Zen et nous

Le zen, sa pratique, ses textes, la méditation, le bouddhisme, zazen, mu


    Réussir?

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    Message par Fenrir le Mer 14 Mai 2014 - 15:46

    J'aimerais vous présenter deux textes qui me semblent intéressants et qui semblent s'inspirer de l'esprit Zen. Le premier est très court, le deuxième très long. J'espère qu'ils vous seront utiles ou qu'à tout le moins ils vous intéresseront.  Very Happy 


    1-

    Les deux oreilles sont souvent concernées.

    ________________





    2- Réussir.


    Depuis longtemps tu essayes d'être quelqu'un. Tu te cherches. Tu veux trouver ton style, trouver ta place, trouver ton domaine de compétences. Tu veux t'améliorer, tu veux que quelques personnes t'aiment, t'acceptent, te respectent, te comprennent, cherchent ta compagnie. Tu veux apporter quelque chose au monde et tu voudrais qu'on reconnaisse ton utilité, qu'au moins tu sois bon dans quelques activités.

    Depuis longtemps tu ne sais pas exactement qui tu es, il faut dire que c'est assez épuisant de se suivre soi-même dans tous les changements de la vie. Enfant puis adolescent, adolescent puis adulte, adulte célibataire puis en couple, adulte sans responsabilité puis oncle, oncle puis père, père puis grand-père, pour ne parler que des liens de famille possibles... Tu as tout un tas de choses à faire correctement pour continuer à être toi-même. Tu es responsable de ton intégrité physique et morale. Tu dois bien avoir une certaine réputation pour continuer à exister dans la société. Tu dois tenir ta place, faire ce que tu dois faire, et éviter de faire ce que tu n'as pas le droit de faire. Tu dois remplir correctement les formulaires administratifs et ne pas perdre ta carte d'identité.

    Depuis longtemps tu essayes d'être quelqu'un. Quelqu'un de bien. Tu ne voudrais pas empêcher les autres d'être eux aussi quelqu'un. Tu fais beaucoup d'efforts pour ne pas blesser le "quelqu'un" qu'ils sont, qu'ils pensent être. Tu sais que ce n'est pas si facile que ça d'être quelqu'un alors tu évites de rendre la tâche plus difficile aux autres. Pourtant tu dois toi-aussi essayer d'être quelqu'un alors tu te confrontes aux autres, mais sans jamais vraiment franchir la limite, une limite invisible mais bien réelle : il faut que tu sois le plus possible "quelqu'un", sans trop empêcher les autres d'être aussi "quelqu'un", et d'ailleurs dans les discussions de groupe tu n'aimes pas trop les gens qui ne laissent aucune place aux autres.

    Pourtant, tout en restant à ta place, sans déborder sur la place des autres, tu essayes d'être le meilleur quelqu'un possible. C'est tout à fait normal, d'ailleurs tout le monde autour de toi fait ça : tout le monde essaye d'être le meilleur quelqu'un possible. Depuis longtemps tu essayes d'être quelqu'un, mais ça me marche pas tout à fait. Les fissures de ton quelqu'un sont colmatées régulièrement, parfois dans l'urgence, avec tout ce que tu trouves à portée de main : un travail, un objet auquel t'identifier (une voiture par exemple), tes enfants (grâce auxquels tu es un parent), un ami dont tu n'aimes peut-être pas trop le quelqu'un mais grâce auquel ton propre quelqu'un se fortifie un peu, des médicaments, du sport... La liste pourrait être longue, et les choses au lieu d'être les choses deviennent des choses à digérer pour agrandir ton "quelqu'un".

    Tu dois bien te l'avouer : souvent les autres sont là pour faire tenir ton quelqu'un, ils sont là pour que tu puisses être quelqu'un de gentil avec eux, quelqu'un de bien, d'intelligent, avec des défauts qui te donnent, tu l'espères, plus de charme et de personnalité que de véritables inconvénients sociaux. Tu as besoin des autres pour être quelqu'un, c'est une évidence. Depuis longtemps tu essayes d'être quelqu'un, mais ça ne marche pas du tout. Tout part en couille, tu dors mal et tu fais des cauchemars la nuit, tu es la proie du regard des passants qui ont le pouvoir de mépriser le quelqu'un que tu essayes, si difficilement, d'être. Tu crains tes proches qui, s'ils s'en allaient ou se disputaient avec toi, risqueraient de transformer peu à peu ton "quelqu'un" en vide.

    Tu vieillis et la gamme des "quelqu'uns" possibles se réduit, tu penses à la science qui te dit que la plasticité du cerveau va en diminuant, et tu te dis que ton quelqu'un est sûrement quelque part dans ton cerveau, en train de se raidir, te bloquant dans une zone de "quelques uns" pas si intéressants que ça. Tu es aigri, tu te sens seul avec ton quelqu'un, ton quelqu'un immense qui t'écrase et te demande tant d'efforts, tant de réflexions! Tu mens parfois pour protéger ton quelqu'un ou l'embellir un tout petit peu, oh ce ne sont jamais de gros mensonges, c'est juste que c'est plus simple comme ça, et ton quelqu'un devient compliqué, tu n'arrives plus tout à fait à communiquer avec les autres parce que tu dois passer beaucoup de temps à combler les fissures de ton quelqu'un. Tu vas voir un psychanalyste qui veut t'aider à réparer et à comprendre ton quelqu'un, ou tu cherches à fuir ton quelqu'un, qui te demande trop d'efforts, afin de ne pas l'affronter et alors tu regardes la télévision ou tu lis beaucoup de romans.

    Mais en réalité tu passes de plus en plus de temps à penser à ton quelqu'un et la seule solution pour ne pas penser à ton quelqu'un, c'est d'être toujours actif. Ça devient difficile de communiquer avec les autres à cause du poids de ton quelqu'un. Plus tu essayes d'être quelqu'un, plus tu te fatigues. Tu te demandes finalement si tu as eu raison d'essayer d'être "quelqu'un de bien", il aurait peut-être fallu que tu sois un peu plus égoïste pour devenir "quelqu'un de plus efficace"? Tu as peut-être mal choisi ton "quelqu'un"? Et tu passes complètement à côté du problème. Tu ne réalises pas qu'il ne s'agit pas d'un choix entre "être quelqu'un de bien" ou "être quelqu'un d'intelligent", il ne s'agit pas du tout d'un problème d'identité. Tu t'es habitué à un mensonge auquel tout le monde croit, tout simplement. En réalité, tu n'as pas à réussir. Tu n'as pas à être "quelqu'un". Tu n'as pas à faire d'efforts pour maintenir cet illusoire "quelqu'un" qui ne peut pas exister. Tu es devenu incroyablement égoïste sans t'en rendre compte, en essayant de "devenir quelqu'un", et même quelqu'un de bien.

    Depuis si longtemps tu essayes d'être quelqu'un! Mais maintenant tu n'essayes plus. Tu as laissé le quelqu'un en toi se fissurer, tomber en miettes, au début c'était assez dur d'ailleurs. Un "quelqu'un" qui s'effondre menace le "quelqu'un" des autres, et comme les autres sont tout autant accrochés à leur "quelqu'un" que toi tu l'étais avant ça peut poser quelques problèmes. Tu te rends compte que beaucoup de "quelques uns" des autres comptaient sur ton "quelqu'un" pour continuer à être leur "quelqu'un". Tu essayes de rompre en douceur parce qu'au fond tu es encore "quelqu'un", et plutôt quelqu'un qui essaye d'être quelqu'un de bien.

    Tu progresses vers l'anéantissement de ton quelqu'un, et tu progresses vers la paix, vers l'énergie, et tu aimes les autres au lieu d'aimer leur "quelqu'un" et le tien à travers le leur, et tout pourrait te faire rire d'un rire sonore et plein parce que pour toi le monde n'est plus un jeu de rôles, tu n'as plus à être "quelqu'un", tu n'as plus qu'à être, et tous les problèmes ont disparus, et si tu deviens un imbécile heureux ça ne sera qu'un autre type d'être sans être un "quelqu'un", tu as compris ce qu'était la compassion parce que tu as souffert et que c'est terminé. Tu t'es débarrassé de ce qui en toi pouvait vraiment souffrir, la douleur existe encore mais plus la souffrance car il n'y a plus rien en toi que l'on peut blesser.

    Tu comprends maintenant que tu as passé ta vie à essayer d'en rajouter sur ton "quelqu'un" pour qu'il soit vraiment chouette, alors qu'il suffisait d'en enlever peu à peu, et maintenant tu es tout aussi bien un nuage qu'une sensation de froid intense, tu es la lune et la merde de chien dans la rue, et tout est très bien comme ça.

    Maintenant que tu n'es plus "quelqu'un", tu peux être tout simplement, et tu seras toujours, parce que tu seras ta mort et le vent dispersant tes cendres ; c'est dur à expliquer, c'est dur de mettre des mots dessus, cela ressemble à une belle connerie "New Age", mais tu sais que c'est la seule vérité : n'étant plus quelqu'un, tu es le fait d'être, et étant le fait d'être, tu seras toujours. Longtemps tu as essayé d'être quelqu'un, de trouver ce quelqu'un qu'il te fallait être. Maintenant tu repenses en riant à cette phrase de Yoda dans Star Wars : "Fais-le ou ne le fais pas, mais il n'y a pas d'essai". "Sois-le ou ne le sois pas, mais il n'y a pas d'essai". Tu as longtemps essayé d'être quelqu'un, maintenant tu es.


    *


    Réussir est probablement la pire chose qui puisse vous arriver ; à cause d'une coïncidence, vous pensez avoir trouver votre quelqu'un, mais ça ne durera vraiment pas longtemps. Alors vous essayez de vous maintenir dans la "réussite" (vous êtes de ceux qui réussissent dans la vie) et cela vous use beaucoup, et vous n'acceptez d'être que la réussite de votre "quelqu'un", et c'est dommage pour votre vrai "vous" qui, je vous l'assure, n'est pas "quelqu'un" qu'on peut saisir et illustrer avec une photographie et une liste de diplômes ou de fonctions comme "père, mère, ouvrier, musicien, marathonien etc..."
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    Message par tangolinos le Mer 14 Mai 2014 - 19:52

    Le premier texte me fait penser à l'oreille qui n'entend que le bruit, et l'autre qui n' entend que le son du silence.

    Le deuxième texte me semble ressembler au premier, dans le sens que l'identification qu'on s'accorde peut être bruyante ou silencieuse.
    Il y a bien une progression qui va du "croire qu'on sait" au "savoir qu'on croit"...
    Inutile de paraître, le seul soucis est d'être.
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    Message par Kaïkan le Mer 14 Mai 2014 - 22:18


    Être quelqu'un... Être personne...




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    Message par Fred le Sam 17 Mai 2014 - 12:19

    Extrait de : Ombre (psychologie analytique)

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Ombre_(psychologie_analytique)

    « L'archétype réside dans la tendance à nous représenter de tels motifs, représentation qui peut varier considérablement dans les détails, sans perdre son schème fondamental. 3 » Il s'agit d'une image primordiale qui conditionne notre comportement. En tant qu'archétype, l'ombre est une dynamique psychique inconsciente et autonome à l'origine de mouvements toujours opposés au Moi ; Jung nomme ce fonctionnement la compensation : un complexe inconscient a pour fonction de compenser une attitude consciente trop unilatérale. Cependant sa rencontre est marquante pour le Moi, d'autant plus saisissante et fondamentale que le complexe est autonome, c'est-à-dire refoulé depuis des années :

    « L'expérience archétypique est une expérience intense et bouleversante. Il nous est facile de parler aussi tranquillement des archétypes, mais se trouver réellement confronté à eux est une tout autre affaire. La différence est la même qu'entre le fait de parler d'un lion et celui de devoir l'affronter. Affronter un lion constitue une expérience intense et effrayante, qui peut marquer durablement la personnalité. 4 »

    Quelques chapitres intéressants :
    3 L'ombre : les potentialités du sujet
    4 L'ombre une instance psychique autonome
    5 Projections de l'Ombre
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    Message par zanshin le Sam 17 Mai 2014 - 18:41

    Kaïkan a écrit:
    Être quelqu'un... Être personne...

     tao 

    Il y a aussi être tout simplement soi-même. C'est peut-être pas si facile finalement.  Wink


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    Message par Fenrir le Sam 18 Juil 2020 - 11:41

    Je déterre un vieux sujet pour partager ici quelques "poèmes" à l'occasion.

    Celui qui suit tourne autour, avec peu de clarté, de l'idée de "réussir une rencontre". Je joue un peu sur l'idée qu'une rencontre peut se faire avec quelque chose qui n'est pas, conventionnellement, une "personne". On rencontre un matin, une forêt, etc.

    C'est un poème un peu obscur et trop entaché d'idées (philosophiques ?) pour être vraiment un pur poème. C'est un poème encore en travail. La ligne "fenêtre-ouverture-lumière-jardin-ailes-mouches-chaise-peignoire-assise-regard-fatigue", j'aimerai bien apprendre le chinois ou le japonnais pour pouvoir l'approcher comme une langue idéogrammatique (mais quel effort cela demanderait ! J'ai l'impression que ces langues sont impossibles à apprendre); ici j'essaye d'utiliser le français comme il me semble que certains poètes asiatiques utilisent les langues idéogrammatiques. Mais c'est sûrement très approximatif.

    Cela tente de développer l'idée qui me semble bouddhiste : une trop grande projection de l'égo empêche ou colore négativement la "rencontre". Cette projection se fait parfois à notre insu à cause et grâce au langage (outil magique, mais outil qui déforme un peu : Maslow a un mot fameux : "il est tentant, quand tout ce qu'on a est un marteau, de considérer toutes les choses comme des clous" ; le marteau c'est bien, le langage c'est bien, mais on utilise le marteau pour enfoncer les clous et on utilise le langage pour tenter de communiquer ; on ne vit ni avec l'un ni avec l'autre, même si on a plus ou moins besoin de l'un et de l'autre en fonction de notre boulot, maçon ou écrivain etc.)

    L'idée "boule d'idées-sensations non déroulée" vient de Thomas de Quincey (Confessions d'un mangeur d'opium) ; c'est une "idée" qui m'a profondément marquée mais dont je n'arrive jamais à retrouver les références précises. Il a inventé un mot pour ça qui ressemble à "volute", dans la traduction. Quincey, au 19ème, a remarqué et expliqué qu'une pensée était d'abord une boule composite, un "objet" complexe mélangeant idées et sensations, non-discursif, et que pour "en faire quelque chose consciemment" on doit agir sur cette boule, cette matière première brute, et qu'en agissant dessus, on la déforme toujours un peu.



    ***


    Ce matin à l'écoute
    Exactement à l'équilibre
    Entre réceptivité (plus ou moins la passivité) et projection (plus ou moins l'activité)
    Accueil réalisé ; laisser l'autre venir, ouvrir une porte,
    Peut-être préparer quelque chose à boire,
    Peut-être pas.

    Ce n'est pas encore tout à fait beau.
    Ici le travail commence, balbutiant.
    L'autre est peut-être ennuyeux,
    Trop malin, ou trop bête,
    Trop banal ou trop dérangeant.

    L'autre peut se tenir dans une personne ordinaire
    ou peut aussi être cette boule de sensations qui, avant qu'on veuille la démêler,
    est quelque chose comme :

    "fenêtre-ouverture-lumière-jardin-ailes-mouches-chaise-peignoire-assise-regard-fatigue"

    On respecte les conventions pour tailler un peu cette boule de sensations-idées en forme de communication.
    Cette boule de sensations-idées est inaccessible ; telle qu'écrite ci-dessus elle est déjà taillée, mais juste "moins taillée" que d'habitude, d'habitude on dirait plutôt, dans une version étendue :


    "La fenêtre est ouverte, la lumière matinale renvoie par sélection les couleurs de mon jardin au loin, j'entends le bruit des ailes des mouches (deux, trois peut-être volent autour de moi) tandis que je suis en peignoir (là il y a toutes les sensations tactiles,
    le peignoir qui s'entre-ouvre sur ma poitrine, le contact rêche et pourtant doux avec le mauvais tissu-éponge de basse qualité) et assis sur une chaise, la fatigue de mon regard ouatant un peu tout autour."

    La boule de sensations-idées non taillée, non déroulée, c'est aussi déjà un "autre" ; et l'autre s'il est humain ou être vivant quelconque, si on ne se met pas à trop tailler dedans comme on a fait dans la boule d'idées-sensations, alors on l'accueille enfin.

    Ne pas trop tailler dans la boule d'idées-sensations,
    moins tailler,
    et surtout savoir qu'on taille toujours un peu au lieu de prendre
    notre taille pour le réel.



    Pour rencontre l'autre, il faut tailler comme il faut. Ni trop ni trop peu.


    Si on arrive à sentir un peu ce que l'autre est capable de tailler dans notre propre découpe du réel, on peut arriver à faire une belle rencontre. Sinon, on peut rater la rencontre, rater la forêt, rater le matin, rater la rue bruyante et tous les trucs. Les trucs ratés quelque part gardent envers nous une certaine rancune. La forêt sait qu'on l'a ratée, à sa manière elle le sait très bien, elle ne l'oublie pas (à sa manière, elle n'a pas besoin de s'en souvenir pour ne pas l'oublier) ; elle tend ses racines en étant un peu bougonne et se fait plus dangereuse pour notre pied fou. Une forêt trop ratée par les êtres qui y passent finit par devenir franchement hostile.

    C'est un jeu très subtil où un peu de télépathie advient sans qu'on sache bien comment.

    Je crois que le Bouddha historique devait être très fort pour ça.

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