Zen et nous

Le zen, sa pratique, ses textes, la méditation, le bouddhisme, zazen, mu


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    Re: Sur le SATORI.

    Message par Huanshen le Sam 30 Mai 2009 - 22:45

    Du point de vue de l'éveil, la posture du zazen n'a-t-elle pas autant d'importance que la posture assise que j'avais cette nuit, dans mon rêve, juste avant de me réveiller?

    Du point de vue du Bouddhisme Mahayana, notre corps, nos pensées et le monde qui nous entoure sont des phénomènes, des illusions, des bulles de savon, des éclairs dans la nuit. Ce ne sont que des projections de l'esprit.

    Il faut réaliser que nous ne sommes pas ce corps et que nous ne sommes pas ces pensées. Shikantaza ou Koan, Zazen consiste uniquement à réaliser que nous sommes ni ce corps, ni cette posture, ni ces pensées ou ces sensations.

    Ainsi Nyojo dit à Dogen que Zazen est "dépouillement du corps et de l'esprit". Sans corps ni pensées, il n'y a plus de posture; il n'y a plus de Dogen; il n'y a plus de Zazen. Il n'y a plus que "corps et esprit dépouillés!" lors du Satori de Dogen. Seule la pure conscience demeure, mais cette nature de Bouddha n'a pas de substance, elle est un vide insondable.

    Et pourtant ce vide est plénitude. Il génère pensées et images, image de Dogen assis en Zazen. Alors Zazen redevient Zazen et Dogen redevient Dogen. "Corps et esprit dépouillés" devient "dépouillement du corps et de l'esprit".
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    Message par Invité le Dim 31 Mai 2009 - 9:52

    Dans le sutra de l'estrade, nous pouvons lire : "Amis éclairés, que signifie "être assis en dyana" (zazen) ? Selon cette Porte du Dharma, être libre de tous obstacles, rester étranger à tout état bon ou mauvais et sans que les pensées ne s'élèvent, c'est ce qu'on appelle être assis (za). La vue de notre propre nature sans turbulence, c'est ce qu'on appelle Dyana (zen)"
    http://books.google.fr/books?id=atT66GfnKQsC&pg=PA183&dq=sutra+de+l%27estrade#PPA188,M1

    Il est bien évident que les explications de Hui Neng sur "être assis en Dyana" ne portent pas sur la seule posture du lotus mais sur le fait de n'être troublé par aucune pensée. On pourrait dire que cela peut se faire debout, couché, en n'importe quelle position, mais Hui Neng dit bien "être assis". Compte tenu du fait que depuis que le bouddhisme existe, la posture régulièrement adoptée est padmasana (lotus) ou siddhasana (qui est une forme de demi lotus avec le pieds droit reposant sur le molet gauche), il n'y a pas à se poser beaucoup de question à propos de cette posture. On raconte aussi (même si c'est une légende) que des singes furent libérés par le simple fait qu'ils imitèrent Gautama Siddharta en tentant de prendre la posture.

    Il y a dans cette posture quelque chose que l'on ne retrouve pas dans les autres postures. Je me suis interrogé longtemps sur l'attrait de cette posture pendant que je pratiquais. Je me suis interrogé comme si cette posture était un kôan et j'ai réalisé que j'ai toujours été assis ainsi. Cette posture est la posture du Bouddha ; c'est Bouddha dans sa posture. Il n'y a pas à se poser de questions si cette posture est nécessaire à l'éveil puisque ce n'est pas le cas. Cette posture, c'est la posture de Bouddha par excellence. Il n'y a pas à se demander pourquoi cette posture là et pas une autre comme il n'y a pas à se demander pourquoi les oiseaux volent et pas nous ; pourquoi les poissons vivent sous l'eau et pas nous. C'est comme ça et c'est bien comme ça. Tant que vous vous posez la question de savoir pourquoi vous faites zazen, vous vous posez la question de savoir pourquoi vous voulez atteindre l'éveil. Faites zazen et ne vous posez pas tant de questions et zazen ne vous posera plus tant de problème.
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    Re: Sur le SATORI.

    Message par steffzen le Dim 31 Mai 2009 - 10:00

    (ou, si vous voulez, ne faites pas zazen)
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    Re: Sur le SATORI.

    Message par Huanshen le Dim 31 Mai 2009 - 10:51

    Oui. Ce que je veux dire aussi c'est que l'éveil n'est pas lié à une posture particulière, car la nature de Bouddha est présente dans l'immobilité comme dans le mouvement. Par contre la posture du lotus est très utile pour entrer en samadhi, car elle favorise le flux harmonieux du chi dans le canal central. Je que je veux dire aussi, c'est qu'il n'est pas possible d'être assis en lotus toute la journée. En Europe, nous n'avons que peu de vrais monastères et 99% des "moines" mènent une vie de laïques. Il est donc nécessaire de pratiquer dans la vie ordinaire. En Chine et Corée (et j'imagine au Japon dans l'école Rinzai), on doit être attentif à son koan tout au long de la journée. Ultimement, il faut devenir le koan.
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    Re: Sur le SATORI.

    Message par steffzen le Dim 31 Mai 2009 - 11:09

    C'est une bonne chose que les moines aient une vie laîque car la vérité est partout et non dans une forme de réclusion, la pratique en est plus juste et aussi moins facilitée
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    Re: Sur le SATORI.

    Message par Huanshen le Dim 31 Mai 2009 - 11:48

    Je pense aussi. Par contre il me semble que ça change radicalement la donne par rapport au bouddhisme monastique japonnais (et asiatique en général). Il nous faut intégrer la pratique et la vie quotidienne quelque que soit la méthode utilisée (je donnais juste l'exemple du koan, mais ce n'était qu'un exemple). Le système hiérarchique médiéval n'est aussi plus vraiment adapté à notre époque.

    Il me semble que l'on devrait avoir une vraie réflexion sur la question - non?
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    Message par Invité le Dim 31 Mai 2009 - 17:46

    Ce que je veux dire aussi c'est que l'éveil n'est pas lié à une posture
    particulière, car la nature de Bouddha est présente dans l'immobilité
    comme dans le mouvement.

    J'ai bien compris ce que tu voulais dire et qui rejoint ce que dit steffzen et sans doute Fa aussi dans le fil qu'il a ouvert "zazen or not zazen". Mais si on considère que la nature de Bouddha n'est pas propre à une posture particulière, et que donc il n'y a pas lieu de faire zazen en particulier, c'est qu'on considère que la nature de Bouddha est indépendante de la posture, quelle que soit cette posture. Et ça, c'est une grave erreur largement commise. La posture EST la nature de Bouddha. Il n'y a pas lieu de les distinguer. Mais, quand on fait la différence, on se demande pourquoi zazen ; à quoi ça sert. Tout le temps qu'on a ce genre de préoccupation, on ne fait pas zazen parce qu'on ne sait pas ce qu'est zazen ni même la nature de Bouddha. C'est la même chose avec les kôans quand on se demande pourquoi chercher ce qu'on a déjà fondamentalement. Alors que le kôan est la nature de Bouddha. On cherche souvent une solution à un kôan (comme une raison à zazen) alors que le kôan, comme zazen, est la solution. Il n'y a rien à chercher en dehors. Il n'y à rien à voir en dehors de l'acte de voir.
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    Re: Sur le SATORI.

    Message par steffzen le Dim 31 Mai 2009 - 18:42

    On tourne en rond sur tous les sujets ouverts sur zazen en fait.
    Zazen est la posture d'éveil par excelence mais l'éveil est audelà de la posture elle même.
    Donc on peut s'éveiller sans zazen mais cela reste zazen avec ou sans posture. Tout est posture : Samu
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    Re: Sur le SATORI.

    Message par Marcheur le Dim 31 Mai 2009 - 19:12

    Je ne crois pas que l'on tourne en rond, je pense que cette question est la raison d'être de ce forum.
    Lorsque Khât dit que "zazen est la nature du bouddha", je comprends!
    Lorsque steffzen dit que "l'éveil est au-delà de la posture", je comprends aussi!
    La nature de bouddha, pour moi, c'est un concept, une idée, qui fait partie du jargon bouddhiste, mais je peux comprendre que zazen soit la nature de bouddha, puisque cette position assise est précisément celle qui a "déterminé" le bouddha.
    L'éveil est pour moi, une forme de compréhension qui est au-delà de toute idée religieuse, de savoir, et bien sûr de posture; qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire, s'éveiller? tout simplement voir la réalité telle qu'elle est, sans avoir à faire quelque chose ou à être quelqu'un...
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    Message par Huanshen le Dim 31 Mai 2009 - 19:44

    Et c'est mon dernier mot sur ce sujet qui commence aussi à me fatiguer...

    Devons-nous comprendre que si Joshu a dit qu'un chien n'a pas de nature de Bouddha, c'est parce que ce mammifère n'arrive pas à s'asseoir dans la posture du lotus?

    Je persiste est signe dans cette grave erreur que semble partager avec LE grand maître de l'école Rinzai japonaise.

    La devise de maître Hakuin Zenji était justement: "zazen pratiqué au milieu de l'activité est mille fois supérieur au zazen dans l'immobilité".

    Hakuin nous dit encore:"si vous voulez comprendre cette grande affaire, vous devez commencer par mobiliser une grande volonté et une grande foi; déterminés à voir votre nature de Bouddha, vous devez constamment vous demander qui est l'hôte de votre vue et de votre ouïe. Quoi que vous fassiez, que vous soyez en train de marcher, immobile, assis ou couché, que vous soyez actif ou silencieux, que vous soyez dans des une situation agréable ou désagréable, plongez votre esprit dans cette question: qu'est ce qui entend tout ici et maintenant? Qu'est ce qui écoute?" (traduction libre d'un extrait de l'essai 'The Four Cognitions' d'Hakuin dans "Kensho, the Heart of Zen", Thomas Cleary, Shambhala Publications, Inc. 1997).

    Je dois donc exprimer un point de vue rinzai antérieur à la militarisation des dojos japonais.

    Le professeur Thomas Cleary (dans un passage du grand maître Chinul qui explique que la posture assise n'est utilisée que parce qu'elle est pratique, mais que la méditation doit se poursuivre debout, couché et en marchant), se permet d'ailleurs le commentaire suivant que je cite dans le texte: "long hours of discomfort in cross-legged sitting is one of the popular images of Zen promotted by latter-day cult impressarios. The pain of an unfamiliar posture is even touted by some preachers as itself an ingrediant of Zen. This is very convenient for "teachers" who prefer to keep their "disciples" preoccupied, but this is not the traditional teaching, and Chinul clearly demontratees its fallacy".
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    Re: Sur le SATORI.

    Message par steffzen le Dim 31 Mai 2009 - 20:01

    Huanshen a écrit:

    La devise de maître Hakuin Zenji était justement: "zazen pratiqué au milieu de l'activité est mille fois supérieur au zazen dans l'immobilité".



    J'aime ce Hakuin Zenji ! Very Happy
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    Message par Invité le Dim 31 Mai 2009 - 20:09

    "zazen pratiqué au milieu de l'activité est mille fois supérieur au zazen dans l'immobilité".

    Où n'est-il pas question de zazen, dans cette phrase d'Hakuin ?
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    Re: Sur le SATORI.

    Message par Invité le Lun 1 Juin 2009 - 11:00

    Devons-nous comprendre que si Joshu a dit qu'un chien n'a pas de nature
    de Bouddha, c'est parce que ce mammifère n'arrive pas à s'asseoir dans
    la posture du lotus?

    J'aime bien l'ironie de la phrase. Je répondrais que Joshu n'a pas dit "non" au fait que le chien a la nature de Bouddha. Il a dit "Mu". La traduction de "Mu" par "non" est celle du moine qui, de fait, demande "pourquoi non ?" et Joshu de répondre "parce que c'est son karma". Alors, le karma du chien est aussi de ne pas pouvoir prendre la posture du lotus Laughing

    D'après ce qu'en dit Jyoji dans son ouvrage "itinéraire d'un maître zen venu d'occident", l'idéogramme de Mu serait une maison en flamme (je n'ai plus l'ouvrage sous la main mais je ne pense pas être très loin de l'explication), ce que Jyoji traduit par "Ce qu'il reste quand il ne reste rien".
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    Re: Sur le SATORI.

    Message par Huanshen le Lun 1 Juin 2009 - 11:40

    Jyoji a raison, Mu est la prononciation japonaise du mot chinois Wu qui signifie "non" ou "rien". Ce qui reste quand il ne reste rien, c'est notre nature de Bouddha, notre visage originel, l'essence de l'esprit. Mais ce ne sont que des mots. C'est un vide insondable qui est source de toutes choses. C'est par excellence le koan d'entrée dans la voie du Zen, la porte sans porte de Mumon.

    Il y a plusieurs manière d'examiner ce koan. Une methode consiste à se contentrer sur le mot Mu sur l'expiration, en se concentrant sur le tanden (tan-tien). La méthode la plus classique consiste simplement à se poser la question "qu'est ce que Mu?" pour générer une grande masse de doute qui doit finalement exploser dans le kensho. Dahui qui a codifié la pratique des koan dans l'école Rinzai et qu'Hakuin cite abondamment explique cette méthode avec beaucoup de détails. Le maître chinois Xu Yun considère que le vrai Mu se cache à la source de la pensée "Mu". Il s'agit donc de dire "Mu" dans sa tête (en fait devant soi à la hauteur du nombril pour éviter une congestion du chi dans la tête) et chercher dans notre esprit la source de la pensée "Mu". C'est assez efficace. Il faut essayer. Dans son livre biographique, Jyoji dit que Mumon Yamada lui demande ensuite "quelle est la source de Mu?". On retrouve la même idée. A noter que l'on peut travailler sur le même koan durant une vie entière. Mettons-nous au travail.
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    Re: Sur le SATORI.

    Message par Fred le Lun 1 Juin 2009 - 19:03

    Dans notre recherche dite spirituelle, nous sommes comme de jolis chevaux ou ânes cherchant le coin où l'herbe sera la plus savoureuse, alors que c'est bien au bord du précipice que se trouve la réponse, là où nous comprenons que nous faisons le choix de ne pas sauter.
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    Re: Sur le SATORI.

    Message par Huanshen le Lun 1 Juin 2009 - 20:29

    Tout à fait. Lorsqu'on commence à réaliser qu'il n'y a pas de "je", nous sommes comme face à notre propre anéantissement, au bord du précipice...
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    Re: Sur le SATORI.

    Message par Fred le Ven 16 Oct 2009 - 2:31

    Une chose j'ai envie de dire suite à ce sujet que je viens de relire avec intérêt.
    Souvent sur les forums Bouddhistes on voit des débats naître à propos de l'éveil; l'un pense que l'éveil n'est pas là où l'autre dit qu'il est et vice versa. Sur quoi l'esprit de ceux qui affirment une telle chose se focalise t'il pour parvenir à entrer en contradiction avec leur interlocuteur? Quel point de vue particulier sera développé pour montrer à l'autre qu'il se trompe? Comment pourrions-nous affirmer que l'éveil c'est ceci en contradiction avec cela si nous ne nous sommes pas arrêtés à une idée précise de ce qu'est l'éveil? L'éveil peut-il être contenu dans une quelconque idée y compris dans celle affirmant qu'il ne peut être contenu dans aucune ?

    D'ailleurs moi-même qui contredits tous ceux qui se contredisent sur le sujet ne suis-je pas dans mon tort?

    Et, n'ai-je encore une fois pas tort d'affirmer mon tort à ce sujet?

    Quand pourrais-je avoir raison à force d'affirmer mes torts...Voilà le problème qui n'en est pas un : La raison
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    Re: Sur le SATORI.

    Message par Huanshen le Ven 16 Oct 2009 - 10:16

    Difficile de tenter de répondre à cette question. Dans la quasi totalité des cas, ce que les gens appel l'éveil n'est pas l'éveil. Une chose est certaine, l'éveil n'est pas lié à une posture ou une expérience particulière (extase, clarté, absence de pensées, etc.). L'éveil n'est tout simplement pas une expérience, mais au contraire une absence totale d'expérience. La cessation totale de tout ce que l'on peut imaginer. Le Bouddha a tenté de décrire cet événement, notamment dans le Sutta Nipāta du Canon pali:

    « Là où il n'y a rien, où rien ne peut être saisi, c'est l'Ile ultime. Je l'appelle nirvāna : extinction complète de la vieillesse et de la mort. » (...) « Comme une flamme soufflée par un vent puissant va en repos et ne peut être définie, ainsi le sage qui est libéré du corps et de l'esprit (nāmakāyā) va en repos et ne peut être défini. Pour lui, il n'y a plus de mesure qui permette de le décrire. Quand toute chose (dharma) a disparu, tous les signes de reconnaissance ont aussi disparu. » (Sutta Nipāta).

    Dans le Zen toutefois, on traduit parfois par le mot "éveil" le terme Kensho (voir sa nature en japonais) qui n'est toutefois pas l'éveil (sambodhi) dans le sens d'entrée dans le Nirvana (comme décrit plus haut), mais une expérience unitive ou le "moi" semble disparaître totalement, fondu dans une conscience globale et unitive sans distinction sujet-objet. Je suis tout et je suis rien.

    Pour compliquer encore les choses, dans le Mahayana on parle également de l'éveil originel (Jap. Hongaku) lié au fait que la Nature-de-bouddha est déjà potentiellement présente dans les êtres conscients et s'actualise en éveil acquis (Jap. Shikaku) par la pratique des six perfections. L'école Soto met l'accent sur l'éveil originel (Hongaku). L'école Rinzaï sur l'éveil acquis (Shikaku).
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    Re: Sur le SATORI.

    Message par Invité le Mar 9 Fév 2010 - 3:46

    dans l'ecole Rinzai le Satori n'existe pas, c'est une carotte, un concept invente par les Grands Illusionnistes { les Eveilles } pour : pacifier les coeurs des hommes et creer un certain type d'Etre Humain a LEUR image : les gentils...
    mais vous etes libre de vouloir quelque chose qui n'est pas de vous...
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    Re: Sur le SATORI.

    Message par Yudo, maître zen le Dim 18 Avr 2010 - 10:48

    Huanshen a écrit:Le professeur Thomas Cleary (dans un passage du grand maître Chinul qui explique que la posture assise n'est utilisée que parce qu'elle est pratique, mais que la méditation doit se poursuivre debout, couché et en marchant), se permet d'ailleurs le commentaire suivant que je cite dans le texte: "long hours of discomfort in cross-legged sitting is one of the popular images of Zen promotted by latter-day cult impressarios. The pain of an unfamiliar posture is even touted by some preachers as itself an ingrediant of Zen. This is very convenient for "teachers" who prefer to keep their "disciples" preoccupied, but this is not the traditional teaching, and Chinul clearly demontratees its fallacy".

    Les imprésarios des nouvelles sectes aiment bien faire la promotion de cette image populaire du Zen, qui consiste en de longues heures d'inconfort assis jambes croisées. La douleur générée par une posture inhabituelle est même présentée par certains prédicateurs comme étant elle-même un des ingrédients du Zen. Ce qui est très pratique pour des "enseignants" qui préfèrent tenir leurs "disciples" occupés, mais ce n'est pas l'enseignement traditionnel et Chinul démontre nettement sa fausseté.

    C'est également pour cette raison que la façon qu'a Taikan Jyoji de présenter sa pratique me répugne quelque peu. Il y a dans ses écrits un éloge du masochisme que je ne puis absolument pas partager. Je discutais hier, après la pratique, d'un phénomène que tant Mokudô Taisen que le vieux Gudo ont, je crois, sous-estimé. Eux, en effet, sont nés et ont grandi dans un milieu où tout le substrat du Bouddhisme était en représentation permanente. Tout leur milieu, social et familial, ne pouvait qu'en être imprégné. Dans un tel contexte, il est logique de penser que Zazen se suffit à lui-même et qu'il puisse être inutile de s'imprégner des sûtras voire des préceptes.

    Mais présenter la même chose à des gens imprégnés de Christianisme, soit catho, soit parpaillot, soit même des Juifs qui, vivant dans ce contexte, ne peuvent non plus y échapper, me paraît une grave erreur, car ce qui remonte alors à la surface, à partir de Zazen, ce n'est pas un Bouddhisme imparfaitement intégré, voire pas du tout. C'est le masochisme, la culpabilité et surtout l'arrogance exclusiviste qui sont les marques et du Christianisme, et du Jacobinisme français.

    Dans un tel contexte, il devient très facile que ce qui se développe chez ceux qui deviennent à leur tour des maîtres, soit par auto-déclaration, soit par achat, voire par méprise d'un maître de culture étrangère, que se développe chez eux donc le tout-à-l'ego qui est si évident chez certains.

    En tant que bouddhistes, nous ne pouvons pas faire l'économie de l'étude des textes qui nous transmettent les bases de la doctrine bouddhique. Sinon, on se retrouve avec cette titanesque lacune éthique qui transparaît chez trop de pratiquants français, et pas seulement zen.
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    Huanshen
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    Re: Sur le SATORI.

    Message par Huanshen le Dim 18 Avr 2010 - 12:08

    Je suis tout à fait d'accord avec vous Yudo.
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    Re: Sur le SATORI.

    Message par fonzie le Dim 18 Avr 2010 - 17:58

    Mais présenter la même chose à des gens imprégnés de Christianisme, soit catho, soit parpaillot, soit même des Juifs qui, vivant dans ce contexte, ne peuvent non plus y échapper, me paraît une grave erreur, car ce qui remonte alors à la surface, à partir de Zazen, ce n'est pas un Bouddhisme imparfaitement intégré, voire pas du tout. C'est le masochisme, la culpabilité et surtout l'arrogance exclusiviste qui sont les marques et du Christianisme, et du Jacobinisme français.

    Dans un tel contexte, il devient très facile que ce qui se développe chez ceux qui deviennent à leur tour des maîtres, soit par auto-déclaration, soit par achat, voire par méprise d'un maître de culture étrangère, que se développe chez eux donc le tout-à-l'ego qui est si évident chez certains.

    En tant que bouddhistes, nous ne pouvons pas faire l'économie de l'étude des textes qui nous transmettent les bases de la doctrine bouddhique. Sinon, on se retrouve avec cette titanesque lacune éthique qui transparaît chez trop de pratiquants français, et pas seulement zen.
    En principe, chrétien, juif, musulman, bouddhiste etc. ne peuvent se permettre de " faire l'économie de l'étude des textes qui transmettent les bases...".
    C'est comme une maison, les murs et sans parler du toit, ne tient pas la route, sans les fondations.
    Donc d'abord, "les bases". Et il me semble que quelque soit le contexte culturel d'une religion, une des bases est la foi, (le mot se rattache à une racine indoeuropéenne "bheidh"-"avoir confiance"; et du latin "fides", "foi, confiance", "loyauté", "promesse, parole donnée"). C'est un "serment de fidélité", que ce soit à Bouddha, Allah, Dieu etc.
    Aussi, dénigrer ou exclure ceux qui ne sont pas de la même religion est un non-sens.
    l'arrogance exclusiviste qui sont les marques et du Christianisme
    "l'arrogance exclusiviste" est surtout signe de débilité (du latin "debilis", "faible, infirme, estropié") et existe dans toutes les religions.
    Si "l'arrogance exclusiviste" était l'exclusivité du christiannisme, ce serait presque rassurant !
    N'avez-vous pas crainte yudo, qu'en parlant ainsi, vous pourriez mettre confusion chez des novices comme moi, qui pourraient croire que vous faites preuve "d'arrogance exclusiviste" bouddhiste? et pourquoi utilisez-vous le "nous" à la place du "je" ?
    En tant que bouddhistes, nous ...

    Sylvie
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    Re: Sur le SATORI.

    Message par tangolinos le Mar 4 Mai 2010 - 22:26

    il y a 21 ans, une démarche inconsciente par l'écriture, m'a amené à
    disséquer la pensée par elle même, jusqu'à atteindre un instant qui
    rejoignait l'éternel.....là où toutes les contradictions se rejoignent
    pour ne faire qu'un....
    J'ai tremblé comme une feuille au vent...j'en
    tremble encore...j'en pleure de bonheur !?!?!?!?!
    Incommunicable
    ?!?!?!?
    Que m'est-il arrivé ?
    J'ai cherché dans tous les sens et
    ai reçu diverses interprétations.....
    Dès lors, j'ai pu aborder les
    textes de métaphysique, qui m'étaient incompréhensibles voir même
    absurdes....
    J' ai pu écouter des interprétations diverses, qui m'ont
    interpellé comme caressé...
    à ce jour j' ai trouvé dans le Zen, des
    idées qui sembleraient correspondre à cet instant.
    si quelqu'un veut
    en parler....
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    Re: Sur le SATORI.

    Message par Huanshen le Mer 5 Mai 2010 - 8:52

    Merci Tangolinos, c'est très interessant.
    Pouvez-vous décrire de manière plus précise cet 'instant'.
    C'est pas nature incommunicable, mais il est possible de décrire les circonstances, ce qui a été réalisé, ce qui s'est passé par la suite et ce qu'il en reste maintenant.
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    Re: Sur le SATORI.

    Message par Yudo, maître zen le Mer 5 Mai 2010 - 10:58

    Sylvie a écrit:
    (...) C'est un "serment de fidélité", que ce soit à Bouddha, Allah, Dieu etc.
    Sylvie[/quote]

    On n'a pas à faire serment de fidélité au Bouddha. On peut mettre sa confiance dans son enseignement, mais cela et la fidélité, ce n'est pas pareil.

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    Re: Sur le SATORI.

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