Zen et nous

Le zen, sa pratique, ses textes, la méditation, le bouddhisme, zazen, mu


    L'autre dilemme - les deux routes

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    Annonce L'autre dilemme - les deux routes

    Message par AncestraL le Lun 12 Oct 2015 - 16:59

    Récemment, au dojo, quelqu'un a dit être touché par ce qui se passe en Syrie, compatir pour les personnes qui y souffrent.
    Un autre lui a répondu : "ce n'est pas le zen, le zen c'est ce qui se passe ici, pour moi" En somme : il faut être très égoïste et s'occuper de soi.
    Même si, d'un point de vue doctrinal, c'est je dirais exact pour le zen, ne l'est pas du tout du point de vue du Mahayana - de la Voie des Boddhisattva, où autrui passe avant soi.
    Je pense d'ailleurs remettre ça sur le tatami prochainement.

    Je suis devant un dilemme semblable (encore un !).
    En effet, j'ai la chance d'avoir un enfant extraordinaire et j'essaie de m'en occuper de mon mieux chaque jour. Au jour le jour donc.
    J'essaie également de faire pour moi ce qui me plait ou satisfait, au jour le jour.

    MAIS
    J'en ai voulu à mes parents de m'avoir fait vivre une vie misérable, sous le seuil de pauvreté, d'en avoir bien chié enfant et ado.
    Je leur en ai aussi voulu de m'avoir fait naitre dans un monde si dégoutant dans certains aspects (moi j'y vois plus de noir que de clair; je vois le verre à moitié vide).

    Je n'ai donc pas voulu que ma fille me fasse le même procès, ni ressembler à mes parents.
    Ma fille vit une vie plus aisée que celle que j'ai vécu (ma soeur a fait pareil avec ses enfants).
    Mais pour ce qui est de l'engagement, socio-politique, j'ai une responsabilité, pour la simple et bonne raison que l'on fonce droit dans le mur, que l'on court tous à notre perte et cela à grande vitesse.
    Il me faut, moralement, éthiquement, faire quelque chose de ce point de vue là, pour que je puisse dire à ma fille : "j'ai essayé de faire en sorte que le monde soit moins pourri pour toi".
    Cela va donc à l'encontre de l'ici-et-maintenant du zen puisque c'est essayer de donner une autre route à cette locomotive qu'est la vie humaine sur Terre.

    Je vous demande donc vos avis et vos conseils.
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    Annonce Re: L'autre dilemme - les deux routes

    Message par Kaïkan le Lun 12 Oct 2015 - 17:17


    Je viens juste de poster un texte : http://zen-et-nous.1fr1.net/t100p120-qu-est-ce-que-le-karma#32861
    Dans un chapitre on trouve :
    Bientôt après avoir commencé à étudier avec Rujing en Chine, Dõgen a exprimé sa préoccupation au sujet de la tendance généralisée à trop insister sur le «ici et maintenant» et ne pas tenir compte de l'effet avenir de la pratique. Rujing fut d’accord avec Dõgen au sujet de son inquiétude et dit: «Nier qu'il y ait de futures naissances est du nihilisme; ancêtres bouddhiques n’adhèrent pas aux vues nihilistes de ceux qui sont en dehors de la voie. S’il n'y a pas de futur il n'y a pas présent. Cette naissance actuelle existe incontestablement. Comment se pourrait-il qu'il n'y ait pas également une prochaine naissance? "

    Donc cette tendance à trop focaliser sur le "ici et maintenant" ne date pas d’aujourd’hui.
    Si tu ressens de la compassion envers ceux qui souffrent c'est un sentiment normal et humain. Ce n'est pas en contradiction avec le zen. Il faut que progressivement tu prennes confiance en toi et ta pratique et que tu comprennes que l'envie , le désir de progresser vers le bien en évitant de faire le mal n'est pas à réprimer, c'est une énergie à contrôler et à utiliser à bon escient.  
    Tu peux toujours te référer aux six paramitas.


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    Annonce Re: L'autre dilemme - les deux routes

    Message par Zenoob le Lun 12 Oct 2015 - 18:05

    Je ne comprends pas bien, c'est quoi le dilemme ?

    Faire ou ne rien faire ?

    Le truc je pense c'est que tout est lié. C'est à dire qu'agir bien "pour soi", en fait, c'est agir bien "pour les autres". Si on agit égoïstement dans la vie on se sent plutôt très mal à terme ; si on fait le contraire, on se sent bien. Ca peut passer par un engagement social mais aussi par simplement vivre sa vie de tous les jours en faisant le plus attention possible aux autres.

    Avec tous les pièges que comporte ce genre de réflexion : si on agit simplement par "bonne conscience", on n'est pas dans l'action juste mais dans une action égoïste (j'aide l'autre pour aller mieux moi même). L'action juste nait simplement d'une pratique régulière. Lorsqu'on est habitué à reconnaître en soi tout le bordel qui correspond à notre vie de petit être singulier, on devient plus compréhensif avec les autres et on peut commencer à injecter des trucs chouettes dans notre vie, ponctuellement, pour faire du bien aux autres.

    Dire "j'agis pour moi" ou "j'agis ici et maintenant" n'a pas de sens. Ici et maintenant, c'est tout le reste. C'est du blabla, du jargon zeniesque. Ici et maintenant, C'est la Syrie et c'est ta gamine. C'est tout à la fois. On est pris dans une vie qui est conditionnée par des milliers de facteurs, y compris ce qui se passe à des centaines de kilomètres. Pour moi, l'objectif n'est pas de régler tous les problèmes mais de naviguer dans sa vie sans faire trop de dégâts. C'est déjà pas mal. C'est ce que disait Nishijima, aussi, me semble-t-il ; on fait ce qu'on peut, et si c'est petit, on fait petit.
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    Message par Fred le Lun 12 Oct 2015 - 18:26

    J'aime bien ce que dit Dogen dans le Genjo Koan :

    "(...) Si l'on se réfère à notre point de vue, nous voyons les choses d'une manière sélective. Mais avoir une vue correcte des choses dépend plus de notre pratique que de notre point de vue."

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Genj%C5%8D_k%C5%8Dan#L.E2.80.99illusion

    Il y'a tant de points de vue contradictoires, comment pourrions nous les ménager tous ?
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    Message par Yudo, maître zen le Lun 12 Oct 2015 - 19:44

    Ce qui est vrai, cela dit, c'est qu'il n'est pas en notre pouvoir de faire grand-chose pour la Syrie. Et dans ce cas, il ne sert à rien de rester là, devant le téléviseur, à nous tordre les mains.

    D'ailleurs, j'ai le soupçon que de montrer des horreurs à la télé est bien utile à certains pour nous éviter de nous pencher sur des choses qui se passent ici et pour lesquelles il faudrait bien faire quelque chose.

    Tu dis (Ancestral) que tu en as voulu à tes parents de t'avoir fait vivre une vie misérable. Mais étaient-ils en mesure de faire autrement? Il y a encore aujourd'hui des gens pour dire que la société ne doit rien faire pour aider les gens qui sont dans la misère, du genre que c'est de leur faute! Mais je dirais que le paradoxe de ce qui se passe en Syrie (et pas que là!), c'est qu'on pourra peut-être y changer quelque chose si l'on s'occupe de faire changer quelque chose chez nous.

    Il ne s'agit pas d'être égoïste et indifférent. Il s'agit d'agir selon nos moyens et si nous n'avons pas ces moyens, nous tordre les mains ne changera rien.

    J'en parle d'autant volontiers que j'ai toujours été particulièrement "vocal" devant les horreurs et les injustices du monde, et qu'elles peuvent parfois me mettre dans des états de rage assez brûlants. Moins aujourd'hui que quand j'étais plus jeune, certes, mais je sais que ma capacité d'indignation reste intacte.

    Mais j'évite de me consumer inutilement, car je crains toujours que cela me fasse manquer une opportunité de vraiment faire quelque chose.
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    Message par Frantzus-Magnus le Lun 12 Oct 2015 - 20:00

    Salut,

    Pour faire écho à Yudo et Zenoob, voici deux citations de Nishijima tiré de "face aux vrai dragon" qui me viennent à l'esprit :

    "Lorsqu'on a un problème difficile, il faut chercher la solution la meilleure, la plus réaliste."

    "Si nous faisons les choses avec soin et dans un engagement total, nous ne pouvons plus avoir de problèmes moraux."
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    Message par Fa le Lun 12 Oct 2015 - 23:00

    Bonsoir,

    La surinformation dont nous bénéficions aujourd'hui ne va pas avec l'omnipotence qui serait nécessaire, pour agir en accord avec nos perceptions.
    La sphère Information est démesurée par rapport à notre sphère d'Influence.

    Dans les possibilités de changements on pourrait distinguer 2 aspects :

    L'aspect synchronique : Celui qui se limite à notre sphère d'action immédiate.
    L'aspect diachronique :  L'effet de cet agir dans l' espace-temps.

    On ne peut pas porter toute la misère du monde sur ses épaules, mais on peut semer les germes d'un monde plus juste.
    Ce qui fait que les actions de notre petite sphère d'influence peuvent avoir une portée beaucoup plus large que ce qu'il y paraît.

    C'est pourquoi dans le Bouddhisme il y a la notion de Karma, qui est une confiance dans l'idée que des actions orientées
    vers une culture de l'éveil porterons tôt ou tard des fruits positifs.

    Un proverbe résume cette idée : "Avant de vouloir changer le monde, fais 3 fois le tour de ta maison".
    La maxime "Penser global, agir local" va dans ce sens également.

    Avec un regard profond, on peut réaliser que les petites actions du quotidien peuvent avoir de profondes répercutions sur le monde de demain.
    Un Bouddhiste peut aussi considérer que c'est le monde dont il héritera dans une prochaine vie.

    Réaliser le non-soi, transcender le soi, ne consiste-t-il pas aussi à voir que les actes de notre sphère immédiate, peuvent avoir une profonde influence,
    sur le monde à venir ?
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    Annonce Re: L'autre dilemme - les deux routes

    Message par AncestraL le Jeu 15 Oct 2015 - 9:03

    Merci pour vos réponses :-D
    J'y répondrais de manière plus complète bientôt.

    Hier je lisais la traduction complète du Fukanzazengi (le texte entier, pas son résumé) tiré de L'essence Du Zen - Entretiens Sur Le Dharma À L'intention Des Occidentaux - de Sekkei Harada.

    Dedans il est dit qu'il ne faut pas quitter la maison et la famille (mais alors pourquoi les gens se font-ils moines ???) pour faire zazen.
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    Annonce Re: L'autre dilemme - les deux routes

    Message par zanshin le Jeu 15 Oct 2015 - 9:35

    tao

    Pour le FUKANZAZENGI suivre ce lien → http://zen-et-nous.1fr1.net/t517-fukanzazengi-eihei-dogen
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    Message par Fa le Ven 16 Oct 2015 - 10:51

    Dedans il est dit qu'il ne faut pas quitter la maison et la famille (mais alors pourquoi les gens se font-ils moines ???) pour faire zazen.

    Bonjour,

    C'est une question de Karma Ancestral.
    Parfois tu peux couper le chat en deux,
    parfois tu ne le peux pas,
    où si tu le fais,
    tu deviens un Chat-moine,
    toi-même,
    destiné à se faire
    coupé en deux.
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    Message par AncestraL le Ven 6 Mai 2016 - 13:44

    Je "rêve" toujours autant de "me retirer du monde" d'une manière ou d'une autre. Enfin, c'est plus fort que ça : ça m'attire inexorablement intérieurement, comme si quelque chose (la vie spirituelle) avait mis le grappin sur moi et ne me lâchait plus, mais faisait tout pour m'attirer à elle, comme si mon destin était de devenir moine.
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    Message par Kaïkan le Ven 6 Mai 2016 - 17:23


    En devenant un moine zen tu portes le kesa. C'est justement un kesa que tu es en train de préparer si je ne me trompe pas.
    En portant le kesa et en faisant zazen tu accomplis ton "rêve" de toujours : "te retirer du monde". En même temps tu restes en contact avec le monde et tu en comprends les difficultés et les souffrances.
    C'est cette attitude de se retirer tout en restant qui permet la manifestation et l'approfondissement de bodaïshin (l'esprit d'éveil).


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