse fondamentale de la pratique de zazen.
    En effet, la pensée pendant zazen surgit du fond de la non-pensée à laquelle on revient toujours. Par conséquent ce n'est pas une pensée qui vient par enchaînements logiques comme lorsqu'on réfléchit consciemment à quelque chose ou que l'on médite sur tel ou tel aspect d'une idée philosophique.
    C'est une pensée qui surgit spontanément de notre subconscient et qui nous amène involontairement une connaissance de soi qui nous est habituellement inaccessible. Le seul travail, la seule responsabilité qui nous incombe, est de ne pas "enchaîner" (des pensées) en nous mettant à réfléchir ou méditer là-dessus, mais à saisir par l'intuition en un éclair le message du subconscient et de tout lâcher pour revenir à la non-pensée : lâcher "l’observation" et revenir à la concentration, (le corps, la posture  et ses points importants, la respiration). Il y a donc une vigilance à toujours prévaloir pour que l'observation ne nous entraîne pas dans l'agitation et pour cela on a recours à la concentration. Si la concentration devient trop prépondérante il y a tendance à l’endormissement et la rêvasserie il faut alors privilégier l'observation.

    La pratique de zazen n'est pas comme on a l'impression vu de l'extérieur une sorte de façon de "coincer la bulle" Smile, mais c'est plutôt une forte activité rassemblée comme celle d'un tigre prêt à bondir tout en restant souple et détendu.

    Bon dhyāna.

    NB: Chan et Zen sont les transcriptions en chinois et en japonais du terme Dhyâna. Dans ces écoles, la pratique correspond au zazen tout en ne s'y limitant pas. Dhyâna y est traditionnellement présenté comme la triple pratique de sila, samadhi et prajna.



    za zen


    Dernière édition par Kaïkan le Sam 30 Sep 2017 - 14:12, édité 1 fois


    _________________
    - - Kaïkan - -
    - étoile - Kyo gyo sho itto - étoile -
    L’enseignement, la pratique et le satori sont unité.

    " L 'univers entier est l'éternel présent "
    avatar
    Zenoob
    vrai fleuron
    vrai fleuron

    Nombre de messages : 1106
    Date d'inscription : 08/09/2011

    Re: La peur de disparaître

    Message par Zenoob le Mer 19 Fév 2014 - 15:03

    Merci Kaïkan pour ce rappel qui m'a été fort bénéfique.

    Mais j'ai quand même une question : comment faire pour, lorsque l'on est perturbé par une émotion ou une pensée, revenir à la respiration et à la posture sans que cela soit une négation ou une fuite ? Il me semble qu'un des propos de zazen, c'est aussi l'accueil bienveillant de tout ce qui survient, difficile ou pas ; et j'ai l'impression, quand la peur survient, ou la douleur, et que je me force à revenir à la respiration, de juste fuir ou ignorer ce qui demande manifestement à être entendu ou ressenti... Bref, comment garder une attitude bienveillante vis à vis de ce qui fait souffrir, sans camoufler cela, sans l'enfouir ?
    avatar
    Yudo, maître zen
    grand fleuron
    grand fleuron

    Masculin Nombre de messages : 2882
    Age : 68
    Localisation : Montpellier
    Emploi/loisirs : Artisan/ Maître zen
    Humeur : Colérique, lourd, égoïste, antipathique.Ou sympa, équanime, altruiste et sympathique. C selon
    Date d'inscription : 13/04/2008

    Re: La peur de disparaître

    Message par Yudo, maître zen le Mer 19 Fév 2014 - 16:12

    Zenoob a écrit:Merci Kaïkan pour ce rappel qui m'a été fort bénéfique.

    Mais j'ai quand même une question : comment faire pour, lorsque l'on est perturbé par une émotion ou une pensée, revenir à la respiration et à la posture sans que cela soit une négation ou une fuite ? Il me semble qu'un des propos de zazen, c'est aussi l'accueil bienveillant de tout ce qui survient, difficile ou pas ; et j'ai l'impression, quand la peur survient, ou la douleur, et que je me force à revenir à la respiration, de juste fuir ou ignorer ce qui demande manifestement à être entendu ou ressenti... Bref, comment garder une attitude bienveillante vis à vis de ce qui fait souffrir, sans camoufler cela, sans l'enfouir ?

    C'est en partie pour cela que je ne dis jamais de revenir à la respiration (ou plus précisément à la seule respiration). Il faut revenir à ce qu'on fait. Et ce qu'on est en train de faire, en Zazen, c'est Zazen. Il ne s'agit pas de "chasser" la pensée qui vient nous troubler, mais tout simplement de revenir au vif du sujet dont cette pensée était en train de nous distraire. Evidemment, l'effet immanquable de ce retour à l'action, c'est que la pensée a une forte tendance à s'évanouir.

    C'est évidemment subtil: ce n'est pas se forcer à revenir à la posture. C'est juste revenir à ce qu'on était en train de faire.

    Si au lieu de faire Zazen, tu étais en train de compter des vis ou des boulons, de mesurer de la farine ou une pièce, ou de faire une recherche pour rédiger un document quelconque, tu te rendrais vite compte qu'il te faut établir une hiérarchie des priorités. Et que, si ta priorité, c'est de rechercher ton sujet, alors, aussi intéressantes que soient les digressions qui pourraient te venir à l'esprit en cours de recherche, elles ne sont pas ton sujet. Et que c'est pire si tu es en train de préparer une recette de cuisine peu familière: ces pensées t'empêchent carrément de faire correctement ton travail. Donc, tu reviens à ton travail. Tu n'as pas à te forcer à quitter tes pensées, ni même à revenir à ton travail: tu fais juste y revenir.
    avatar
    Kaïkan
    Admin
    Admin

    Masculin Nombre de messages : 5504
    Age : 70
    Localisation : Jura-alsacien
    Emploi/loisirs : Moine zen enseignant, disciple de T. Deshimaru depuis -1978 -
    Humeur : insaisissable
    Date d'inscription : 19/11/2009

    Re: La peur de disparaître

    Message par Kaïkan le Mer 19 Fév 2014 - 17:08

    Zenoob a écrit:comment faire pour, lorsque l'on est perturbé par une émotion ou une pensée, revenir à la respiration et à la posture sans que cela soit une négation ou une fuite ?

    Je vois très bien que tu évoques ce qu'on appelle en psychologie le "refoulement".
    Il faudrait que l'attitude soit un refus de la pensée, et se sentant en faute, refuser ce qui s'est produit et faire comme si rien ne s'était passé. Ce n'est pas du tout de cette façon qu'il faut procéder. Il faut seulement lâcher ce qu'on a saisit sans rien nier sans rien rejeter, seulement "ouvrir la main" et revenir au corps, à la posture, à la respiration.
    Il y a aussi la technique que j'appelle "technique tibétaine", qui consiste, lorsqu'on s'aperçoit qu'on est en train de penser, à revenir en arrière de pensée en pensée jusqu'au point de départ lorsqu’on ne pensait pas. Cette technique à l'avantage de nous permettre :

    • de comprendre comment et pour quelle raison le processus de pensée est revenu,
    • de voir comment les pensées se sont enchaînées,
    • d'avoir une occupation d'introspection très passionnantes.

    Quoi qu'il en soit je répète toujours que ce qui doit être évité c'est de sauter de pensée en pensée comme le singe qui va de branche en branche. La pensée surgit et il ne faut pas s'en saisir mais comprendre en un éclair ce qui se passe et tout de suite lâcher. On voit effectivement des petites pensées très courtes venues de nulle-part qui traversent la conscience. Deshimaru les appelait des "nen".
    Et puis on s'oublie et on pense inconsciemment pendant quelques instants ; on s'en aperçoit, et si on fait un "rétropédalage" mental, on voit qu'à l'origine il y a eu un bruit comme l'aboiement d'un chien ou le chant d'un oiseau ou n'importe quoi d'autre et qu'on a "démarré" là-dessus inconsciemment. On comprend comment fonctionne la conscience avec les sens et les réactions qui s'en suivent c'est cela aussi la "connaissance de soi" qui est induite par la pratique de zazen.

    En tout cas il faut toujours penser à revenir à la non-pensée. (Penser à ne pas penser disait Deshimaru).
    Quelle que soit la technique on aboutit à une alternance de pensée et de non-pensée → hyshiryo

    Donc il est important de développer une attitude de recherche et d'attention à tous les phénomènes même les plus subtils et de ne pas hésiter à poser des questions encore et encore afin d'obtenir des précisions de la part des anciens pratiquants. Ils ont chacun une façon de présenter leur compréhension mais ils disent tous à peu près la même chose avec  des approches différentes et des mots qui leur sont propres.

    C'est à l'étudiant d'essayer de faire avec.  




    _________________
    - - Kaïkan - -
    - étoile - Kyo gyo sho itto - étoile -
    L’enseignement, la pratique et le satori sont unité.

    " L 'univers entier est l'éternel présent "
    avatar
    Zenoob
    vrai fleuron
    vrai fleuron

    Nombre de messages : 1106
    Date d'inscription : 08/09/2011

    Re: La peur de disparaître

    Message par Zenoob le Mer 19 Fév 2014 - 18:49

    Merci à vous deux, ça m'aide.

    Yudo, je comprends bien les analogies que tu fais, quand tu dis de revenir à ce qu'on fait, mais ce n'est pas aussi simple pour moi malheureusement. Ca marche bien avec compter les boulons ou râper le fromage, ok, mais quand il s'agit de zazen, l'action n'est pas si précise : personnellement je ne sais pas trop ce que je fais pendant zazen, je suis juste assis et j'essaie de me tenir droit et de faire attention à ma respiration et à ma posture, mais ce n'est pas une action qu'on peut circonscrire aussi simplement que celles que tu décris ! Alors concrètement, on fait quoi ? C'est pour ça que la respiration, c'est pas mal. Ahah, désolé de toutes ces questions !
    avatar
    lausm
    vrai fleuron
    vrai fleuron

    Nombre de messages : 1472
    Date d'inscription : 08/02/2010

    Re: La peur de disparaître

    Message par lausm le Mer 19 Fév 2014 - 19:08

    Peut-être pratiquer sans but?

    avatar
    Kaïkan
    Admin
    Admin

    Masculin Nombre de messages : 5504
    Age : 70
    Localisation : Jura-alsacien
    Emploi/loisirs : Moine zen enseignant, disciple de T. Deshimaru depuis -1978 -
    Humeur : insaisissable
    Date d'inscription : 19/11/2009

    Re: La peur de disparaître

    Message par Kaïkan le Mer 19 Fév 2014 - 19:28

    Zenoob a écrit:Alors concrètement, on fait quoi ?

    Justement il y a beaucoup d'occupation pendant zazen et certains ont tendance à l'oublier.
    Il y a trois sujets de concentration primordiaux :

    • Les points importants de la posture, (asana)
    • La respiration, (pranayama)
    • L'attitude de l'esprit. (mantra)

    Chacun de ces sujets nécessite de longues explications et il faudra y revenir très souvent.
    Par conséquent il faut continuer à nous harceler de questions  Laughing  car c'est le seul moyen d'obtenir des informations en bousculant un peu les vieux pratiquants.  Wink 




    _________________
    - - Kaïkan - -
    - étoile - Kyo gyo sho itto - étoile -
    L’enseignement, la pratique et le satori sont unité.

    " L 'univers entier est l'éternel présent "
    avatar
    Zenoob
    vrai fleuron
    vrai fleuron

    Nombre de messages : 1106
    Date d'inscription : 08/09/2011

    Re: La peur de disparaître

    Message par Zenoob le Mer 19 Fév 2014 - 19:46

    Autre chose qui me pose question, alors : quand on dit de revenir à ce qu'on fait, c'est en fait un peu faux, non ? Parce que finalement, quand je suis en train de penser, ce que je fais, c'est que je suis en train de penser ! Donc au moment où je prends conscience que je suis en train de penser, je suis déjà en dehors de la pensée ; donc il n'est pas possible de "revenir" à ce qu'on fait, puisque de toute façon on ne peut faire que ce qu'on est en train de faire...

    D'où la remarque de lausm : pratiquer sans but, certainement ! Mais sans ancrage, sans point d'attache, je dérive très vite dans l'angoisse et dans la rêverie, en effet... Aïe aïe aïe quel casse tête ! Alors peut être : se laisser avoir des points d'ancrage, se laisser les lâcher, se laisser les retrouver, puisque de toute façon, ce que je fais, je le fais, quoi que ce soit. Donc si j'ai besoin d'ancrage, je vais le trouver. Si je n'en ai pas besoin, alors je n'en ai pas besoin. Faire confiance à ce qui se déroule, tout simplement ?

    Sur l'attitude de l'esprit, je ne sais pas si je fais bien, mais ce que j'essaie de faire, c'est d'"être" ma respiration et ma posture ; je ne l'observe pas vraiment, en fait, c'est à dire que je ne pense pas à propos de la respiration (un peu plus au niveau de la posture) mais je la suis, dans les deux sens du terme, ahahah... Je ne sais pas si c'est une bonne chose ou pas, c'est ce que j'ai cru comprendre en tout cas de toutes les instructions qu'on m'a données.
    avatar
    Kaïkan
    Admin
    Admin

    Masculin Nombre de messages : 5504
    Age : 70
    Localisation : Jura-alsacien
    Emploi/loisirs : Moine zen enseignant, disciple de T. Deshimaru depuis -1978 -
    Humeur : insaisissable
    Date d'inscription : 19/11/2009

    Re: La peur de disparaître

    Message par Kaïkan le Mer 19 Fév 2014 - 20:25


    En fait tu as tout faux car tu juges ce que tu fais (dans ta pratique) en bien ou en mal.
    Et ça c'est le premier conseil avant même de t'asseoir : "Les idées de juste et de faux ne doivent plus pénétrer notre Esprit".(Shin Jin Meï)


    M° Dõgen a écrit:
    Voici mon Zazenshin :

    Avant tout, l'action absolue des Bouddhas et des patriarches est la pensée au-delà de la pensée. Cette réalisation, qui est l'esprit du Bouddha lui-même, devient la réalisation absolue de toutes les existences, ou la réalisation. du cosmos tout entier.
    Cette pensée au-delà de la pensée est notre soi qui devient toutes choses.
    Comme il en est ainsi, et comme c'est intime et sans opposition, cela ne dépend de rien : cela est inconsciemment satori.
    La certification absolue, au-delà du droit, du milieu ou de l'oblique, crée automatiquement la sagesse absolue.
    Comme l'eau est claire jusqu'au fond, le poisson qui nage se réalise lui-même.
    Comme le firmament est immense et s'étend jusqu'aux cieux, l'oiseau qui vole se réalise lui-même.

    Bien sûr, l'expression du Zazenshin de Wanshi Zenji n'est pas incomplète; ce n'est pas ce que je veux dire. Mais si je l'exprime ainsi, tout devient plus clair. Les successeurs des patriarches du Bouddha doivent donc exactement pratiquer zazen comme la chose la plus importante. Telle est l'authentification véritable et juste transmise à tous les patriarches du Bouddha.

    Et de plus dans le fukanzazengi : http://zen-et-nous.1fr1.net/t517-fukanzazengi-eihei-dogen

    Vous devez en conséquence abandonner une pratique fondée sur la compréhension intellectuelle courant après les mots et vous en tenant à la lettre. Vous devez apprendre le demi-tour qui dirige votre lumière vers l'intérieur pour illuminer votre vraie nature. Le corps et l'âme d'eux-mêmes s'effaceront, et votre visage originel apparaîtra. Si vous voulez atteindre l'éveil, vous devez pratiquer l'éveil sans tarder.



    _________________
    - - Kaïkan - -
    - étoile - Kyo gyo sho itto - étoile -
    L’enseignement, la pratique et le satori sont unité.

    " L 'univers entier est l'éternel présent "
    avatar
    lausm
    vrai fleuron
    vrai fleuron

    Nombre de messages : 1472
    Date d'inscription : 08/02/2010

    Re: La peur de disparaître

    Message par lausm le Mer 19 Fév 2014 - 20:35

    Essayer d'être, c'est encore essayer...si l'angoisse est là, alors ok, on fait avec. A un certain stade on ne peut plus rien expliquer sans encombrer la compréhension...on ne peut comprendre qu'en expérimentant.
    avatar
    zanshin
    Modérateur
    Modérateur

    Féminin Nombre de messages : 807
    Age : 68
    Localisation : Suisse
    Emploi/loisirs : retraitée du corps médical (ordonnée nonne zen en 1984)
    Humeur : attentive
    Date d'inscription : 01/06/2013

    Re: La peur de disparaître

    Message par zanshin le Jeu 20 Fév 2014 - 8:42

    tao 
    Bonjour,

    J'ai entendu souvent Stéphane Kosen dire : « L'important c'est de poser les bonnes questions.»

    Et d'ajouter : « L'important c'est pas "pourquoi" on fait zazen mais comment on fait zazen! »

    Effectivement lorsqu'on sait comment il faut faire, questions et réponses sont comme les deux jambes entrecroisées en lotus.   sunny


    _________________
    «Il faut deux ans pour apprendre à parler et toute une vie pour apprendre à se taire...»
    avatar
    Leela
    vrai fleuron
    vrai fleuron

    Féminin Nombre de messages : 1001
    Age : 66
    Localisation : Belgique
    Emploi/loisirs : arts, nature
    Humeur : printanière !
    Date d'inscription : 24/06/2011

    Re: La peur de disparaître

    Message par Leela le Jeu 20 Fév 2014 - 9:37

    pour revenir à la première question, je dirais que le risque n'est pas de "disparaître", mais de prendre conscience de se vraie nature", dont l'ego n'est qu'un support provisoire et précieux.

    Beaucoup de confusions viennent à mon avis d'une mauvaise traduction: on emploie "vacuité" (= vide) à la place de "impermanence et interdépendance".

    Merci pour les interventions très intéressantes, que je dois encore finir de lire Wink

      La date/heure actuelle est Jeu 19 Oct 2017 - 18:32