Zen et nous

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    Les dérives du Zen (bis)

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    Les dérives du Zen (bis)

    Message par Kaïkan le Sam 19 Mar 2011 - 11:33

    Bonjour, les dérives ont une suite... Arrow

    Il est important, (je le pense sincèrement) de se méfier de toute personne se prétendant parfaite et de penser que celui qui dit : « Je suis un peu fou » a quand même le mérite de présenter une certaine lucidité.

    Il est aussi important de comprendre que tous les intervenants sur ce forum, essaient plus ou mois habilement ou maladroitement d’exprimer ce qu’ils n’ont bien souvent jamais pu dire. Parfois, le desserrage de ceinture (que l’on me pardonne la trivialité de l’expression), se fait de façon un peu sauvage ou disons en rupture avec la bienséance ; mais si l’intention est « un désir de vérité » (Nishijima traduit ainsi Bodaïshin ce qui me parait un peu osé mais compréhensible), alors, en tant que moine, (en mon âme et conscience) je dois manifester la patience (ninniku en jap. kshanti en skt), afin d’aider (dans les limites de mes moyens) à ce qu’un peu de clarté se manifeste.

    Au sujet des jeunes philosophes.

    Se dire chercheur de Vérité et utiliser les débats uniquement pour imposer ses propres dogmes, se montrer arrogant et méprisant dans ses critiques envers les autres, ne supporter aucun avis contraire sans se hérisser et répliquer sauvagement, essayer de se faire valoir en tant que penseur par des artifices soutenus par de longues phrases obscures et souvent inintelligibles .
    Agresser avec véhémence sitôt que les subterfuges ont été découverts, accuser sans vergogne les interlocuteurs en les dénigrant. Est-ce vraiment, actuellement, tout ce que l’on peut attendre des jeunes philosophes ?

    Si c’est le cas il faut leur conseiller de s’asseoir seulement, de poser leur lourde tête de côté et de respirer calmement en lâchant arrogance, dogmatisme et hypocrisie. Mais souvent la nuque est raide, et la plupart du temps incliner la tête est un exercice difficile voire impossible.

    Ne leur jetons pas la pierre, mais soyons fermes pour leur dire :"Nous n’avons aucune intention de partager ni vos doutes ni vos certitudes fallacieuses"
    Abandonner le corps et l’esprit n’est pas un jeu philosophique ou une tournure de langage.
    Ne gâchons pas l’instant présent…

    Bon zazen…


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    Re: Les dérives du Zen (bis)

    Message par Yudo, maître zen le Sam 19 Mar 2011 - 13:38

    Tao Te King
    76

    Quand vous êtes né, vous étiez tendre et souple.
    Lorsque vous mourrez, vous serez dur et raide.

    Les jeunes pousses sont fraîches et pleines de vitalité.
    Les plantes mortes sont flétries et desséchées.

    Le dur et le raide accompagnent la mort.
    Le tendre et le souple vont avec la vie.

    Une armée rigide ne gagne jamais une guerre.
    Un arbre rigide est prêt à être abattu.

    Le dur et le raide tombe.
    Le tendre et le souple s’élève.
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    Re: Les dérives du Zen (bis)

    Message par tangolinos le Sam 19 Mar 2011 - 14:56



    Ah Yudo, comme tu deviens dur..... No

    Ah ! si jeunesse savait, et , si vieillesse pouvait... cheers


    Je dirais que même sur les vieux arbres, les bourgeons naissent au printemps. albino


    Dernière édition par tangolinos le Sam 19 Mar 2011 - 15:07, édité 1 fois
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    Re: Les dérives du Zen (bis)

    Message par Kaïkan le Sam 19 Mar 2011 - 15:02

    Yudo, maître zen a écrit:
    Tao Te King
    76

    Quand vous êtes né, vous étiez tendre et souple.
    Lorsque vous mourrez, vous serez dur et raide.

    Les jeunes pousses sont fraîches et pleines de vitalité.
    Les plantes mortes sont flétries et desséchées.

    Le dur et le raide accompagnent la mort.
    Le tendre et le souple vont avec la vie.

    Une armée rigide ne gagne jamais une guerre.
    Un arbre rigide est prêt à être abattu.

    Le dur et le raide tombe.
    Le tendre et le souple s’élève.

    Un vieil arbre sec...
    Que regarde-t-il au loin,
    Penché sur l'abîme ?

    La‭ ‬valse de‭ ‬cent‭ ‬ printemps,
    Ou les‭ ‬illusions perdues ‭?




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    Re: Les dérives du Zen (bis)

    Message par tangolinos le Sam 19 Mar 2011 - 15:13

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    Re: Les dérives du Zen (bis)

    Message par Fred le Sam 19 Mar 2011 - 18:20

    L'eau est-elle dure?
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    Re: Les dérives du Zen (bis)

    Message par fonzie le Sam 19 Mar 2011 - 18:34

    Bonjour Fred

    Fred a écrit:L'eau est-elle dure?
    Smile
    http://zen-et-nous.1fr1.net/t555-souplesse#9350
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    Re: Les dérives du Zen (bis)

    Message par Fred le Sam 19 Mar 2011 - 19:16

    Fonzie :

    Rien, ici bas, n'est plus souple, moins résistant que l’eau, et pourtant il n'est rien qui vienne mieux à bout du dur et du fort.
    Lao Tseu

    D'accord mais est-t'elle dure?
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    Re: Les dérives du Zen (bis)

    Message par tangolinos le Sam 19 Mar 2011 - 20:01

    Fred a écrit:Fonzie :

    Rien, ici bas, n'est plus souple, moins résistant que l’eau, et pourtant il n'est rien qui vienne mieux à bout du dur et du fort.
    Lao Tseu

    D'accord mais est-t'elle dure?
    ça dépend de la température...
    dans ma région les bonhommes de neige vivent moins longtemps que les iceberg au pôle Nord.
    Je pense que si le Titanic avait survécu, il pourrait te dire: "oui l' eau est dure". albino
    De même un iceberg te dirait "oui ça fait longtemps que je dure" Very Happy
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    Re: Les dérives du Zen (bis)

    Message par Fred le Sam 19 Mar 2011 - 20:17

    Ha super, merci pour vos réponses Very Happy
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    Re: Les dérives du Zen (bis)

    Message par tangolinos le Sam 19 Mar 2011 - 20:26

    Fred a écrit:Ha super, merci pour vos réponses Very Happy
    si ça te permet l' évaporation de ta question, c'est parfait Very Happy
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    Re: Les dérives du Zen (bis)

    Message par Yudo, maître zen le Sam 19 Mar 2011 - 22:00

    tangolinos a écrit:

    Ah Yudo, comme tu deviens dur..... No

    Bof, j'ai toujours été une sale bête, je vais pas changer à 62 ans...
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    Re: Les dérives du Zen (bis)

    Message par fonzie le Dim 20 Mar 2011 - 15:13

    Yudo, maître zen a écrit:
    tangolinos a écrit:

    Ah Yudo, comme tu deviens dur..... No

    Bof, j'ai toujours été une sale bête, je vais pas changer à 62 ans...
    heureusement que c'est pas 66... étoile
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    Re: Les dérives du Zen (bis)

    Message par Demeter le Dim 20 Mar 2011 - 23:06

    Bonjour.

    Cela fait quelques semaines que je suis les débats sur les « dérives » et bien que je ne comprenne pas le découpage en 1 et 2, je vais vous proposer les quelques réflexions qu'ils m'inspirent.

    A la lecture du message 231, il me semblait que Kaïkan et Chakyam étaient tombés d'accord. Kaïkan nous dit : « La réalité est fukatoku ! C'est un concept » - J'ai donc consulté les dictionnaires et j'y ai vu que le terme concept vient du latin conceptus qui veut dire «contenir entièrement» - c'est donc la réalité qui est contenue dans un concept qui lui même fait partie du langage...

    J'ai continué ma recherche au niveau du terme Nominalisme qui explique que les mots et le langage sont construits par l'observateur (l'Homme) et ne renvoient pas à des Universaux (dieu, la réalité) ni à des êtres généraux comme peuvent l'être les Idées Platoniciennes.

    Je me souviens avoir vu une citation faite par Chakyam issue du sutra de la Connaissance Transcendante : Rien n'existe réellement, si bien que ce monde n'est pas un monde mais le MOT monde (message 195).

    Les choses me semblaient claires. Il m'a fallut déchanter devant de telles phrases :Je désespérais... vu le déluge de mauvaise foi intellectuelle dont nous abreuvent certains philosophes en herbe.) DE QUOI ET DE QUI S'AGIT-IL ?

    Que veut dire l'ensemble du premier message dérives bis qui me surprend en provenance d’un moine zen enseignant ex : (…) se montrer arrogant et méprisant dans ses critiques envers les autres, ne supporter aucun avis contraire sans se hérisser et répliquer sauvagement,(...) des artifices soutenus par de longues phrases obscures et souvent inintelligibles .Agresser avec véhémence (...) accuser sans vergogne les interlocuteurs en les dénigrant.

    QUOI ? QUI ? COMMENT ? Car il ne suffit pas de dire « des choses » pour qu'elles soient vraies... à moins de vouloir justifier à tous prix le titre de ces rubriques …
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    Re: Les dérives du Zen (bis)

    Message par fonzie le Lun 21 Mar 2011 - 6:52

    Bonjour Demeter (Notre Mère la Terre) Smile

    Ton premier message à l'Equinoxe Very Happy
    il ne suffit pas de dire « des choses » pour qu'elles soient vraies...
    de Printemps... mais dans l'hémisphère Nord (parce que dans le Sud, c'est l'Automne).
    les mots et le langage sont construits par l'observateur (l'Homme) et ne renvoient pas à des Universaux (dieu, la réalité)
    l'observateur du Sud te dira que c'est l'Automne et l'observateur du Nord te dira que c'est le Printemps et l'observateur dans l'Espace te dira que c'est l'Equinoxe. Du point de vue de leurs observations, ils ont tous raison, comme quand on utilise plus ou moins notre cerveau droit ou gauche (langage en général) selon les circonstances.
    Et d'un point de vue un peu plus global... c'est celui qui prend du recul dans le Système solaire qui n'a pas tord. Mais hors du Système solaire, l'observateur verrait peut-être autre chose, mais je peux pas te dire parce que je ne suis pas allée si loin clown On doit garder les pieds sur Terre, même si qu'on a la tête dans les Etoiles.

    Et de là où que je suis, je sais que ce sera bientôt la saison des fraises Cool
    Bon Printemps !

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    Re: Les dérives du Zen (bis)

    Message par Demeter le Lun 21 Mar 2011 - 9:32

    Bonjour Fonzie !

    Merci de ta sympatique réponse. A te lire j'ai bien l'impression qu'il y a autant de réalités que d'existants qui inventent chacun leur réalité à partir des mots qu'ils emploient, de leur sensibilité, de leur croyance, de leur imaginaire et de leur situation géographique et cosmique. Il suffit de se souvenir des expériences de LANGEVIN et de ses jumeaux...

    Et là, je garde bien les pieds sur terre.
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    Re: Les dérives du Zen (bis)

    Message par tangolinos le Lun 21 Mar 2011 - 10:48

    Demeter a écrit: j'ai bien l'impression qu'il y a autant de réalités que d'existants qui inventent chacun leur réalité à partir des mots qu'ils emploient, de leur sensibilité, de leur croyance, de leur imaginaire et de leur situation géographique et cosmique.
    Quand nous tentons une approche de notre vraie nature, nous voyons bien qu'elle devient de plus en plus intangible, et, qu' en même temps elle se rapproche de plus en plus de l'absolu. C'est à l'instant où elle échappe à notre appréhension qu'elle devient intégralement cet absolu où la totalité y est contenue.

    Aussi nos vraies natures dans leurs plus purs dénuements, échappent à notre perception, et fusionnent toutes ensembles, pour ne faire qu' Une.

    Ainsi dans cet absolu, la Vérité est Une , permanente mais intangible...
    Par contre pour se manifester cet absolu tombe dans le relatif, en vérités multiples impermanentes et tangibles.

    Ainsi Demeter, tu comprendras qu'il puisse y avoir des creux pour que le relief nous devienne tangible.
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    Re: Les dérives du Zen (bis)

    Message par Demeter le Lun 21 Mar 2011 - 11:28

    Actuellement, aurions-nous une Fausse Nature ? Pourquoi plusieurs ?
    Si oui ! Où est la vraie ? Où est l'absolu ?

    Si elle/il échappe à notre appréhension ! De quoi on parle ? DE QUOI TU PARLES ?

    D'une croyance ? C'est la dualité alors !
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    Re: Les dérives du Zen (bis)

    Message par tangolinos le Lun 21 Mar 2011 - 11:49

    Demeter a écrit:Actuellement, aurions-nous une Fausse Nature ? Pourquoi plusieurs ?
    Non, nous avons une seule vraie nature, qui est masquée par notre ignorance.

    Si oui ! Où est la vraie ? Où est l'absolu ?
    La vraie ne fait qu'un avec l'absolu, et avec toutes les autres vraies natures.

    Si elle/il échappe à notre appréhension ! De quoi on parle ? DE QUOI TU PARLES ?
    D'une croyance ? C'est la dualité alors !
    Relis mon message précédent... La non-dualité est cet absolu intangible, qui se manifeste dans la dualité tangible.
    Nos vraies natures sont Une, dans l' absolu, et se distinguent dans le relatif.
    Ainsi dans l' absolu nous sommes Un, et dans le relatif il y a toi et moi.
    Si tu vois ta vraie nature en moi, et, moi si je vois ma vraie nature en toi, il y a une reconnaissance infinie.
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    Re: Les dérives du Zen (bis)

    Message par Demeter le Lun 21 Mar 2011 - 23:03

    ...nous avons une seule vraie nature, qui est masquée par notre ignorance...

    Si elle est masquée, comment la connaissons-nous ? Et pourquoi en parler puisque nous l'ignorons ? Sauf si bien sur nous la créons ?

    ...Ainsi dans l' absolu nous sommes Un, et dans le relatif il y a toi et moi...

    Et pourquoi ne pas admettre que le relatif et l'absolu ne sont que des déterminants sémantiques qui n'ont rien à voir avec le Réel de l'Eveil ?

    Pour paraphraser un fameux Koan : montre-moi l'absolu et le relatif
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    Re: Les dérives du Zen (bis)

    Message par fonzie le Lun 21 Mar 2011 - 23:50

    Bonsoir,
    Demeter a écrit:... A te lire j'ai bien l'impression qu'il y a autant de réalités que d'existants qui inventent chacun leur réalité à partir des mots qu'ils emploient, de leur sensibilité, de leur croyance, de leur imaginaire et de leur situation géographique et cosmique.
    on dit que c'est "la réalité conditionnée". Mais je pense qu'il y a un "conditionnement" que nous avons tous en commun sans que nous n'ayons besoin de rien inventer et quelque soit l'"existant", puisqu'on parle de condition humaine. Donc au-delà de tous les conditionnements subjectifs de chacun, il y a un conditionnement objectif, si on peut dire, et le même pour tous, notre condition humaine.
    L'Humanité est d'abord Une, avant d'être deux par ses hommes et ses femmes (premier sous-conditionnement, si on peut dire). C'est en observant cette Loi de la Nature, de notre nature humaine, en observant ce qu'on voit concrêtement, que l'on peut faire des déductions plus abstraites, sur ce qu'on ne voit pas concrètement.
    Si elle est masquée, comment la connaissons-nous ?
    je viens un peu de te répondre, mais il serait inutile d'aller plus loin, car cette connaissance, chacun doit la découvrir par lui-même. Non parce que ceux qui auraient cette connaissance, voudraient garder jalousement un secret, mais parce que c'est à chacun de remonter à la source, si je peux dire, par ses propres moyens, en clair par le fait d'aller au-delà de ses propres conditionnements et il serait inutile et même erroné qu'un autre réponde puisque justement ce ne sont pas les mêmes conditionnements. Dit en images, certains peuvent peut-être indiquer les points cardinaux, mais pas le chemin.
    Et pourquoi en parler puisque nous l'ignorons ? Sauf si bien sur nous la créons ?
    on peut aussi ne rien dire, mais un forum, par définition, c'est fait pour échanger des avis.
    Pour paraphraser un fameux Koan : montre-moi l'absolu et le relatif
    Regardes le Monde et sa Nature, tout y est (sa vraie Nature ! Wink ).

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    Re: Les dérives du Zen (bis)

    Message par tangolinos le Mar 22 Mar 2011 - 0:20

    Demeter a écrit:...nous avons une seule vraie nature, qui est masquée par notre ignorance...

    Si elle est masquée, comment la connaissons-nous ? Et pourquoi en parler puisque nous l'ignorons ? Sauf si bien sur nous la créons ?

    ...Ainsi dans l' absolu nous sommes Un, et dans le relatif il y a toi et moi...

    Et pourquoi ne pas admettre que le relatif et l'absolu ne sont que des déterminants sémantiques qui n'ont rien à voir avec le Réel de l'Eveil ?

    Pour paraphraser un fameux Koan : montre-moi l'absolu et le relatif
    à ta première question fonzie, a très bien répondu... c'est à toi de découvrir ta vraie nature, non-seulement en prendre conscience mais aussi la laisser se révéler dans le tangible...

    En réponse à ta deuxième question: Non, l' absolu et le relatif n' ont pas été des déterminants sémantiques qui ont influencé ma réflexion. Pour tout préciser il m'aura fallu 20 ans de digestion pour me sentir apte à envisager une expression, et, ce n'est qu'après ces 20 ans de silence que j'ai cherché les mots.
    Et je dois dire que je remercie profondément ce forum d' avoir été un réceptacle.

    à propos du koan, tu as la réponse dans mes précédents messages.

    Je te souhaite une bonne nuit...
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    Re: Les dérives du Zen (bis)

    Message par Demeter le Mar 22 Mar 2011 - 13:46

    Fonzie, Tangolinos !

    Merci de vous donner tant de mal pour m'expliquer vos expériences. Il est exact que notre condition humaine « semble » nous conditionner mais nos recherches ne visent-elles pas précisément à s'en rendre compte et dépasser cette dichotomie Sujet/Objet ?

    N'avez-vous pas l'impression, ne ressentez-vous pas que le Réel n'a que faire de telles distinctions et que cette condition humaine « conditionnée » n'est telle que parce qu'en vous servant des mots vous croyez en leur réalité autonome alors qu'ils ne sont que moyens habiles ? Le Sujet est vacuité, l'Objet est vacuité, les mots sont vacuité et le langage indispensable pour l'affirmer et le réaliser.

    Il importe cependant de considérer que cette condition est la seule condition qui vous permette, non de la dépasser... pour aller où ?... mais de l'assumer en tant que totalité du réel qui s'exprime par le langage, les mots, le concept. Si non, que faisons-nous là à essayer de nous convaincre réciproquement ?
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    Re: Les dérives du Zen (bis)

    Message par Fred le Mar 22 Mar 2011 - 14:47

    mais nos recherches ne visent-elles pas précisément à s'en rendre compte et dépasser cette dichotomie Sujet/Objet ?

    Dichotomie sujet objet, la dépasser... :

    Ici il y'a sujet, sujet qui tente de "dépasser", de se dédoiner d'une ignorance objectivée dans l'idée de dichotomie sujet-objet.

    Sujet et objet ne sont en réalité qu'UN, fruits d'une même pensée d'un même rêve, rêve qui comme aimait à le dire M. Deshimarù est comparable à une bulle sur l'eau, destinée à apparaître puis à disparaître, sans que l'eau n'ait ni perdu ni gagné.
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    Re: Les dérives du Zen (bis)

    Message par Kaïkan le Mar 22 Mar 2011 - 20:07

    Guérir l’esprit
    Entretien avec Taisen Deshimaru, propos recueillis par Marc de Smedt

    Le mot japonais « zen » et le mot chinois « ch’an » qui définissent des écoles du bouddhisme, viennent du sanscrit dhyana et signifient « méditation ». La saveur du zen se confond donc avec l’esprit de la méditation assise préconisée par le Bouddha. Tous les grands maîtres de cette tradition ont toujours prétendu que les êtres humains se devaient de guérir, de pacifier leur propre esprit et que, dans cette démarche-là, se trouvait la solution des maux de l’humanité.


    Taïsen Deshimaru. DR

    Dans cet entretien effectué peu avant sa mort en 1982, le grand maître zen nous parle de la méditation comme voie pour équilibrer notre entité psychosomatique aux prises avec les pollutions extérieures et intérieures. Ce mondo privé (questions-réponses) eut lieu un soir dans son appartement. Nous avons tenu à garder, dans la traduction de son anglais, toute la saveur abrupte de ce qu’il appellait son « zenglish ».

    Nouvelles Clés : Quel est l’acte qui importe le plus dans le zen ?

    Maître Taïsen Deshimaru : La posture. C’est la posture de méditation qui est la plus importante. Le zazen.

    N. C. : Pourtant, il est dit que le zen n’a rien à voir avec la position couchée, assise ou debout ?

    T. D. : Oui, l’esprit du zen transcende toutes les catégories. Mais on dit aussi que le zen, c’est zazen, que la posture elle-même est satori, éveil.

    N. C. : Pouvez-vous expliquer cela ?

    T. D. : Nous sommes sans cesse en train de courir, de penser, d’errer à la recherche de quelque chose.

    Se mettre dans la posture, faire zazen, permet d’arrêter le mouvement, de stopper le processus de fuite en avant, ce processus qui fait que l’on se retrouve à l’heure de sa mort en ayant gâché sa vie dans l’illusion de la vivre.

    N. C. : Le zen, c’est donc l’arrêt du geste ?

    T. D. : Avant tout il faut arrêter les habitudes, stopper le déroulement du karma, cet enchaînements des causes et des effets dans notre vie quotidienne, le laisser filer loin de nous comme des nuages filent au-dessus de la montagne sans jamais l’emprisonner. Une partie du malheur de l’humanité vient du fait que les gens ne savent pas se libérer de l’emprise de leur karma, de l’attachement à leur histoire personnelle.

    N. C. : Mais le karma, c’est aussi la famille, le enfants, les amis, le travail. On ne peut abandonner tout cela...

    T. D. : Il ne s’agit pas d’abandonner mais de lâcher prise... Quand on dit que les moines doivent abandonner leur famille cela ne veut pas dire qu’ils doivent la laisser mourir de faim. Non. Il s’agit en fait de ne plus être attaché à l’esprit des choses, d’avoir une certaine distance par rapport aux émotions qu’elles suscitent. La compassion n’est pas sentimentalisme geignard, mesquin et confortable mais vrai amour qui aide. Et puis le karma est à l’oeuvre dans notre cerveau : karma du passé, du présent et du futur s’y mélangent, donnent une vraie soupe nauséabonde ! Vous connaissez l’histoire de la vieille vendeuse de gâteaux qui dit au jeune moine qui veut lui en acheter un : « Avec quel esprit allez-vous manger ce gâteau ? Avec l’esprit du passé, du présent ou du futur ? » Le jeune moine s’enfuit car il est trop sot pour répondre ! Le karma est aussi créé par le trop-plein de pensées, de désirs, de rêves qui s’agitent dans nos têtes. La plupart des gens font ainsi plus de sexe avec leur tête qu’avec leur bol ou leur bâton ! (rire tonitruant).

    La posture immobile permet de couper le karma : Je dis toujours : Laissez passer les pensées comme les nuages dans le ciel, laissez passer, passer, passer... Il faut épuiser le trop-plein de pensées, alors le cerveau peut recevoir de nouvelles informations. Une bouteille pleine ne peut plus rien contenir ; une bouteille vide, oui. Mais pour bien laisser passer, il faut se concentrer sur la pos- ture de méditation : dos droit, bassin basculé, nuque droite, pouces qui ne doivent faire ni montagne ni vallée, yeux mi-clos, se concen- trer sur l’expiration la plus longue possible jusque dans le hara, le kikai tanden, l’océan de l’énergie qui se situe dans l’abdomen. Vos postures ne doivent pas être comme des bou- teilles de bières éventées ! Elles doivent être fortes, riches, belles, alors l’harmonie en vous, la sagesse apparaît. La vraie sagesse se trouve dans l’effort de l’immobilité. L’effort juste est le plus important.

    N. C. : Quelle différence y a-t-il entre le raja yoga et le zazen ? C’estfinalement toujours de la méditation, jambes croisées en lotus ou demi-lotus !

    T. D. : La différence ? C’est le coussin ! (rire). Ce n’est pas une plaisanterie. C’est le zafu, le coussin rond que l’on met sous ses fesses ! Ce simple coussin permet d’équilibrer complètement la posture, de l’ancrer dans le sol, les deux genoux touchent la terre, le coussin donne tout son sens à la beauté de l’assise. Essayez de croiser les jambes en lotus sans coussin et vous verrez la différence. Il y a toujours un genou qui se soulève, même légèrement, et toute la posture n’est pas aussi belle. Ni aussi efficace.

    N. C. : Oui. Cette invention du coussin remonte d’ailleurs au Bouddha qui demanda un jour à un paysan qui fauchait son champ de lui couper de l’herbe sala, une herbe très souple, pour s’en confectionner un siège permettant d’équilibrer l’assise.

    T. D. : Vrai. Vrai (True. True). Bouddha a trouvé la voie du milieu. Il avait vécu une vie de prince trop molle, puis une vie d’ascète trop exacerbée, il comprit que seul un juste équilibre permettait de trouver sa vérité propre. Ce n’était pas un hystérique comme beaucoup de spiritualistes !

    N. C. : Un instrument de musique doit être justement accordé pour faire de la musique, l’histoire estfameuse...

    T. D. : Oui. Et notre corps est comme un ins- trument de musique qu’il faut savoir accorder pour bien jouer la vie. Pour apprendre à « négocier la Voie », dit-on dans le zen.

    N. C. : Quels sont les grands reproches que vous faites à nos contemporains ?

    T. D. : D’être trop faibles (too weak).

    La pos ture de méditation peut les rendre forts. C’est la civilisation qui les rend faibles, il y a trop de tout, trop à manger, trop de bruit, trop de publicité, trop d’images, trop de sexe ; trop, trop. Tout le monde est intoxiqué, hystérique, la voie naturelle est oubliée...

    N. C. : Comment voyez-vous l’avenir ?

    T. D. : Beaucoup de destructions, toujours davantage de pollutions. L’espèce humaine ne pourra se sauver que par la sagesse. La sagesse doit s’élever de l’humanité.

    N. C. : Le simple fait de pratiquer zazen peut- if aider à réaliser cela ?

    T. D. : Sur le plan personnel, certainement. Sur le plan collectif, le grain de sable de la sa- gesse peut enrayer la machine emballée. Peut- être... (Maybe...) Il faut le croire, fortement (strongly), il faut pratiquer, fortement. Une posture juste influence le monde entier... (silence) ...comme un sourire influence tout le monde autour de vous. Il y a une grande différence entre les réactions suscitées par un sourire ou celles déclenchées par une insulte. Faire gassho (saluer les mains jointes) est mieux que dresser le poing ! Et une main ouverte saisit plus que qu’un poing fermé...

    N. C. : Vous êtes donc confiant ?

    T. D. : A la fin (at to the last) toutes les bulles d’air à la surface d’un cours d’eau font « plop » et reviennent se fondre à ce cours d’eau. Alors... ce n’est pas la peine de se poser trop de questions : comment va finir l’humanité, comment vais-je mourir, combien de temps mes enfants vont-ils vivre, comment vais-je survivre, quand est-ce que je vais rencontrer la femme de ma vie, quand est-ce qu’un homme va coucher avec moi... Quand, comment, pourquoi, on se torture sans cesse avec des questions inutiles. L’important est l’action : ici et maintenant, agir. La réponse aux questions vient toujours assez vite. La vie est comme une ligne faite de points. Chaque instant est un point. Plus chaque instant est vécu fort, plus les points, et donc la ligne, sont forts. Il faut tracer sa vie, fortement. La posture de médi- tation aide, c’est tout. Elle aide à guérir le corps et l’esprit.

    N. C. : Vous dites aussi souvent que faire zazen, c’est entrer dans son cercueil. Qu’ est-ce que cela veut dire ?

    T. D. : C’est votre koan ! (rire tonitruant).

    N. C. : Je peux y répondre ?

    T. D. : Certainement.

    N. C. : Voilà. Dans la posture on retrouve un état qui existe avant notre naissance et après notre mort. On ressent un vide qui préexiste à notre existence. Si on devient vide (ku) on rejoint l’énergie primordiale (ki). C’est ça ?

    T. D. : Comme vous voulez ! N’oubliez jamais cette phrase de l’Hannya Haramita Shingyo(le sutra de la Grande Sagesse que l’on chante souvent dans les dojos zen, à la fin des zazen du matin) :

    Ku soku ze shiki

    Shiki soku ze ku

    Le vide crée le phénomène

    Le phénomène créé le vide.

    Il faut voir au-delà de la dualité. Au-delà du par-delà...

    N. C. : Sensei, vous dites souvent que les gens sont trop égoïstes. Comment remédier à cela ?

    T. D. : Par la pratique de la méditation, par le zazen, les bonnos (illusions, travers, défauts) décroissent naturellement, inconsciemment, automatiquement. Regardez-vous : avant, vous ne pensiez qu’à vous, maintenant vous faites des livres pour les autres (rires) ! Les Occidentaux ont cru jusqu’à maintenant que le zen est une philosophie intellectuelle. Or, au contraire, pratiquer le zen consiste à penser avec son corps, c’est unir le corps et l’esprit, c’est une sagesse du corps. Ch’an, zen, dhyana, zazen, tous ces mots définissent la méditation qui est pratique de tout le corps. Ainsi peut-on équilibrer les deux cerveaux. L’être moderne est gravement malade : la pratique de la méditation peut l’aider à devenir sain. Ce n’est pas la peine de s’enfuir dans une grotte dans la montagne pour cela. La posture elle-même est la grotte et la montagne. Où que vous soyez existe la vraie liberté, celle du poisson dans l’eau ou de l’oiseau dans le ciel. Mais on peut amener un cheval à la rivière, c’est à lui de boire... Transformer son karma reste l’affaire de chacun !




    À lire :

    - Sur les pas du Bouddha, ouvrage qui retrace la vie, la philosophie du Bouddha et le voyage que Marc de Smedt fit sur leurs traces en Inde, éd. Albin Michel, coll. Espaces Libres Poche.
    - Zen et psychosomatique, par maître Deshimaru et le professeur Ikemi, éd. Albin Michel.
    - Les autres ouvrages majeurs de maître Deshimaru : La pratique du zen, Zen et Arts martiaux, Zen et vie quotidienne, L’anneau de la voie..., se trouvent en poche chez Albin Michel dans la collection Spiritualités Vivantes.


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