Zen et nous

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    嗣書 (SHIHO) le certificat de succession)

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    Message par Yudo, maître zen le Ven 21 Mar 2014 - 17:18

    Aujourd'hui, je voudrais vous faire part de quelques réflexions sur la Transmission du Dharma, hautement fantasmée.

    Cette réflexion m'a été suscitée par le récit qu'a fait l'un des membres de ce forum, récit où j'ai reconnu une personne que j'ai personnellement rencontrée. Elle découle aussi des dernières discussions.

    Maître Dôgen dédie tout un chapitre à cette transmission du Dharma. Maître Nishijima donne en commentaire au début de ce chapitre la phrase suivante: "Le disciple doit vivre avec un maître et étudier le comportement de ce maître dans la vie quotidienne."
    Il ajoute: "D'un point de vue matérialiste, ce certificat n'est qu'un bout de tissu et d'encre, et ne peut donc avoir un sens religieux ni être vénéré comme ayant une valeur religieuse. Mais le Bouddhisme est une religion concrète et trouve une valeur religieuse à de nombreuses traditions concrètes. (...) C'est pourquoi maître Dôgen accordait une grande valeur à ce certificat".

    Il m'est venu à l'esprit, pour ma part, que le seul cas où un maître ne se trompe pas en donnant la transmission, c'est le cas de transmission de complaisance, pour raisons politiques ou autres. Une personne que l'on ne connaît ni d'Eve ni d'Adam se présente, la bureaucratie de l'association dit à un maître de transmettre, celui-ci s'exécute, et hop! Inzepocket! Le maître peut décider de le faire sachant que cela permettra de fonder son temple, ou d'assurer sa survie, et, tout en sachant que c'est bidon, accorde sa transmission à quelqu'un qui va en être tout fier, mais se délestera au passage de sous, d'influence, etc. Dans un tel cas, il est évident que le maître ne se trompe pas en donnant la transmission. Il sait pertinemment où elle va.

    Cette réflexion m'est venue parce que, d'une certaine manière, il me semble que maître Nisjhijima s'est trompé en me donnant la transmission. Je n'ai pas beaucoup vécu avec lui, je n'ai pas eu beaucoup d'intimité avec lui (comme a pu l'avoir Brad Warner, par exemple), et je n'ai pas l'impression d'être arrivé à un tel point de réalisation que je sois un excellent transmetteur de son Dharma, même si j'ai pu faire imprimer un livre et tenter de diffuser sa pensée.

    Mais je suis depuis longtemps convaincu de la nécessité de la sincérité. C'est d'ailleurs l'objet d'une des calligraphies dont il m'a gratifié, qui reproduit un mot de Dôgen, 赤心片々 (sekishin henpen: littéralement coeur rouge, par petits morceaux). Ces caractères veulent dire "la sincérité, instant par instant". J'ai conscience de ne pas être à la hauteur de cette transmission, et d'une certaine manière, je la vis comme un fardeau. C'est bien fait pour ma gueule, j'avais qu'à pas l'ambitionner! Mais je me sens obligé de tenter d'être à la hauteur, dans la mesure de mes moyens.

    Et cet épisode mentionné sur la file AZI et dérives m'a fait prendre conscience que le Shiho ne donne pas de droits: il en enlève! Celui ou celle qui est dépositaire de la Transmission du Dharma n'est plus tout à fait libre de ses moyens. Et là s'explique la recommandation de mon ancêtre Niwa aux trois représentants de l'AZI, lors de leur transmission, à EIheiji: "Voici venu le temps d'apprendre à être humbles"!

    Aux Etats-Unis, il a fallu bien des dérives, bien des scandales pour que les choses se tassent. Certes, chez eux, en ce moment, le balancier tend à aller trop loin, mais en gros, on ne permet plus aux maîtres de se comporter en tyrans. Et c'est tout bénef, autant pour les enseignants que pour les étudiants.

    Nous, Européens, et en particulier les Français, sommes les héritiers d'une société d'ordres, où, malgré la Révolution et l'abolition formelle des privilèges, ces derniers survivent avec d'autant plus de force que tous, pouvant désormais y arspirer, y aspirent. Dans cette société d'ordre, le chef d'établissement, comme je le mentionnais hier, pourra déclarer en toute bonne foi que, peu importe ce qui se sera passé, en toute circonstance, il donnera toujours raison au cadre sur un subordonné. Article 1: le Chef a toujours raison. Article 2: au cas où, exceptionnellement, le Chef se serait trompé, se référer à l'article 1.

    Aujourd'hui, au plan politique, ce modèle est arrivé au bout du rouleau. Quoi qu'en dise le Medef, ce n'est pas la hauteur des salaires ni la mauvaise productivité des employés qui grève le modèle économique français, mais bien l'arrogance abrutie de types qui croient qu'un diplôme leur donne tous les droits, ainsi que le maquis réglementaire auquel se heurtent les chefs d'entreprise, en particulier les petites. Vous imaginez bien que, dans un tel contexte, lorsque des inspecteurs du travail visitent une entreprise, ils ne vont pas aller emmerder une entreprise dont le chef a le bras trop long, avec des contrecoups qui risqueraient de leur revenir au visage. Non, ils s'acharnent sur ceux qui ne peuvent pas se défendre.

    Toutes ces dérives que nous avons évoquées, et souvent dénoncées, viennent d'abord et avant tout d'une conception hiérarchique de la société, et des rapports sociaux. Cette conception hiérarchique est l'ennemie de l'initiative et de la responsabilité. C'est un modèle dans lequel personne n'est jamais responsable, sinon peut-être et souvent le lampiste. Chez certains, comme dans les cellules maoïstes, expulser régulièrement un membre ou l'autre permet de conforter le pouvoir du Chef. Chez d'autres, cela permet d'abuser du pouvoir conféré par le grade pour tenter de se gagner des faveurs. Tous les cas de figure sont possibles. La seule façon de les contrer est une organisation associative horizontale qui permette de remettre les dirigeants à leur place: celle de serviteurs. Et cela vaut aussi et surtout pour le maître.

    Ne pas confondre: dans une classe, le maître n'a pas à soumettre ses enseignements à l'approbation de ses élèves. Si ceux-ci n'apprécient pas, ils doivent aller voir ailleurs. Et il doit être bien clair que, même si quelqu'un n'apprécie pas ces enseignements, cela ne les invalide pas nécessairement. Cela veut juste dire qu'ils ne sont pas pour cette personne.

    Par contre, au plan quotidien, hors enseignement, le maître a besoin de rester sous contrôle. Joël, un pratiquant qui vient régulièrement chez moi, et qui est un étudiant de Dokusho Villalba, me disait avoir rencontré un maître romain Dario Doshin Girolami, disciple d'une maître américaine issue de la lignée de Shunryu Suzuki lors d'un congrès de UBE. Ce maître lui avait confié se rendre chaque année à une sesshin dirigée par quelqu'un d'autre, histoire de ne pas risquer de prendre la grosse tête.

    Je crois qu'il est important pour un individu récipiendaire de la Transmission de se savoir faillible, en grand danger de prendre la grosse tête, et que pour cette raison, il/elle doit bien être au fait de ses défauts et tendances pour savoir les voir se manifester. Mais comme il est important d'avoir des amis qui nous avertissent lorsqu'on risque de déconner, (et qu'il est important d'aimer assez ses amis pour accepter qu'ils le fassent!), il est important que les membres d'une association puissent prévenir leur maître résident lorsque ses comportements dérivent, voire le sanctionner au besoin.

    Le modèle autoritaire hiérarchique ne permet pas ce genre de choses. Et nous, Français, n'avons pas une culture suffisamment démocratique pour que cela se fasse facilement. Je crois pourtant que c'est, entre autres, dans cette direction que nous devons faire porter nos efforts. Nier le droit à la critique, c'est encourager le statu quo.
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    Re: 嗣書 (SHIHO) le certificat de succession)

    Message par Kaïkan le Ven 21 Mar 2014 - 19:08

    Yudo a écrit:Et cet épisode mentionné sur la file AZI et dérives m'a fait prendre conscience que le Shiho ne donne pas de droits: il en enlève! Celui ou celle qui est dépositaire de la Transmission du Dharma n'est plus tout à fait libre de ses moyens. Et là s'explique la recommandation de mon ancêtre Niwa aux trois représentants de l'AZI, lors de leur transmission, à EIheiji: "Voici venu le temps d'apprendre à être humbles"!

    le Shiho ne donne pas de droits: il en enlève!
    Je crois en cette phrase mais il y a de multiples façons de l'interpréter.

    D'abord je voudrais qu'on veuille bien regarder que le shiho a souvent été donné très rapidement, lorsque l'esprit du maître et du disciple concordent (c'est le maître qui en décide) exemples :

    • Mahakashyapa (c'est vrai qu'il fréquentait le Bouddha depuis longtemps)
    • Yoka Daishi (ou Genkaku, ch. Yung-chia Hsuan-chueh, 665-713). Disciple d’Eno, le sixième patriarche. Surnommé « satori d’une nuit », en référence à la brève rencontre qu’il eut avec Eno, au bout de laquelle celui-ci confirma son éveil. Auteur du Shodoka, l’un des quatre plus anciens textes du zen.
    • Et puis pourquoi pas Yudo puisque Nishijima en a décidé ainsi.

    Il y en a eu bien d'autres.

    le Shiho ne donne pas de droits: il en enlève!

    Je reviens sur cette phrase car c'est son interprétation qui m'intéresse. Il y a eu de nombreux cas ou un moine s'est contenté du shiho d'un maître très ordinaire parfois alcoolique et pas du tout éveillé, car il avait, ce moine en question, une forte vocation et voulait enseigner et transmettre sa réalisation.
    Alors que le shiho enlève le droit de mal se comporter et oblige à enseigner avec humilité et persévérance, alors : OUI !
    Mais que le shiho enlève le droit de discrimination afin que soit transmis le dogme d'une association et la fidélité à sa politique, alors : NON !

    J'ai longuement parlé de tout cela notamment avec le moine suisse Michel Bovay, et il a compris et approuvé ma position : pas de shiho du tout est préférable à une vassalisation envers un système quel qu'il soit, même si le certificat est en tissu de soie ancienne affublé de tampons authentiques.

    J'espère qu'on va enfin comprendre ce que je nomme : "critique constructive"... Chinois-salut 

    NB: Le shiho est une transmission plus qu'une succession. (à mon avis)


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    Re: 嗣書 (SHIHO) le certificat de succession)

    Message par Yudo, maître zen le Ven 21 Mar 2014 - 21:08

    Kaïkan a écrit:
    Mais que le shiho enlève le droit de discrimination afin que soit transmis le dogme d'une association et la fidélité à sa politique, alors : NON !
    J'avoue que je ne comprends pas le sens de cette phrase. Je pense que plus on a de pouvoir, plus on a de responsabilité, et moins on a de droit: droit à la vie privée, droit de dire n'importe quoi, droit de toutes sortes de choses qui ne font pas problème quand on est une personne ordinaire, mais qui le deviennent si on a une quelconque position d'autorité.


    NB: Le shiho est une transmission plus qu'une succession. (à mon avis)
    c'est un peu n'importe quoi. Maître Nishijima dit que c'est une succession, et cela me suffirait si ce n'était que s'il y a transmission, il y a par force succession. L'un, et puis l'autre.

    Quant aux exemples antiques de transmission, ils sont un peu surrannés, du fait que, dans la Sotoshu moderne, le shiho est automatique au bout de trois ans de formation.
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    Re: 嗣書 (SHIHO) le certificat de succession)

    Message par Kaïkan le Ven 21 Mar 2014 - 22:47


    Yudo a écrit:J'avoue que je ne comprends pas le sens de cette phrase.
    Il s'agit de la façon occidentale française... casque à cornes 
    Je fais allusion au détournement qui a été fait et qui est le suivant : ne sont désignés et recrutés pour le shiho que ceux qui ont été complètement endoctrinés afin d'être le plus sûr possible qu'ils vont bien propager l'enseignement de l'association et la politique de ses dirigeants. Ont leur apprend dés qu'ils sont ordonnés moine toutes les obligations qu'ils ont envers le sangha dont ils sont issus. Lorsqu'ils sont prévus pour devenir maître ils suivent un cursus qui va bien leur mettre les idées dans la bonne direction.
    Oui j'ai aussi des critiques à faire envers l'évolution de l'association crée par M° Deshimaru. Je prends seulement mon temps et je dis ce que j'ai ressenti disons entre le départ de Deshimaru et celui d'Etienne Zeisler (pour simplifier) quand c'était encore acceptable, et puis les années qui ont suivi pendant lesquelles l'évolution a tournée dans une direction qui m'a amené à rejeter tout (ce bazar) sauf la pratique transmise par M° Deshimaru.

    C'est pour ça que je dis : "Mais que le shiho enlève le droit de discrimination afin que soit transmis le dogme d'une association et la fidélité à sa politique, alors : NON ! pour moi ce n'est pas un shiho c'est une rigolade".

    Je crois qu'il y a la transmission d'un esprit avec le shiho et moins un héritage matériel bien qu'on puisse aussi voir ça comme une succession. Mais c'est (d'après moi) surtout la transmission de l'esprit sans obtention et sans entrave dont il est question. Bon c'est vrai je suis un peu idéaliste. C'est pour ça que j'ai rejeté le shiho et que je ne le trouve acceptable que post-mortem.
    C'est le voyage qui est intéressant, pas la destination finale... Laughing 




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    Re: 嗣書 (SHIHO) le certificat de succession)

    Message par lausm le Mar 25 Mar 2014 - 1:00

    Michel Bovay a fait partie de la première fournée qui a reçu le shiho quand la reprise des liens s'est faite avec le Japon, en 1998.
    Puis a développé un cancer des reins qui l'a emporté il y a quelques années.
    je me suis souvent demandé si au final, au plus profond de lui, il était satisfait d'avoir reçu ce titre.
    Lire ce témoignage semble corroborer ce que j'ai ressenti intuitivement : il devait etre mal avec cela.

    J'ai trouvé ce texte fort intéressant sur ce qu'il s'est passé après la mort de Deshimaru concernant le shiho et la légitimation de sa mission...on y découvre que Michel Bovay avait alors refusé de le recevoir.

    La version complète sur ce lien : http://deuxversants.com/?page_id=2542

    Je ne mets pas la version complète, mais elle démythifie nombre de discours qui ont été proférés depuis quelques années sur l'histoire du zen en France et en Europe.
    Un godo, avait dit que Deshimaru n'avait pas tout transmis, pour légitimer le rapprochement avec le Japon. Il semble que meme des pontes japonais ne pensaient pas la meme chose. N'est-ce pas au final douter profondément de ce qu'on a reçu?


    La venue de Niwa Zenji
    En 1984, la plus haute autorité zen du Japon, Niwa Zenji, chef de Eihei-ji, décide de se rendre en France, à la Gendronnière pour remettre le shiho aux personnes que la sangha aura désignées. C’est un fait majeur dans l’histoire du zen. Jamais encore un roshi de l’envergure de Niwa Zeni n’avait quitté le Japon pour aller certifier des moines étrangers, qui de plus n’avaient absolument pas suivi le cursus japonais et avaient été désignés par leurs condisciples sans que lui-même les connaissent où ne se mêle de ce choix. L’œuvre de Maître Taisen Deshimaru était certifiée à travers ses disciples. Cet événement n’aurait pas pu avoir lieu si certaines conditions n’avaient pas été réunies de part et d’autre. Du côté des disciples français, le refus du processus habituel de remise du shiho (longs stages dans les temples japonais, etc.), la détermination à défendre et promouvoir le zen reçu de Deshimaru sans faire de concession sur la nature de ce zen et l’unité de la sangha autour des personnes désignées (Roland, Stéphane, Étienne et Michel, qui se désistera), autant de facteurs qui les avaient incités à refuser toutes les propositions japonaises antérieures à celle de Niwa Zenji. Du côté de ce dernier, une grande intelligence, qui comprend la dimension particulière du zen de Deshimaru, et considère, à l’encontre de tout l’establishment zen japonais, que Maître Deshimaru est un authentique héritier de Kodo Sawaki et des patriarches, ainsi qu’un grand missionnaire des temps modernes. En témoignent ces mots qu’il dit à Stéphane, lorsque celui-ci lui rendit visite au Japon pour la cérémonie préparatoire au shiho: «Je vous remercie en tout cas d’être venu de si loin. Le zen a été transmis du Mont Sumeru au Mont Susan et du mont Susan au Mont Eihei (d’Inde en Chine de Chine au Japon). Il est maintenant transmis à la France. Quand vous recevrez le shiho, vous pourrez tout abandonner et avoir un esprit complètement doux et humble.» (propos rapportés par Luc, bulletin n°42-43 p20)

    Le 22-29 août 1984: «Maître Rempo Niwa est venu à la Gendronnière afin de remettre le shiho, c’est-à-dire la certification officielle de la transmission du dharma, à trois des plus anciens disciples […] Par cette action, et comme il l’a lui-même annoncé dans le dojo, il venait consacrer toute l’œuvre de Taisen Deshimaru Zenji et la mission dont nous sommes maintenant porteurs», écrit Pierre Crépon dans l’éditorial du bulletin n°44. Les trois disciples, ayant reçu le shiho, signent en commun un texte intitulé «Denpo Transmission du dharma»: «À travers trois disciples de Maître Deshimaru, c’est toute sa mission et le temple de la Gendronnière, fondé par lui, qui se trouvaient ainsi consacrés [...] Sa certification a renforcé notre détermination à affronter les difficultés de notre mission et notre désir de faire croître la fleur du zen planté fermement sur le sol occidental par Maître Deshimaru.» (Bul n°44 p.4).

    Le rev. Matsunaga Zendo (interprète et proche collaborateur de Niwa) explique ainsi les circonstances de cette remise: «Lorsque certains moines japonais firent des objections à la venue de Niwa à la Gendronnière, celui-ci trancha tous leurs doutes par ces mots: J’ai confiance dans le fait que le vrai zen a été transmis en Europe par Maître Deshimaru et je veux remettre le shiho à ses disciples pour aider cette fleur merveilleuse à se développer.» (bul n°44 p.6).

    Quant au rev. Aoyama Jiun Roshi, le maître de cérémonie de Niwa Zenji, «comme nous lui demandions ce qu’il pensait de nos cérémonies à la Gendronnière, il nous répondit qu’il les trouvait simples et belles, actualisant l’essence même de la cérémonie, de zazen.» (Bul n°44 p.6).

    Et, bien sûr, Niwa dans ses kusen: «Zazen a commencé avec le bouddha Sakyamuni en Inde. Il a continué en Chine, de Boddhidarma à Tendo Nyojo. Il a été ensuite transmis au Japon par Dogen Zenji et Keisan zenji. En France, de Mokudo Taisen Zenji a chacun d’entre vous, zazen a été exactement et véritablement transmis.» (Kusen-28/08/1984 à 11h)

    Ce qui fait de ce shiho un acte fondateur dans la poursuite de la mission de Maître Deshimaru, c’est qu’il vient officialiser la transmission de ce que Deshimaru appelait le «vrai zen». C’est la détermination de l’ensemble de ses disciples à poursuivre sa mission qui est saluée, sans restriction, sans réserve, sans jugement. Les générations à venir devraient s’inspirer de cette remise de shiho. C’est dans cet esprit qu’un shiho officiel prend sa vraie valeur, lorsqu’il est le reflet limpide d’une transmission reçu intimement. Dans un article intitulé «Hommage à Mokudo», Philippe Coupey revient sur cette question. Il rappelle comment Taisen Deshimaru était isolé au début de sa mission: «Il faut bien le dire, Mokudo n’était pas un protégé de Eihei-ji. Mokudo n’avait pas officiellement le shiho […] Tout cela arriva très vite (le développement de sa mission); en dix ans […] plusieurs milliers de personnes […] C’était miraculeux et même Eiheiji et la Sotoshu durent le reconnaître [...] Comment était-ce arrivé? Mokudo n’avait pas le certificat attestant son shiho, il n’avait aucun titre et n’était pas kaikyosokan, il n’était pas roshi. Et voilà que maintenant, d’un seul coup, il était tout cela à la fois et plus encore. Finalement, est-ce le shiho qui mit Mokudo sur le siège du lion, ou est-ce le siège du lion qui lui a conféré le shiho? […] C’est ainsi, car le processus qui fait d’un homme un patriarche n’est pas celui d’une ascension mécanique qui se ferait à coup de titres et de certificats officiels.» (Bul n°41 p.23)
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    Re: 嗣書 (SHIHO) le certificat de succession)

    Message par fonzie le Mer 26 Mar 2014 - 7:33

    Bonjour,

    " Pour que votre nom figure sur la liste des lauréats du vide, ne rendez pas des feuilles blanches"
    Remarque de Thich Nhat Hanh
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    Re: 嗣書 (SHIHO) le certificat de succession)

    Message par Yudo, maître zen le Mer 26 Mar 2014 - 9:13

    Le portrait que m'a fait Nishijima de Niwa Zenji, son maître de transmission (dans son autobiographie, il parle de ses deux maîtres, son "maître-racine" comme diraient les tibétains, Sawaki, et son maître de transmission Niwa), donne l'image d'une homme généreux, dédié (chose rare pour un maître de temple) à la pratique de Zazen, et extrêmement sensible à l'effort des autres pour cette pratique, ainsi que le montre un touchant récit d'Eric Rommeluère (http://zen.viabloga.com/news/niwa-renpo).

    Je pense (et cela remet en cause certains préjugés que j'ai pu avoir) qu'il fut instrumental dans la transmission aux trois de l'AZI, mais qu'il était surtout très sincère dans son admonition (non écoutée) à l'effet d'être humbles et doux.

    Il me semble que la crainte de l'illégitimité qui motive cette course à l'échalotte (pardon, au shiho) à l'AZI provient des manifestations du complexe d'Iznogoud qui se manifestèrent à la mort de Deshimaru et, en définitive, au schisme de Kosen.

      La date/heure actuelle est Lun 25 Sep 2017 - 18:50