Zen et nous

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    La porte de Niu Tou Fa jong (594-657)

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    Kaïkan
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    La porte de Niu Tou Fa jong (594-657)

    Message par Kaïkan le Jeu 12 Jan 2012 - 13:35


    Trouvé sur : http://www.zhaozhou-chan.com/FRENCH/entree_f.html









    La porte de Niu Tou Fa jong (594-657)



    La nature du cœur/esprit ne vient de nulle part.
    A quoi bon connaissance et idées?
    Originellement, pas une seule vérité,
    Alors pourquoi parler de pratique?
    Allées et venues sans fin,



    Chercher sans trouver,
    Autant ne rien faire.
    Alors, la paix étincelante.
    Le passé est espace vide.
    La connaissance est la perte du principe.
    Diffuse ta lumière sur le monde,



    Éveillé et pourtant obscur.

    Si la dynamique du sans esprit est obstruée,

    On manque la vérité.

    Les choses viennent puis se résorbent,

    A quoi bon l'introspection?

    Lorsque toute émergence est libre,



    Les choses sont l'éveil même.

    Pour purifier le cœur/esprit

    Encore faudrait-il le trouver.

    A travers le temps et l'espace, pas d'éveil.

    C'est la grande profondeur.

    La connaissance est inconnaissance



    Et l'inconnaissance saisit l'essentiel.

    Utiliser le cœur/esprit pour apaiser le cœur-esprit

    Est le plus grand des égarements.

    Dans l'oubli de la naissance et de la mort

    Émerge la nature originelle.

    Le principe absolu ne peut être expliqué,



    Il n'est ni lié, ni libéré,

    Frémissant et accordé au monde,

    Sa présence crève les yeux.

    Lorsqu'il n'y a pas d'objet face à vous,

    Dans ce rien, la totalité des mondes!

    Ne l'examinez pas à l'aide de la sagesse



    Car sa substance même est obscure et vide.

    Les pensées surgissent et disparaissent,

    Celle qui précède identique à celle qui suit.

    Lorsque celle qui suit ne s'élève pas,

    La pensée qui précède s'évanouit.

    Présent, passé, futur, il n'y rien.



    Pas de cœur/esprit, pas de Bouddha.

    Les êtres libérés, le cœur/esprit ouvert

    Se manifestent à partir de cette liberté.

    Ils distinguent alors profane et sacré,

    Leur confusion fleurit

    Coupant les cheveux en quatre, ils dévient.



    A chercher la vérité, tu quittes la Voie.

    La guérison consiste à rejeter profane et sacré.

    Alors, pure clarté étincelante.

    Aucun besoin d'habileté et de travail,

    Agis comme un enfant.

    Dans cette vivacité,



    connaissance silencieuse

    Tranquillité dégagée de vues

    Dans l'obscurité de ta demeure.

    Vif et sans errance

    L'esprit est silencieux et paisible,

    Tous les phénomènes réels et éternels,



    Jaillis d'une grande profusion non différenciée.

    Allant, venant, assis, debout,

    Sans attaches,

    N'affirmant aucune direction,

    Peut-il encore y avoir naissance et mort?

    Il n'y a plus ni unité, ni dispersion,



    Lenteur ou rapidité.

    Tranquillité et lumière sont naturelles

    Et ne peuvent être expliquées.

    Le cœur/esprit est authentique.

    Plus besoin de mettre fin au désir,

    La nature étant spatiale



    Laisse le cœur/esprit aller où il veut.



    Ni limpide, ni nimbé,

    Ni profond, ni superficiel,

    Dès l'origine cela échappait au temps

    Et cela n'a pas de futur.

    Alors, insoumis,



    C'est le cœur/esprit original

    Qui originellement n'est pas

    Car l'origine est à cet instant même.

    L'éveil a toujours existé,

    Pas besoin de le préserver.

    Les tourments n'ont jamais existé,



    Pas besoin de les éliminer.

    L'intuition s'illumine d'elle-même

    Toutes les vérités ne sont que cela,

    Il n'y a ni retour ni don,

    Arrête la contemplation, oublie de retenir.

    Permanence, félicité, pureté et ego ne surgissent pas.



    Le corps essentiel, le corps de félicité, le corps de transformation

    Sont là depuis toujours.

    Les six organes des sens touchent leurs royaumes,

    La discrimination n'est pas la connaissance.

    Dans le cœur/esprit unipointé, nulle errance.

    Les myriades de conditions s'harmonisent,



    Le cœur/esprit et la nature originelle se fondent,

    Unis mais sans dépendance.

    Sans produire quoi que ce soit, accordé aux phénomènes,

    Goûte partout à la tranquillité

    L'éveil vient de l'absence d'éveil

    Ainsi éveille-toi au non-éveil.




    Quant au gain et à la perte

    Pourquoi les qualifier?

    Tout ce qui est vivant

    A toujours été présent.

    Sache que le cœur/esprit est absence de cœur/esprit.

    La maladie passée, plus de remède.

    Lorsque tu es confus, libère-toi.



    Éveillé, tout est comme avant.

    Dès l'origine, il n'y a rien à obtenir.

    A quoi bon se détacher du monde?

    Lorsque quelqu'un prétend voir des démons,

    On peut toujours parler du vide, il les voit!

    Ne détruit pas les émotions des êtres,



    Enseigne leur simplement à dissoudre l'intention.

    Lorsque l'intention disparaît, l'esprit est aboli.

    Lorsque le cœur/esprit est aboli, tout est non-agir.

    A quoi bon confirmer l'espace,

    Naturellement, la clarté est établie.

    Ayant complètement éteint naissance et mort,



    L'esprit profond s'installe dans le principe,

    Ouvrant les yeux et voyant des formes,

    Le cœur/esprit est accordé au monde.

    A l'intérieur du cœur/esprit, pas de mondes.

    A l'intérieur des mondes, pas de cœur/esprit.

    Mais si tu utilises l'esprit pour abolir le monde



    Tous deux seront perturbés.

    Le cœur/esprit paisible et le monde tel quel,

    Rien à saisir ni à abandonner.

    Le monde s'effondre dans le cœur/esprit,

    Le cœur/esprit se dissout dans le monde.

    Quand ni l'un ni l'autre n'apparaît,



    Il y a tranquillité et clarté sans limite.

    Le reflet de l'éveil paraît

    Sur les eaux éternelles de l'esprit.




    Naturellement simple de cœur et d'esprit

    Sans s'établir dans le proche ou le lointain,

    Indifférent à la faveur ou à la disgrâce,



    Tu ne choisis pas ta demeure.

    Tous les liens s'estompent soudainement,

    L'oubli s'installe,

    Le jour éternel bascule dans la nuit,

    La nuit éternelle se fond dans la clarté.

    Extérieurement non conventionnels



    Intérieurement spatiaux et authentiques

    Ceux qui ne sont pas perturbés par le monde

    Sont établis dans la grandeur et la stabilité.

    Dépourvus de toute vue, même celle d'être né

    Dans la présence et sans notions,

    Pénétrant toute chose,



    Infiltrant la totalité depuis toujours.

    Penser mène au manque de clarté

    Cela noie et trouble le corps.

    Utiliser le cœur/esprit pour arrêter l'activité

    La rend encore plus capricieuse.

    Les dix mille vérités sont partout



    Mais il n'y a qu'une voie d'accès,

    Elle n'entre ni ne sort,

    Au delà de la quiétude et de l'agitation.

    La pénétration des auditeurs et des éveillés pour soi

    Ne peut l'expliquer.

    En fait il n'y a pas un seul objet à saisir.



    Seule existe la sagesse merveilleuse.

    Ton visage originel est illimité.

    L'esprit ne peut le saisir.

    L'éveillé authentique ne connaît pas l'éveil.

    Le vide n'est pas vide.

    Tous les bouddhas du passé, du présent et du futur



    Chevauchent ce principe essentiel.

    La pointe d'un cheveu

    Contient la totalité des mondes.

    Ne t'attache à rien,

    Laisse le cœur/esprit libre,

    Ne le fixe nulle part



    Et la clarté spatiale émerge spontanément.

    Paisible, sans produire la dualité,

    Libéré dans l'espace temps illimité,

    Ton action ne laisse aucune trace,

    Aller ou venir ne fait aucune différence.

    Le soleil de la connaissance est paisible,



    La lumière du samâdhi étincelante.

    Illuminant ce jardin sans forme

    Brillant sur la cité du Nirvana.

    Dans l'Un, plus de relation à l'objet.

    Le cœur/esprit est investi et installé dans la substance.

    Sans te lever de ton siège,



    Tu te reposes paisiblement dans une salle vide.

    Prendre du plaisir au Tao est apaisant.

    Libre de vagabonder détendu au sein de la réalité,

    Sans agir et sans atteindre quoi que ce soit,

    Sans dépendre de rien, tu te manifestes naturellement.

    La conduite et les états d'esprit illimités



    Sont tous sur la même voie,

    Si tu ne les scindes pas par le cœur/esprit,

    Toute chose demeure dans l'indifférencié.

    Sachant que le né et le non-né sont un,

    L'éternité apparaît

    Le sage accède à l'ultime

    Sans le secours du verbe.

    Zhao Zhou





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    Re: La porte de Niu Tou Fa jong (594-657)

    Message par tangolinos le Ven 13 Jan 2012 - 10:04

    Bonjour Kaïkan

    merci encore pour toutes les sucreries que tu te régales à nous servir.

    Et curieusement...

    Sont tous sur la même voie,

    Si tu ne les scindes pas par le cœur/esprit,

    Toute chose demeure dans l'indifférencié.

    Sachant que le né et le non-né sont un,

    L'éternité apparaît

    Le sage accède à l'ultime

    Sans le secours du verbe.
    Le sage indique que le verbe n'est d'aucun secours, et, paradoxalement il en fait usage dans une profusion inouïe...

    Nous voyons bien combien dans ce texte il y a de nombreuses idées qui dansent comme dans un bal où les contradictions fusionnent pour nous faire humer un parfum indescriptible.

    Il est curieux de constater que dans le tumulte de toutes les manifestations impermanentes, puissent persister des réflexions... Ce "Zhao Zhou", semble parler comme si le temps n'existait pas... Il nous serait en effet bien difficile de situer l' époque de son existence, tant ses réflexions sont contemporaines.

    Parmi cette profusion d'idées, je relève:
    La connaissance est la perte du principe.
    Il y a bien dans ce sentiment de "croire savoir" un énorme handicap à retrouver la source.
    La présence du "sentiment de savoir" prédétermine l'orientation des réflexions pour authentifier ce soi-disant savoir. La véritable connaissance surgit de l'absence à soi-même, et, la moindre intention de vouloir la posséder nous en écarte.

    La connaissance est comme une vapeur qui imprègne le cosmos tout entier... il serait bien maladroit de croire la posséder... ce "sentiment de savoir" est bien loin de l' attitude à maintenir pour accéder à ce parfum ultime.

    Gassho
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    Re: La porte de Niu Tou Fa jong (594-657)

    Message par Yudo, maître zen le Ven 13 Jan 2012 - 12:22

    Je rappelle que Zhaozhou est le même que dans le kôan "le cyprès dans le jardin". Joshu.
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    Re: La porte de Niu Tou Fa jong (594-657)

    Message par Fred le Sam 14 Jan 2012 - 12:16

    La connaissance est la perte du principe.


    Extrait de la chanson Mourir pour des idées, de Georges Brassens

    Mourir pour des idées, c'est bien beau mais lesquelles?
    Et comme toutes sont entre elles ressemblantes,
    Quand il les voit venir, avec leur gros drapeau,
    Le sage, en hésitant, tourne autour du tombeau.
    Mourrons pour des idées d'accord, mais de mort lente,
    D'accord, mais de mort lente.






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    Re: La porte de Niu Tou Fa jong (594-657)

    Message par tangolinos le Sam 14 Jan 2012 - 16:33

    Bonjour Fred

    merci de nous rappeler Georges Brassens... un véritable monument qui a certainement imprégné de nombreuses consciences, avec des idées anticonformistes.

    Je me souviens enfant, il faisait tellement parti du paysage que je n'y prêtais pas attention... et c'est lors de son décès que j'ai pris conscience de son importance, et j'ai pleuré comme un bébé.

    Gassho

      La date/heure actuelle est Mar 17 Oct 2017 - 0:07