Zen et nous

Le zen, sa pratique, ses textes, la méditation, le bouddhisme, zazen, mu


    shikantaza

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    shikantaza

    Message par shikantaza le Lun 19 Oct 2009 - 13:02

    bonjour à toutes et tous,
    Je me présente.
    54 ans, depuis 30 ans en recherche spirituelle.
    7 ans de Zen.

    Ce ne sont pas des "titres".

    Aujourd'hui je ne recherche rien de particulier.

    Suis ici pour apporter quelques contribs et aussi recevoir quelques avis en toute simplicité.

    nul ne sait s'asseoir pour s'asseoir. (Dogen)
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    Re: shikantaza

    Message par Huanshen le Lun 19 Oct 2009 - 13:57

    Bienvenu sur ce forum Shikantaza!
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    Re: shikantaza

    Message par Invité le Lun 19 Oct 2009 - 16:40

    Quand j'ai ouvert le forum, je croyais que c'était un thread sur shikantaza

    Je me joins à Huanshen pour te souhaiter la bienvenue et t'encourager à contribuer.
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    Re: shikantaza

    Message par Fa le Mer 21 Oct 2009 - 23:37

    "nul ne sait s'asseoir pour s'asseoir. (Dogen)",

    Excellent ! Arriver à dire tant de choses avec si peu de mots...

    Bonjour à tous...
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    Re: shikantaza

    Message par Huanshen le Jeu 29 Oct 2009 - 17:41

    Grand silence...
    'Zen et Nous' semble être entré dans un profond samadhi.
    Qui veut se lancer et nous donner son avis ou ses conseils relatifs à Shikantaza?
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    Re: shikantaza

    Message par Invité le Jeu 29 Oct 2009 - 19:06

    Salut tous et amitié sincère.

    Effectivement, zen-et-nous semble plongé dans un profond samadhi Je suis un peu mal placé pour donner des conseils ou des avis sur shikantaza. Mais Fa avait l'air bien parti avec la citation de Dogen
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    Re: shikantaza

    Message par ZEM le Ven 30 Oct 2009 - 4:25





    chaleureusement
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    Re: shikantaza

    Message par Huanshen le Ven 30 Oct 2009 - 10:38

    La citation de Fa ("apprenez le demi-tour, qui dirige votre lumière vers le dedans et illuminera votre véritable nature") est très intéressante, parce que personne n'en parle dans les cercles Soto, alors que le "retournement de la lumière" est un procédé précis décrit dans certains textes anciens qui devait très probablement faire l’objet d’une transmission orale à l’époque de Dogen.

    Comme les explications des autorités officielles ne me semblaient pas satisfaisantes, j’ai consacré quelques années à tenter de comprendre de quoi parlait vraiment Eihei Dogen. Je me trompe peut-être, mais la méthode que ce décris plus bas fonctionne et donne des résultats tangibles tout en décrivant exactement le procédé décrit par Dogen lorsqu’il dit :

    « Abandonnez une pratique fondée sur la compréhension intellectuelle, s'en tenant aux mots et à la lettre, apprenez le demi-tour, qui dirige votre lumière vers le dedans et illuminera votre véritable nature. Le corps et l'âme d'eux-mêmes s’effaceront et apparaîtra votre visage originel. »

    Je considère en effet qu’il ne suffit pas de s’assoir en lotus pour pratiquer shikantaza. Cette non-pratique est à la fois très simple et très subtile. Elle se fonde tant sur shamatha que sur vipashyana tout en s’inscrivant dans la tradition de la « non-pensée », du « sans demeure » et « sans fixation » du Soutra de l’Estrade.

    Shikantaza commence par une observation passive de la naissance et de la disparition des pensées (non-pensée / hishiriyo).

    En observant les pensées, l’observateur se désidentifie du corps et de l’esprit. Mais le sentiment d’être un « moi », un « je » un « témoin silencieux » des pensées et des sensations subsiste.

    Pour dépasser l’esprit dualiste au moyen de cette méthode, il faut alors retourner la lumière de la conscience sur elle-même pour illuminer l’observateur. En cherchant à voir le sujet, la conscience se dépouille d’avantage du corps et de l’esprit. En poussant l’examen, on peut éventuellement constater l’absence d’un moi permanent, soit la vacuité du soi. Lorsque l’illusion d’un moi permanent se dissipe soudainement, notre véritable nature se révèle d’elle-même.

    Si le sujet disparaît totalement en se fondant dans une conscience unifiée au-delà de la dualité sujet-objet (nature originelle), il n’y plus de pratiquant. Seule demeure l’assise. A ce stade, tout effort, toute intention nous ferait retourner dans le monde de la dualité. Il n’y a plus rien à faire d’autre que de laisser l’éveil s’actualiser de lui-même : c’est shikantaza.

    Je suis conscient du fait que la quasi totalité des zenistes Soto se limitent à l'observation des pensées et à la concentration sur la posture. Je ne dis pas que ça ne marche pas aussi, mais je considère qu'il s'agit alors d'une méthode de vipassana classique dépossédée d'un élément essentiel de la tradition Zen, soit le fait de pointer directement vers la nature de l'esprit (la source de la conscience).
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    Re: shikantaza

    Message par Fa le Ven 30 Oct 2009 - 15:41

    il faut alors retourner la lumière de la conscience sur elle-même pour
    illuminer l’observateur. En cherchant à voir le sujet, la conscience se
    dépouille d’avantage du corps et de l’esprit. En poussant l’examen, on
    peut éventuellement constater l’absence d’un moi permanent, soit la
    vacuité du soi. Lorsque l’illusion d’un moi permanent se dissipe
    soudainement, notre véritable nature se révèle d’elle-même.

    L'expression "retourner la lumière de la conscience sur elle-même" est très subtile. Elle suggère un retournement de la conscience. Mais qu'est-ce qu'on entend par là au juste ? J'ai mis un certains temps à comprendre la signification. D'ordinaire l'être humain, projette les rayons de sa conscience, dans des objets ou des concepts. C'est objets ou ces concepts induisent implicitement une dualité. Il y a moi, en tant que sujet qui considère un objet ou un concept, par rapport auquel mon "Moi" est constitué, par rapport auquel je me positionne. L'observateur définit l'objet, mais l'objet conditionne l'observateur.
    Si je définis un objet, automatiquement je me définit en tant que sujet isolé et indépendant.

    En cherchant à voir le sujet, la conscience se dépouille d’avantage du corps et de l’esprit.

    Mais il y a là une contradiction qu'il faut dépasser, pour se dépouiller totalement du corps et de l'esprit. C'est là que peut se produire un satori, qui est une soudaine prise de conscience de la nature de l'esprit...
    Ce qui était objet devient soudainement sujet. Ce qui était sujet devient juste un centre. Ce qui était extérieur devient soudainement l'intérieur de soi. Et tout ce que l'on regarde devient soi. C'est alors que tout objet disparait, et que la dualité se résorbe. La conscience ordinaire réalise soudainement sa méprise.
    L'être se croyait isolé à l'intérieur de sa peau, mais lors du retournement son corps devient soudainement un centre de l'univers tout entier, duquel il n'est désormais plus étranger.
    Tant qu'on n'a pas réalisé sa vrai nature on est un sujet étranger au monde, qui ne voit autour de lui que des objets. Le Satori nous fait passer de l'autre côté du mirroir, tout devient soi, et le corps devient un centre sur lequel cette lumière se projette. La phrase éngimatique de Dogen doit à mon avis être comprise comme un reversement de perspective, qui lorsque qu'il se produit peut avoir la force d'un abrupt Satori. moment priviliégié ou l'être réintègre son intimité profonde avec tout ce qui l'entoure.
    De nombreuses histoires Zen tournent autour de cette thématique : Ce n'est pas le drapeau qui bouge, c'est ton esprit qui bouge....Pour l'être vivant dans la dualité cette phrase est éngimatique, ci ce n'est absurde ( parceque le retournement ne s'est pas encore produit )
    De même, l'histoire du cyprés dans la cours, ou les 3 livres de lin. Ce ne sont pas des invitations à ne pas conceptualiser, comme on a tendance à le croire, mais des invitations à réaliser la vraie nature de l'esprit..Que les 5 sens de la perception sont des fenêtres ouverte sur le soi....L'esprit compénètrant tout dans les 10 orients...

    Une fois que l'on a réalisé cela. La méditation devient une manière de reposer l'esprit (mental) en lui-même(ce que l'être du commun considère comme le monde des objets).
    Il n'y a plus d'attente particulière, plus d'attachement au sujet de quoique-ce-soit...l'aspect technique de la méditation est à ce niveau transcendé.
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    Re: shikantaza

    Message par Invité le Ven 30 Oct 2009 - 16:27

    Ça y est, la forme revient

    Fa a écrit:De même, l'histoire du cyprés dans la cours, ou les 3 livres de lin. Ce
    ne sont pas des invitations à ne pas conceptualiser, comme on a
    tendance à le croire, mais des invitations à réaliser la vraie nature
    de l'esprit..

    Certes, mais l'un ne va pas sans l'autre. L'injonction de ne pas conceptualiser est permanente dans l'examen des kôan (hua t'ou).
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    Re: shikantaza

    Message par Huanshen le Ven 30 Oct 2009 - 17:12

    Très belle description du Kensho! Merci Fa. Evidemment, l'aspect technique de la méthode est plus simple à pratiquer qu'à décrire et il est progressivement transcendé jusqu'au moment ou il suffit d'être.

    Bien entendu Khât, le retournement de la lumière s'apparente à l'examen des koans. Hakuin Zenji utilise d'ailleurs cette expression dans son texte remarquable sur les Quatre Prajna en parlant du hua-tou ou koan "qui est l'hôte de la vue et de l'ouïe?". Idem lorsque l'on s'interroge sur "qui repire?" durant zazen.
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    Re: shikantaza

    Message par Fa le Ven 30 Oct 2009 - 18:17

    Oui le Kensho marque sans aucun doute un tournant dans l'attitude du méditant. Pour celui qui ne l'a pas encore réalisé, s'assoir pour simplement s'assoir est très difficile car l'aspirant vient à la méditation dans le but de comprendre (Bodhicitta), de s'éveiller, il ne s'assoit pas en Zazen simplement pour s'assoir. Pour celui qui a réalisé le Kensho, la technique est dépassée dans le sens ou le pratiquant n'attend rien de particulier de la technique, il pratique donc dans l'esprit Mushotoku, véritablement sans esprit de profit. les conditions sont alors réunies pour un approfondissent de l'éveil initiale. S'assoir pour s'assoir, à ce niveau, devient un geste religieux, au sens le plus noble du terme. On s'assoit dans son centre, on assume pleinement sa véritable identité d'être éveillé. La posture méditative devient sans doute alors le lieu privilégié de "rappel à Soi", de dissolution des "forces d'habitudes", qui peuvent encore nous balloter, malgré notre réalisation.
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    Re: shikantaza

    Message par Invité le Ven 30 Oct 2009 - 21:43

    Oui le Kensho marque sans aucun doute un tournant dans l'attitude du
    méditant. Pour celui qui ne l'a pas encore réalisé, s'assoir pour
    simplement s'assoir est très difficile car l'aspirant vient à la
    méditation dans le but de comprendre (Bodhicitta), de s'éveiller, il ne
    s'assoit pas en Zazen simplement pour s'assoir.

    Ce qui m'a toujours interpelé, dans la pratique soto, c'est qu'elle n'avait de sens que si elle s'appuyait sur le satori. En d'autre terme, le satori est le point de dépard de la pratique. Ce n'est pas la cas dans le rinzaï pour qui la pratique n'a de sens que si elle conduit au satori (ou kensho). En fait, les deux écoles se rejoignent car si on demande à un rinzaï pourquoi il pratique depuis si longtemps alors qu'il n'a pas eu le kensho, il ne sait pas répondre. En fait, il a eu le kensho, mais il l'ignore. Et en cela Dôgen a raison quand il dit (je réédite ta citation) :"nul ne sait s'asseoir pour s'asseoir". Ce qui, de mon point de vue, ne signifie pas autre chose que le kensho n'appartient pas au savoir (nul ne sait) mais à autre chose. Comme on dit dans le kyodo (tir à l'arc) : "quelque chose a tiré !". Et là, on s'incline.
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    Re: shikantaza

    Message par Fa le Ven 30 Oct 2009 - 23:48

    En d'autre terme, le satori est le point de dépard de la pratique. Ce
    n'est pas la cas dans le rinzaï pour qui la pratique n'a de sens que si
    elle conduit au satori (ou kensho).
    Dans un cas on met l'accent sur le lâcher prise, dans l'autre sur l'effort...
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    Re: shikantaza

    Message par Huanshen le Sam 31 Oct 2009 - 10:49

    Vous touchez un point essentiel que je trouve très problématique. Si shikantaza se fonde sur le kensho, rares sont ceux que shikantaza a conduit au kensho. L' 'orthodoxie' Soto élude en général la question en se contentant de répondre que zazen et en soi l'éveil, mais c'est alors un acte de foi comparable à la présence réelle du Christ durant l'eucharistie. En outre, sans avoir clarifié sa compréhension initiale avec un maître compétant, il est difficile de s'assurer que le supposé kensho soit bien le kensho qui constitue la porte d'entrée dans la vraie pratique du Zen. Or, je constate -et je ne suis malheureusement pas le seul- que la grande majorité des maîtres Soto ne sont pas toujours équipés pour poser un diagnostique clair sur ces questions. Le pratiquant Soto sincère se trouve donc dans une impasse.

    Je ne connais pas beaucoup de Sotoistes qui ont réalisé le Kensho grâce à shikantaza. Avez-vous des exemples? Brad Warner semble décrire cette 'expérience' dans son premier livre. Mon ami Gozen de Las Cruces fait partie des oiseaux rares, mais ça lui a causé beaucoup de problèmes avec sa hiérarchie, comme si ce qu'il décrivait était tout simplement impossible et relevait donc nécessairement du mensonge. C'est un vrai problème. Avons-nous des exemples en Europe? Fa, ce que tu décris si bien est arrivé avec shikantaza ou d'une autre manière? Yudo pourrait aussi nous éclairer, notamment au sujet de Brad, son 'dharma-brother'.

    (Il faut bien comprendre que je ne cherche pas la polémique. Ce sont des questions sincères que je me pose depuis des années)
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    Re: shikantaza

    Message par Invité le Sam 31 Oct 2009 - 18:06

    Si je me réfère à l'avis de Yasutani Roshi, le maître de Kapleau, dans "les trois piliers du zen", la façon la plus sûre d'atteindre le kensho est le kôan. Shikantaza est cependant, pour Yasutani, la forme "la plus pure" de zazen mais ne mène au kensho que de façon très exceptionnelle. De plus, Yasutani précisait que Shikantaza ne devrait pas être pratiquée plus de 20 mn d'affilée car le degré d'attention devait être porté à l'extrême et il était difficile de rester attentif avec une telle intensité plus de 20 mn. Pour Yasutani, un shikantaza, c'est de la transpiration assurée même par grand froid tant l'attention doit être intense (comme celle d'un samouraï au combat, qui, bien que conscient qu'il se passe quelque chose autour du combat, est, au risque de perdre la vie, attentif essentiellement au comportement de son ennemi). Yasutani était un maître sôtô, je le rappelle, mais il utilisait exclusivement les kôans pour aider ses disciples à atteindre le kensho (pour mémoire, Kapleau a eu le kensho grâce au kôan Mu). Il réservait le shikantaza à ceux/celles qui en faisaient explicitement la demande (pas intéressés par le kensho) ou à ceux/celles qui avaient déjà le kensho.

    Je ne sais pas comment se pratique le zen sôtô en Europe, parmi les anciens disciples de Deshimaru ou parmi les disciples de Nishijima. Je ne suis pas certain (pour avoir vu quelques vidéos ou lu quelques articles de l'AZI ou du Zen Occidental) que le shikantaza pratiqué par les Européens soit celui décrit par Yasutani Roshi car la notion du "lâcher prise" ne me semble pas associée à celle qui (selon Yasutani) requiert l'attention d'un samouraï au combat. Je sais que Nishijima juge la pratique de Yasutani étrangère au bouddhisme. Mais le même Nishijima critique aussi sévèrement la pratique des kôans et je me demande (d'après ce qu'en disait Yugo à une époque sur ce même forum) s'il ne nie pas le satori. Yugo pourrait mieux que moi le dire puisque c'est son disciple direct.

    Sans vouloir non plus lancer de polémique, je pense que le zazen sans un minimum d'esprit d'investigation ne peut mèner au kensho que de façon aléatoire, vraisemblablement en raison de dispositions particulières de certaines personnes déjà naturellement "avancées". Quand je disais plus haut que le zazen sôtô partait du satori, je me référais essentiellement à Dogen qui a eu le satori par une pratique basée sur l'étude des kôans et qui, par la suite, faisait de shikantaza la forme la plus "pure" de zazen. Bankey aussi, qui, après son satori, recommandait de s'asseoir sans chercher à atteindre quoi que ce soit, a passé plusieurs années à "investiguer" dans la posture de zazen. Au final, il a compris que tout pouvait s'exprimer à partir de l'idée du non-né, que cela suffisait. Mais Bankey n'aurait, personnellement, probablement jamais accepté d'admettre cela sans s'impliquer dans cette recherche comme il l'a fait. C'était un personnage qui voulait réaliser par lui-même. Un têtu, quoi... Mais Bankey a un statut "spécial". Il n'est pas vraiment classé parmi les soto ou les rinzaï bien qu'il ait créé le monastère rinzaï de Sokofu-ji, où étudia Jyoji.
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    Re: shikantaza

    Message par Fa le Sam 31 Oct 2009 - 19:49

    Fa, ce que tu décris si bien est arrivé avec shikantaza ou d'une autre
    manière? Yudo pourrait aussi nous éclairer, notamment au sujet de Brad,
    son 'dharma-brother'.

    Il m'est très difficile de répondre à une telle question. Les mots que j'écris reflète ma compréhension du moment. Mais je suis un "chercheur solitaire", et mon parcours est sans doute trop singulier pour pouvoir avoir une valeur pédagogique. Je suis arrivé au Zen, par la voie martiale. Après 2 années de pratique d'une synthèse d'arts martiaux japonnais, Tai ji Zu, j'ai fait un stage de Kun Fu de Shaolin en Suisse, pendant une semaine, qui consistait à vivre , la vie des moines du Temple de Shaolin sous la direction de Vic Nowas disciple moine de Shaolin de la 32 ième génération.
    Lors de ce stage, j'ai été initié à la méditation, et ai découvert l'aspect religieux de Shaolin. J'ai découvert le Taî chi, et le Gi gong, qui font partie du travail des moines sur l'énergie. Par la suite, j'ai eu l'occasion de fréquenter quelques-temps le Dojo Zen d'Amien, qui m'a permis d'aprendre l'assise Zen, et les détails de la posture. J'ai travaillé pendant 2 ans sur les mouvement méditatifs du Taî Qi, que j'ai continu de pratique en solo. J'ai appris également le Zhi Neng Qi Gong. Tout en continuant le Zazen de manière assez sporadique, j'ai lu aussi pas mal d'ouvrages sur le Zen, me suis aussi interressé à différents maîtres de différentes traditions. J'ai été assez marqué par les stances de Nagarjuna, dont la lecture et l'approfondissement sur le thème de la vacuité, m'ont amené à dissoudre, beaucoup de question inutiles...J'en ai retiré du moins est-ce l'impression que j'en ai, une certaine clarté d'esprit...Mon parcours est fait de mes questionnements et des éclairs de compréhension qui n'ont jamais cessé de se produire, de manière assez imprévisible, des petits moments privilégié, où un éclair de compréhension nous traverse. Mais je dois dire qu'à ce jour, je n'ai pas eu la moindre confirmation officielle d'une quelconque réalisation.
    Mais j'ajouterai que c'est assez difficile de décrire un parcours spirituel, il jalonne tous les aspects de la vie. Mes questionnements lorsqu'ils se posent, m'accompagne à tout moment de la journée, et j'ai l'impression que l'existence, est une méditation ininterrompue. Depuis l'age de 17 ans, et j'en ai 45 je n'ai jamais cessé de questionner, de méditer d'un manière ou d'une autre...Il y a aussi ces bonnes conversations et les rencontres sur les forums Bouddhistes, qui m'ont permis d'approfondir de nombreux aspects conceptuels du Bouddhisme...
    Aujourd'hui, je dirai que je me sens beaucoup moins préoccupé par l'aspect conceptuel, ou les lectures...que par l'approfondissement de la pratique du zazen, et le vie au quotidien qui ne cesse de nous mesurer et de nous éprouver...
    Lorsque je serais moins accaparé par la vie familiale, j'aimerai reprendre mon " bâton de pèlerin" et pouvoir qui sait rencontrer un maître zen.
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    Re: shikantaza

    Message par Huanshen le Sam 31 Oct 2009 - 22:16

    Merci Khât et Fa pour ces réflexions et ces témoignages touchants. J'ai un ami, le moine Zen
    Soto du Nouveau Mexique, qui m'a raconté avoir connu un profond Satori après 30
    ans de pratique spirituelle, dont environ 15 ans de shikantaza. A 52, il s'est
    dit qu'il était désormais trop tard pour chercher l'éveil. Il a poursuivi sa
    pratique, mais sans plus attendre de spécial. Ensuite, pendant 2 semaines, il a
    senti de fort courants d'énergie dans son corps. Un jour, en sortant de chez
    lui, le monde s'est arrêté quelques secondes, puis il s'est senti renaître.
    Trois ans après, son éveil ne l'a jamais quitté.

    Stuart Lachs (que certains connaissent peut-être pour ses études sociologiques sur les
    communautés Zen américaines) a été l'assistant du maître taiwanais Sheng-yen à
    Queens (New York) pendant 17 ans. Il m'a dit que plusieurs personnes ont
    réalisé le kensho grâce à la méthode de shikantaza (illumination silencieuse)
    enseignée par Sheng-yen qui est toutefois beaucoup plus sophistiquée.
    L'attention est portée sur le corps jusqu'à ce que le corps soit totalement
    unifié à l'esprit. Puis, le corps cesse de devenir une entrave. La
    concentration s'étend alors à la pièce entière qui devient de facto notre
    nouveau corps, en dépassant ainsi la dualité corps/esprit et la dualité mon
    corps/le monde extérieure. Puis, l'attention s'étant à l'espace infini. A ce
    stade, kensho (kaiwu en chinois) peut éventuellement intervenir.

    (Cont.)
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    Re: shikantaza

    Message par Huanshen le Sam 31 Oct 2009 - 22:23

    Pour ma part, j'ai longuement pratiqué shikantaza, sans beaucoup de succès.
    L'élément déclencheur a été l'étude systématique de samatha, en apprenant à
    entrer dans les Jhanas (Dhyanas) par la méthode de l'Anapanasati Sutra.
    En sortant d'un samadhi j'ai enchaîné sur vipassana en percevant clairement les
    sensations du corps, pensées et perceptions vibrer très rapidement.
    Peu à peu, je suis entré dans ce que l'on appelle une formation dans le bouddhisme ancien,
    soit une unité de sensation et perception (comme un tableau incluant perception, sensations et pensées).
    C'était un peu comme regarder un film à 12 images par seconde.
    J'ai alors cherché à trouver l'observateur en retournant la conscience
    sur elle-même. Bien entendu, je n'arrivais pas à voir le sujet. Soudainement,
    il y a eu un 'clic'. J'ai eu l'impression de disparaître totalement. Il n'y
    avait plus de sujet, plus d'observateur, plus de moi, seulement un champs de
    conscience lumineuse contenant la totalité du champ perceptif. J'étais
    paradoxalement rien et tout à la fois. Tout semblait parfait, juste ainsi.

    Pour être certain d'être sur la bonne route, j'ai mentionné cet événement de manière très
    factuelle à quelques personnes et deux pratiquants avancés et deux maîtres Zen m'ont
    confirmé qu'il s'agissait bien du kensho, soit d'un bref aperçu de la
    Nature-de-Bouddha. La méthode utilisée n'avait rien de proprement Zen. Elle
    était beaucoup plus proche de l'Anapanasati (attention au va-et-vient du
    souffle), soit de la méthode enseignée et sans doute utilisée par le Bouddha
    historique.

    En revenant à shikantaza, je n'ai pas encore la maturité nécessaire pour être "sans
    but". Toutefois, et je viens d'essayer en début de soirée, je retrouve
    presque l'état décrit plus haut en constant que personne ne médite. Plutôt que
    d'être sans but, c'est d'avantage constater que, s'il y a un corps, des pensées
    et des sensations, il n'y a pas de centre, d'observateur ou de pratiquant. Difficile
    à expliquer avec des mots, mais moins technique que la méthode de Sheng-yen. Ca
    se résume à un simple constat: comme je n'arrive pas à trouver un
    "je", il ne reste plus que la posture assise. Seulement assise. Juste ainsi.
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    Re: shikantaza

    Message par Invité le Dim 1 Nov 2009 - 9:47

    Vous devriez, à ce stade, faire valider votre kensho par un maître capable de le faire. A ma connaissance, il n'y en a qu'un en France et vous savez de qui je veux parler. Ce n'est pas un maître sôtô mais ça ne change rien à la problématique. Mais ne vous attendez pas à une phrase de validation officielle. Si votre kensho est authentique, vous saurez qu'il saura. Et même à ce stade, il vous demandera peut-être ce que vous comptez faire de ça.

    Il faut savoir aussi qu'on peut parfaitement avoir eu le kensho sans avoir réalisé que c'en était un. Rappelez-vous l'histoire de Lin Tsi qui alla trouvé Huang po suite à la proposition d'un autre moine qui avait remarqué en lui un personnage hors pair. Lin Tsi reçu des coups de bâton de Huang po pour lui avoir demandé quelle était la grande idée du bouddhisme. Par la suite, Lin Tsi ne douta plus jamais de lui-même, c'est à dire qu'il était un homme libre et sans affaire. En un sens, les coups de bâton de Huang po ont aidé Lin Tsi à se libérer d'un doute ; ils n'ont pas provoqué le kensho. Mais le kensho, c'est aussi se libérer du doute. Faites donc le nécessaire pour rencontrer ce maître dont je parle.
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    Re: shikantaza

    Message par Huanshen le Dim 1 Nov 2009 - 13:23

    Bon conseil, merci Khât. A ce sujet, un grand expert en la matière m'a recommandé de lire "Lectures on the 10 Oxhearding Pictures" de Mumon Yamada Roshi, traduit par Victor Sogen Hori. Il me dit que c'est l'un des seuls ouvrages contemporains qui reflète sa compréhension du Zen. On retrouve la même tradition. Je vais essayer de me libérer pour la sesshin de Juin 2010.

    Effectivement, on peut ne pas l'avoir réalisé, car ce n'est pas forcément aussi spectaculaire que les descriptions de luminaires tels que Hakuin ou Bankei. Comme la vraie pratique se fonde sur le kensho, c'est toutefois une étape importante qu'il faut clarifier avec une personne compétente en la matière... avant de l'oublier et de se remettre en chemin.
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    Re: shikantaza

    Message par shikantaza le Mer 25 Nov 2009 - 21:06

    on ne pratique pas shikantaza, car s'efforcer de pratiquer shikantaza n'est déjà plus shikantaza.
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    Re: shikantaza

    Message par Kaïkan le Mer 25 Nov 2009 - 21:24

    Bonjour shikantaza.
    Seulement être assis.
    Quel bon choix!

    (coïncidence : j'ai laissé un message à 20h14 où il est question de shikantaza).


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    Re: shikantaza

    Message par steffzen le Jeu 26 Nov 2009 - 17:08

    ben quand on en est à seulement etre assis, aller au fond de shikantaza c'est même etre assis ou pas !
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    Re: shikantaza

    Message par Kaïkan le Jeu 26 Nov 2009 - 17:48

    Voilà le Kanji Shikantaza.

    (C'est pas beau ça ?)



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