Zen et nous

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    les nuages du refoulement ?

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    les nuages du refoulement ?

    Message par Fred le Jeu 29 Jan 2015 - 17:47

    Bonjour,


    Dans le zen, on insiste souvent sur une attitude signifiée par des images telles le lâcher prise, les nuages qu’on laisse passer dans le ciel, de cette idée que de toutes façons les pensées passent etc.

    N’y a-t-il pas un risque par là, au travers d'un certain systématisme de cette attitude, d'en venir à déconsidérer l’importance de la parole et même des pensées et donc par là un risque de refoulement systématique de ces dernières sous prétexte qu’elles seraient impermanentes, qu’elles ne seraient rien que des ombres passagères sans importance ? 
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    Re: les nuages du refoulement ?

    Message par Yudo, maître zen le Jeu 29 Jan 2015 - 19:13

    Oui.

    En fait, c'est le Sûtra du Lanka qui en parle déjà (autrement dit il y a presque deux mille ans, c'est dire si le problème est ancien.)

    Il y est dit: "ne pas se fier aux mots et aux lettres" mais il y est ajouté, "toutefois, il faut tenir compte que, sans les mots et les lettres, le Dharma ne serait pas transmis".

    Une attitude équilibrée serait donc de toujours mettre en garde contre le sens littéral de ce qu'on trouve écrit, et sur le sain équilibre qu'il faut avoir entre les mots et la pratique. Pour ma part, dans le cadre de mon travail, combien de fois m'est-il arrivé de ne pouvoir comprendre une explication que grâce à l'expérimentation. Parfois, on a beau bénéficier de diagrammes, de photos, en plus des explications écrites et orales, mais tant qu'on ne l'a pas fait, qu'on n'a pas lamentablement échoué à plusieurs reprises, il n'y a rien à faire avant, finalement, de trouver le truc et d'y arriver, enfin.

    La répression de la parole dans une certaine secte que je ne mentionnerai plus sert davantage à "faire taire" les esprits trop inquisiteurs, et à maintenir un contrôle. Ce contrôle est ensuite repris par tous ceux/celles qui ont une revanche à prendre et en profitent pour écraser, avant de se sentir écrasé/es.
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    Re: les nuages du refoulement ?

    Message par Kaïkan le Jeu 29 Jan 2015 - 19:42


    Le risque vient toujours de l'excès.
    Quand c'est nécessaire il faut penser ou bien il faut parler. C'est également très important de lire et de communiquer comme par exemple sur ce forum. Et puis il y a le temps du zazen et là on ne fait pas grand chose en tout cas on ne bouge qu'imperceptiblement.
    Il y a un temps pour chaque chose. ça y est je me mets à paraphraser l'Ecclésiaste 3 ...


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    Re: les nuages du refoulement ?

    Message par Frédérique le Jeu 29 Jan 2015 - 22:13

    Bonsoir,
    Tiens j'y pensais justement en rentrant du boulot !
    Donc, toujours des tas de choses à penser, et justement il y a les pensées et les pensées, et beaucoup sont inutiles, voir encombrantes.
    Il semble que le tri se fasse petit à petit, naturellement, l'esprit se vide de son mauvais purin.
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    Re: les nuages du refoulement ?

    Message par Lumpinee le Ven 30 Jan 2015 - 10:24

    "Les mots rapetissent des pensées qui semblaient sans limites, et elles ne sont qu'à hauteur d'homme quand on finit par les exprimer..."  (S.King)  

    Yudo: sans aller dans l'extreme (les sectes), on trouve encore de nos jours des petites régions, souvent en Asie, où on pratique encore ces tortures psychiques, tout comme l'ascétisme poussé.

    L'autre jour, je voyais dans une émission un moine bouddhiste qui envisageait 7 ans de silence complet. Il disait que dans sa communauté, c'est assez courant.

    Quand on voit ce genre de choses avec lesquelles on est absolument pas d'accord, on doit tout de meme respecter la pratique et l'engagement spirituel de la personne, et ce n'est pas toujours aisé de ne rien dire... geek
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    Re: les nuages du refoulement ?

    Message par Fenrir le Ven 30 Jan 2015 - 16:23

    Est-ce qu'on pratique pour résister à une chose, ou pour ne pas avoir à y résister?

    Si l'on pratique pour se maîtriser soi-même, l'effort de silence implique dans un premier temps un véritablement entraînement. Mais une fois que c'est devenu naturel, c'est parler qui devient difficile. D'après un coureur de longue-distance (plus de 70km), il y a deux seuils critiques : un premier seuil où l'on doit faire preuve d'une immense volonté pour courir encore, et un deuxième seuil où le corps continue tout seul le mouvement et où il faut "se forcer" à arrêter.

    L'excès, c'est, je pense, pratiquer pour résister (ce qui est efficace, mais c'est une première étape seulement) au lieu de pratiquer pour ne plus avoir à résister. D'où l'incroyable justesse de "la voie du milieu" : ne pas s'enticher d'une performance de type "résistance" (capacité à se taire, à tout encaisser etc...) mais ne pas avoir peur de celle-ci non plus.

    ça me rappelle une blague qui pourrait être un koan : un homme rentre dans un bar et demande un café sans lait. Le serveur lui répond : "désolé, nous n'avons plus de lait, mais je peux vous servir un café sans crème". Il faut pouvoir "faire" pour que "ne pas faire" soit un véritable acte, et réciproquement.
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    Re: les nuages du refoulement ?

    Message par Frédérique le Ven 30 Jan 2015 - 23:04

    Et puis c'est selon pour certains c'est plus difficile de "limiter" ses pensées, pour d'autres ce sera le langage, une chose est sûre c'est que le silence de penser, c'est difficilement vérifiable.
    Lumpinee, et si le moine bouddhiste qui a fait "voeux de silence" se met à parler dans son sommeil ?
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    Re: les nuages du refoulement ?

    Message par Lumpinee le Sam 31 Jan 2015 - 10:16

    Il a perdu alors! S'il parle avec des pancartes aussi! lol!

    Fenrir a écrit:
    Si l'on pratique pour se maîtriser soi-même, l'effort de silence implique dans un premier temps un véritablement entraînement. Mais une fois que c'est devenu naturel, c'est parler qui devient difficile. D'après un coureur de longue-distance (plus de 70km), il y a deux seuils critiques : un premier seuil où l'on doit faire preuve d'une immense volonté pour courir encore, et un deuxième seuil où le corps continue tout seul le mouvement et où il faut "se forcer" à arrêter.

    Oui, mais il y a la part de toi meme qui veut absolument communiquer avec les autres qui grandira avec le temps. Il n'est sain pour personne de se taire sur de très longue période. Meme pour un grand bavard. Il faut forcément un juste milieu entre écoute et parole.
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    Re: les nuages du refoulement ?

    Message par Kaïkan le Lun 2 Fév 2015 - 20:31

    Fred a écrit:
    Dans le zen, on insiste souvent sur une attitude signifiée par des images telles le lâcher prise, les nuages qu’on laisse passer dans le ciel, de cette idée que de toutes façons les pensées passent etc.
    N’y a-t-il pas un risque par là, au travers d'un certain systématisme de cette attitude, d'en venir à déconsidérer l’importance de la parole et même des pensées et donc par là un risque de refoulement systématique de ces dernières sous prétexte qu’elles seraient impermanentes, qu’elles ne seraient rien que des ombres passagères sans importance ? 

    Je ne crois pas à "un risque de refoulement systématique" puisqu'on laisse passer les pensées devant l’œil de la conscience. Il en est tout autrement si on s'interdit de penser, là il y a de multiples risques.
    Bien sûr il n'y a aucune raison de dénigrer l'activité mentale car elle est vraiment nécessaire dans notre vie. Le fait de lâcher prise et de laisser les pensées passer comme des nuages n'est pas un mépris envers les fonctions mentales mais plutôt une façon de se distancer pour observer une foule de choses qui passeraient inaperçues si nous allions de pensée en pensée comme un singe qui va de branche en branche.



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    Re: les nuages du refoulement ?

    Message par Fred le Lun 2 Fév 2015 - 23:44

    Bonsoir,

    Oui effectivement, mais finalement le risque dont je parlais, c'est celui de se créer une lubie, de nourrir une obsession consistant non pas à laisser les pensées librement circuler, mais à s'attacher à une image d'un soi susceptible de laisser soit disant circuler les pensées. D'ailleurs c'est il me semble un risque traité dans le bouddhisme, lorsque pour essayer d'éviter cet écueil, on parle de vacuité de la vacuité.
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    Re: les nuages du refoulement ?

    Message par Kaïkan le Mar 3 Fév 2015 - 19:31


    Bien je vois que tu fais une relation entre le détachement pour les pensées et l’attachement à la vacuité. C’est une idée et c’est peut-être possible pourquoi pas. Mais je n’ai pas fait cette relation et je ne crois pas qu’on puisse la systématiser pour les raisons suivantes :

    1. Comme je l’ai développé dans le message n° 9, on peut très bien lâcher prise et laisser passer les pensées sans s’attacher à la vacuité comme le préconise Nagarjuna qui traite d’irrécupérables ceux qui tombent dans ce piège grossier.
    2. On peut s’attacher à la vacuité sans vraiment lâcher prise ni laisser passer les pensées et donc sans bien comprendre quoi que ce soit à hishiryo. (terme utilisé dans le bouddhisme zen qui signifie « non-pensée », « au-delà de la pensée ».)

    Par conséquent il n’y a pas de relation directe entre les deux, mais cela peut aussi très bien se produire bien que rarement je présume.

    En ce qui me concerne je me souviens qu’au début je croyais qu’il fallait chercher la vacuité à l’extérieur. Je pensais que c’était une sorte d’état ou de domaine à découvrir, jusqu’au jour où j’ai réalisé que j’étais assis en plein dedans et qu’il n’y avait rien à chercher puisque tous les phénomènes sont des sortes de créations de l’esprit qui saisit des morceaux de ci de là pour construire objets et concepts lui servant à communiquer avec les autres et à comprendre le monde qui l’entoure (ce qui est bien pratique il faut en convenir).
    Donc en cherchant une vacuité à atteindre j’avais créé un attachement à une chimère que je nommais vacuité ; je n’étais cependant pas irrécupérable car ce n’était qu’une erreur de débutant qui s’est évaporée en un instant de lucidité.
    Tout ça pour dire que s’il m’en souvient bien, à cette époque je flirtais fréquemment avec fushiryo, mais hishyrio et le lâcher prise m’étaient encore assez obscur, jusqu’à ce moment où n’ayant plus à chercher la vacuité, l’attitude de l’esprit m’est apparue beaucoup plus évidente.

      poisson


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    Re: les nuages du refoulement ?

    Message par Fred le Mar 3 Fév 2015 - 21:20

    Bon c’est pas grave, merci tout de même à Kaïkan pour ses efforts . J’essayais de parler de quelque chose de précis, de la délivrance d’une obsession personnelle de très longue date et je profitais que ce soit encore tout frais pour partager cette expérience au cas où d’autres personnes auraient pu se sentir concernées. Je me suis rendu compte que je venais de sortir du lot de ces incurables dont parle Nagarjuna et j'ai essayé d'exprimer comme j'ai pu de quelle manière depuis tant d'années alors même que je ne croyais pas faire partie de ce lot, je m'enfermais moi-même dans une espèce de soi disant détachement qui était en fait un subtil attachement au détachement de sorte que j'en venais inconsciemment non pas à laisser librement circuler les pensées mais au contraire à les refouler quasiment toutes avec comme prétexte qu'elles n'étaient que de simples nuages dans le ciel sans importance.
    Voilà, j'ai pu remettre mon nez un instant là dedans mais maintenant je vais poursuivre mon chemin car je n'ai pas envie de faire de cette délivrance ma nouvelle lubie Laughing Donc, si ça a pu parler à certains au passage tant mieux, sinon tant pis. Smile 


    Chinois-salut  
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    Re: les nuages du refoulement ?

    Message par Kaïkan le Mar 3 Fév 2015 - 23:13


    Bonsoir,

    C'est un sujet brûlant et tout le monde est concerné, les nouveaux comme les anciens. Je crois qu'il ne faut pas envisager une guérison de ce genre de tendance et qu'il faut rester constamment vigilant. C'est comme un funambule qui remet en jeu son équilibre à chaque pas.
    Accepter d'être toujours à mi-chemin ça aide beaucoup.





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    Re: les nuages du refoulement ?

    Message par esprit du débutant le Mar 3 Fév 2015 - 23:49

    bonsoir
    Là je croie que l'on est bien sur un "piège", c'est pourquoi il est bon de rappeler que le détachement n'est pas une fuite, ce ne sont pas des œillères qui réduisent le champ de conscience.
    Bien au contraire, et il me semble nécessaire d'éclairer et de prendre totalement conscience de ses pensées comme des réactions du Moi à son égard (qui va les entretenir alors qu'il serait préférable de laisser passer, ou qui va laisser passer alors que cela pourrait mériter réflexion).

    J'ai l'impression que c'est comme une mauvaise position en zazen qui n'est pas correctement "corrigée" et qui finalement endommage un genoux.étoile
    La position de notre conscience est certainement aussi précise et dynamique qu'un lotus en zazen. (l'assise du corps est assise de l'esprit, mais le problème se situe sur cette assise de l'esprit avant ou après zazen)


    Existe t-il des textes qui en disent un peu plus sur ce "lotus de l'esprit" ? Question
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    Re: les nuages du refoulement ?

    Message par Fred le Mer 4 Fév 2015 - 10:27

    @ Kaïkan



    La question de faire attention au fait de ne pas se croire arrivé concerne la personne qui fait d'une soit disant guérison une acquisition. Mais lorsqu’on voit qu’on a été malade et lorsqu’on voit qu’on a été guéri, je parle pour ma part d’une obsession, on n’est arrivé nulle part on n’est au bout d’aucun chemin. Celui qui guérit d’une grippe arrive au bout de sa maladie, mais va t-il se vanter d’une victoire en se mesurant à celui qui n’en était pas atteint ? La vie continue avec  ses difficultés, donc on est arrivé au bout d’aucun chemin, cependant on est quand même allégé d’une méchante grippe.



    Kaïkan a écrit:Donc en cherchant une vacuité à atteindre j’avais créé un attachement à une chimère que je nommais vacuité

    T'es-tu alors cru arrivé au bout du chemin lorsque tu as réalisé cela ?
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    Re: les nuages du refoulement ?

    Message par Zenoob le Mer 4 Fév 2015 - 11:51

    Salut !

    Merci pour cette discussion. Moi même j'ai vécu exactement ce que décrit Kaïkan. Au début je pensais vraiment qu'il me fallait chercher et atteindre un état de vide où tout allait disparaître, que je fantasmais et qui me faisait d'ailleurs un peu peur. Ce n'est qu'assez récemment que je me suis rendu compte que "j'y étais déjà", et depuis toujours, névroses, pensées et sentiments douloureux inclus.

    C'est avant tout un changement de perspective. Rien ne change, mais tout change.

    C'est pourquoi, je pense, on ne peut pas parler de "guérison". Et en même temps, on est bien "guéri", quelque part. Peut être guéri du fait de ne pas vouloir être humain.

    Sur l'attitude par rapport aux pensées, ça m'a tarabiscoté pendant longtemps. Deux choses à dire : le refoulement, terme qu'on utilise à toutes les sauces, n'est, dans son sens originel (c'est à dire psychanalytique), pas quelque chose de conscient. Donc on peut s'amuser à se raconter qu'on refoule ceci ou cela tant qu'on veut, on se trompe et on se fait du mal pour rien : "on" ne refoule rien. On ne peut pas se forcer à refouler, ou à ne pas refouler. C'est quelque chose de complètement inconscient. Donc autant ne pas se prendre la tête avec ça.

    La deuxième chose, qui a peut être plus à voir avec zazen : je me dis en ce moment (et peut être me trompe-je, auquel cas je vous prie de corriger mon erreur) que la bonne attitude par rapport aux pensées est assez simple : quand on est pris dans un train de pensées et qu'on s'en rend compte, eh bien on en sort, en revenant à la posture et à la respiration. Il ne s'agit pas de rejeter les pensées mais de ne pas vivre constamment dedans. Il n'y a ni lieu de les mépriser, ni de les louer ; comme souvent, il s'agit peut être d'être capable de tenir ensemble, simultanément, deux façons de voir, relatives et absolues. Oui, les pensées - comme tout le reste de notre expérience - ne sont que vacuité et passent comme des petits nuages ; et oui, les pensées sont importantes et indispensables à notre vie d'humain. Parfois on est mieux sans, parfois non.

    Je me dis aussi que, vu que Bouddha et la plupart des enseignants zen sont des malins, ils enseignent ce qui convient aux gens qu'ils ont en face. Je suis sûr que si le problème des gens était de ne pas penser assez, certains maîtres zen orienteraient leur enseignement vers la pensée. Il se trouve que les humains en général sont captivés par leurs pensées et que cela provoque de la souffrance, donc une partie des enseignements va dans ce sens ; mais ce n'est pas gravé dans le marbre.

    Je pense à ça parce qu'il y a une histoire à propos de Shunryu Suzuki : un étudiant un peu énervé lui dit "mais pourquoi n'arrêtez vous pas de dire que nous ne sommes pas séparés ? Je suis ici, vous êtes là bas, j'écoute, vous parlez, j'étudie, vous enseignez, vous ne pouvez pas le nier, tout de même !" Et Suzuki répond : "Vous êtes juste bloqués sur la différence, alors j'enseigne la ressemblance. Si vous étiez bloqués sur la ressemblance, j'enseignerais la différence." On pourrait peut être imaginer la même chose pour l'attitude par rapport aux pensées. A quelqu'un qui ignore complètement ce qu'il pense, il vaut mieux enseigner à ne plus le faire. Inversement, à quelqu'un qui est constamment enfermé dans ce qu'il pense, il vaut mieux enseigner à en sortir.

    Tout ça pour dire, les pensées, c'est pas un problème. Ahaha
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    Re: les nuages du refoulement ?

    Message par Fred le Mer 4 Fév 2015 - 13:00

    zenoob a écrit:Je me dis aussi que, vu que Bouddha et la plupart des enseignants zen sont des malins, ils enseignent ce qui convient aux gens qu'ils ont en face.

    Oui, c'est bien le risque d'un forum dont les termes des enseignements qui y sont propagés peuvent s'avérés souvent des généralités selon un problème supposé être le même pour tout le monde. 


    Deux choses à dire : le refoulement, terme qu'on utilise à toutes les sauces, n'est, dans son sens originel (c'est à dire psychanalytique), pas quelque chose de conscient. Donc on peut s'amuser à se raconter qu'on refoule ceci ou cela tant qu'on veut, on se trompe et on se fait du mal pour rien : "on" ne refoule rien. On ne peut pas se forcer à refouler, ou à ne pas refouler. C'est quelque chose de complètement inconscient. Donc autant ne pas se prendre la tête avec ça.

    C'est vrai, le refoulement est inconscient lorsqu'on est en plein dedans, mais il apparaît quand on a reussi à faire un pas de côté. Si tel n'était pas le cas, on ne pourrait pas guérir de ses obsessions. On ne se raconte donc pas qu'on refoule ceci ou cela, on se dit qu'on a longtemps refoulé des aspects de sa personne. Et cette idée de laisser passer les nuages dans le ciel peut, je dis bien "peut" étant donné que la carte n'est pas le territoire comme le soulignait Yudo et que le remède peut parfois se transformer en poison, servir à ne pas regarder certaines choses qui font mal.
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    Re: les nuages du refoulement ?

    Message par Kaïkan le Mer 4 Fév 2015 - 13:12

    Fred a écrit:@ Kaïkan
    Kaïkan a écrit:Donc en cherchant une vacuité à atteindre j’avais créé un attachement à une chimère que je nommais vacuité
    T'es-tu alors cru arrivé au bout du chemin lorsque tu as réalisé cela ?

    J'ai pensé que j'étais enfin dans un chemin qui s'ouvrait devant moi et sur lequel j'allais pouvoir imprimer la trace de mes orteils en toute sécurité.  Laughing
    C'était tout simplement un nouveau départ.  OK


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    Re: les nuages du refoulement ?

    Message par Fred le Mer 4 Fév 2015 - 13:16

    C'est bien ce que je ressens aussi flower
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    Re: les nuages du refoulement ?

    Message par Fred le Mer 4 Fév 2015 - 20:40

    Sensation qui n'est qu'un nuage dans le ciel Laughing
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    Re: les nuages du refoulement ?

    Message par Frédérique le Mer 4 Fév 2015 - 21:44

    Bonsoir,

    Ce matin, j'ai fait une recherche sur le forum, pour voir si je trouvais une réponse à une question qui me fâchait, bref, au final, sur un sujet "Le doute qui paralyse",

    Fred tu as écrit :
    Bonjour,

    Une approche :

    M°Deshimaru disait :
    Satori devient illusion, illusion devient satori.

    Je crois que sans mal on pourra dire la même chose au sujet du doute et de la confiance.

    La vue d'ensemble de ce mouvement d'oscillation entre les deux, permet peut-être de nous stabiliser dans la Voie du Milieu, c'est à dire :

    Lorsque le doute apparaît, de ne pas s'en désespérer.
    Et, quand la confiance apparaît, de ne pas s'exalter
    .


    .
    Donc laisser passer les pensées ce n'est peut-être pas les refouler, ni les ignorer, d'où le terme de lâcher prise, il faut bien ronger l'os avant d'en atteindre la moelle ?!
    Aussi, "Lorsque la tourmente apparaît, ne pas s'en désespérer, Et lorsque la tourmente disparaît, ne pas s'en exalter".
    Sûr après chacun son vécu et ses tourmentes ou pas du reste, et fonction du vent ou pas, les nuages passent et repassent, viennent et repartent, puis changent...enfin c'est ce que je pense à l'instant T.
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    Re: les nuages du refoulement ?

    Message par Yudo, maître zen le Mer 4 Fév 2015 - 22:00

    Oui, effectivement, ni refouler ni ignorer.
    Par exemple, si on sent monter la colère, il ne faut pas la refouler: elle finirait par ressortir, plus violente et probablement au pire moment. Ni l'ignorer: elle a des raisons, et faire comme s'il n'y avait rien n'est pas une bonne idée.
    Par contre, observer qu'elle est disproportionnée, ou qu'elle ne mène à rien, qu'elle fera comme d'ingérer un poison en espérant empoisonner quelqu'un d'autre, a souvent pour effet de la faire tomber, parce qu'on n'a généralement pas envie de perdre du temps et de l'énergie pour des trucs inutiles.
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    Re: les nuages du refoulement ?

    Message par Fred le Jeu 5 Fév 2015 - 20:49

    Bonsoir,

    En tous les cas, j'ai eu encore une espèce d'éveil quand j'ai posté mon dernier message hier à 20h40

    En fait c'est ce qu'a posté Yudo qui a provoqué cette prise de conscience, je cite :


    yudo a écrit:Cela me faisait m'interroger sur ce que j'avais lu auparavant sur d'autres joies et d'autres ravissements, extases et raffinements sans nom de plaisir lorsqu'on lâche prise des formes plus grossières de plaisir et d'ignorance. Et encore plus raffinés lorsqu'on lâche prise sur celles-là!
    http://zen-et-nous.1fr1.net/t1787-chogyam-trungpa-sur-le-zen#30754



    La phrase ne m'a pas parue claire et encore maintenant je ne suis pas certain que cela en soit le sens, mais voilà ce que j'ai compris sur le moment et qui a fait tilt:


    Que parfois on peut vivre certaines extases en prenant conscience de certaines choses, qu'on lâche prise sur un truc, mais que lorsqu'on lâche prise aussi sur cette prise de conscience là on peut avoir une prise de conscience encore plus raffinée. Par là la première prise de conscience devient une forme plus grossière de plaisir que la deuxième.
    J'ajoute que la deuxième peut tout à fait ne pas se révéler sous forme d'extase, mais peut faire penser à quelque chose comme faisant écho à ce qu'on appelle dans le zen, "l'esprit ordinaire", pour dire que les raffinements se manifestent je trouve de plus en plus en dehors de toute exaltation.  Je ne suis pas certain que ce soit très clair ce que je dis.
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    Re: les nuages du refoulement ?

    Message par Frédérique le Jeu 5 Fév 2015 - 23:06

    Sur ce que Maître Yudo a reporté, je l'entends différemment, il serait des plaisirs qui ne sonnaient pas comme plaisirs auparavant, ce qui sous entend qu'il est aussi des plaisirs qui ne le seront plus.
    Trouver le plaisir là où on ne le voyait pas ou plus, et ne plus trouver tant de plaisir là où on en trouvait naguère.
    So, Plaisir or not to be ?
    That is the very question ?!
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    Re: les nuages du refoulement ?

    Message par Kaïkan le Jeu 5 Fév 2015 - 23:11


    Au risque d'étoffer la digression, je voudrais rappeler ce petit souvenir du yoga : Il y a dans la paix issue de l'équanimité une joie indicible. On ne la reconnait pas tout de suite tant elle est différente des états de joie exaltés qui sont beaucoup plus connus et expérimentés par les mystiques de différentes voies spirituelles. Cependant si on y prête attention, cette joie calme et profonde a tendance à s'intensifier et à surpasser tout ce qui peut être ressenti de façon plus ou moins extatique. Il ne s'agit pas d'extase mais de la plus haute faculté de bonheur que l'être humain possède de façon naturelle et pour ainsi dire innée. il s'agit de ce qu'on appelle "ananda" et pour le yoga la plus haute réalisation est celle de sat-chit-ananda (être-conscience-joie).
    C'était juste une petite parenthèse, il y a tellement de découvertes dans ce : "ne rien faire", qu'il n'y a pas lieu de s'ennuyer, ou bien que l'ennui ouvre des portes vraiment étonnantes.



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