Zen et nous

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    Shôbôgenzô Zenki, par Dôgen Zenji

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    Kaïkan
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    Shôbôgenzô Zenki, par Dôgen Zenji

    Message par Kaïkan le Sam 28 Jan 2012 - 16:29



    - Zenki -


    Par Maître Dõgen


      Shôbôgenzô ch. 22 : Zenki (全機), "La totale activité", 1242.

    Zenki est l’attitude face à la diversité de la vie d’un moine zen - loin des apparences - qui pratiquerait la Voie du Bouddha. Même si nous contrôlons la voile, le gouvernail, les rames, le bateau, ses qualités restent inchangées : nous en avons absolument besoin pour survivre. Inversement, le bateau ne peut fonctionner correctement sans nous. A chacun sa propre vie, à chacun sa propre mort. Par cela, nous pouvons découvrir la véritable nature de notre existence.

    La grande Voie de tous les Bouddhas et le but ultime dans le bouddhisme sont le détachement de la vie et de la mort et la réalisation de l’éveil. Nous devons nous détacher de la vie en étant dans la vie, et de la mort en étant dans la mort. Quand nous sommes vivants, la vie est l’activité essentielle et dans la mort, la mort devient l’activité principale. La vie, c’est faire l’expérience de la vie. La mort, c’est faire l’expérience de la mort. La vie et la mort sont l’expression de la vérité effective. S’en détacher complètement, c’est s’immerger entièrement dans la vie et dans la mort.

    Comprendre la vie et la mort est un des moyens avec lequel les Bodhisattvas obtiennent leur salut et celui des autres.

    La réalisation de l’éveil est la vie véritable - sans entraves. Quand nous réalisons l’éveil, le sens de la vie et de la mort devient totalement clair. Cependant, cette expérience ne peut être définie ni par la conscience, ni par la connaissance, ni par les notions telles que gros ou petit, infini ou fini, long ou court, près ou loin.

    Notre vie concrète est constituée de cette expérience et de la même manière, cette expérience est constituée de la vie. La vie s’en va et s’en vient, apparaît et disparaît. La vie est l’expérience globale de la vie, inversement la mort est l’expérience intégrale de la mort. C’est le sens qui est donné à la nature incommensurable de la pratique bouddhiste. Si nous réfléchissons sur notre vie présente et si, graduellement, nous nous éveillons, le monde commence à se manifester à nous dans sa véritable apparence. L’activité de la vie contient l’univers tout entier. Chaque instant détient complètement l’existence.

    La vie est comme être sur un bateau. Même si nous contrôlons la voile, le gouvernail, les rames, le bateau, ses qualités restent inchangées : nous en avons absolument besoin pour survivre. Inversement, le bateau ne peut fonctionner correctement sans nous. L’homme et le bateau se complètent harmonieusement, exprimant totalement l’interdépendance. Quand l’homme et le bateau fonctionnent ensemble et forment une entité, toutes les activités du ciel, toute l’eau et tout le rivage aussi proviennent du même temps et du même espace. En quelque sorte, toutes les circonstances travaillent ensemble harmonieusement. C’est de cette manière que la vie et notre existence fonctionnent conjointement.

    Selon Maître Engo Kokugon : " La vie est l’expérience globale de la vie. La mort est l’expérience intégrale de la mort. " Ces deux dimensions ne s’opposant pas, elles existent ensemble dans l’expérience de l’univers tout entier. Elles n’ont aucun rapport avec l’espace et le temps. L’expérience universelle se réalise dans la vie et la mort, et rien ne peut faire obstruction. Mais individuellement, chaque expérience de vie et de mort, bien qu’elle ne soit pas totalement différente, n’est pas comparable à une expérience universelle. A chacun sa propre vie, à chacun sa propre mort. Par cela, nous pouvons découvrir la véritable nature de notre existence. C’est comme un homme qui étire ses membres ou bien qui dort agrippé à son oreiller. C’est l’actualisation de la divine lumière et de l’activité tout entière.

    Vie et mort apparaissent à chaque instant. Elles apparaissent instantanément, naturellement, sans y penser. Si nous nous efforçons sérieusement, nous pouvons percevoir leur apparence. Au moment de la réalisation, la vie et la mort deviennent complètement claires. Surtout, n’allez pas penser que cela n’est pas une réalisation du passé. Chaque instant contient la réalité toute entière. Reconnaître cela, c’est la réalisation sans fin qui se renouvelle sans cesse.

    Dôgen Zenji.

    Prononcé au château du Daimyo Hatanô Izumono Kami Yoshishige le 17 décembre 1242 recopié par Ejô.





    Dõgen Zenji



    source: http://www.buddhaline.net/Zenki-Zen-Attitude


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    Zenki

    Message par Kaïkan le Ven 28 Nov 2014 - 20:54

    Traduction du moine zen Kaïkan Taïshin

    Introduction : Le discours a une supposition sous-jacente qui ne peut pas être immédiatement évidente pour des lecteurs Occidentaux, à savoir que tous les humains ont la Nature-de-Bouddha, dans la vie et dans la mort, ne cessant ni ne disparaissant ou ne s'endormant jamais , se montrant toujours directement devant nos propres yeux.


    Shōbōgenzō (ch n° 40)
    la nature entière naît et meurt à chaque instant, chaque instant est un instant de plénitude.

    On Functioning Fully - En pleine activité

    Zenki



    Quand nous explorons à fond ce qu'est la grande Voie des Bouddhas, nous constatons que c'est la libération de l'illusion et la permission à notre Vrai Soi de se manifester complètement. Pour certains, cette libération de l'illusion signifie que la vie nous libère de la vie et la mort nous libère de la mort. Donc, autant notre sortie de naissance-et-mort que notre entrée dans la naissance-et-mort sont la Grande Voie. Que nous laissions naissance-et-mort de côté ou que nous allions au-delà de naissance-et-mort sur l'autre rive, les deux sont aussi la Grande Voie. Notre Vrai Soi se révélant complètement est ce qu'est la vie, et la vie est notre Vrai Soi se révélant complètement. Au moment où notre Vrai Soi se révèle nous pouvons dire qu'il n'y a rien qui ne soit pas une pleine exposition de la vie, et il n'y a rien qui ne soit pas une pleine exposition de la mort.

    C'est le fonctionnement de ce Vrai Soi qui cause la venue de la vie et cause la venue de la mort. Au moment même où nous manifestons entièrement ce fonctionnement de notre Vrai Soi, ce ne sera pas nécessairement quelque chose de grand ou quelque chose de petit, ou l'univers entier ou seulement un certain morceau limité, ou quelque chose qui en est retiré, ou quelque chose de court et rapide. Notre vie à ce moment même est le fonctionnement du Vrai Soi, et le fonctionnement de notre Vrai Soi est notre vie à ce même instant.

    La vie n'est pas quelque chose qui vient  et la vie n'est pas quelque chose qui s'en va ; la vie n'est pas quelque chose qui se révèle et la vie n'est pas quelque chose qui est accompli. Plutôt la vie est une actualisation complète de sa propre Nature-de-Bouddha et la mort est aussi une actualisation  complète de sa propre Nature-de-Bouddha. Vous devez vous rendre compte que tant la vie que la mort arrivent dans les pensées incommensurable  et les choses de notre être intérieur.

    Aussi, réfléchissez calmement sur le fait que cette vie du moment présent, aussi bien que les pensées diverses et les choses qui coexistent avec cette vie, sont  ou ne sont pas une partie de la vie. Il n'y a rien - pas un seul moment, pas une seule pensée ou une chose - qui ne soit pas une partie de la vie. Il n'y a rien - pas une  seule question, pas un seul état d'esprit - qui ne soit pas aussi une partie de la vie. Par exemple, la vie étant comme un épisode où je suis à bord d'un bateau. Tandis que je suis sur ce bateau, je manipule les voiles, je dirige le gouvernail, je pousse avec la perche. En même temps, le bateau me porte le long des flots et il n'y a aucun 'Moi' qui soit à l'extérieur de ce bateau. Ma navigation à voile dans un bateau est ce qui fait que ce bateau est un bateau. Vous devez faire le maximum pour explorer par votre pratique ce qui se passe à ce moment même, car à ce moment même il n'y a rien d'autre que le monde du bateau. Le ciel, l'eau, le rivage - tout est devenu ce moment du bateau, qui diffère complètement de lorsque je ne suis pas sur un bateau. Ainsi, la vie est ce que je fais que la vie soit et je suis ce que la vie me fait être.  Tandis que je suis transporté sur un bateau, mon corps et esprit, avec leurs causes intérieures et conditions extérieures, sont, tous ensemble, une partie de la façon dont fonctionne un bateau. Toute la grande terre et toute l'étendue de l'espace sont, de même, une partie de la façon dont fonctionne le bateau. Ce que cette métaphore dit est que cette vie est ce que 'Je' suis et 'Je' suis ce qu'est la vie.


    Le moine vénérable Engo Kokugon (Maître de Méditation) a une fois dit : " la Vie est une manifestation de tout son être et la mort est une manifestation de tout son être." Nous devons soigneusement étudier ces paroles et clarifier leur signification. Dans le cas présent, ce qui se réfère à " étudier soigneusement ces paroles ",  est le principe que la vie est une manifestation de son être entier et n'est pas concernée par des commencements et des fins, car la vie est toute la grande terre et tout l'espace illimité. En même temps, non seulement ce principe ne s'oppose pas à la vie étant une manifestation de son être entier, mais il ne s'oppose pas non plus à la mort étant une manifestation de son être entier. Quand la mort est aussi une manifestation de son être entier, c'est toute la grande terre et tout l'espace illimité. Et en même temps, non seulement ce principe ne s'oppose pas  à la mort comme étant une manifestation de son être entier, mais il ne vient pas non plus contredire la vie comme étant une manifestation de son être entier. Par conséquent la vie n'entrave pas la mort et la mort n'entrave pas la vie. Autant toute la grande terre que tout l'espace illimité existent dans la vie qu'ils  existent dans la mort aussi.

    Quand même, ce n'est pas que toute la grande terre soit une chose et tout l'espace illimité soit une autre chose; les deux fonctionnent complètement dans la vie et tous les deux opèrent complètement dans la mort. Donc, bien que ce ne soit pas une question qu'ils soient une chose seule, ce n'est pas non plus une question qu'ils soient des choses différentes. Et bien que ce ne soit pas une question d'être des choses différentes, ce n'est pas non plus une question d'être des choses identiques. Et bien que ce ne soit pas une question d'être des choses identiques, ce n'est pas non plus une question d'être de multiples choses. Par conséquent, il y a les pensées diverses et les choses qui sont les manifestations de son être entier dans la vie, et il y a aussi les pensées diverses et les choses qui sont les manifestations de son être entier dans la mort, et il y a les manifestations de son être entier qui est au-delà 'de la vie' et au-delà 'de la mort'. Tant la vie que la mort existent dans la manifestation de son être entier.

    Ainsi, toutes les fonctions de vie-et-mort seront présentes, comme un homme aux bras forts gonflant ses muscles ou comme quelqu'un en pleine nuit s'étendant pour chercher à tâtons son oreiller derrière lui. Ils viennent en avant se manifester quand il y a une abondante luminosité des merveilleuses capacités spirituelles innées. Au moment même de leur arrivée en avant, parce que la personne fonctionne entièrement dans leur manifestation,  celui-ci pourrait penser qu'avant qu'ils n'aient entièrement apparu devant lui, ils n'avaient pas apparu du tout. Pourtant, avant cette pleine manifestation, il y avait les manifestations précédentes de la Vraie Nature de cette personne. Bien qu'une telle personne puisse dire qu'il avait une certaine manifestation précédente de sa Vraie Nature, il n'a pas inhibé l'apparition présente de sa Vraie Nature. S'il en est ainsi c'est que des avis discriminatoires peuvent surgir devant ses propres yeux.


    Livré à l'assemblée dans le bureau de Kyoto du Gouverneur de Province Izumi  - le dix-septième jour du douzième mois lunaire en troisième année de l'ère Ninji (le 10 janvier 1243)



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