Zen et nous

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    Le Keiso dokuzui de Hakuin Zenji

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    Kaïkan
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    Le Keiso dokuzui de Hakuin Zenji

    Message par Kaïkan le Dim 4 Sep 2011 - 11:45



    Le Keiso dokuzui de Hakuin Zenji




    Keiso dokuzui.



    Les Cinq Rangs de l'Apparent et du Réel:

    Enseignements secrets oralement transmis de (le bonze) qui vivait sur le mont Oriental (Tôzan)

    Nous ne savons pas par qui le Miroir aux Joyaux du Samadhi a été composé. De Sekito Osho, Yakusan Osho, et Ungan Osho, il été transmis de maître en maître jusqu'à nous dans la chambre secrète. Jamais [ses enseignements] n'ont été volontiers révélés avant aujourd'hui. Après avoir été transmis à Tôzan Osho, ce dernier mit au clair la graduation des Cinq Rangs, et il a composé un vers pour chaque rang, afin de faire ressortir le principe principal du Bouddhisme. Il est sûr que les Cinq Rangs sont une torche sur la route au milieu de la nuit, un traversier au bord de la rivière quand on a perdu son chemin!

    Mais hélas! Les jardins du Zen, par les temps qui courent, sont désolés et nus. Le "Zen-qui-pointe-directement-sur-l'Ultime" est considéré comme rien d'autre que de l'ignorance et de la sottise; et ce trésor suprême du Mahāyāna, les Cinq Rangs de l'Apparent et du Réel du Miroir aux Joyaux du Samãdhi, n'est plus considéré que comme une casserole vieille et cassée d'une maison démodée. Personne n'y fait attention. [Les étudiants d'aujourd'hui] sont comme des aveugles qui ont jeté leurs bâtons en les traitant de bagage superflu. D'eux-mêmes ils trébuchent et tombent dans la boue des vues hétérodoxes et ne peuvent plus en sortir jusqu’à ce que la mort les surprenne. Ils ne sauront jamais que les Cinq Rangs sont comme le navire qui leur aurait fait traverser la mer empoisonnée qui entoure niveau de la Vérité, la roue précieuse qui démolit l'inexpugnable prison des deux vacuités. Ils ne connaissent pas l'importante route de la pratique progressive, ni ne sont versés dans le sens secret que renferme cet enseignement. C'est pourquoi ils sombrent dans les eaux stagnantes des états de śrāvakas ou de pratyekabouddha. Ils tombent dans le trou noir des pousses fanées et des semences pourries. Même la main du Bouddha aurait du mal à les en tirer.

    Je vais maintenant dispenser ce à quoi je fus initié il y a quarante ans dans la chambre de Shoju en tant que don du Dharma. Si jamais je rencontre une personne supérieure qui étudie les enseignements véridiques et profonds et qui a fait l'expérience de la Grande Mort, je lui donnerai cette transmission secrète, car elle n'a pas été prévue pour des personnes de capacités médiocres ou moindres. Écoutez et ne le traitez pas à la légère!

    Qu'elle est vaste l'étendue de l'océan de la doctrine, combien les portes de l'enseignement sont innombrables! Parmi elles, certes, il y a un certain nombre de doctrines et de secrets transmis oralement et pourtant, jamais je n'ai vu quoi que ce soit qui vaut le degré de perversion, la critique malveillante, les explications tortueuses, les ajouts de branche par dessus branche, l'empilement des enchevêtrements auquel on a porté les Cinq Rangs. La vérité, c'est que ces enseignants qui s'en rendent coupables ignorent en vertu de quel principe les Cinq Rangs furent institués. C'est pourquoi il confondent et embrouillent leurs élèves au point que même un Sariputra ou un Ananda auraient du mal à juger correctement.

    Ou bien, se pourrait-il que nos patriarches aient accouché de ces absurdités afin de harasser leur postérité inutilement? Pendant longtemps, je me le suis demandé. Mais lorsque je suis entré dans la chambre de Shoju, le rhinocéros de mes doutes précédents s'est tout soudain écroulé, mort... Ne considérez pas l'enseignement des Cinq Rangs avec suspicion, en disant qu'il n'est pas celui qui a été oralement transmis directement par la lignée de Tôzan. Il faut que vous sachiez que ce n'est qu'après avoir complété l'étude des vers de Tôzan que Shoju accorda sa reconnaissance aux Cinq Rangs.

    Après être entré dans la chambre de Shoju, et avoir reçu sa transmission, j'étais assez satisfait. Mais, quoique satisfait, je regrettais pourtant que tous les enseignants n'aient pas clairement expliqué le sens de "l'Interpénétration réciproque de l'Apparent et du Réel." Ils avaient l'air d'avoir mis au rencart les mots "interpénétration réciproque" et de ne pas leur accorder la moindre attention. C'est pourquoi le rhinocéros du doute à relevé la tête en moi.

    A l'été de la première année de l'ère Kan'en (1748-1751), au milieu de ma méditation, le mystère de "l'Interpénétration réciproque de l'Apparent et du Réel" s'éclaircit tout soudain. C'était tout comme de regarder la paume de ma main. Le rhinocéros du doute s'écroula mort à l'instant, et j'en suffoquai presque de joie. Quoique désireux de le transmettre à d'autres, j'avais honte de traire mon lait puant de vieille femme et de salir la bouche des bonzes avec.

    Tous ceux d'entre vous qui désirent capter cette source profonde doivent l'étudier en secret de tout leur corps. Mon propre labeur s'est étendu sur plus d'une trentaine d'années. Ne croyez pas qu'ils s'agisse d'une tâche facile! Même si vous deviez quitter votre famille et disperser votre maisonnée, ne considérez pas que cela suffise. Vous devez faire vœu de passer à travers sept, ou huit, voire neuf buissons de ronces, Et lorsque vous aurez passé à travers les ronces, ne croyez pas que cela suffise. Faites vœu d'étudier les enseignements secrets des Cinq Rangs jusqu'à la fin.

    Pendant ces dernières huit ou neuf années, voire plus, j'ai essayé de vous inciter, tous autant que vous êtes qui faites cuire votre gruau quotidien sur le même feu avec moi, à étudier cette grande affaire à fond, mais le plus souvent, vous avez cru qu'il s'agissait de la doctrine d'une autre maison et vous y êtes restés indifférents. Seul un petit nombre d'entre vous en a acquis la compréhension. Combien j'en suis désolé! N'avez-vous jamais entendu: "Si nombreuses que soient les portes du Dharma, je fais vœu de les franchir toutes"? Combien plus encore ceci devrait être vrai du principal principe du Bouddhisme et de la Voie essentielle de sanzen!

    Shoju Rojin disait: "Afin de fournir aux étudiants un moyen de faire directement l'expérience des Quatre Sagesses, les patriarches dans leur compassion et avec leur habileté à concevoir des expédients ont d'abord institué les Cinq Rangs." Que sont donc ces fameuses Quatre Sagesses? Ce sont la Grande Sagesse du Parfait Miroir, la Sagesse de la Nature universelle, la merveilleuse Sagesse d’observation et la Sagesse de Perfection-de-l'Action.

    Pratiquants de la Voie, même si vous aviez poursuivi vos études dans les Trois Corbeilles sans discontinuer pendant de nombreux kalpas, si vous n'avez pas directement fait l'expérience des Quatre Sagesses, il ne vous est pas permis de vous appeler de vrais fils du Bouddha.

    Pratiquants de la Voie, si votre étude a été correcte et complète, au moment où vous fracassez la porte d'entrée de la huitième conscience, ou conscience Alaya, la précieuse lumière de la Grande Sagesse du Parfait Miroir se met instantanément à briller. Mais, aussi étrange à dire que ce soit, la lumière de la Grande Sagesse du Parfait Miroir est noire comme laque. C'est ce qu'on appelle le rang de "l'Apparent dans le Réel".

    Ayant atteint la Grande Sagesse du Parfait Miroir, vous entrez alors dans le rang du "Réel à l'intérieur de l'Apparent". Lorsque vous avez accompli votre longue pratique du Samãdhi du Miroir aux Joyaux, vous réalisez directement la Sagesse de la Nature universelle et entrez pour la première fois dans l'état d'interpénétration sans obstacle du noumène et des phénomènes.

    Mais le disciple ne peut en rester là. Il doit lui-même entrer en connaissance intime avec le rang de "Ce qui vient de l'Intérieur du Réel". Après quoi, en s'appuyant sur le rang de "l'Arrivée à l'Intégration mutuelle, il éprouvera complètement la Sagesse de l'Observation merveilleuse", et la Sagesse de Perfection-de-l'Action. Enfin, il atteindra le rang de "l'Unité atteinte", et après tout cela, il revient s'asseoir parmi le charbon et les cendres.

    Savez-vous pourquoi? L'or pur qui est passé par un millier de refontes ne redevient pas du minerai. Ma seule crainte, c'est que vous vous contentiez d'un petit gain. Qu'il est inestimable le mérite obtenu par la pratique pas-à-pas des Cinq Rangs de l'Apparent et du Réel! Par cette pratique, on n'atteint pas seulement les Quatre Sagesses, mais on prouve personnellement que les Trois Corps sont également totalement inclus dans le nôtre propre. N'avez-vous pas lu dans le Daijo shogongyo ron: "Lorsque les huit consciences sont renversées, les Quatre Sagesses sont produites; lorsque les Quatre Sagesses sont liées ensemble, on perfectionne les Trois Corps"? C'est pour cela que Sokei Daishi composa ce quatrain:



          Ta propre nature est dotée
          Des Trois Corps;
          Lorsque se manifeste la clarté,
          On atteint les Quatre Sagesses.


    Il disait aussi: "Le pur Dharmakaya, c'est ta nature; le parfait Sambhogakaya, c'est ta sagesse; les myriades de Nirmanakayas sont tes activités."




    Hakuin zenji



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