La conviction
La conviction (1)
Extrait des enseignements sur les cinq facultés
Placer la sagesse aux commandes de l’esprit
Ṭhānissaro Bhikkhu
Traduit de l’anglais par Khamaṇo Bhikkhu avec la collaboration de Ṭhānissaro Bhikkhu, Catherine Neykov et Jean-Paul Bernier.
L’enseignement de ce soir a pour thème la conviction, qui est la première des cinq facultés.
En Pali le mot pour conviction, saddhā, peut également signifier croyance ou foi. Quand ils viennent au bouddhisme, beaucoup de gens n’aiment pas entendre le mot de « foi » parce qu’ils ont été échaudés par des systèmes de croyances qui leur demandent d’avoir foi en des choses qui défient l’entendement, et qui placent le pouvoir dans d’autres mains que les leurs. Mais dans les enseignements du Bouddha, la conviction fonctionne comme une hypothèse de travail. C’est une hypothèse que vous faites sur le pouvoir de vos actions. Elle concerne des choses que vous n’avez pas encore prouvées et que vous ne pourrez prouver qu’en les testant, mais dont vous avez besoin comme prémisses pour suivre la voie. Pour le Bouddha, le fait qu’une chose soit raisonnable ne prouve pas qu’elle soit vraie. C’est simplement une prémisse pour faire naître la foi ou la conviction. La preuve vient quand on met les enseignements en pratique et qu’on fait l’expérience directe du bonheur véritable qui en résulte.
Ce qu’il y a d’attractif dans le fait de mettre votre conviction dans le pouvoir de vos actions, c’est que c’est raisonnable et que cela place le pouvoir entre vos mains.
La voie que le Bouddha enseigne pour mettre un terme à la souffrance est une voie d’action. Pour pouvoir la suivre, vous devez donc faire certaines hypothèses sur la nature de l’action.
La première hypothèse est que les actions sont réelles et non illusoires.
Deuxièmement, vos actions sont le résultat de vos choix. Elles ne sont pas
simplement le produit d’une force extérieure qui agit à travers vous. En d’autres termes, elles ne sont pas simplement déterminées par les étoiles ou par votre ADN. C’est vous qui faites ces choix.
Le troisième principe est que vos actions ont réellement des effets. Ce n’est pas comme lorsque vous écrivez dans l’eau et que cela disparaît immédiatement. Lorsque vous faites quelque chose, cela aura un effet qui s’exprimera dans le moment présent et qui perdurera également dans le futur.
Le quatrième principe est que les effets de vos actions sont des tendances. Ils ne sont pas strictement déterministes ; les résultats auxquels ils mènent ne sont donc pas catégoriques.
Enfin, le cinquième principe est que les conséquences de vos actions dépendent de votre état d’esprit, d’une part quand vous agissez, et d’autre part lorsque vous recevez les résultats de ces actions.
Notez que ces principes ne sont pas des questions que vous pouvez choisir d’éviter. Chaque fois que vous agissez, vous prenez une décision quant à savoir si cette action vaut la peine ou pas. Et votre calcul va dépendre de la position que vous adoptez sur ces trois premiers points, c’est-à-dire le fait que cette action est bien réelle, qu’elle est le résultat de votre choix, et qu’elle aura des conséquences. Pour obtenir les meilleurs résultats, le Bouddha vous recommande d’accepter ces trois principes. Si vous les refusez, vous n’aurez aucune raison de faire attention à ce que vous faites. Il recommande également d’accepter l’hypothèse que la loi du kamma fonctionne vingt-quatre heures sur vingt- quatre. Ce n’est pas comme une règle de stationnement qui, par exemple interdit le stationnement les mardis et les jeudis, mais qui l’autorise le reste du temps. Trop souvent, nous avons cette idée que les effets du kamma devraient se plier à notre volonté. Dans certains cas, on se dit, « J’espère que cette action produira un résultat, » et dans d’autres, « J’espère que celle-là n’en aura pas, qu’elle n’aura pas d’importance. » Mais le Bouddha dit que vous devez accepter cette hypothèse du kamma sans discontinuité si vous voulez pouvoir suivre la voie de façon continue. Accepter que les actions habiles mènent à de bons résultats et les actions malhabiles à de mauvais résultats, et ce, dans tous les cas.
Pour ce qui est des deux dernières hypothèses – le fait que les effets de vos actions sont des tendances, et que ces effets dépendent de l’état et votre esprit, à la fois pendant que vous agissez et quand vous en recevez les résultats : sans accepter ces deux principes, la voie qui mène au terme de la souffrance serait impossible. Tout le monde aurait à endurer les résultats d’erreurs passées avant de pouvoir atteindre l’éveil, et de ce fait, personne ne serait capable d’y arriver. On serait en quelque sorte bloqué, ayant à souffrir continuellement de nos actions passées. Mais souvenez-vous que lorsque le Bouddha enseigne le kamma, il ne dit jamais que quelqu’un « mérite » de souffrir. Si vous développez votre esprit, comme il le dit, d’une façon illimitée, alors quand les actions passées produiront leurs résultats, ceux-ci n’auront qu’un impact minime. L’image qu’il utilise est celle d’une grande pièce d’eau. Si vous placez un gros morceau de sel dans une grande rivière, par exemple, alors – en supposant que la rivière soit propre – vous pourrez quand même en boire l’eau. En revanche si vous mettez le même morceau de sel dans un verre d’eau, elle sera beaucoup trop salée pour pouvoir la boire. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous pratiquons, afin de créer un état d’esprit qui soit vaste, illimité. Les enseignements du Bouddha nous permettent de nous libérer de la souffrance, qu’elle soit « méritée » ou non.
Dans le bouddhisme, la conviction dans ces principes possède trois dimensions : ceux en qui vous croyez, ce que vous croyez, et comment vous allez agir en conséquence. Il y a un passage où le Bouddha dit que la conviction est exprimée dans les quatre facteurs de l’entrée dans le courant [§2].
Malheureusement, le Pali est comme l’allemand, les noms composés comme « facteurs-entrée-courant » ne vous indiquent pas la nature de la relation grammaticale entre leurs différents composants. Or il se trouve qu’il y a deux groupes de facteurs liés à l’entrée dans le courant, et que dans chaque cas, la relation grammaticale entre les différents composants est différente.
Suite: http://portail-dhamma.com/la-conviction
avec metta
gigi
La conviction (1)
Extrait des enseignements sur les cinq facultés
Placer la sagesse aux commandes de l’esprit
Ṭhānissaro Bhikkhu
Traduit de l’anglais par Khamaṇo Bhikkhu avec la collaboration de Ṭhānissaro Bhikkhu, Catherine Neykov et Jean-Paul Bernier.
L’enseignement de ce soir a pour thème la conviction, qui est la première des cinq facultés.
En Pali le mot pour conviction, saddhā, peut également signifier croyance ou foi. Quand ils viennent au bouddhisme, beaucoup de gens n’aiment pas entendre le mot de « foi » parce qu’ils ont été échaudés par des systèmes de croyances qui leur demandent d’avoir foi en des choses qui défient l’entendement, et qui placent le pouvoir dans d’autres mains que les leurs. Mais dans les enseignements du Bouddha, la conviction fonctionne comme une hypothèse de travail. C’est une hypothèse que vous faites sur le pouvoir de vos actions. Elle concerne des choses que vous n’avez pas encore prouvées et que vous ne pourrez prouver qu’en les testant, mais dont vous avez besoin comme prémisses pour suivre la voie. Pour le Bouddha, le fait qu’une chose soit raisonnable ne prouve pas qu’elle soit vraie. C’est simplement une prémisse pour faire naître la foi ou la conviction. La preuve vient quand on met les enseignements en pratique et qu’on fait l’expérience directe du bonheur véritable qui en résulte.
Ce qu’il y a d’attractif dans le fait de mettre votre conviction dans le pouvoir de vos actions, c’est que c’est raisonnable et que cela place le pouvoir entre vos mains.
La voie que le Bouddha enseigne pour mettre un terme à la souffrance est une voie d’action. Pour pouvoir la suivre, vous devez donc faire certaines hypothèses sur la nature de l’action.
La première hypothèse est que les actions sont réelles et non illusoires.
Deuxièmement, vos actions sont le résultat de vos choix. Elles ne sont pas
simplement le produit d’une force extérieure qui agit à travers vous. En d’autres termes, elles ne sont pas simplement déterminées par les étoiles ou par votre ADN. C’est vous qui faites ces choix.
Le troisième principe est que vos actions ont réellement des effets. Ce n’est pas comme lorsque vous écrivez dans l’eau et que cela disparaît immédiatement. Lorsque vous faites quelque chose, cela aura un effet qui s’exprimera dans le moment présent et qui perdurera également dans le futur.
Le quatrième principe est que les effets de vos actions sont des tendances. Ils ne sont pas strictement déterministes ; les résultats auxquels ils mènent ne sont donc pas catégoriques.
Enfin, le cinquième principe est que les conséquences de vos actions dépendent de votre état d’esprit, d’une part quand vous agissez, et d’autre part lorsque vous recevez les résultats de ces actions.
Notez que ces principes ne sont pas des questions que vous pouvez choisir d’éviter. Chaque fois que vous agissez, vous prenez une décision quant à savoir si cette action vaut la peine ou pas. Et votre calcul va dépendre de la position que vous adoptez sur ces trois premiers points, c’est-à-dire le fait que cette action est bien réelle, qu’elle est le résultat de votre choix, et qu’elle aura des conséquences. Pour obtenir les meilleurs résultats, le Bouddha vous recommande d’accepter ces trois principes. Si vous les refusez, vous n’aurez aucune raison de faire attention à ce que vous faites. Il recommande également d’accepter l’hypothèse que la loi du kamma fonctionne vingt-quatre heures sur vingt- quatre. Ce n’est pas comme une règle de stationnement qui, par exemple interdit le stationnement les mardis et les jeudis, mais qui l’autorise le reste du temps. Trop souvent, nous avons cette idée que les effets du kamma devraient se plier à notre volonté. Dans certains cas, on se dit, « J’espère que cette action produira un résultat, » et dans d’autres, « J’espère que celle-là n’en aura pas, qu’elle n’aura pas d’importance. » Mais le Bouddha dit que vous devez accepter cette hypothèse du kamma sans discontinuité si vous voulez pouvoir suivre la voie de façon continue. Accepter que les actions habiles mènent à de bons résultats et les actions malhabiles à de mauvais résultats, et ce, dans tous les cas.
Pour ce qui est des deux dernières hypothèses – le fait que les effets de vos actions sont des tendances, et que ces effets dépendent de l’état et votre esprit, à la fois pendant que vous agissez et quand vous en recevez les résultats : sans accepter ces deux principes, la voie qui mène au terme de la souffrance serait impossible. Tout le monde aurait à endurer les résultats d’erreurs passées avant de pouvoir atteindre l’éveil, et de ce fait, personne ne serait capable d’y arriver. On serait en quelque sorte bloqué, ayant à souffrir continuellement de nos actions passées. Mais souvenez-vous que lorsque le Bouddha enseigne le kamma, il ne dit jamais que quelqu’un « mérite » de souffrir. Si vous développez votre esprit, comme il le dit, d’une façon illimitée, alors quand les actions passées produiront leurs résultats, ceux-ci n’auront qu’un impact minime. L’image qu’il utilise est celle d’une grande pièce d’eau. Si vous placez un gros morceau de sel dans une grande rivière, par exemple, alors – en supposant que la rivière soit propre – vous pourrez quand même en boire l’eau. En revanche si vous mettez le même morceau de sel dans un verre d’eau, elle sera beaucoup trop salée pour pouvoir la boire. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous pratiquons, afin de créer un état d’esprit qui soit vaste, illimité. Les enseignements du Bouddha nous permettent de nous libérer de la souffrance, qu’elle soit « méritée » ou non.
Dans le bouddhisme, la conviction dans ces principes possède trois dimensions : ceux en qui vous croyez, ce que vous croyez, et comment vous allez agir en conséquence. Il y a un passage où le Bouddha dit que la conviction est exprimée dans les quatre facteurs de l’entrée dans le courant [§2].
Malheureusement, le Pali est comme l’allemand, les noms composés comme « facteurs-entrée-courant » ne vous indiquent pas la nature de la relation grammaticale entre leurs différents composants. Or il se trouve qu’il y a deux groupes de facteurs liés à l’entrée dans le courant, et que dans chaque cas, la relation grammaticale entre les différents composants est différente.
Suite: http://portail-dhamma.com/la-conviction
avec metta
gigi