Zen et nous

Le zen, sa pratique, ses textes, la méditation, le bouddhisme, zazen, mu


    les kôans - "ce n'est pas ce que vous pensez"

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    ederlezi
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    Annonce les kôans - "ce n'est pas ce que vous pensez"

    Message par ederlezi le Jeu 9 Oct 2008 - 16:04

    Ici, je cite des extraits de la préface de "Cent kôans zen" (Spiritualités vivantes, Albin Michel), elle est écrite par Steve Hagen.

    "On croit trop souvent, en effet, que les kôans sont des devinettes ou des problèmes auxquels nous devrions trouver des réponses. Mais ce n'est pas le cas, loin de là. Face au kôan, quel qu'il soit, il ne s'agit pas de parvenir à une quelconque réponse due au truchement de notre esprit ordinaire et conceptuel. Bien au contraire, nous devons comprendre que nos concepts sont ici foncièrement incapables de nous fournir une réponse satisfaisante."
    "Il ne s'agit pas, comme dans un examen scolaire, de donner les bonnes réponses et de gagner en conséquence l'approbation de son professeur. Non, ce qui se joue là, dans cet échange entre le maître zen et son disciple, est d'une nature complètement différente. En fait, s'il s'agissait seulement de donner une bonne réponse, il suffirait alors de la dénicher dans l'un de ces livres qui prétendent fournir les solutions aux kôans. Mais, dans le cadre d'un échange entre le maître et vous-même, cela ne pourrait rien vous apporter de bon. En vérité, si vous ne comprenez pas le coeur du kôan, viendra naturellement le moment où l'on vous posera une question subsidiaire - de celles, précisément, qu'on ne trouve dans aucun livre.
    Aucun concept, aucune idée, aucun effort intellectuel ne vous donnera "la réponse". Dès lors que nous parlons de la vie ou des kôans (c'est, du reste, la même chose), il ne saurait y avoir de réponses ou de solutions toutes prêtes.
    Pour cette raison, on a souvent considéré les kôans comme anti-intellectuels, ou irrationnels, voire comme des invitations à laisser libre cours à nos impulsions ou à notre part irrationnelle. Bien sûr, ceux qui connaissent mal le zen pensent que cette pratique consiste à agir de façon étrange ou déraisonnable, à faire des déclarations absurdes, ou à oublier toute chose en laissant les fleurs s'épanouir. Certains spécialistes ont même affirmé que l'objectif des kôans était de briser, de détruire l'intellect. Pourtant, rien de tout cela n'est vrai.
    Quoique les kôans opèrent effectivement au-delà de la raison, ils n'ont pas pour but de détruire, ni même de rejeter l'intellect. Ils mettent simplement l'accent sur ceci : la Réalité ne peut être saisie par une pensée, une phrase ou une explication. La Réalité est la vision directe du monde tel qu'il est, et non tel que notre intellect le cartographie, le décrit ou le conçoit.
    Ce qui ne signifie pas que notre intellect soit mauvais en soi ou qu'il faille nous en affranchir, mais nous devons toujours nous rappeler ce fait : l'intellect construit des modèles de la Réalité, jamais la Réalité elle-même. Voilà justement notre problème : nous sommes piégés sans fin par nos constructions mentales que nous prenons pour la Réalité. Mais la Réalité ne saurait être construite, et elle n'a, du reste, nul besoin de l'être. Elle est déjà ici - et nous en sommes inséparables. Si seulement nous pouvions voir cela, nous serions libérés d'un grand et douloureux fardeau. Nous ne serions plus effrayés ou déconcertés par la vie."

    J'arrête là pour l'instant ; le devoir m'appelle !
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    Annonce Re: les kôans - "ce n'est pas ce que vous pensez"

    Message par Invité le Ven 10 Oct 2008 - 13:17

    Une explication claire sur un sujet pas clair... Un extrait bien choisi, merci ederlezi
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    Annonce Re: les kôans - "ce n'est pas ce que vous pensez"

    Message par ederlezi le Ven 10 Oct 2008 - 13:28

    Je n'ai pas fini, je reprendrai ce soir.
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    Annonce Re: les kôans - "ce n'est pas ce que vous pensez"

    Message par ederlezi le Ven 10 Oct 2008 - 18:25

    Suite :
    "On croit également - et c'est là encore une erreur - que les kôans ressemblent à des jeux d'astuce : le maître pose une question à laquelle le disciple doit répondre avec justesse sur le champ. Selon ce point de vue erroné, les kôans apparaissent alors comme des joutes au cours desquelles le maître et le disciple attaquent et contre-attaquent tour à tour, chacun tentant de l'emporter sur l'autre. Bien que certains échanges entre maître et disciples puissent donner cette apparence, croire qu'il s'agit là d'un débat ou d'une lutte, c'est passer complètement à côté de la question.
    Les kôans ont aussi la réputation d'être paradoxaux, énigmatiques, impénétrables - tout comme le zen lui-même d'ailleurs. Pourtant, les kôans ne sont aucunement des paradoxes. Au contraire, ils attirent notre attention sur les contradictions ou les paradoxes qui apparaissent dans nos conceptions du monde, quelles qu'elles soient. En fait, ils nous aident à comprendre que ces contradictions surgissent seulement dans notre esprit, et non dans le monde lui-même.
    Au lieu de nous servir tout prêts une idée ou un canevas intellectuel censés nous sauver, les kôans nous permettent de comprendre à quel point nous cherchons continuellement des réponses et des explications préfabriquées. Ils nous aident aussi à voir que ces explications-là ne nous mènent nulle part. En vérité, c'est précisément cette recherche effrénée de solutions conceptuelles qui nous cause tant de problèmes. Plus nous nous accrochons aux concepts, plus nous oublions le suprême trésor qui est à portée de nos mains - la Réalité elle-même.
    (...)
    Notre esprit conceptuel est largement dualiste - toujours occupé à penser, à analyser, à contrôler et à schématiser. Pour un tel esprit, une chose est soit bonne soit mauvaise, soit juste soit fausse, soit favorable soit défavorable, soit ceci soit cela - bref, toujours jugée d'après notre radar personnel. Mais les kôans transcendent tout cela, ils visent à la non-dualité immédiate - de première main - de la Réalité. Ils sont l'expression de la conscience immédiate, avant de catégoriser, d'étiqueter, d'arranger ou d'évaluer chaque chose.
    Les kôans désignent aussi la liberté du non-attachement - un thème majeur du zen. Le non-attachement, c'est la compréhension du fait que toute pensée du type "ceci est juste et cela est faux", ou "nous devons faire ceci mais éviter cela", ou "cela devrait être comme ça", ou encore "voici ce que je veux et voilà ce que je ne veux pas" - ne sert qu'à nous compliquer la vie, en la rendant contradictoire, confuse, et somme toute insupportable. Toutes ces pensées remplissent notre coeur et notre esprit d'envies et de dégoûts - ce qui nous conduit à la colère, à la frustration et au désespoir. Les kôans pourfendent cette forme de confusion et attirent notre attention sur les choses telles qu'elles sont, avant que nous portions quelque jugement sur elles et que nous créions nos propres contradictions.
    Le non-attachement n'est pas le détachement. Car le détachement suppose la réalité des objets qui suscitent en nous envie ou dégoût, et nous conduit donc à les rejeter. C'est encore une tentative de fuir la Réalité. Le non-attachement, au contraire, consiste à voir la vacuité, la non-particularité de toute chose et de toute pensée auxquelles nous nous trouvons confrontés."
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    Annonce Re: les kôans - "ce n'est pas ce que vous pensez"

    Message par Yudo, maître zen le Jeu 6 Nov 2008 - 18:18

    maître Nishijima a écrit:

    Shinji Shôbôgenzô, troisième livre, cas 22:

    A propos de maître Tanshu Ryuzan
    Maître Tozan (Dongshan) et maître Shinzan (Shenshan) voyageaient de concert lorsqu'ils virent une fane de légume emportée par un ruisseau de montagne.
    Maître Tozan dit: Dans ces montagnes, il doit y avoir quelqu'un qui pratique le Bouddhisme
    Ils se mirent donc en quête de la cabane et du maître qui devait y vivre.
    Maître Ryuzan demanda: Il n'y a pas de sentiers dans cette montagne. D'où êtes-vous arrivés, vous vagabonds du Zen?
    Maître Tozan répondit: Oublions un instant le fait que la montagne n'a pas de sentiers, maître. Par où êtes-vous passé pour venir y vivre?
    Le maître répondit: Je ne suis pas juste apparu des nuages ou de l'eau!
    Maître Tozan demanda: Depuis quand habitez-vous ici, maître?
    Celui-ci répondit: Je ne me préoccupe pas du passage des printemps et des automnes
    Maître Tozan demanda: Est-ce le maître qui est venu vivre ici en premier, ou est-ce la montagne?
    Celui-ci répondit: Je ne sais pas.
    Maître Tozan demanda: Pourquoi ne savez-vous pas?
    Il répondit: Je ne suis pas venu ici pour les êtres humains ni pour les dieux du ciel.
    Maître Tozan demanda encore: Qu'est-ce qui vous a motivé à venir ici, sur cette montagne?
    Le maître répondit: J'ai vu deux taureaux faits de boue qui se battaient et qui sont entrés dans la mer. Je suis arrivé à la réalité, désormais, et je ne sais pas où ils sont passés.

    Commentaire (de maître Nishijima)

    Dans leurs voyages en quête d'enseignements bouddhiques, maître Tozan et maître Shinzan ont vu une fane de légume descendre le ruisseau et ont deviné qu'un pratiquant bouddhiste devait habiter plus haut dans la montagne reculée. Ils ont donc cherché une cabane, et en la trouvant, ils ont trouvé son propriétaire, maître Ryuzan.

    Maître Tozan l'a interrogé sur sa vie dans la montagne. Pourquoi était-il venu vivre dans ce lieu reculé, où il n'y avait même pas de sentiers? Les réponses du maître furent énigmatiques. Il était juste là. Il ne se préoccupait pas de savoir depuis combien de temps il y était, ni pourquoi il y était venu. Il n'était pas venu y chercher la compagnie des hommes ou des dieux.
    Il dit que dans sa vie antérieure (avant de venir là, s'entend), deux taureaux faits de boue (ou de glaise) se battaient constamment l'un contre l'autre en lui. Ces taureaux représentent nos conflits intérieurs qui détruisent notre tranquillité mentale. En conséquence de sa pratique bouddhique, ces taureaux s'étaient aventurés dans la mer et s'étaient dissous.

    A partir de ce moment, maître Ryuzan avait toujours vécu dans la réalité à l'instant présent. Il ne savait pas ce qu'étaient devenus ses conflits intérieurs du passé. Il se contentait de profiter de sa vie paisible dans la montagne.


    Si je vous cite in extenso ma version française de la traduction en anglais de maître Nishijima, plutôt que d'autres traduites directement du chinois, c'est plutôt pour insister sur le fait que la traduction à partir du chinois peut générer beaucoup d'interprétations diverses et qu'il est utile d'en voir plusieurs pour se faire une idée des sens allusifs qu'il contient.

    Pour maître Nishijima, ces "énigmes" ont un sens très concret. Vous pouvez le voir ici aussi.

    Mxl

      La date/heure actuelle est Lun 26 Juin 2017 - 4:00