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    Brad Warner: Pourquoi je fais Zazen

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    Yudo, maître zen
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    Brad Warner: Pourquoi je fais Zazen

    Message par Yudo, maître zen le Ven 22 Avr 2016 - 20:48

    Pourquoi je fais Zazen
    Publié par Brad le 21 Avril  2016

    Je suis sur un gros oiseau en fer en train de voler à travers le ciel. Sous moi il y a le lac Michigan. Je serai à New York dans une heure et demie.

    Je me rends à une série de conférences et de rencontres publiques (voir la liste ci-dessous). En fait, il y en a une en plus, lundi, qui n'est même pas sur la liste parce que je ne connais encore pas les détails. Plus quelques interviews, des repas et des apéros et des trucs, et une bonne paire de trajets longs, longs, longs dans des voitures surpeuplées. Ça va être une sale fin de semaine, je vous le dis!

    Il y a quelques années, je m'étais juré de ne jamais plus refaire la même chose. J'avais à peine terminé une tournée de la Côte Est où j'avais accepté de faire deux ou plus conférences chaque jour. Suivit le voyage en Finlande où j'ai eu l'impression d'être sur scène non-stop pendant une semaine.

    L'an dernier, mon comptable a fait une grosse bêtise. Lorsqu'il a eu tout débrouillé et m'a dit que j'avais droit à un remboursement, j'ai dit: "Je n'ai rien payé, comment puis-je avoir une remboursement?" Il a marmonné quelque chose à propos de crédits du système Obamacare. Je lui ai demandé s'il en était sûr, il m'a répondu, oui. Alors, j'ai dit OK. Qu'est-ce que j'en sais, moi, des impôts?

    Il se trouve que je savais. Parce qu'en mars, j'ai reçu une lettre des impôts me disant que je leur devais un gros paquet de fric plus les intérêts. Les sources de revenus dont ils disaient que je ne les avais pas déclarées étaient mes ressources principales, c'est à dire droits sur mes livres et les donations qu'on me fait sur mon blog. Je n'aurais jamais pu oublier de les déclarer. J'ai revu mes notes, celles que j'avais apportées au comptable, l'année précédente. Tout y était.

    J'ai donc appelé le patron de mon comptable. Il a comparé ma déclaration et mes notes. Rien ne correspondait. Les impôts avaient raison. Le comptable avait merdé dans les grandes largeurs. Son patron me dit d'envoyer un chèque aux impôts et gentiment, m'envoya un chèque correspondant aux pénalités.

    Tout ceci a pris quelques semaines à régler. Cela fait, j'ai dû faire mes déclarations pour cette année. Comme prévu, je leur devais un autre chèque. Encore plus gros que le précédent. Heureusement j'avais le blé, je l'ai donc envoyé (et voilà où est passé mon avance sur droits pour le dernier livre "Don't Be a Jerk". Plus un chèque à l'Etat de Californie, pour cette année et un autre pour l'année passée.

    Puis je me suis cassé une dent et il m'a fallu la faire arranger. Comme je n'ai pas d'assurance, j'ai dû payer le plein montant. Oh, et j'ai oublié la nouvelle ordonnance de lunettes. Pas plus assurée.

    Donc, je viens juste de dépenser en une semaine une part géante de l'argent que j'ai rentré au cours des 12 derniers mois.

    Oh, et ce matin, le taxi a mis bien plus longtemps à arriver que prévu, ensuite on est restés coincés dans le traffic, et j'ai donc raté mon vol. Ensuite, la sécurité des aéroports a mis des heures parce qu'ils flippent à mort pour tous ces gens qui vont de LA à la Côte Est pour Pessah, j'ai donc raté mon nouveau vol et j'ai dû re-re-réserver. Ça aussi, il a fallu le payer.

    "Don't Be a Jerk" se vent bien, bonne nouvelle. Mais ça ne sera pas pour autant le prochain Harry Potter. J'espère juste que les New-Yorkais en achèteront quelques exemplaires ce W-E!

    Parfois des personnes me demandent de les ordonner. Parfois ils me demandent comment faire pour écrire et publier des livres. Lorsque je leur conseille de n'en rien faire, ils pensent toujours que je plaisante. Je ne plaisante pas. Ce n'est pas une carrière qu'on puisse recommander.

    Je n'ai pas de gérant ou de secrétaire particulier. J'organise ces conférences, je réserve mes avions, je me débrouille tout seul pour comprendre comment aller d'un point A à un point Z, après quoi je voyage seul. Vous pouvez me croire que c'est stressant. Mais c'est le job qui le veut. J'accepte ça, ce qui ne veut pas dire que je doive aimer ça. Dans l'ensemble, je préfère ce job à n'importe quel autre que j'ai eu jusqu'ici, donc je fais ce qu'il faut.

    Je ne suis pas un gentil garçon au bon caractère lisse et sans faille. C'est pas moi. Je sui un mec aigri, amer, en colère, maladroit socialement, et à la carapace pas facile à percer. Quand je suis stressé, je le suis à fond. Pour moi, la pratique du Zen n'a pas été un moyen d'aller de garçon bien ajusté à Grand Maître Omniscient et Omnivoyant, plein de beauté, de bonheur et d'arcs-en-ciel. Ça s'est juste révélé être une façon de m'empêcher de tomber complètement au fond du trou.

    Sans l'assise solide que la pratique du Zen m'a donnée, je ne pourrais absolument pas faire tout ça. J'en ai totalement conscience. Lorsque je m'assieds sur mon petit coussin dans mon petit appartement chaque matin et chaque soir, je sais qu'aussi ennuyeux et débile que puisse sembler le fait de m'asseoir devant la porte de mon placard pendant une demi-heure -- même pour moi! -- c'est ce qui rend juste possible le reste de ma vie.

    Ouais, j'ai eu quelques moments de pénétrations particulièrement étonnantes. Non pas que moi, je sois étonnant. Mais ce que j'ai vu l'était.

    Mais c'est pas pour ça que je me pose sur le zafu à chaque jour.


    Tous les jours, je me pose sur le zafu pour y survivre.

      La date/heure actuelle est Lun 20 Nov 2017 - 6:57