Zen et nous

Le zen, sa pratique, ses textes, la méditation, le bouddhisme, zazen, mu


    Mon dilemme

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    Mon dilemme

    Message par AncestraL le Ven 9 Oct 2015 - 14:59

    Bonjour à tous.

    Aujourd'hui ma vie est assez stable, bien que financièrement j'aimerais que ça soit mieux.
    Je me pose énormément de questions : au regard de l'actualité quotidienne, du futur hasardeux qui se déroule petit à petit devant nous, de ma fille...etc.
    Il revient toujours sur le tapis que ma vie, la vraie la mienne, non celle jouée pour vivre dans la société, se trouve hors de la société.
    Plus que jamais, je crois que ma place est dans un monastère.
    Je n'ai pas envie de "faire comme untel" : j'ai simplement envie de vivre ma vie - cette vie-là.
    En même temps, le zen est fait pour être vécu au jour le jour. Etre vivant chaque jour, être présent ici-et-maintenant.
    Je crois qu'aller vivre dans un monastère est se donner les moyens d'atteindre le Satori, enfin, de le libérer. C'est aussi une façon de se débarasser de tout ce qui n'est pas essentiel...
    Bref, je suis devant un dilemme.
    J'aimerais avoir le courage de sauter le pas - ce que je ne fais pas par amour pour ma fille.

    Qu'en pensez-vous ?
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    Re: Mon dilemme

    Message par Zenoob le Ven 9 Oct 2015 - 16:21

    Salut !

    J'ai souvent moi aussi ce genre d'interrogations. Je pense que c'est à interroger très sérieusement, pour voir si ce n'est pas un sentiment de "ras le bol" généralisé qui motive ce questionnement, ce qui n'est pas à mon avis une bonne raison.

    De mon côté, je me dis toujours que s'exclure de la société pour vivre "son" éveil personnel n'est pas forcément une bonne chose. Je trouve plus important que la société elle même soit remplie de gens qui pratiquent zazen tous les jours et qui essaient d'avoir l'attitude juste au milieu des turpitudes de leur vie, sociale ou autre.

    Enfin, je ne crois pas que notre vie sociale soit sépaée de quoi que ce soit. L'idéal est de parvenir à se réaliser quelles que soient les conditions, isolement ou pas, monastère ou pas, société ou pas.

    Bref de mon côté j'ai plus de raisons de continuer à tenter de vivre un zen "engagé" dans la société que de me retirer hors de cette dernière, même si parfois l'envie m'en prend grandement...

    Je sais pas si ça t'aide, c'est seulement mon point de vue du moment...

    Bonne pratique !
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    Re: Mon dilemme

    Message par Frantzus-Magnus le Ven 9 Oct 2015 - 18:38

    Salut Zenoob,
    Moi aussi je suis pratiquant du bouddha-dharma et je travaille, j’ai une compagne et la chance d’avoir un petit garçon.

    Je m’efforce chaque jour de tendre vers l’idéal du boddhisattva et cet idéal, pour moi, transcende des notions telles que moine, laïc homme ou femme.
    Pour ma part (est sans aucun jugement) je ne vois pas de dualité entre prendre des préceptes et vouloir s’insérer dans la société que ce soit par un travail ou en fondant une famille. Tu sais il m’arrive de côtoyer des moines zen pour qui l’idéal est de se retirer dans un monastère. Ils sont devenus des moines professionnels et ont fait de zazen une profession.

    Si cela peut t’aider je te donnerai le conseil que m’a donné un maitre zen il y a quelque années. Lis des passages du sutra de Vimalakirti. En résumé ce sutra explique que le bouddhisme ne correspond pas à une séparation avec le monde, un retrait avec celui-ci. Le vrai renoncement est celui de l’esprit.

    Enfin pour ma part ma compagne sait toujours me remettre à ma place quand mon attitude diffère du pratiquant du dharma que je souhaite être. Et ça fait du bien.
    De plus mon gamin comme tous les gamins est aussi un exemple, il m’apprend la patience, la réelle compréhension de concept tel que Roshin. De plus il a réellement « l’esprit du débutant » puisqu’il s’émerveille du quotidien pour lui l’extraordinaire est dans l’ordinaire.

    Pas besoin de se retirer, la voie est ici est maintenant.
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    Re: Mon dilemme

    Message par Lumpinee le Sam 10 Oct 2015 - 9:58

    Oui, ce n'est vraiment pas un choix facile.

    Si vraiment tu devais te retirer définitivement de la vie sociale, tu perdrais une chose essentielle en temps qu'humain: le lien social, justement. Personne n'est fait pour vivre seul, personne!

    Au bout d'un moment, tu ressentirais un grand vide en toi, bien plus grand que celui que tu as actuellement.

    En fait, je crois que tu as besoin d'une retraite, mais juste pour un moment, le temps de te redécouvrir un peu. Tu te sens oppressé par la vie professionnelle et familiale, tu n'as pas le temps que tu souhaiterais pour te consacrer à ta voie spirituelle. On a tous besoin, par moment, de se retirer. Prend une année sabbatique!

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    Re: Mon dilemme

    Message par AncestraL le Lun 12 Oct 2015 - 12:32

    Merci à tous pour vos avis et conseils.

    Une autre question me vient : vivre en monastère avec d'autres moines...ce n'est pas coupé le lien social. Enfin, il ne faut pas confondre lien social et relation humaine. Un monastère, c'est une société.
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    Re: Mon dilemme

    Message par Fa le Lun 12 Oct 2015 - 12:56

    Bonjour,

    Cela me rappelle ce Koan du Mumonkan,

    Nansen coupe un chat en deux

    Maître Nansen remarqua des moines de deux pavillons se quereller à propos d'un chat. Prenant le chat il leur dit :

    •Une seule parole juste et le chat sera sauvé !

    Devant le silence des moines... il trancha le chat en deux !

    Joshu, qui avait été absent, revint le soir. Nansen lui demanda alors ce qu'il aurait fait.

    Sans dire un mot, Joshu ôta une de ses sandales et la posa sur sa tête.

    Nansen lui dit alors :
    •Si tu avais été là... le chat serait encore en vie !


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    Re: Mon dilemme

    Message par Kaïkan le Lun 12 Oct 2015 - 13:22

    AncestraL a écrit:Merci à tous pour vos avis et conseils.

    Une autre question me vient : vivre en monastère avec d'autres moines...ce n'est pas coupé le lien social. Enfin, il ne faut pas confondre lien social et relation humaine. Un monastère, c'est une société.
    Bonjour,

    Peut-être as-tu déjà fait des sesshins ou un camp d'été ?
    Sinon il faudra essayer avant de te lancer dans l'aventure. Smile


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    Re: Mon dilemme

    Message par lausm le Lun 12 Oct 2015 - 13:37

    Cher Ancestral.
    Il est si bandant de croire que l'enclos monastique est le parfait tonneau pour faire fermenter de façon plus accéléré cet état si désirable qu'on appelle "Eveil"!
    Excuse mon langage un peu cru, mais je te parle, j'ai été ordonné moine en 97, j'ai fait plein de sesshins, de camps d'été, je suis parti suivre un maître.......exprès pour lui, et je suis revenu de tout ça.
    Le modèle monastique qu'on nous vend en Occident, doit être relativisé, et il est à mon avis un conditionnement majeur, un karma à élucider du bouddhisme notamment zen.
    Dogen était un pur produit du système monastique, et cela est devenu le karma du zen.
    Or, plein de gens finissent par faire de leur ordination et de leur pratique une identité de substitution.
    En fait, ce système, à mon avis, crée une vision hyper idéaliste du monde. Longtemps j'ai imaginé que les "vrais" pratiquants, ceux qui ne faisaient que ça, étaient plus "vrais" que moi.
    Or, à la Gendronnière, il y a vingt ans, les seuls "vrais"permanents étaient surtout tous des mecs paumés et à l'époque rmistes.
    Soit tu es rentier, soit tu es assisté social, et tu peux faire ça.
    Mais que cela donne-t-il à la sortie, à part un sentiment de décalage accru avec le monde "ordinaire"? Car on crée un imaginaire du monde ordinaire vs le monde supergénial de l'éveil dont on parle mais qu'en fait on ne connaît pas car il est au-delà de toute conception mais on en cause quand même car c'est là qu'on doit tous aller, au-delà du par delà Gyatei Gyatei et que faut le dire bien haut car c'est la vraie vérité dont tous les zenistes ils causent au café alors qu'en fait ils causent d'un truc qu'ils imaginent et qu'ils ne savent même pas avoir expérimenté!.....inspirons!
    L'amour pour ta fille : en voilà un truc réel, un objet de pratique, une réalisation!
    Voilà un pilier de ton temple.
    Chéris-le et prends-en soin, tu sais où il est ton temple.
    Et ne te laisse pas séduire par les sirènes de ce dualisme : ça fait trop trop souffrir de croire qu'il y a un gâteau meilleur pour ceux qui sont au monastère. Cela est une totale illusion, et il suffit pour cela de voir la vie réelle des gens qui y vivent. Et surtout qui n'y vivent plus!
    Le monastère c'est en toi, et je vais être hérétique, ça ne dépend même pas de faire zazen ou pas.
    Ca dépend de ta volonté d'être conscient ici et maintenant.
    Elle est là la fondation de ton temple.
    Tout le reste c'est du folklore, aussi du business, beaucoup d'idéalisation, et un système bien clos et fermé sur un imaginaire importé d'Orient dans nos esprits, qui nous travaillent encore, car on croit toujours que l'herbe est plus verte ailleurs que chez nous.

    Ménage toi des moments pour toi, pour te retrouver, c'est ça construire le temple, et investis une réelle confiance dans ta propre vie, ta propre conscience, et construis ta pratique à partir de là, en cessant de croire que les autre, ceux des magazines, des vieux sutras, des flyers de sesshins, sont mieux que toi. Bien sûr c'est dur et inconfortable, car ça va à l'encontre de tous les messages qu'on envoie dans ce milieu : il faut un maître, il faut aller au dojo, il faut plein de conditions pour s'éveiller.
    L'éveil n'est pas un accident extraordinaire, il est juste le fait de réaliser qu'on est déjà soi-même et capable d'en être conscient. Ca ne nécessite par forcément une révolution de notre vie dans la violence. Cela peut être juste conduire décemment, humblement, son quotidien, réapprendre ce qu'on a envie réellement de vivre et avec qui, et comment, et mettre les moyens, à sa mesure, à son rythme, et surtout en se donnant le droit à l'erreur et en se pardonnant ses errements passés, pour vivre au mieux dans ce monde qui souffre, car c'est vrai qu'il souffre. Mais on peut choisir d'y incarner autre chose que la souffrance conditionnée, et parfois ça implique malgré tout le fait de faire face à nos ombres.
    Mais on n'est pas obligé de rajouter de la douleur sur celle qui est déjà là.

    Sinon, si un séjour de pratique très sobre et très peu cher t'intéresse, une semaine en Novembre, dans le sud de la France, je peux te renseigner, il suffit de me le demander par mp.

    Juste aies confiance dans le fait que ta vie telle qu'elle est contient déjà plein de choses pour réaliser cette voie à laquelle tu aspires.
    Et que ça c'est la vraie force que de rester là où tu es, à soutenir les piliers du temple dans lequel tu vis déjà. Et qui est ta vie telle qu'elle est déjà, ici et maintenant.

      La date/heure actuelle est Mar 17 Oct 2017 - 0:10