Zen et nous

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    En attendant le train qui ne vient pas

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    ted
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    En attendant le train qui ne vient pas

    Message par ted le Lun 22 Jan 2018 - 12:01

    Bonjour

    Je crois avoir compris que, dans le zen Soto, on s'assied sans but et sans esprit de profit  en laissant passer les pensées.

    Mais si quand on s'assied, aucune pensée ne se présente à l'esprit, faut-il se forcer à penser, pour pouvoir ainsi laisser passer des pensées  et pouvoir enfin, pratiquer le zen Soto  ?

    Merci  beaucoup

    I love you
     Chinois-salut
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    Re: En attendant le train qui ne vient pas

    Message par Fred le Lun 22 Jan 2018 - 12:27

    Quand le train ne vient pas, la question ne se pose pas.
    Quand il arrive en gare, on le laisse repartir. Smile

    Réponse à un message effacé  Smile :

    Mais alors, pourquoi les maitres continuent-ils à aller s'asseoir à la gare alors qu'ils savent que le train ne viendra plus ?

    Le train finit toujours par arriver. Puis il repart. Un autre train arrivera alors puis à son tour repartira. C'est comme cela de toute éternité  tao , mais ce sera bien-sûr à toi de le vérifier par la pratique.
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    Re: En attendant le train qui ne vient pas

    Message par Kaïkan le Lun 22 Jan 2018 - 14:54


    Lorsque j’étais jeune j'ai posé une question similaire à Kosen (Stef).
    C'était au sujet des questions, car je n'avais pas de questions, j'ai demandé s'il fallait se forcer à chercher une question.
    Je crois qu'il m'a répondu que si je n'en avais pas, en chercher une, ce n'était pas une mauvaise idée...  Laughing
    Quoi qu'il en soit une pareille question est pour le moins étonnante.
    Surtout de la part d'une personne qui se revendiquerait comme bouddhiste.  Shocked
    C'est probablement une sorte de plaisanterie...  Laughing


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    Re: En attendant le train qui ne vient pas

    Message par Rémi le Mar 23 Jan 2018 - 17:13

    Je crois bien que ce qu'il se passe ou ne se passe pas pendant la méditation n'est pas très important, et que c'est un des points fondamentaux du zazen.

    Ted, tu sembles assez intrigué par le fait que l'on puisse pratiquer sans but, sans objectif, sans rechercher une amélioration quelconque. Comme toujours, quoique l'on puisse dire sur ce sujet sera partiel, et donc un peu faux.

    Cependant, et tout ce que je dis n'est que le point de vue de quelqu'un dont la pratique est trop rachitique pour que cela ait plus de valeur que celle d'un simple témoignage, j'aimerais essayer de partager avec toi mon ressenti sur ce point.

    Donc, je disais que, selon moi, ce qui se passe ou ce qui ne se passe pas pendant zazen n'est pas très important. Ce qui veut dire qu'il n'y a pas lieu d'essayer de penser pour ensuite arrêter de penser, ni d'essayer de penser à l'arrêt des pensées, ni aucune tournures bizarres impliquant leurs contraires.

    La paix en zazen consiste à laisser être, et il s'avère que cela demande une certaine forme d'entraînement, d'habitude. Nous ne sommes pas habitués à "laisser être", et quand on veut pratiquer ce "laisser être", on est un peu déboussolé. On ne veut pas croire que cela soit aussi simple, alors on est déçu. Un peu comme s'il fallait, pour que notre égo soit satisfait, que ce qui est à accomplir soit une tâche très compliquée, et qu'on puisse ensuite être fier d'y être arrivé, type : "wahou, j'ai enfin atteint l'éveil insurpassable, on est pas plus d'une centaine depuis des kaplas de kaplas à l'avoir atteint, quelle classe !" [kapla : une très très grande période de temps, genre plusieurs milliards de milliards d'années].

    Et ceci à tel point que, si l'on atteint effectivement l'éveil en zazen, on peut bien ne pas s'en rendre compte, car c'est "juste ceci ou cela", rien de plus, rien d'extra-ordinaire. Je suis intiment persuadé que de nombreux non-bouddhistes ont parfois des moments de bien-être et d'harmonie qu'ils ne remarquent pas passer, par exemple une matinée qui se déroule toute seule, alors qu'on ne fait rien de spécial.

    L'éveil pour moi n'est pas un état supra-normal de béatitude éternelle, (et je pense être grosso modo dans tradition zen soto en disant cela), ce n'est donc pas quelque chose que l'on recherche. A la limite, c'est plutôt quelque chose que l'on laisse arriver. A quoi bon rechercher ce qui est déjà là ? Dans le christianisme, Jésus dit (d'après Pascal) : "Ne t'inquiète pas, tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais pas déjà trouvé."

    C'est un contexte très différent, et il est osé de tenter un parallèle. Pourtant, c'est un peu la même chose avec les raisons qui nous poussent à avoir une pratique bouddhiste. Ceci explique un petit peu l'absence de motif, le "juste s'asseoir" : on ne cherche pas quelque chose de spécial, de même que l'on ne cherche pas quelque chose que l'on aurait déjà trouvé, on laisse arriver ce qui arrive, en nous et en dehors de nous (même si cette distinction est plutôt illusoire). Cela rejoint le "tout est là ici et maintenant".

    C'est pourquoi quoi qu'il se passe, que le zazen soit bon ou mauvais, ce n'est pas différent du réel, et si l'on est simplement celui qui accueille, ce qui arrive est simplement accueilli. Rien de plus.

    Si on reprend un langage métaphorique : le train ne peut pas ne pas passer. Là où il y les rails, c'est comme si le train était là. Il y sera, et il n'y sera plus. Et les rails aussi disparaîtront. Peu importe.
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    Re: En attendant le train qui ne vient pas

    Message par tangolinos le Mar 23 Jan 2018 - 18:18

    La vache (pour ne pas dire l ‘âne), regarde le train passer en se disant: ‘’voilà le temps qui passe’’.

    Or, nous sommes dans ce train, puisque pour nous, l’ instant présent est permanent.
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    Re: En attendant le train qui ne vient pas

    Message par Kaïkan le Mar 23 Jan 2018 - 20:32


    Il y a quand même une impossibilité qui me paraît flagrante :
    Quelqu'un est assis et il est sans pensées. Comment pourrait-il penser à se forcer à penser puisqu'il ne pense pas ?
    Ce n'est pas une question vous l'aurez deviné.
    Quand on part sur des spéculations on peut complètement perdre pied. rigolo


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    Re: En attendant le train qui ne vient pas

    Message par AncestraL le Mar 23 Jan 2018 - 21:13

    C'est logique. Et c'est ainsi que cela se vit.

    Quand on arrive au moment où la pensée ne se produit plus, que le calme, la sérénité, la paix, le silence et la "suspension des activités mentales" prenne la place du bavardage, la pensée n'a plus de nourriture et cesse.
    Aussitôt qu'elle est détectée...elle s'évanouit.

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    Re: En attendant le train qui ne vient pas

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