Zen et nous

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    L'ignorance peut-elle être une vertu ?

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    Kaïkan
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    Re: L'ignorance peut-elle être une vertu ?

    Message par Kaïkan le Jeu 24 Déc 2015 - 23:01





    Quoi que ce soit, cela n’est pas mien (N’etam mama)

    Quoi que ce soit, je ne suis pas cela (N’eso’ham asmi)

    Quoi que ce soit, cela n’est pas mon ego (Na me so attā)  

    Il y a un sans naissance, sans devenir, sans création, sans conditions

    atthi ajātaṃ abhūtaṃ akataṃ asankhataṃ



    Qu’est-ce que la Prajñā, la « Connaissance transcendante » ?





    (Sanskrit prajñā, prononcer « pratgniâ » ; pāli paññā, prononcer « pagniâ »)

    Les propositions qui suivent soulèveront certainement les objections de la science moderne (si précieuse pourtant par la destruction des croyances et des mythes qu’elle peut opérer), car les notions et les expériences « dharmiques » échappent complètement à ses repères habituels, issus uniquement des activités de la connaissance mentale, dialectique, rationnelle, discriminative – ce que le Dharma nomme en sanskrit le vijñāṇa (voir plus loin l’explication de ce mot) –, laquelle, même « scientifique », n’est que très rarement « pure » de toute influence irrationnelle, de toute intoxication subconsciente, c’est-à-dire de toute croyance, hélas !

    La notion sanskrite de prajñā (paññā en pāli) est complètement inconnue en Occident et presque perdue en Orient. Même les « bouddhismes » traduisent prajñā par wisdom en anglais, soit « sagesse » en français, ce qui empêche toute compréhension correcte du Dharma du Bouddha et de son ascèse. En fait, le mot est formé du préfixe directionnel pra-, que l’on retrouve dans le grec et le latin pro- « en avant, au-delà » (procedere « aller en avant »), et de la racine JÑĀ  « connaître », très fréquente en sanskrit et dans les langues indo-européennes, comme dans le grec gno-sis, le latin co-gno-scere, l’anglais to kno-w, le français con-na-issance.

    La Prajñā est donc une « connaissance qui va en avant, au-delà » de la connaissance neuronale et synaptique du cerveau. Elle donne une « Vue » d'au-delà des vues fournies par la connaissance commune, mentale, dialectique, rationnelle, que le sanskrit nomme le vijñāṇa, la « connaissance discriminative », celle qui distingue, sépare (vi-), examine, étudie, réfléchit, raisonne, etc. Sans le contrôle, la « retenue » de la Prajñā, ce vijñāṇa tend à produire le prapañca (p : papañca) « développement infini de cogitations, diversité, diffusion, complication, multiplication, prolixité, divagation, ratiocination, etc. », qui est à l’origine des innombrables théories, discours, traités, romans, musiques, religions, mythologies, croyances, certitudes, dogmes, etc., bref, de tout ce qui peut être « exprimé »…
    (Y compris la présente explication, fût-elle « éclairée » par la Prajñā !)

    Lire la suiteICI



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    Re: L'ignorance peut-elle être une vertu ?

    Message par Fred le Ven 25 Déc 2015 - 12:57

    Tango a écrit:Je dirais que ce n'est pas Bouddha qui a choisi que les choses soient telles qu'elles sont...

    Bonjour,
    Je faisais référence en fait à la décision de Bouddha de transmettre l'éveil (il aurait hésité paraît-il ) et plus généralement au fait qu'en nommant l'éveil ou prajna en l'occurrence, cela crée les conditions d'un support d'investigation. Il y'a comme un choix qui se dessinerait dans le bouddhisme qui consisterait à vouloir transmettre ces termes pour stimuler cette investigation. Ce n'est pas un choix anodin, surtout lorsqu'on sait que les montagnes finissent par redevenir des montagnes. Mais bon, si cette investigation peut engager l'individu à s'intéresser à l'octuple noble sentier, peut-être que cela le poussera à parcourir les montagnes qui sont des montagnes sans laisser derrière lui ses canettes et ses papiers gras.

    Tango a écrit:Il me semble que le "Grand Architecte" (l'au delà de Bouddha) a fait en sorte que même si on trouve sa propre résolution, il nous soit impossible de l'expliquer par le mental...

    Cette résolution met donc en échec le mental...C'est même sa raison d'être puisque ce serait l'au delà du mental qu'elle pointerait par essence. A voir si on veut toujours entretenir une résolution qui ait cette répercussion, je veux dire qui soit par essence une mise en échec du mental. Question
    Ce serait cela, cultiver la docte ignorance en somme, ce serait cultiver l'échec du mental. Et s'il signifie son propre échec, le mental est victorieux, raison pour laquelle on parlerait de docte ignorance.
    Finalement l'échec du mental c'est comme lorsqu'une montagne n'est éclairée que d'un seul versant, l'autre reste obscure. La lumière (la faculté de connaître) ne connait que ce qu'elle illumine, donc on dit :
    Quoi que ce soit, je ne suis pas cela ; "quoi que ce soit" étant la partie éclairée et "je ne suis pas cela", la reconnaissance des limites de la lumière qui ne peut coïncider avec l'obscurité (nomé ici "le sans naissance, sans devenir, sans création, sans conditions) restant hors du champs de la conscience (de la lumière).

    PS : "Il y'a" un "il n'y a pas" de naissance, de devenir, de création, de conditions.
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    Re: L'ignorance peut-elle être une vertu ?

    Message par Kaïkan le Ven 25 Déc 2015 - 19:23



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    Re: L'ignorance peut-elle être une vertu ?

    Message par Frédérique le Ven 25 Déc 2015 - 20:31

    Merci Kaikan Smile
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    Re: L'ignorance peut-elle être une vertu ?

    Message par fonzie le Sam 26 Déc 2015 - 10:03

    Bonjour,

    " (...) c'était un magicien." Smile
    Le lien du CEDh aussi est bien, "Sanskrit prajñā, prononcer « pratgniâ », pāli paññā, prononcer « pagniâ »)", si on commence par prononcer prajna comme ça s'écrit au lieu de "pratgniâ" (ou "pagniâ"), parce qu'on ignore la bonne prononciation, c'est pas gagné pour la traduction; en tout cas pour moi, c'est le cas je disais prajna et ça va être dur de me déshabituer et je trouve ce site a le mérite d'expliquer tous ces mots sanskrit (et pali).


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