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    Le Docteur Who, Dôgen, et le Paradoxe de Fermi (ou bonne année 2018)

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    Yudo, maître zen
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    Le Docteur Who, Dôgen, et le Paradoxe de Fermi (ou bonne année 2018)

    Message par Yudo, maître zen le Mer 3 Jan 2018 - 20:01

    Brad Warner a écrit:http://hardcorezen.info/doctor-who-dogen-and-the-fermi-paradox-or-happy-new-year-2018/5677
    Publié par Brad le 2 janvier 2018

    Zut! C'est 2018. On dirait Blade Runner ou quelque chose. Non, attendez. Blade Runner c'est l'an prochain. Mieux vaut se mettre à travailler sur ces androïdes et ces colonies spatiales.

    J'ai passé les fêtes chez ma soeur près de Nashville (Tennessee). Pendant que j'y étais, j'ai regardé le premier épisode de la dixième série du Docteur Who avec mon neveu Ben. Dans cet épisode, le Docteur explique la nature du temps comme ceci: “Le passage su temps est une illusion et c'est la vie le magicien, car la vie ne nous laisse voir qu'une journée à la fois. On se rappelle avoir été vivant hier, on espère l'être encore demain, et on a donc l'impression de se déplacer de l'un à l'autre, mais personne ne bouge nulle part! Les films ne bougent pas, ce ne sont que des images — des tas et des tas d'images, toutes immobiles, juste des moments figés. Mais si on fait l'expérience de ces images l'une après l'autre, alors tout prend vie."

    Ceci ressemble remarquablement à ce que disait mon maître, Gudô Nishijima, sur la nature du temps. Il allait jusqu'à utiliser la même métaphore des images du film. Nishijima avait pris cette idée chez Dôgen qui dit que chaque jour consiste en 6,400,099,180 moments individuels (dans le Shukke Kudoku). Chaque instant est son propre univers infini. Chacun d'entre eux passe si vite que nous ne pouvons pas le comprendre.

    Dans le chapitre (Etre-Temps), Dôgen dit: “Parce que [l'existence réelle] n'est que ce moment exact, tous les moments de l'être-temps sont la totalité du temps, et toutes les choses existantes et tous les phénomènes existants sont temps. La totalité de l'existence, la totalité de l'univers, existent dans des moments individuels du temps.”

    2017 fut l'univers tout entier. 2018 est l'univers tout entier.

    Quand je me fais un sandwich, je m'étonne de ce que les sandwichs existent. N'est-ce pas improbable? N'est-ce pas incroyable que, dans le vaste univers, j'existe dans un endroit où il y a des sandwichs? A travers la plus grande partie de cet univers infini, il n'y a pas de sandwichs. Les sandwichs ne peuvent même pas exister sur la plupart des planètes. Il n'y a pas de blé pour y faire le pain. Il n'y a pas de champ magnétique et de couche d'ozone pour repousser les radiations nocives et permettre l'existence d'une atmosphère stable depuis d'incalculables millions d'années pour que ce blé puisse pousser. Il n'y a pas d'êtres capables de faire un sandwich. Et il n'y a pas de beurre de pinottes nulle part sur des zillions de milles à la ronde.

    Pendant les vacances, j'ai fini de lire un livre intitulé Where is Everybody: Fifty Solutions to the Fermi Paradox and the Problem of Extraterrestrial Life par Stephen Webb. Ce que je ne savais pas, lorsque je l'ai commandé, c'est qu'il y a une version révisée qui considère soixante-quinze solutions au Paradoxe de Fermi. Je suppose qu'il va me le falloir lui aussi.

    Le Paradoxe de Fermi est une question qu'avait posée le physicien Enrico Fermi. Il disait que la Terrre ne semble pas être unique. Il doit y avoir des tas de planètes comme celle-ci. Et en ce cas, il doit y avoir des tas de civilisations semblables à la nôtre. En fait, puisque l'Univers est si extrêmement vieux, il doit y avoir des tonnes de civilisations bien plus anciennes et plus avancées que la nôtre. Si c'est le cas, pourquoi ne voyons-nous aucune manifestation de leur part?

    Quoi qu'il en soit, à la fin du livre — révélation en vue — Webb conclut qu'il est très possible que notre civilisation soit, en fait, unique. Il se dit qu'il se pourrait qu'il n'y ait aucune autre civilisation technologiquement avancée nulle part dans la galaxie, ou même nulle part dans le groupe de galaxies auquel la nôtre appartient.

    Il pense que la vie peut bien être courante, et que nous pourrons trouver des formes de vie ailleurs même dans notre propre système solaire. Il se dit qu'il y a probablement des tas de plantes et d'animaux — ou de choses analogues aux plantes et animaux — dans toute la galaxie. Certaines pourraient même être intelligentes. Mais il pense que des créatures comme nous, qui construisons des sociétés technologiquement complexes, qui voyagent vers d'autres planètes, et s'interrogent sur l'existence de créatures comme nous, sont extrêmement rares.

    Il se montre très persuasif pour étayer son discours. Il est impossible à résumer en peu de mots. Mais il se fonde sur l'idée que les créatures humanoïdes ne sont pas un résultat inévitable de l'évolution, que l'existence même d'une planète avec une température stable et une atmosphère capable de supporter la vie est extrêmement improbable, que des choses aussi apparemment sans rapport que le fait que notre planète possède une lune extrêmement grosse pour sa taille pourrait bien être nécessaire pour que des créatures comme nous soient possibles, et ainsi de suite.

    Le bouddhistes disent qu'il est extraordinairement rare de naître en tant qu'être humain. Ils disent qu'être né humain est la meilleure situation pour pouvoir réaliser la vérité. Peut-être qu'ils ont raison.

    Peut-être que dans tout le vaste univers, il n'y a rien comme nous.

    Peut-être qu'il n'y a de sandwichs nulle part ailleurs qu'ici.

    Même si Stephen Webb avait tort, même si nous découvrions que le mystérieux objet orbitant autour de l'étoile de Tabby était une sphère Dyson ou un gigantesque bouclier protecteur construit pour protéger une civilisation sur une planète l'orbitant des rayons d'une supernova toute proche; mais je pense que les bouddhistes ont raison, la vie humaine est rare et précieuse. Chaque jour que je vis, je suis stupéfait par la vie elle-même. Par les sandwichs et les bus, les fourmis et les artichauts, par les bols de céréales et par les escargots… Tout ça est tellement incroyable. Mais vraiment incroyable.

    Donc, bonne année, tout le monde. J'espère que celle sera bonne pour vous!
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    Re: Le Docteur Who, Dôgen, et le Paradoxe de Fermi (ou bonne année 2018)

    Message par Fred le Jeu 4 Jan 2018 - 14:40

    Cette faculté à s'émerveiller telle que l'évoque B.W nous donne une grande force, aussi parce que le sujet de cet émerveillement ne fait jamais défaut.

      La date/heure actuelle est Dim 21 Oct 2018 - 21:47