Zen et nous

Le zen, sa pratique, ses textes, la méditation, le bouddhisme, zazen, mu


    ZAZENSHIN de Dôgen (ch 12 du Shõbõgenzõ)

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    ZAZENSHIN de Dôgen (ch 12 du Shõbõgenzõ)

    Message par Kaïkan le Sam 30 Sep 2017 - 14:51


      ZAZENSHIN


    Chapitre 12 du Shōbōgenzō.

    Conseils pour une pratique juste de zazen

    Translated in english by Taisen Deshimaru.
    Traduit en français par des moines de l' AZI d'après le texte anglais de T. Deshimaru.


    Dans cet essai de Dôgen, le shin de Zazenshin ne signifie pas esprit mais aiguille, comme une aiguille d'acupuncture pour soigner les maladies, les erreurs concernant zazen.
    Dôgen l'exposa au temple de Kosho-ji le 18 mars 1242. Pour son exposé, Dôgen s'appuya lui-même sur le Zazenshin de Maître Wanshi (1090-1157).


    Texte (Zazenshin)

    Un jour, après zazen, un moine demanda au grand maître zen Kodo Yakusan :
    " Pendant zazen qu'est-ce que vous êtes en train de faire alors que vous ressemblez à une montagne immobile ? "
    Le maître répondit :
    " Je pratique shiryo1 au sujet de fushiryo2.
    - Comment peut-on obtenir fushiryo ? "
    Le maître répondit :
    " Hishiryo3 "

    Le seul Zen authentique a toujours été pratiqué de cette manière par ce fameux hishiryo de Maître Yakusan. Et c'est ainsi qu'il doit être transmis tel qu'il l'a été depuis le Bouddha Shakyamuni par les prédécesseurs successsifs des maîtres. Bodhidharma, Eno, Nyojo. Zazen est la seule et unique façon de pénétrer le satori du Bouddha. Le hishiryo de Maître Yakusan n'est pas simplement un nouveau moyen inventé par lui-même. C'est la seule façon d'aborder le véritable bouddhisme. C'est-à-dire à travers le zazen tel qu'il fut transmis par Bouddha et les maîtres.

    Cette pratique de la pensée sur la non-pensée est le seul moyen de devenir Bouddha. Ceci est zazen.
    Ce zazen pratiqué ainsi est l'essence de la vrai vie et il a été transmis depuis Bouddha, de Bouddha en Bouddha et de maître en maître. Bodhidharma transmit cette vérité à son disciple Eka en lui donnant sa moelle. Les trois autres disciples reçurent respectivement ses os, sa chair et sa peau.

    [NDT :

    1. Shuryio  la conscience, la pensée
    2. Fushiryo non-conscience, non-pensée
    3. Hishiryo  dans ce cas, ce n'est pas l'état de conscience personnelle, c'est au-delà de la pensée.]


    Qu'est-ce que shiryo (la pensée) ? Qu'est-ce que fushiryo (la non-pensée) ? Cela a été demandé très souvent, non seulement par les grands moines, mais aussi par ceux qui pratiquent zazen. Mais le moine qui demanda à Maître Yakusan : "Comment pratique-t-on shiryo au sujet de fushiryo ? " était un vrai novice.

    Shiryo et fushiryo ne sont pas des entités séparées. Durant zazen, nous continuons shiryo. Shiryo est la vérité elle-même et elle est en unité avec fushiryo.


    <<< à suivre >>>



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    Re: ZAZENSHIN de Dôgen (ch 12 du Shõbõgenzõ)

    Message par Kaïkan le Dim 1 Oct 2017 - 8:59


    (suite)

    S'il vous plaît, hommes sages, étudiez fushiryo. Étudiez hishiryo.
    C'est un mondo profond.
    Hishiryo, dans la bouche de Maître Yakusan, signifie en vérité la liberté parfaite pour nous-mêmes, juste comme une perle qui roule. De plus l'action de jijuyu, c'est-à-dire l'acte de se libérer soi-même par soi-même, est aussi un aspect de hishiryo. Cependant, pendant shiryo, ou même au-delà de cela, même en hishiryo, si on essaie d'aller au-delà de son propre égo, un égo (une conscience personnelle) existe cependant encore. Mais une fois que zazen lui-même est vu comme l'acte de faire (par soi-même), alors et alors seulement, shiryo, l'égo personnel, n'existe plus.

    Zazen seul réalise, zazen seul agit. Si zazen n'existe que dans l'action de zazen lui-même, alors zazen ne peut pas être shiryo (la conscience de l'égo personnel). Zazen n'est pas la pratique de shiryo. Le zazen de Yakusan est donc la pratique de zazen lui-même. Ce point de vue n'est pas seulement le mien, pas plus que celui de Yakusan ; il remonte aux trente-six générations qui précédèrent Yakusan. C'est le point de vue du Bouddha Shakyamuni lui-même. Dans cet enseignement, s'il est transmis correctement, il y a le sens de la substance du vrai shiryo qui est lui-même fushiryo (au-delà de la conscience personnelle).

    Mais depuis peu, beaucoup de personnes stupides disent que la pratique de zazen doit atteindre au vide de l'esprit. Et que si nous l'atteignons, nous arrivons à la porte de l'esprit paisible et pénétrons facilement le monde de l'esprit zen qui ne bouge pas. Mais je ne pense pas comme cela. Cette opinion ne va même pas au-delà de celle des adeptes hinayana (théravada). Ceux qui entretiennent une telle opinion sont dans une dimension encore plus basse  que la masse de ceux qui croient en toutes sortes de dieux. De telles personnes ne sont pas de véritables chercheurs en quête de la vérité du Bouddha.
    Nous sommes terriblement attristés que le véritable enseignement du Bouddha et des maîtres soit en train de mourir d'une telle manière.

    Et puis il y a les autres qui disent que s'efforcer de faire zazen, c'est bon pour les débutants et pour les jeunes, et que pour les maîtres-Bouddha, la pratique de zazen n'est pas tellement importante ; et ils disent que quand ils marchent, c'est le Zen, que quand ils s'assoient c'est le Zen, et de même qu'ils parlent ou gardent le silence, qu'ils bougent ou ne bougent pas, ils disent que toutes les actions de leur vie quotidienne sont zen. Alors ils sont tout le temps contents et paisibles. Ils n'ont pas besoin de faire des zazen difficiles qui font mal aux jambes car leur vie quotidienne elle-même est le Zen, même s'ils ne font pas zazen, prétendent-ils. Cela est une grave erreur, bien entendu.

    Certainement chaque action de notre corps et de notre esprit peut devenir le Zen, mais ce véritable esprit ne peut exister qu'à travers la pratique de zazen. Nulle part, il n'y a de Zen sans zazen. Zen et zazen ne sont pas séparés. Ils ne sont pas en dualité mais en unité. Puisque le Zen est un fait subjectif, on ne peut le comprendre d'un point de vue objectif ; mais plutôt, il doit être compris seulement à travers les actions de la vie quotidienne.

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    Re: ZAZENSHIN de Dôgen (ch 12 du Shõbõgenzõ)

    Message par Kaïkan le Lun 2 Oct 2017 - 14:52


    (suite)

    Nous sommes attristés que beaucoup d'adeptes de récole Rinzaï maintiennent cette opinion erronée. Ils se justifient de ne pas transmettre véritablement la Voie du Bouddha, simplement parce qu'ils trouvent la pratique de zazen trop difficile.
    En tout cas, il y a une grande différence entre débutants et non-débutants. A présent, pratiquer zazen et continuer zazen est le vrai problème essentiel. 'On doit comprendre que pratiquer la Voie du bouddhisme n'est autre que faire des efforts dans la pratique de zazen.
    Le sens véritable de l'enseignement certifié est que nous ne devons pas entretenir le but de devenir Bouddha puisque c'est la pratique de la posture elle même qui est le Bouddha. La posture est le Bouddha. Cela ne signifie pas qu'à travers la pratique ou la méthode de zazen le Bouddha est créé. Cela signifie que zazen lui-même est le corps et l'esprit. ou l'esprit infini ou le Bouddha lui-même; c'est la réalisation du satori ou l'expérience de la vérité elle-même .

    Si nous brisons notre esprit d'attachement, alors aucune relation n'existera plus entre le Bouddha qui fait zazen et le Bouddha qui espère devenir le Bouddha; à ce moment-là le zazen-Bouddha seul est le vrai Bouddha. Car seulement à ce moment-là nous allons au-delà de tous les Bouddhas, seulement à ce moment-là nous pouvons devenir le véritable Bouddha, au-delà de tous les temps. Allant et venant, debout ou allongé, tout est immuable. Donc, à ce moment-là, zazen a le pouvoir unique de satisfaire toute chose.

    Un jour, Maître Dotsu Baso faisait zazen dans le dojo de Maître Daie Nangaku. Il faisait toujours zazen bien qu'il eût déjà reçu le shiho comme prochain maître dans la succession après Maître Nangaku.
    Alors Nangaku demanda à Baso :
    « Vous êtes en train de faire zazen mais avez-vous quelque objet (quelque objectif) en cela? »
    A propos de cette question, nous devons réfléchir profondément aux quatre cas suivants :

    1. Avez-vous quelque objet de progrès au-delà de zazen ?
    2. Avez-vous quelque autre considération que zazen lui-même ?
    3. N'avez-vous pas d'autres préoccupations à part zazen ?
    4. Réalisez-vous quelque objet à l'endroit où vous faites zazen ?

    Nous devons être comme un vrai dragon vivant. C'est mieux que d'être une imitation sculptée ... Nous devons comprendre que les deux dragons, le dragon vivant et le dragon sculpté, possèdent le pouvoir de faire arriver les nuages et de faire tomber la pluie ... Nous ne devons pas penser que le monde de notre esprit de zazen est lointain et que notre corps de zazen est intimement proche. Et nous ne devons pas avoir de respect pour la sensation d'intimité. Nous ne devons pas être intime seulement avec la proximité de notre esprit de zazen et nous ne devons pas, non plus, être intime avec notre corps de zazen seulement. Bien sûr, il n'y a pas à respecter le fait que l'esprit de zazen est lointain, ou que le corps de zazen est lointain. Nous ne devons pas être seulement concentré sur la proximité de notre corps de zazen. Nous ne devons pas être seulement concentré sur l’œil qui regarde seulement ce qui est près. Bien sûr, ne vous concentrez pas sur ce qui est lointain. Nous ne devons pas être seulement concentré sur les oreilles qui entendent ce qui est lointain. Bien sûr, nous ne devons pas être seulement concentré sur ce qui est proche. De cette manière, nous devons être profondément concentré sur la pensée et l'écoute à la fois proche et lointaine...


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    Re: ZAZENSHIN de Dôgen (ch 12 du Shõbõgenzõ)

    Message par zanshin le Mar 3 Oct 2017 - 8:31

    C'est un chapitre assez long finalement, je croyais que c'était beaucoup plus court mais j'ai vérifié et Dôgen va vraiment dans tous les détails des égarements possibles dans lesquels on peut tomber en pratiquant zazen. C'est très instructif.
    Quand il s'en prend au Théravada et au rinzai, je suppose qu'il critique ce qui se faisait ou se disait à l'époque au Japon dans ces courants bouddhistes. Wink
    Bon, je laisse se développer la suite... aurevoir


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    Re: ZAZENSHIN de Dôgen (ch 12 du Shõbõgenzõ)

    Message par tangolinos le Mar 3 Oct 2017 - 21:44

    Salut les copains

    @zanshin
    suite à ton invitation, voilà ma suite:

    je dirais que seule la lumière après laquelle on court est éternellement lumineuse,
    et que tous les chemins proposés pour l’ atteindre sont obscurs.

    Il faut entendre par là que celui qui a cheminé obscurément et qui d’un coup s’est éveillé, ne doit pas brandir son chemin comme étant la lumière.

    Nombreux sont les chemins obscurs qui proposent l’ illumination… et je ne pense pas que l’un ou l’ autre soit à dénigrer.

    Disons qu’il ne s’agit pas vraiment de s’obstiner à saisir la chose, mais plutôt de s’incliner devant elle, pour qu’elle accepte de nous saisir.

    Un peu comme s’il s’ agissait de vider le vase et non pas de persister à le remplir.

    Un peu comme si cette ultime lumière ne pouvait resplendir que dans un vase vide.

    Et vois-tu, si je devais donner un sens à la pratique de zazen, je dirais qu’il faut activement se vider.
    Chinois-salut
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    Re: ZAZENSHIN de Dôgen (ch 12 du Shõbõgenzõ)

    Message par zanshin le Mer 4 Oct 2017 - 5:41

    zanshin a écrit:
    Bon, je laisse se développer la suite...  aurevoir
    C'est-à-dire la suite de Zanshin de Dôgen (ch 12 du Shobogenzo), publié dans ce sujet par Kaïkan.
    Merci de bien comprendre mes messages. Exclamation

    NB : Bien sûr, dans les intervalles on peut poser des questions ou bien faire des commentaires concernant le sujet, c'est-à-dire le zazenshin (ch 12 du Shobogenzo)... Smile


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    Re: ZAZENSHIN de Dôgen (ch 12 du Shõbõgenzõ)

    Message par Zenoob le Mer 4 Oct 2017 - 13:57

    tangolinos a écrit:
    Et vois-tu, si je devais donner un sens à la pratique de zazen, je dirais qu’il faut activement se vider.

    Sinon, faire zazen c'est pas mal Wink
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    Re: ZAZENSHIN de Dôgen (ch 12 du Shõbõgenzõ)

    Message par Kaïkan le Mer 4 Oct 2017 - 15:57


    (suite)

    En réponse à la question de Nangaku : « Vous êtes en train de faire zazen mais avez-vous quelque objet en cela? » Baso répliqua:
    « C'est dans le but de devenir Bouddha. »
    Problème : devenir Bouddha, qu'est-ce que cela veut dire? Pour comprendre cela, il faut étudier profondément ce qui suit :

    1. Est-ce que cela signifie devenir Bouddha par un Bouddha autre que l'ego personnel ?
    2. Est-ce que cela veut dire réaliser la nature de Bouddha en soi-même?
    3. Est-ce que cela veut dire faire apparaître quelque Bouddha dans notre conscience pendant zazen ?
    4. Est-ce que cela veut dire devenir unité avec un autre Bouddha imaginé par notre conscience personnelle?

    Concernant cette question « Que signifie devenir Bouddha? » nous devons analyser les problèmes de Baso. Mais ces problèmes ont tous le seul objet de devenir Bouddha.
    Donc, nous devons tout d'abord nous attaquer à la question suivante:
    Qu'est-ce qui est le plus important, devenir Bouddha ou pratiquer zazen ?
    La Voie de Baso est la pratique de zazen pour devenir Bouddha. C'était son but. Mais ce but peut être analysé comme suit :

    - Est-ce que le but existait avant de devenir Bouddha ?
    - Est-ce que le but existait après être devenu Bouddha ?
    - Est-ce que le but lui-même devient Bouddha ? Etc.

    J'ai beaucoup de doutes concernant cette question. Je me demande combien de Bouddhas ont été créés à partir du but de devenir Bouddha. Et combien de gens sont devenus les successeurs du Bouddha ?
    Depuis le Bouddha Shakyamuni, tous les Bouddhas et les maîtres se sont succédé à travers zazen ; c'est l'entrée principale ... Leur shobogenzo existe dans chaque transmission, venant du maître au disciple.
    En fait, combien de Bouddhas et de maîtres ont été créés comme vrais successeurs du shobogenzo ?
    Le plus important : dans toutes ces réflexions, il y a en soi une profonde pratique assidue pour atteindre la bouddhéité. Chacune des combinaisons citées précédemment est l'objet lui-même dans l'effort pour devenir Bouddha. Donc, nous ne devons pas éviter cet objet. En fait, si nous souhaitons éviter cet objet, nous devons aller au-delà de lui. Allez au-delà de lui, et cet objet sera pénétré comme le véritable objet.

    Problème suivant. A ce moment-là, Nangaku prit un morceau de tuile qu'il polit silencieusement sur une grosse pierre. Baso le regardait en train de polir cette tuile et lui demanda :
    « Maître que faites-vous ? »
    Dans la question de Baso : « Qu'est-ce que vous espérez obtenir en polissant cette tuile ? », il y a un profond enseignement. Cette question est aussi un grand genjo koan, un koan vivant.
    Dans ce monde ou dans un autre, partout, il y a beaucoup d'enseignements qui dépassent le sens commun. Il y a certaines sectes zen qui pratiquent aussi un Zen anormal, clamant qu'il est possible d'obtenir le satori en raison du fait qu'ils ont déjà le satori à l'oriqine ...  Cette opinion est erronée, préjudiciable et dogmatique, Vous devez comprendre que cela n'est pas l'enseignement complet. Ceux qui entretiennent des opinions pareilles sont incapables de comprendre la substance de l'eau même en la regardant ou la substance de la montagne même en la regardant.
    Nous ne devons pas négliger par insouciance tout autre phénomène ou relation d'interdépendance en regardant seulement avec les yeux. Leur étude du Zen n'est pas le vrai bouddhisme.

    A propos de la réplique à la question de Baso, Nangaku dit: « Je suis en train de faire un miroir. »
    Il est important de pénétrer le vrai sens de ces mots. Même s'il n'est question que d'une tuile ou d'un miroir, si nous devons étudier les différentes raisons impliquées dans cet acte de polir, nous découvrirons beaucoup de vérités et de subtilités dans ce koan vivant concernant cette expérience et concernant le satori. En voulant exprimer l'esprit du satori, le vieux miroir ou le miroir pur ne peuvent pas devenir un vrai miroir simplement en étant polis.


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    Re: ZAZENSHIN de Dôgen (ch 12 du Shõbõgenzõ)

    Message par tangolinos le Mer 4 Oct 2017 - 19:29

    Zenoob a écrit:
    tangolinos a écrit:Et vois-tu, si je devais donner un sens à la pratique de zazen, je dirais qu’il faut activement se vider.
    Sinon, faire zazen c'est pas mal Wink
    Salut Zenoob
    vois-tu il me semble que je pratique zazen, depuis tout gosse d’une manière non-enseignée et/ou non conventionnelle…
    Je pourrais par exemple écrire zazen: ‘’tout ça s’ en ai marre’’.

    En effet, cette détermination d’ évacuer toutes les choses que je ne comprenais pas, a gravement handicapé mes capacités mémorielles.
    Et vois-tu, je ne pourrais pas vraiment trancher en disant que cet handicap soit un défaut ou une qualité.
    Vois-tu, je soupçonne fortement que le salut soit dans l’ ultime consistance du vide, et si la pratique de zazen te permet de ressentir le ‘’sublime’’ après avoir tout évacué, tu es sur la bonne voie.

    Tiens par curieuse synchronicité un ami m’ a envoyé, ce jour même, une vidéo de quelqu’un que je ne connaissais pas:

    video

    Bon appétit !
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    Re: ZAZENSHIN de Dôgen (ch 12 du Shõbõgenzõ)

    Message par Kaïkan le Ven 6 Oct 2017 - 14:18


    (suite)

    Prochaine question de Baso :
    « Comment une tuile peut-elle devenir un miroir seulement si vous la polissez? »
    (En vérité, cette question démontre la réalisation de Baso, il est véritablement un vrai moine zen qui est à ce moment-là, lui-même. en train de continuer à,polir la tuile. Cette question dépeint une grande capacité qui ne dépend d'aucun autre pouvoir. Polir le miroir est la pratique qui devient complètement, seulement le miroir. La tuile ne peut devenir un miroir" Et même si le miroir a été fait par cette méthode de polissage, il n'y a aucune relation entre les deux.)

    La réponse de Nangaku est: « S'il en était ainsi, alors, comment pouvez-vous devenir Bouddha en faisant zazen ? »
    (Cela veut dire qu'en faisant zazen il n'y a pas un but tel que celui de devenir Bouddha. Cela dit, on peut maintenant comprendre ce profond enseignement. Notre souhait ou désir de devenir Bouddha n'a rien à faire du tout avec zazen.)
    En réponse à la question de Nangaku, Baso dit: « Pourquoi est-ce ainsi ? »
    (La réponse de Base pose deux questions: pourquoi à travers zazen ne peut-on pas devenir Bouddha ? Et pourquoi ne pourrions-nous pas devenir Bouddha purement et simplement ? C'est comme un ami qui voit son ami. Un ami pour l'un est aussi un ami pour l'autre. Donc, dans cette question, le «pourquoi» et le «ainsi» sont tous deux réalisés au même instant.)

    Puis Nanqaku dit : .
    « C'est juste comme quelqu'un qui conduit un char à bœufs. Si le char à bœufs n'avance pas, que préfère-t-il frapper, le bœuf ou le char ? »
    (Dans cette réponse de Nangaku à Baso, que veut-il dire exactement : que le char avance ou qu'il n'avance pas ?)
    Par exemple, est-ce que le mouvement de l'eau dans la rivière est semblable au mouvement du char à bœufs, ou plutôt est-ce que le non-mouvement de l'eau est similaire au mouvement du char à bœufs ?... Le volume de l'eau dans la rivière ne change pas, bien que le courant ne puisse exister sans mouvement de l'eau. Alors, quand on lit la phrase « Si le char à bœufs n'avance pas », on comprend en étant au-delà du mouvement et de l'immobilité.
    Quand c'est au-delà du mouvement ou de l'immobilité, cela devient l'action elle-même. Les mots «s'il n'avance pas» ne veulent pas seulement dire avancer. Qu'il «frappe le char ou qu'il frappe le bœuf» ne veut pas simplement dire qu'il peut frapper le bœuf ou frapper le char. Suivant le sens commun, on ne frappe pas le char. Mais nous devons comprendre que dans le bouddhisme, il est possible de frapper le char, même si ce n'est pas ainsi selon le sens commun. C'est le point clé dans l'étude du Zen. Alors, même si nous savons comment frapper le bœuf dans le monde quotidien qui nous entoure, dans le bouddhisme, nous devons étudier les différentes manières de frapper suivantes :

    1. Qu'est-ce qu'on doit frapper, le bœuf ou la vache ?
    2. Qu'est-ce qu'on doit frapper, le bœuf vivant ou celui qui est mort ?
    3. Est-ce un bœuf d'eau ?
    4. Est-ce un bœuf de fer ?
    5. Est-ce un bœuf couvert de boue ? Etc.

    Encore, dans le fait de frapper :
    1. Frapper avec un fouet ;
    2. Frapper avec un bambou ;
    3. Frapper avec un bâton ;
    4. Frapper avec nos mains ;
    5. Frapper avec notre esprit ;
    6. Frapper avec tous les esprits
    7. Frapper avec toute la terre ;
    8. Frapper à travers la moelle du bœuf ;
    9. Frapper seulement la peau du bœuf;
    10. Frapper sa chair ;
    11. Frapper ses os, etc.

    Encore, quand il frappe avec les mains :
    1. C'est pour frapper le bœuf avec les mains
    2. C'est pour frapper la main avec la main
    3. C'est pour frapper la tête du bœuf ;
    4. C'est pour frapper la croupe du bœuf.

    On peut frapper la main avec la main, ou frapper le bœuf avec le bœuf, frapper la charrette avec le bœuf et le bœuf avec la charrette. Il est possible que le bœuf frappe notre corps ou notre esprit ou notre cœur, et iÎ est possible que l'esprit frappe le bœuf si le bœuf devient tout le monde et toutes les existences.
    A cet enseignement, Baso répondit par un silence.
    Nous ne devons pas négliger le silence de Baso. Le silence de Baso est pareil à exposer une pierre précieuse en jetant la tuile, ou encore, c'est juste comme changer la position de son visage par le mouvement de la tête.

    Nangaku continue encore plus profondément :
    « Votre pratique de zazen consiste à réaliser que zazen lui-même est le Bouddha ou le Bouddha assis. »
    (Cela veut dire qu'il n'y a jamais de satori mais seulement zazen, et la pratique de zazen est le satori. C'est la substance elle-même du Bouddha assis. Cela est très important.)
    Aussi nous devons étudier plus profondément.

    <<< à suivre >>>


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    Re: ZAZENSHIN de Dôgen (ch 12 du Shõbõgenzõ)

    Message par Kaïkan le Ven 13 Oct 2017 - 18:22


    (suite)

    Maintenant, au sujet de l'affirmation de Nangaku disant que la pratique de zazen est le satori, il n'y a pas.de problème. Cependant, dans son affirmation concernant le Bouddha assis, nous devons saisir le sens profond. Seuls les vrais successeurs de la transmission du Zen traditionnel, qui ont correctement exprimé la pratique de zazen, peuvent comprendre que le Bouddha assis est zazen lui-même. A ce sujet, nous devons réaliser que le zazen du débutant est simplement le Bouddha assis. Quand ie débutant fait l'expérience de zazen pour la première fois, il peut comprendre subjectivement et par lui-même ce qu'est zazen.
    Il est dit que si vous pratiquez zazen. ce zazen est différent du fait de s'asseoir dans la vie quotidienne. Cela signifie que le vrai zazen est zazen avec à la fois la pratique et le satori, et ce n'est pas l'action de s'asseoir dans la vie quotidienne. C'est différent de la posture assise de tous les jours. L'assise en zazen est la méthode juste de comportement dans la vie quotidienne; car la Voie du Bouddha est transmise de Bouddha à Bouddha. Cette assise est absolue, et ce zazen est la véritable réalisation de la valeur absolue en nous-mêmes, et cela devient l'expérience de la Voie de Bouddha.

    Le monde de l'esprit est en unité avec la vérité. Il n'est pas nécessaire de discuter en termes dualistes sur le sens de l'illusion ou du satori, du bien et du mal, du meilleur ou du pire, du beau et du laid, ni de trancher l'illusion par notre propre sagesse personnelle.
    Cela dit, tout notre comportement, et pas seulement en zazen, mais aussi les actions d'aller, de se tenir debout, de s'asseoir, de vivre, deviendront automatiquement, à travers l'expérience de zazen pratiqué correctement, le vrai Zen.

    Concernant un autre problème, à une autre occasion, Nangaku dit que si nous comprenons la pratique du Bouddha assis. nous devons aussi comprendre que le Bouddha est au-delà des aspects fixes. Aussi, si nous voulons pénétrer notre recherche dans le sens du vrai Bouddha assis, nous devons expérimenter seulement ce qui est «sans aspect». Le Bouddha assis a de nombreuses sortes de postures - et  cependant l'expression de ces différentes postures n'est ni fixe ni définie.

    Je me réfère à la non-posture, ou à la posture non fixe. Mais comme cela ne signifie pas la non-posture ou la posture non fixe, le Bouddha assis est inséparable de zazen. La posture de Bouddha est infinie, pas fixe. Donc la pratique et le satori de zazen deviennent le Bouddha assis. Une fois que l'on réalise que chaque personne, chaque existence, a une nature sans substance fixe (sans noumène) ou une nature originelle qui est ku, nous n'employons plus de jugement personnel.
    Notre Bouddha assis comprend, automatiquement et inconsciemment, sans jugement personnel.
    Maintenant, concernant le fait de «tuer Bouddha», Nangaku Zenji dit un jour ce qui suit: « Votre Bouddha assis, c'est tuer Bouddha. »
    Nous devons étudier le sens le plus profond du Bouddha assis. Le Bouddha assis a le mérite de tout Bouddha. En d'autres termes, cela signifie que quand nous pratiquons le Bouddha assis, nous sommes «tuer lé Bouddha». Le Bouddha assis, c'est entièrement tuer Bouddha. Tuer Bouddha ne signifie pas  tuer le corps de Bouddha, cela signifie plutôt abandonner, oublier même le Bouddha. Si nous comprenons le véritable aspect de tuer Bouddha, alors nous comprenons que c'est, dans son sens le plus pur, le Bouddha assis.
    Tuer n'a pas le même sens que dans l'usage quotidien. Ici, cela veut dire nier complètement le Bouddha assis, aller au-delà de lui.
    Alors le Bouddha assis devient en parfaite unité avec «tuer le Bouddha». Pour devenir, à travers la pratique du vrai zazen, un Bouddha avec le monde de l'esprit du Bouddha assis; le mérite doit être très grand, le satori tellement parfait que l'ignorance comme le satori lui-même sont tués. Ainsi est la Voie du Bouddha, ainsi est le mérite que crée le fait de tuer le Bouddha. Nous devons examiner plus complètement ce que veut dire tuer ou ne pas tuer un être vivant.
    Mais maintenant, je préfère aborder un problème plus important, concernant zaso (la posture assise en zazen).
    Zaso est le problème le plus important. Si nous nous attachons trop à la posture assise, nous ne pourrons jamais atteindre sa vraie signification.
    D'après Nangaku : « Si vous êtes attaché à zaso, vous n'atteindrez jamais sa signification. »
    Ces mots ne doivent pas être définis dans leur sens strict. Cela veut dire qu'ils ne se rapportent pas à la posture et à l'attitude du corps pendant zazen. Nous devons étudier plus du point de vue du  vrai zazen, selon lequel pratique et satori ne sont pas séparés mais en unité.
    Dans le vrai Zen, zaso (l'attachement à la posture) veut dire abandonner zaso et, ou, prendre zaso.
    A propos de cette signification d'abandonner ou de prendre zaso. nous devons étudier profondément l'état libre de l'esprit et la posture correcte du corps.
    Prendre, c'est obtenir, et abandonner c'est aussi obtenir. Obtenir devient un désir, et c'est de l'attachement qui en effet entraîne une raison et un but.
    Quoi qu'il en soit pendant zazen, on devient complètement zazen lui-même et Bouddha lui-même. Donc, pendant zazen, c'est impossible de s'attacher à zaso.

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    Re: ZAZENSHIN de Dôgen (ch 12 du Shõbõgenzõ)

    Message par Yudo, maître zen le Sam 14 Oct 2017 - 8:55

    Brad Warner a écrit:Le titre original de cet essai est "Une aiguille pour Zazen". Il ne s'agit pas de la sorte d'aiguilles qu'on utiliserait pour piquer les fesses à quelqu'un pendant qu'ils sont assis en Zazen; c'est une aiguille en bambou, pour l'acupuncture. A l'époque de Dôgen, de courts poèmes utiles étaient souvent appelés "aiguilles" dans ce sens.
    De nos jours, lorsqu'on reçoit des instructions pour faire votre pratique de méditation commerciale standard, en général on vous parle un peu de la posture et beaucoup de ce que vous devez faire dans votre tête. En fait, la grosse tendance dans les cours de méditation populaires serait de ne pas du tout parler de la posture et de ne s'occuper que de la sorte de pensées que vous devriez avoir pendant la méditation. Le Zen n'est pas ainsi.
    En fait, les instructions de Dôgen pour faire Zazen en sont le complet opposé.  Dans son opuscule "Fukanzazengi", ou "Méthode standard pour pratiquer Zazen", il s'attarde en grand détail sur la posture correcte. Mais quant à ce qu'il faut faire de nos pensées, il nous dit juste de "penser la pensée de ne pas penser". Il ajoute ensuite aimablement que c'est "différent de la pensée".
    Ce qui laisse perplexes un grand nombre d'étudiants contemporains du Zen. La question qu'on me pose plus que toutes les autres peut se formuler à peu près comme ceci: après m'avoir raconté un longue, longue histoire sur ce qui lui passe par la tête pendant la pratique, le questionneur me demande si cela veut dire qu'ils font ça de travers.
    Je posais la même question. A chaque fois j'ennuyais Nishijima rôshi avec un compte-rendu détaillé de tout ce qui s'était passé dans mon cerveau pendant Zazen, lui, pour sa part, attendait patiemment que j'aie fini et puis me disait exactement la même chose: "C'est juste le contenu de votre Zazen"
    Ce qui m'agaçait immanquablement. Cela ne m'aidait absolument pas. Je pensais à toutes ces choses! Comment pouvais-je arriver à tout ce truc de penser-sans-penser avec autant de bordel de pensées?
    Dans mon dernier livre, "Don't Be a Jerk", j'ai consacré toute une page à l'analyse linguistique des mots utilisés par Dôgen quand il parle de ce truc où ne pas penser est différent de la pensée. J'indiquais que le mot qu'on traduit habituellement par "penser" signifie en fait quelque chose de plus près du mot "considération". Il ne nous demande donc pas de mettre fin à toute activité mentale, mais de cesser de manipuler délibérément nos pensées. Mais même ça, c'est plus facile à dire qu'à faire. Cela vous laisse malgré tout assez perplexe sur ce qu'il faut faire.
    Ce chapitre est la tentative que fait Dôgen de rentrer un peu plus dans exactement ce dont parle cette affaire de non-pensée et comment y arriver. Mais si vous attendez de Dôgen qu'il vous rédige un joli manuel, étape par étape, pour calmer l'esprit et arriver à la paix intérieure, vous allez être déçu.
    IL n'est pas difficile, de nos jours, de trouver des indications étape par étape pour calmer et centrer l'esprit. J'ai googlé la phrase "comment calmer l'esprit" et j'ai trouvé plus d'une douzaine de pages web offrant des méthodes spécifiques. Plusieurs de ces méthodes sont dites provenir du Bouddha lui-même. Mais quoiqu'il me soit impossible d'imaginer que Dôgen n'était pas au courant de ces méthodes antiques, lui-même n'en recommande jamais une seule.
    Au lieu d'écrire quoi faire de façon élégante et ordonnée, il dénonce toute l'idée de chercher à atteindre un état de tranquillité et de paix de l'esprit. Ensuite, au lieu de répondre à ses propres questions sur comment penser la pensée de non-pensée, il nous donne encore plus de questions! Quel con!
    Et pourtant, les questions qu'il soulève sont valides et, je crois, indiquent mieux la direction vers toute cette affaire de non-pensée que toutes les méthodes étape-par-étape pour calmer l'esprit ne le pourraient jamais.
    (...)
    C'est là un essai énorme, composé d'un tas de trucs qui mériteraient des commentaires. Je l'ai donc divisé en trois parties. Tout d'abord, nous allons lire l'essai lui-même. Le commentaire qui suit est séparé en deux parties, pour essayer de le rendre plus facile d'accès.
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    Re: ZAZENSHIN de Dôgen (ch 12 du Shõbõgenzõ)

    Message par Kaïkan le Sam 14 Oct 2017 - 17:39


    (suite)

    C'est le vrai zazen qui est shin jin datsu raku, le rejet et le dépouillement de notre corps et de notre esprit. Ceux qui n'ont pas encore expérimenté cela ne sont pas des vrais Bouddhas de shin jin datsu raku. Ce Bouddha est réalisé seulement par zazen lui-même.
    Seulement ceux qui font zazen peuvent l'expérimenter. Seulement le Bouddha qui fait zazen peut le réaliser. Alors nous devons comprendre que le vrai Bouddha est réalisé, seulement par le Bouddha assis qui est pratiqué avec le satori. (Pratique et satori sont unité. Le vrai satori est inclus dans la pratique elle-même.)
    Cependant, nous devons plonger plus profondément dans cette étude de zaso... La posture assise de zazen n'est pas l'allure ou la forme qui est prise pendant l'assise de la vie de tous les jours. Bien que l'allure ou la forme de cette assise soit quelquefois comme la posture de Bouddha, elle est toujours la posture de l'assise individuelle, et la posture individuelle n'est qu'une posture personnelle. Elle n'est pas la vraie posture de Bouddha. Quand l'individu devient Bouddha, il n'est pas le même que le Bouddha qui devient le Bouddha par la pratique de bodai shin (1):

    1. Bodai shin : Aspiration à la Voie. Esprit aspirant à la plus haute bouddhéité substantiellement identique à «Esprit de Bouddha». C'est l'esprit qui observe mujo, l'impermanence, et l'esprit de jimi tokudo sendota, l'esprit du bodhisattva qui sauve les autres avant de devenir Bouddha lui-même. Ji, plus; mi, pas encore; toku, obtenir; do, trouver ; sen, avant ; do, traverser ; ta, les autres.

    Au sujet de ceux qui veulent devenir des Bouddhas, pas un seul ne réussira à le devenir, car ils n'ont pas les traits identiques à ceux du Bouddha. Les hommes ne sont que des hommes, et jusqu'à la fin des temps, ils ne sont pas des Bouddhas.




    NOTES DE MAÎTRE DESHIMARU


    au sujet de « être attaché à zaso et échapper à zaso »

    Mon opinion à ce propos est la même que celle de renseignement de mon propre maître Kodo Sawaki, qui suivait exactement l'enseignement de Maître Dogen.

    Être trop attaché à zaso veut simplement dire suivre l'exemple de Bouddha. Personne ne peut faire zazen aussi parfaitement que le fit Bouddha Personne ne peut tenir la bonne posture pendant la même durée de temps (à ce sujet la plupart des gens ne peuvent faire zazen pendant un jour entier. J'ai expérimenté zazen plusieurs heures par jour pendant plus de quarante ans. Mais bien sûr, tous les grands maîtres de la transmission ont expérimenté zazen plus que moi. Cela aussi bien pour la perfection de la posture que la durée de la pratique ...). Les hommes sont les hommes et il n'est pas possible pour eux d'être aussi parfaits que le vrai Bouddha.
    Dans les temps modernes, les gens trouvent cela très difficile sinon impossible de faire zazen aussi parfaitement que le Bouddha. Même si nous sommes trop attachés à zaso, à la posture qui est« parfaitement exacte ou éternelle dans le temps », nous ne pourrons même pas atteindre le pied du Bouddha. C'est pourquoi notre attachement à zaso n'est pas un problème d'excès d'attachement. Même si nous faisons un effort pour corriger et recorriger notre posture pendant zazen, et même si nous pratiquons zazen de plus en plus fréquemment et pendant des durées de plus en plus longues, cela ne
    sera toujours pas comparable avec le Bouddha.

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    Re: ZAZENSHIN de Dôgen (ch 12 du Shõbõgenzõ)

    Message par Yudo, maître zen le Dim 15 Oct 2017 - 9:25

    Paraphrase de Brad Warner du texte de maître Dôgen:

    Un jour, maître Yakusan Igen (Ch. Yaoshan Weiyan, 745-827 EC) était assis en zazen et un moine lui demanda: "A quoi pensez-vous quand vous êtes assis comme un vieux gros rocher?"
    Le maître répondit: "Je pense l'état réel de non-pensée"
    Le moine demanda: Comment peut-on penser l'état réel de non-pensée?"
    Le maître répondit: "Ben, c'qui est sûr, c'est que c'est pas pareil que penser!"

    Si vous voulez savoir ce que cela signifie, il va vous falloir vous asseoir comme un vieux gros rocher vous mêmes et voir ce que c'est. C'est toute l'idée du Bouddhisme.
    Cela comprend la peau, la chair, les os et la moëlle en tant que pensée et en tant que non-pensée.
    Le moine demande comment on peut penser l'état réel de non-pensée. Bonne question. Mais cela dit, quand vous êtes assis comme un vieux gros rocher, comment pourrait-il y avoir une activité de la pensée? Qu'y a-t-il à comprendre ou à ne pas comprendre?
    Le maître dit: "Ben, c'qui est sûr, c'est que c'est pas pareil que penser!"
    Si vous voulez penser l'état réel de non-pensée, , il vous faut utiliser ce "c'est pas pareil que penser!" pour y arriver. dans ce "c'est pas pareil que penser!", il y a quelqu'un, et ce quelqu'un se fie sur moi.
    Même si l'état comme un vieux gros rocher est moi, ce n'est pas juste penser. C'est hisser l'état comme un vieux gros rocher
    Même si l'état comme un vieux gros rocher est l'état comme un vieux gros rocher, comment l'état comme un vieux gros rocher pourrait-il penser l'état comme un vieux gros rocher?
    En tout cas, l'état comme un vieux gros rocher n'est pas une pensée de Bouddha, n'est pas une pensée de Dharma et n'est pas une pensée d'Eveil. Cela va au-delà même du concept de compréhension.
    Vous pouvez retracer la transmission de cet état tout au long, jusqu'au Bouddha Shakyamuni. Et ce "c'est pas pareil que penser" est également juste ici et maintenant.

    Même là, il y a de nos jours des couillons qui vont vous dire que zazen, c'est la recherche d'un état de quiétude mentale complète et que la tranquillité totale, c'est zazen. On ne peut même pas appeler ces gens des étudiants du Bouddhisme. En Chine, on entend beaucoup ce genre de conneries. C'est un signe de comment ça s'est détérioré.
    Ensuite, il y a les débiles qui racontent que zazen est nécessaire pour les débutants ou les durs de comprenure, mais que les vrais maîtres bouddhistes n'ont plus besoin de le faire. Ces types te disent: "marcher, c'est zen", "parler, c'est zen" et "quoi que vous fassiez, c'est zen aussi". Il y a plein de gens dans ce qu'on appelle l'école Rinzaï qui racontent ce genre de débilités. Ils  disent ça parce qu'on ne leur a pas enseigné la vérité.
    Je veux dire, allez! C'set quoi un débutant? Qui c'est qui n'est pas un débutant? Où voulez vous de toutes façons trouver un débutant?
    Gardez à l'esprit que si vous voulez comprendre la vérité bouddhique, vous devez pratiquer zazen. Le mieux, c'est de pratiquer la pratique du Bouddha sans  avoir le désir de devenir un bouddha. Comme pratiquer la pratique du Bouddha n'implique pas de devenir un bouddha, l'Univers est réalisé.
    Quand vous vous évadez des cages que vous vous êtes construites, vous voyez que cet asseoir Bouddha  ne se met pas en travers de devenir Bouddha. A ce moment-là, vous avez le pouvoir éternel d'entrer dans le monde du Bouddha ou dans le monde des démons. Un pas en avant ou un pas en arrière peut remplir un fossé ou remplir toute une vallée.
    Il y a très longtemps, le maître zen Baso Dô-itsu (Ch; Mazu Daoi, 709-788 EC) pratiquait avec son maître Nangaku Ejô (Ch. Nanyue Huairang, 677-744 EC). Baso avait déjà reçu la transmission du Dharma et était déjà un maître zen, mais il continuait à s'asseoir en zazen tout le temps.
    Un jour, maître Nangaku demanda à son étudiant Baso: "Quelle est votre intention en pratiquant zazen?"
    Passons un peu de temps à considérer cette question en détail. Est-ce que Nangaku lui demande s'il a une sorte de but qui serait supérieur au fait de s'asseoir en zazen? Y a-t-il jamais eu un état de vérité qui existerait en quelque sorte en dehors de zazen? Implique-t-il que nous ne devrions pas avoir la moindre intention? En ce moment, pendant qu'on fait zazen, quelle sorte d'intention est en train d'être réalisée? Faites bien attention à cela.
    Il vaut mieux aimer le vrai Godzilla qu'une figurine de Godzilla. Et pourtant, le vrai Godzilla tout autant que la figurine de Godzilla ont des ailerons qui s'allument quan dils utilisent leur haleine de feu atomique.
    Ne faites pas un monde de quelque chose, juste parce que c'est lointain, et ne pensez pas que juste parce que quelque chose est courant, c'est inférieur. Ce qui est courant est juste courant. Ce qui est exotique est juste exotique. C'est tout ce qu'il en est. Ne pensez pas que ce que vous voyez vaut mieux que ce que vous entendez, et vice versa. C'est ce que c'est.
    Baso répondit: "J'ai l'intention de devenir un bouddha!"
    Que veut-il dire, "devenir un bouddha?" Est-ce comme, mettons, un bouddha fait par un bouddha? Ou le Bouddha transformé en Bouddha? Est-ce un autre bouddha ajouté par-dessus le nombre de bouddhas qu'il y a déjà? Va-t-il tomber corps et esprit pour devenir un boudha comme étant le fait de tomber corps et esprit? Veut-il dire que même s'il y a plusieurs façons de devenir un bouddha, elles sont encore enveloppées dans l'intention?
    Baso lui-même dit que l'acte même de faire zazen est l'intention de devenir un bouddha. S'asseoir en zazen est toujours l'intention de devenir un bouddha. L'intention peut venir avant de devenir un bouddha. L'intention peut venir après être devenu un boudhda. L'intention pourrait bien être le moment même où l'on devient un bouddha.
    Je veux dire, combien d'instances de devenir un bouddha peuvent être entortillées dans cette intention? Et même l'intention est entortillée au sein de l'intention.
    Merde, vous ne pouvez absolument pas vous fuir l'intention. Si vous le faisiez, vous mourriez! Mais même mourir est tout entortillé dans l'intention.
    Après avoir entendu la réponse de Baso, Nangaku ramassa une tuile par terre, et se mit à la polir sur un caillou.
    Baso dit: "Mais que faites-vous donc?"
    Quelle question stupide! Il est en train de polir une tuile, idiot! Mais encore, qui peut voir ce qu'est réellement polir une tuile? La façon de poser des questions à ce sujet est de dire: "Que faites-vous?" Mais que, c'est toujours ce que vous êtes en train de faire, si vous voyez ce que je veux dire.En ce monde, ou en n'importe quel autre, les tuiles sont toujours en train d'être polies.Votre vue ne correspond pas nécessairement à la façon dont les choses sont réellement. Peu importe ce qui se passe, il est important d'apprendre en pratique.
    Nous voyons le Bouddha, mais nous ne connaissons pas réellement le Bouddha ni ne le comprenons. N'arrivez pas à des conclusions hâtives sur ce que vous rencontrez. Ce n'est pas la façon d'étudier le Bouddhisme.
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    Re: ZAZENSHIN de Dôgen (ch 12 du Shõbõgenzõ)

    Message par Kaïkan le Mar 17 Oct 2017 - 21:09



    (suite)

    Dans les temps modernes, les gens s'échappent de zaso. Même ceux qui continuent zazen s'échappent de lui inconsciemment (du fait que la plupart des gens dépendent complètement de leurs opinions personnelles et de leur façon de penser dogmatique à travers leur conscience personnelle, due spécialement à l'individualisme occidental, il est dit qu’ils sont très peu à pratiquer même l'attachement à zaso. C'est-à-dire l'attachement à la posture infinie et à l'éternel aspect de zazen).

    Nangaku et Baso étaient tous les deux de splendides zenji. Ils ont transmis correctement et exactement que zazen lui-même est devenir Bouddha. Cela est la belle saveur traditionnelle du vrai Zen. C'est dans la tradition de Nangaku de montrer le vrai Zen à travers la posture assise de Bouddha: Nous devons comprendre que c'est seulement le Bouddha assis en zazen que les maîtres successifs depuis Bouddha ont correctement transmis, directement, exactement, comme l'action absolue essentielle. La plupart des gens, loin d'être Bouddha, ne peuvent pas voir cela, même en rêve.
    Quand on dit que le bouddhisme a été transmis en Inde et en Chine, cette transmission était celle du Bouddha assis. Si le bouddhisme n'est pas transmis, le zazen ne peut pas être transmis. C'est seulement l'enseignement du zazen qui a été transmis correctement et directement de prédécesseur en successeur. Si cet enseignement du zazen n'avait pas été transmis de maître à disciple, même une personne profondément versée dans l'étude du bouddhisme ne serait pas un vrai Bouddha, ni un vrai maître. Sans une étude approfondie d'une seule chose, rien, pas même une action, ne peut être clair.

    Celui qui n'investigue pas profondément l'essence ou la substance de toute chose n'est pas un homme de vraie sagesse et il n'est pas quelqu'un qui a reçu la vraie Voie. Comment et pourquoi peut-il être appelé un Bouddha ou un maître, comme cela était le cas dans notre pays le Japon ?
    Nous devons comprendre que le vrai bouddhisme et le vrai maître est celui qui transmet précisément et directement le vrai zazen de personne à personne. C'est seulement à travers la pratique et l'entraînement à un zazen tel que celui-ci que l'on peut être éclairé par la lumière de Bouddha.
    Dans les temps modernes, les gens stupides imaginent que cette lumière est la même que celle du soleil ou de la lune, du feu ou d'une pierre précieuse, ou d'autres espèces de lumières étranges et mystérieuses. La lumière du soleil et le clair de lune ne sont que des formes d'illusion brillant sur le monde des six voies: du ciel, de ce monde, de celui des esprits affamés, des animaux, des esprits guerriers (asuras) et de l'enfer.

    Ces lumières ne sont pas comparables à la lumière infinie de Bouddha. Cela signifie que c'est ce qui protège et transmet la vérité authentique, ce qui la transmet correctement de personne à personne à travers zazen. Si on n'est pas éclairé par la lumière de Bouddha, on ne peut pas la protéger ni même l'accepter. Dans l'histoire du bouddhisme depuis les temps anciens, rares ont été ceux qui ont compris que le vrai zazen est comme décrit précédemment.
    D'un autre côté, dans les temps modernes, même les chefs des temples célèbres de la grande Chine, soit ne comprennent pas cela pleinement, soit simplement ne souhaitent pas approfondir leur compréhension, et même s'ils comprennent, ils ne pratiquent pas zazen lui-même. Bien sûr, dans tous les temples zen il y a des règles concernant les horaires de zazen et des règles concernant la pratique elle-même, mais les responsables ne veulent pas pratiquer zazen et ils s'échappent aussi loin que possible de la pratique. Il faut dire que c'est une grande pitié. Même s'ils enseignent et éduquent les jeunes moines, ils ne font· pas zazen eux-mêmes et ils se contentent d'ordonner aux jeunes moines de pratiquer. Parce que les responsables ne comprennent pas le sens profond de zazen. et donc du Zen, ils ne peuvent ni guider ni éduquer les autres. C'est pourquoi la vraie Voie du bouddhisme, qui a le pouvoir et l'essence de sauver l'humanité, est à l'époque actuelle en train de décroître et de décliner, même dans la grande Chine.

    Et c'est aussi pourquoi un ou deux maîtres de la transmission, depuis les temps anciens jusqu'à nos jours, ont été inquiets au sujet de l'avenir du bouddhisme dans leur pays. Autrefois en Chine, le Zazenmei (note ou indication au sujet de zazen) et le Zazengi (les règles du zazen) ont été écrits, mais ces œuvres n'étaient pas profondes ni claires et ne pénétraient pas clairement dans la méthode pratique. Elles furent écrites par des moines zen qui n'avaient pas reçu la transmission exacte de maître à disciple (1). C'est grandement dommage de voir que, bien que certains moines zen aient passé leur vie à étudier dans différents temples zen, ils ne comprirent pas le vrai zazen et ne le pratiquèrent même pas, ne serait-ce qu'une fois.

    (1) = « Zazengi », du livre Keitoku Dentoroku, et « Zazenmei », du livre Katai Futo Roku.

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    Re: ZAZENSHIN de Dôgen (ch 12 du Shõbõgenzõ)

    Message par Yudo, maître zen le Mar 17 Oct 2017 - 22:01

    Suite de la paraphrase de Brad Warner du texte de maître Dôgen:

    Nangaku répondit: "Je la polis pour en faire un miroir".
    Considérons ses paroles, un instant. C'est du lourd. La vérité bouddhique est juste là dans ce "polir pour en faire un miroir". Les tuiles sont des tuiles. Les miroirs sont des miroirs. Mais les polir? Ça, c'est tout à fait quelque chose d'autre. Si vous vous intéressez à connaître toute la vérité de la vie, pensez au polissage.
    Peut-être que même le "clair miroir" et "l'éternel miroir" dont parlent les anciens enseignements bouddhistes ont été faits en polissant des tuiles. Si vous ne savez pas que les miroirs deviennent des miroirs en polissant des tuiles, vous ne comprenez pas le premier mot de la philosophie bouddhique.
    Baso dit: "Comment peut-on faire un miroir en polissant une tuile?"
    Vous devrez admettre que même Iron Man ne pourrait polir une tuile assez fort pour en faire un miroir. Quoi qu'il en soit, même si polir une tuile n'en fait pas un miroir, les miroirs apparaissent spontanément.
    nangaku dit: "Comment vous asseoir en zazen peut-il faire de vous un bouddha?"
    Evidemment, faire zazen n'est pas travailler à devenir un bouddha. Même devenir un bouddha n'a aucun rapport avec zazen.
    Baso dit: "Mais alors, qu'est-ce qui est correct?"
    On pourrait penser que Baso ne s'enquiert que de cette instance en particulier, mais ce dont il s'enquiert, en fait, c'est ce qui est correct partout et à travers le temps. C'est comme quand vous parlez à un ami proche. Le fait qu'ils vous soit un ami proche est vous qui lui êtes un ami proche. Cette question, ce sont les deux côtés qui apparaissent simultanément.
    Nangaku dit: "Quand votre voiture ne marche plus, vous réparez le moteur ou vous donnez des coups de pieds aux pneus?"
    Que veut-il dire en disant "Quand votre voiture ne marche plus"? Qu'est-ce que ça veut dire, de dire qu'une voiture marche ou ne marche pas? Par exemple, est que l'eau qui court c'est la même chose qu'une voiture qui marche? Est-ce que l'eau qui ne s'écoule pas la même chose qu'une voiture qui marche? On pourrait dire que l'écoulement est de l'eau qui ne bouge pas. Peut-être bien que le véritable mouvement de l'eau est au delà de nos idées sur "l'écoulement".
    Donc, si vous regardez de près la phrase "quand votre voiture ne marche plus", vous pourriez vous apercevoir qu'il y a "ne marche plus" ou qu'il n'y a pas "ne marche plus". Les mots quand votre voiture ne marche plus ne sont pas aussi univoques que vous pourriez le penser.
    Nangaku dit alors: "vous réparez le moteur ou vous donnez des coups de pieds aux pneus?" Se pourrait-il qu'il y ait, et la réparation du moteur, et les coups de pieds dans les pneus? Réparer le moteur est-il la même chose que donner des coups de pieds dans les pneus?
    Dans le monde normal, il n'y a pas de méthode où l'on donne des coups de pieds dans les pneus, du moins pas qui fonctionne. Mais dans le Bouddhisme, nous pourrions dire "donnez des coups de pieds dans les pneus". Et par là, je veux dire en pratique physique. Même là, les méthodes pour réparer le moteur ne sont pas les mêmes que les méthodes pour taper dans les pneus. Faites gaffe, les gens!
    Quoiqu'il y ait les méthodes de "réparer le moteur" dans le monde normal, nous, nous devons chercher les méthodes bouddhiques pour réparer le moteur aussi. Comment réparez-vous un moteur? S'agit-il de réparer un moteur qui a encore quelque espoir de remarcher un jour? Ou s'agit-il de réparer un modèle en plastique d'un moteur? Ou une statue de moteur sculptée dans la pierre?
    Devriez vous réparer le moteur avec une clé à molette? Ou devez-vous utiliser tout l'univers et tout l'esprit? Faudrait-il que vous utilisiez vos poings?
    Il faut qu'il y ait un pied qui tape sur un pied, et un moteur qui répare un moteur.
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    Re: ZAZENSHIN de Dôgen (ch 12 du Shõbõgenzõ)

    Message par Kaïkan le Mer 18 Oct 2017 - 14:45



    (suite)

    A cause de cela, ils ne réalisèrent jamais leur nature originelle ni leur capacité. La cause n'en est pas tellement que zazen est difficile et que zazen s' est échappé d'eux, mais bien plutôt qu' ils s'échappèrent eux-mêmes de zazen. C'est simplement parce qu'ils ne voulaient pas faire l'effort de pratiquer par eux-mêmes. Ils se sont égarés dans la pensée erronée que zazen est simplement une. Sorte de méthode pour devenir Bouddha. Bien que ces moines aient écrit des livres sur le Zen et zazen, ces livres n'étaient que des descriptions objectives ou seulement des livres décrivant des règles de morale et de santé conçues à travers leurs propres réflexions personnelles, c'est-à-dire des œuvres simplement utiles pour rendre les autres calmes, paisibles et en bonne santé. Ces personnes ne purent pas aller au-delà du premier pas réalisé par les disciples débutants qui suivent un vrai maître. 'Ils ne comprennent pas davantage que les disciples débutants qui recherchent la vraie Voie auprès d'un maître de la transmission. Donc, ces moines ne peuvent ni enseigner ni éduquer les autres, ni même transmettre le vrai zazen correctement de personne à personne.
    S'il vous plaît, mes chers amis, à l'avenir ne commettez pas l'erreur d'enseigner à la manière de ces livres. J'ai trouvé le livre magnifique et glorieux, le Zazenshin écrit par notre respecté maître de la transmission, Maître Wanshi Zenji de Taïhaku Meizan, à Keigenfu dans la grande Chine. Cette œuvre saisit la profonde essence de Bouddha et des maîtres de la transmission. C'est l'incomparable et unique Zazenshin. C'est le seul livre remarquable au monde qui révèle la Voie et le secret de zazen et qui guérit les maladies de zazen exactement comme une aiguille d'acupuncture. Aussi Wanshi Zenji est-il un grand, respecté et distingué maître de la transmission. Je crois que tous les Bouddhas et les maîtres de la transmission du passé, du présent et du futur devraient réaliser le vrai et pur zazen dans l'ici et maintenant, grâce au Zazenshin seulement. Le Zazenshin de Wanshi Zenji est comme suit:




    ZAZENSHIN DE MAITRE WANSHI



    Le satori, la Voie de tous les Bouddhas et de tous les patriarches, peut être observé dans son véritable aspect, sans but. Il peut être vu et compris au-dessus et au-delà de toutes les relations avec les autres.
    Sans but veut dire sans toucher l'objet, ce qui signifie la compréhension parfaite de l'intelligence par l’auto-compréhension.
    Cette intelligence est comprise par le pouvoir invisible ~ qui est ku lui-même ~ sans conscience personnelle ni discrimination.
    Resplendir (illuminer) sans dépendre d'aucune relation signifie que l'illumination brille de sa propre lumière; c'est semblable à l'éclat d'un joyau brillant de lui-même, Ce pouvoir, ou cette brillance, résulte de l'action extraordinaire du soi; elle ne dépend que de fushiryo (la non-pensée), qui est la sagesse de l'intuition, la sagesse du Bouddha.
    Ce pouvoir invisible doit être compris par le soi sans toucher l'objet, c'est-à-dire sans but. La sagesse du Bouddha qui s'illumine soi-même n'a aucun rameau (symptôme) de meigo (illusion ou satori). Son intelligence n'a pas d' « autre partenaire », Elle brille seule dans le monde. Brillant seule, elle resplendit de sa seule lumière, sans aucune association ou dépendance.
    La nature libre de son pouvoir est semblable au poisson qui nage librement dans une eau transparente, si claire qu'on y voit jusqu'au fond; elle est semblable à l'oiseau qui vole librement dans le ciel sans limites.

    Commentaires de Dogen :

    Ce qu'on appelle shin dans Zazenshin est la réalisation de l'action de tous les Bouddhas; c'est la substance du vrai zazen et l'essence de la pratique-Bouddha (gyo butsu}. Et comme zazen lui-même est infini et de la plus haute valeur, il n'est pas nécessaire de souhaiter devenir Bouddha. Si nous avons le but de devenir Bouddha indépendamment de zazen lui-même, cela revient à tuer le zazen-Bouddha. Tuer, c'est devenir païen.

    Wanshi a dit: « L'action du satori de tous les Bouddhas et patriarches peut être observée dans son véritable aspect sans toucher l'objet, sans but. "
    L'action absolue de tous les Bouddhas est que chaque action soit réalisée en tant que Bouddha lui-même ; cela est la véritable réalisation de l'action absolue de tous les Bouddhas, ou la réalisation de la Voie des Bouddhas, Cela seul est zazen.
    Comme l'action absolue de tous les Bouddhas est action absolue, ou zazen, et vu qu'il en a été ainsi avant que ce Zazenshin ne fût écrit, la Voie vers la bouddhéité est un fait qui se situe au-delà des mots de ce Zazenshin.

    La vérité au-delà des mots et de la lettre, de même que sa réalisation, est le véritable Bouddha originel lui-même. En vérité, seuls ceux qui ont expérimenté ce fait, transmis depuis le Bouddha Shakyamuni lui-même, peuvent être admis dans la lignée du vrai shiho authentifié par menju (1) avec le vrai Bouddha et le kesa traditionnel du Bouddha.

    Bien entendu, l'action absolue de tous les Bouddhas est réalisée non seulement par zazen, mais aussi par tous les comportements dans chaque action de marcher, de se tenir debout, de s'asseoir et dans tous les gestes de la vie quotidienne.

    (1) = Menju rencontre directe et authentification directe.
    <<< à suivre >>>


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    Re: ZAZENSHIN de Dôgen (ch 12 du Shõbõgenzõ)

    Message par Kaïkan le Ven 20 Oct 2017 - 20:18



    (suite)

    Wanshi a dit : « Comprendre sans toucher l'objet, »
    Bien que cette phrase parle de «comprendre.", dans le cas d'une compréhension qui ne touche pas l'objet, il ne s'agit pas d'un acte de reconnaissance, Ce n'est pas la compréhension intellectuelle de la reconnaissance elle-même, limitée par les catégories. La reconnaissance intellectuelle est consciente; la véritable intelligence signifie la compréhension absolue aussi universelle que la sagesse de Bouddha qui est au-delà de l'existence objective. Cela ne se réfère pas à l'intelligence dans son sens usuel et quotidien, autrement dit, l’intelligence dont nous parlons n'a pas d'objet sensible ni de conscience personnelle. Elle n'est pas limitée, comme l'est l'intellect, par le-subjectif. Ce qu'on appelle « aller au-delà de l'objet" veut dire agir, au-delà de l'objet.

    C'est abandonner l'ego et refuser l'opposition entre soi et les autres.
    C'est rompre avec les deux faces de la lumière et de l'obscurité et rejeter l'enveloppe de peau qui entoure notre corps plein d'illusions et d'erreurs compliquées. Si cela se produit, alors, à ce moment, le véritable corps et le pur esprit de datsu raku (1) sont réalisés - «couper et rejeter toute la souillure du corps. »

    Wanshi a dit : « Éclairer (illuminer) sans faire face à l'objet. »
    Ce qu'on appelle éclairer ne veut pas dire briller. à l'intérieur de l'esprit ou de l'âme. Cela signifie que l'ego subjectif, en silence, éclaire (c'est-à-dire voit, connaît, projette, illumine, déverse sa lumière sur) l'ego objectif. Cela est briller sans faire face à l'objet. Cela est briller sans influence, sans interdépendance, sans but.
    Dans l'existence qui éclaire et dans celle qui est éclairée, il n'y a aucune relation entre la reconnaissance et son objet. A cause de la subjectivité de l'existence qui éclaire et de l'objectivité de celle qui est éclairée, toutes deux deviennent unité. Ce qu'on appelle « non-interdépendance avec l'objet » signifie l'expérience de la vérité de l'univers entier lui-même. Ainsi, maintenant, ce qui était caché existe. Il n'y a qu'une vérité dans la compréhension bouddhiste (ou l'intelligence bouddhiste), et elle a pour forme se tenir seul et marcher seul.
    En quelque endroit que l'on creuse et dût-on tout briser, on ne trouverait dans le monde entier rien d'autre que la vérité. Le monde de la vérité n'est pas différencié; il est au-delà du langage, au-delà de la pensée, il est indifférencié et extraordinaire. Cela est le pouvoir qui unifie l'égalité et la différence.

    Wanshi a dit: « Cette compréhension (intelligence) est comprise par notre pouvoir invisible, qui est ku lui-même, sans conscience personnelle. »
    Cette compréhension échappe au moi et au non-moi conscients.
    Donc, pour créer l'intelligence originelle par notre pensée, nous n'avons pas besoin de l'assistance d'autrui. Cette intelligence est, en fait, existence - par exemple sa forme est la montagne et la rivière, cette montagne et cette rivière étant imperceptibles.

    1. Datsu, se dépouiller de, aller au-delà ; raku, rejeter.

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    Re: ZAZENSHIN de Dôgen (ch 12 du Shõbõgenzõ)

    Message par esprit du débutant le Mar 24 Oct 2017 - 1:15

    Merci Kaïkan pour cette traduction du zazenshin. Chinois-salut
    Ce dernier passage que tu nous offres (message 18) est vraiment beau. Je n'ai pas pu m'empêcher de faire un parallèle avec l'histoire de Tokusan (grand érudit spécialiste du Sutra du diamant) et du maître Ryutan. Je ne ferai pas de commentaires cependant j'aimerai vous donner ce petit extrait.

    Petit extrait ; […Ayant obtenu une entrevue avec le maître, il (Tokusan) lui dit : « Ryutan (ryu, dragon, tan, lac) est très célèbre, et pourtant je ne vois ici ni lac ni dragon. » À quoi le maître répondit « Vous voyez Ryutan de vos propres yeux. » Tokusan jugea l’homme suffisamment intéressant pour qu’il vaille la peine de rester quelque temps à ses côtés. Il accepta donc l’hospitalité du temple, balayant avec application et ratissant le jardin. Mais c’était un homme impatient, qui voulait toujours en découdre et harcelait Ryutan pour obtenir des explications sur l’enseignement. Un soir qu’il était dans la chambre du maître celui-ci lui dit : « Il est tard, pourquoi ne rentrez-vous pas dormir ? » Tokusan salua et se retira, mais la nuit était épaisse et il revint demander une lanterne. Ryutan en alluma une et la lui tendit, mais juste au moment où le disciple allait la saisir, le maître souffla la flamme. Dans l’obscurité Tokusan trouva la lumière et s’écria « je ne douterai plus de la parole du vieux moine vénéré partout sous le soleil. »…] sunny

    Quelle belle formule de Wanshi; "comprendre sans toucher l'objet, éclairer sans faire face à l'objet".

    Et merci à toi Yudo pour nous faire profiter d'une traduction rafraîchissante avec cette paraphrase de Brad Warner sur le texte de Dogen.  Pouce zen
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    Re: ZAZENSHIN de Dôgen (ch 12 du Shõbõgenzõ)

    Message par Kaïkan le Mar 24 Oct 2017 - 15:37



    (suite)

    Pour devenir Bouddha, nul besoin de créer des-degrés et des grades. Lorsque ce véritable esprit fonctionne (c'est-à-dire accomplit une action, même la plus petite), on peut tout obtenir au monde, car alors, à ce moment, il ne demeure plus nulle part la moindre trace d'intelligence (dans le sens où nous l'utilisons dans la vie de tous les jours). Nous n'avons donc aucune raison de regretter de ne jamais pouvoir, d'un bout à l'autre de l'éternité, saisir par l'intelligence le véritable sens. Parce que tous les Bouddhas n'ont pas de noumène (1) (c'est-à-dire de substance), ils se réalisent par zazen lui-même.
    Pendant zazen, tous les Bouddhas se réalisent en fait dans notre esprit inconscient. Ne pas avoir de conscience personnelle signifie donc n'être en opposition avec rien.

    Wanshi a dit: « Briller signifie briller soi-même de son propre pouvoir extraordinaire. »
    Éclairer signifie éclairer notre propre ego objectif (c'est-à-dire le soi) sans intervention de notre ego subjectif. Ainsi nous influençons même un simple cheveu et sommes influencés par lui, et aussi bien nous que ce simple cheveu influençons tout le cosmos. Tel est le pouvoir par lequel nous nous comprenons nous-mêmes, et par lequel notre propre lumière nous éclaire. Cela est au-delà de l'influence de toutes les existences et interdépendances objectives. Nous ne devons donc pas douter de nos yeux et de nos oreilles. Nous devons comprendre directement le véritable enseignement au-delà de
    l'enseignement.

    Le fait que le langage ne peut pas exprimer parfaitement la Voie du bouddhisme a un sens profond. C'est pourquoi on parle de briller et d'éclairer.
    Cette brillance, cette voyance, cette connaissance illuminent automatiquement notre intelligence sans dépendre de l'interdépendance avec autrui. C'est la véritable intelligence du Bouddha, la sagesse absolue qui est non-association, non-opposition, non-parole. C'est au-delà de la conscience, de l'utilisation ou du rejet de la volonté personnelle. Cela, ce qu'on appelle « le caractère extraordinaire » de la substance de la vérité, cette « compréhension du pouvoir de la vérité », est la pureté de la vérité inaltérée et sans mélange.

    (1) = L'existence sans noumène est ku, l'impermanence.


    Le véritable zazen est l'expérience de ce myo (extraordinaire), et si myo n'est pas expérimenté par les Bouddhas ou par les maîtres de la
    transmission, alors le vrai satori ne peut pas être réalisé, même ici...
    C'est aussi vide que le reflet de la lune sur l'eau saisi par un singe. La lune est la lune, l'eau est l'eau, et l'on n'attrape pas l'une en
    attrapant l'autre.

    Wanshi a dit: « L'eau est pure et claire et pénètre jusqu'au fond où le poisson nage lentement. »
    L'eau claire dont il est question ne signifie pas une eau claire vue simplement en tant que gouttes claires dans la rivière ou dans la mer.
    Ce n'est pas l'eau claire de tous les jours qu'on trouve dans le monde humain. Ici, l'eau claire et transparente signifie tout simplement l'eau.

    « L'eau pénètre jusqu'au fond» désigne l'eau transparente et infinie qui se répand sans fin et qu'on ne peut mesurer - l'eau où le poisson  nage sans jamais en atteindre la fin. Car l'étendue de cette eau est illimitée; car aucun rivage ne la limite, ce qui fait qu'elle est au-delà de toute mesure.
    La pratique de zazen est comme la nage du poisson. Qui peut la mesurer? Sa transparence s'étend jusqu'au fond; elle est exempte de trace, tout comme le poisson qui, en nageant, n'en laisse aucune; et aucun lieu ne lui échappe.

    Wanshi a dit: « Le ciel est illimité. L'oiseau vole et il n'y a pas de fin. »
    C'est, plutôt, le monde illimité, qui n'est ni manifesté ni caché. Lorsque l'oiseau vole dans le ciel, l'oiseau et le ciel sont en unité. Or, lorsqu'il y a unité, pas plus que nous ne pouvons mesurer l'oiseau et le ciel nous ne pouvons mesurer le monde-esprit. L'oiseau et le ciel sont l'univers entier, et l'univers entier est semblable au monde-esprit de l'oiseau et du ciel. Quant à son étendue, quant à sa diffusion, une fois encore, on ne peut la mesurer. Car il n'existe pas le plus petit trait qui puisse servir de référence.

        Lorsque le ciel vole, de même vole l'oiseau.
        Lorsque l'oiseau vole, de même vole le ciel.

    La vérité de zazen apparaît dans ce poème de l'oiseau en train de voler dans le ciel... Ces vers expriment au mieux le monde-esprit de zazen, car ils expriment au mieux la vérité infinie de zazen. Il en est de même pour le Zazenshin de Wanshi Zenji. Parmi tous lés écrits de ses nombreux prédécesseurs, on ne peut trouver une œuvre comparable à celle-ci. Aussi, bien que d'autres maîtres stupides puissent s'exprimer, quand bien même épuiseraient-ils leur énergie pendant toute la durée de cette vie et des suivantes, jamais ils ne s'exprimeraient avec la même splendeur que Wanshi dans son Zazenshin.

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    Re: ZAZENSHIN de Dôgen (ch 12 du Shõbõgenzõ)

    Message par Yudo, maître zen le Mar 24 Oct 2017 - 18:44

    Brad Warner a écrit:[Note à ce qui précédait: La plupart des commentateurs de Dôgen voient ce que j'ai paraphrasé par "réparer le moteur" (aiguillonner le cheval) comme signifiant quelque chose comme travailler sur les aspects mentaux de la pratique, alors que ce que je vous donne comme "donner des coups de pieds aux pneus" (aiguillonner le char) signifie la pratique physique. Nous en reparlerons.

    Suite de la paraphrase de Brad Warner du texte de maître Dôgen:

    Baso ne répondit pas. Faites attention à ça aussi. C'est comme cette vieille histoire à propos d'un maître zen qui a jeté une tuile et a obtenu un joyau en retour. Ne rien dire était la meilleure réponse que pouvait faire Baso.
    Nangaku avait pourtant davantage à dire. Il dit: "S'asseoir en zazen est apprendre comment être un bouddha assis". Ce sont des mots importants. Ils sont comme ceux de tous les grands anciens maîtres. Nous pourrions bien ne pas connaître le sens réel de la pratique de zazen, mais ici elle est définie comme "apprendre à re un bouddha assis". Seul un vrai maître peut dire des trucs pareils.
    Et comprenez ceci: un débutant qui s'assied pour la première fois en zazen est la première fois que quiconque se soit assis en zazen. C'est la première fois que le Bouddha s'assied.

    Nangaku dit ensuite: "Une fois que vous apprenez à vous asseoir en zazen, vous savez qu'en zazen, il ne s'agit pas de s'asseoir ou de s'étendre." Il veut dire que zazen est zazen, pas s'asseoir ou s'étendre.
    Une fois que nous avons, grâce à un bon enseignant, compris que s'asseoir en zazen est au delà de s'asseoir ou de s'étendre, nous pouvons vraiment être nous-mêmes lorsque nous nous asseyons ou nous étendons. Alors, vous n'avez plus à considérer ce qui est commun ou ce qui est exotique.  Vous n'avez pas à vous prendre le chou sur l'illusion ou l'éveil.  Pourquoi se laisser entraîner dans des trucs intellectuels comme ça?
    Nangaku continue. Il dit: "Quand vous êtes assis comme le Bouddha, le Bouddha n'a pas de forme fixe." La raison pour laquelle il peut y avoir plus d'un seul bouddha, c'est que le Bouddha n'a pas de forme fixe. Comme le Bouddha n'a pas de forme fixe, on ne peut éviter de s'asseoir en bouddha. Autrement dit, on apprend à être Bouddha en s'asseoyant comme le Bouddha. Faire zazen, c'est être Bouddha.
    Est-ce que quiconque en ce monde réel pourrait dire qui est un bouddha et qui ne l'est pas? Avant d'avoir ne fut-ce qu'une pensée pour en différencier un de l'autre, un bouddha assis est un bouddha qui est assis.
    Nangaku n'en avait pas encore fini. Il dit: "Etudier le Bouddha assis, c'est juste tuer le Bouddha".
    Donc, chaque fois que vous êtes assis en zazen, vous tuez le Bouddha. Et c'est une bonne chose. Si vous voulez savoir comment tuer le Bouddha, faites zazen et voyez comment on le  fait. Le verbe tuer qu'utilise Nangaku est le même que celui que tout le monde utilise, mais il ne veut pas dire tout à fait la même chose.
    Regardez ceci: L'existence même du Bouddha pourrait s'appeler "tuer le Bouddha". Nous devrions aussi voir si nous tuons quelqu'un quand nous pratiquons zazen ou si nous ne tuons pas une personne quand nous pratiquons zazen.
    "Si vous êtes dépendants de la forme assise, vous n'y êtes tout simplement pas". Etre dépendant de la forme assise, c'est manquer de respect envers la forme assise. Lorsque vous pratiquez zazen, vous allez dépendre de la forme assise, quoi que vous fassiez. C'est cool. Mais c'est aussi un exemple de ne rien capter. Me sentez-vous? Si vous captez, vous savez ce que je veux dire quand je parle de "laisser tomber corps et esprit".
    Les gens qui n'ont jamais pratiqué zazen ne peuvent même pas espérer capter ce truc. Ça existe au moment même de pratiquer zazen. Ça existe dans la personne qui est assise. Ça existe dans le Bouddha assis. Ça existe dans le Bouddha qui apprend à s'asseoir.

    S'asseoir normalement ou s'étendre n'est pas un Bouddha qui est assis. Même si quelqu'un donne l'impression de le faire, peut-être ne font-ils que tenter de devenir un bouddha. Il y a des gens qui deviennent des bouddhas, mais ce n'est pas tout le monde qui devient un bouddha. Tous les bouddhas ne sont pas tout le monde, parce que les bouddhas ne sont pas seulement des gens. Les bouddhas assis sont toujours comme ça.
    Baso vérifiait comment un bouddha assis devient un bouddha. Nangaku lui enseignait comment devenir un bouddha en étant assis comme un bouddha. Gardez à l'esprit que chaque grand sage bouddhiste dit que s'asseoir en zazen est la seule chose essentielle. Ceux qui sont des sages bouddhistes l'enseignent. Ceux qui ne sont pas des sages n'ont pas la moindre idée de ce que c'est.
    En Inde et en Chine, c'est la façon dont le Bouddhisme a toujours été enseigné. C'est parce que zazen est le principal. Le principe de zazen est la seule chose qui a été passée de main en main depuis le tout début. Tant que vous ne le comprendrez pas, vous ne comprendrez rien d'autre. Dans chaque cas, les maître bouddhistes ont enseigné zazen.
    Et pourtant, même depuis cette époque, ils n'ont pas été nombreux à comprendre zazen. Il y a même des gros temples très célèbres en Chine, où ils n'y entravent rien. Ils ont des règles qui disent que tout le monde doit faire zazen, et ils le font tous. Mais ceux qui savent vraiment de quoi ça parle sont rares. Ils écrivent même des livres sur comment le faire, mais la plupart de ces livres ne servent à rien.
    C'est vraiment une honte qu'ils puissent passer toute leur vie à s'asseoir tout en restant aussi nuls. Ils ne font aucun effort réel dans leur pratique. Ils écrivent des livres sur leurs expériences hallucinantes ou sur la façon de mettre fin à toute pensée pour atteindre des états mentaux de béatitude. Ce n'est pas ça, zazen.
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    Re: ZAZENSHIN de Dôgen (ch 12 du Shõbõgenzõ)

    Message par Kaïkan le Ven 27 Oct 2017 - 15:52


    (suite)

    Quand mon regretté maître Nyojo Zenji de Tenryu-Zan(1) faisait une conférence dans le dojo, il disait toujours que Wanshi Zenji était un véritable patriarche du Bouddha. Jamais il n'éprouva semblable admiration pour aucun autre maître. Ainsi le véritable maître qui avait l’œil pour voir (comprendre) les personnes authentiques pouvait aussi voir le patriarche du Bouddha. Ainsi, en vérité, pouvons-nous reconnaître le splendide patriarche successeur du Bouddha parmi tous les successeurs de Maître Tozan.

    Le 18 mars 1242, 3e année de Ninji(2), au temple Kosho Horin-ji, j'ai écrit le volume XII du Shobogenzo, consacré au  « Zazenshin » ; en novembre de la 4e année de Ninji, je l'ai enseigné à mes disciples à Kippo Shoja (Eihei-ji) dans la préfecture Yoshida de Etsushu (de nos jours Fukui Ken). Entre le 18 octobre de la 27e année de Shoko et aujourd'hui, il ne s'est écoulé que quatre-vingt-cinq ans. J'ai donc écrit mon Zazenshin ici en référence au Zazenshin de Wanshi Zenji.

    (1). = Tenryu-Zan : le nom honorifique du temple.
    (2). = Dõgen avait alors quarante-trois ans.


    Voici mon Zazenshin :
    Avant tout, l'action absolue des Bouddhas et des patriarches est la pensée au-delà de la pensée. Cette réalisation, qui est l'esprit du Bouddha lui-même, devient la réalisation absolue de toutes les existences, ou la réalisation du cosmos tout entier.
    Cette pensée au-delà de la pensée est notre soi qui devient toutes choses.
    Comme il en est ainsi, et comme c'est intime et sans opposition, cela ne dépend de rien : cela est inconsciemment satori.
    La certification absolue, au-delà du droit, du milieu ou de l'oblique, crée automatiquement la sagesse absolue.
    Comme l'eau est claire jusqu'au fond, le poisson qui nage se réalise lui-même.
    Comme le firmament est immense et s'étend jusqu'aux cieux, l'oiseau qui vole se réalise lui-même.


    Bien sûr, l'expression du Zazenshin de Wanshi Zenji n'est pas incomplète; ce n'est pas ce que je veux dire. Mais si je l'exprime ainsi, tout devient plus clair. Les successeurs des patriarches du Bouddha doivent donc exactement pratiquer zazen comme la chose la plus importante. Telle est l'authentification véritable et juste transmise à tous les patriarches du Bouddha.

    Fin du chapitre Zazenshin.



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