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Hishiryo ou la pensée non cognitive

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Fred
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Hishiryo ou la pensée non cognitive

Message par Fred le Lun 25 Déc 2017 - 16:31

Bonjour,

J’ai employé ces derniers temps ici et là cette notion de pensée non cognitive, car il m’est apparut avec évidence qu’elle pouvait éclairer avec force ce terme un peu obscure d'hishiryo.

Je voudrais développer un peu plus ce que j’entends par cette notion, en conscience néanmoins de ce que la description d’une telle pensée au delà de la pensée a de paradoxal. Il est évident en effet que toute démarche descriptive est proprement contraire à l’attitude hishiryo.
Pourquoi ?
Parce que le rapport entre hishiryo et la pensée cognitive, (ma démarche ici étant d’ordre cognitif), est le même qui réside entre le silence et une parole qui tenterait de décrire ce dernier. La parole est en effet au silence -comprenons le terme silence dans le sens d’une volonté de s’abstenir de se prononcer- ce que la lumière est à l’obscurité ; métaphoriquement, si je veux apporter la lumière sur ce qu’est l’obscurité, cette dernière sera immédiatement effacée.
La chanson de Charles Trenet (Le soleil et la lune) évoque bien cette problématique.



(...)
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Re: Hishiryo ou la pensée non cognitive

Message par Fred le Lun 25 Déc 2017 - 18:18

Alors, qu’est-ce que la pensée non cognitive ?
Eh bien, comme son nom l’indique, c’est la pensée exempte de la volonté de connaître. Hishiryo, la pensée non cognitive c’est en quelque sorte ; ne pas se saisir des objets perçus pour, après cette phase de perception, les récupérer afin de tenter de les analyser, de les comprendre, de les modeler de sorte à en tirer un bénéfice cognitif.

La pensée non cognitive, s’arrête donc au stade de la pure perception des objets en quelque sorte ; « pure » parce que se limitant au constat de leur présence, à un stade où le mécanisme du mental ne s’est pas mis en route comme il le fait ordinairement dans le but de tirer partie de ces objets en les rendant digestes pour sa propre subsistance.

En d’autres termes, le mental est un filtre ; il se saisit des objets de perception en les faisant passer par les mailles de son filet que sont les critères tels que le juste, le faux, l’existant, le non existant, le noir, le blanc etc. qui auront comme fonction d’appauvrir les perceptions afin de les rendre communicables.

(...)
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Re: Hishiryo ou la pensée non cognitive

Message par tangolinos le Lun 25 Déc 2017 - 20:05

Salut Fred
tu intitules ton nouveau sujet = ‘’Hishiryo ou la pensée non-cognitive’’.
Je suis bien d’ accord avec toi que le mot ‘’Hishiryo’’ évoque une insaisissable idée qui ressemblerait, à mon humble avis, à l’ indescriptible phénomène qui se produit lors d’un extrême lâcher prise.

Cependant, ta prétention de l’ assimiler à l’ idée d’ une ‘’pensée non-cognitive’’, me semble maladroite, dans le sens que le mot ‘’cognition’’ nous revoit à de multiples inextricables interprétations.

Vois-tu, comme l’ évoque Charles Trenet ce fameux rendez-vous entre le Soleil et la Lune me semble impossible.

Mais bon, il me semble qu’il n’ est pas nécessaire d’ attendre le témoignage du Soleil, pour savoir que la Lune est là.
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Re: Hishiryo ou la pensée non cognitive

Message par Fred le Lun 25 Déc 2017 - 20:13

Chinois-salut

Troisième et dernier volet de cette réflexion.

Lorsqu’il est dit dans le Sutra du Coeur : …

O Sariputra, toute existence a le caractère de Ku, il n'y a ni naissance, ni commencement, ni pureté,ni souillure, ni croissance, ni décroissance.

C'est pourquoi, dans Ku, il n'y a ni forme, ni skandas, ni oeil, ni oreilles, ni nez, ni langue, ni corps, ni conscience.

Il n'y a ni couleurs, ni sons, ni odeur, ni goût, ni toucher, ni objet de pensée.

Il n'y a ni savoir, ni ignorance, ni illusion du déclin et de la mort.

Il n'y a ni origine de la souffrance, ni cessation de la souffrance.

Il n'y a pas de connaissance, ni profit, ni non-profit.

…il n’est pas question ici pour le Bouddha de nous transmettre une énième description de la nature de la réalité, mais bien de formuler le plus directement possible ce qu’est la pensée non cognitive. En effet dire à contrario qu’il y-a des couleurs, des sons ou des odeurs, est déjà le fait d’un travail de réflexion visant la connaissance des choses.

Cette distinction fait une grande différence, car vouloir décrire la nature de la réalité, c’est précisément tenter de la réduire à quelque chose de connaissable. C’est bien l’objet du mental dont la seule fourberie est de nous laisser croire lorsqu’il jouit d’une suprématie, que le seul rapport que nous puissions avoir avec la réalité, soit de l’ordre d’un rapport cognitif.

En revanche si on comprend que le Bouddha évoque directement ici la pensée non cognitive, alors on comprend que lorsqu’il dit par exemple qu’il n-y a ni couleurs, ni sons, ni odeurs, ni, ni… il s’agit de l’évocation d’un état d’esprit, à savoir, celui de non investigation de ce qu’il nous est donné de percevoir.

En d’autres termes, ceux qui s’insurgeront à la suite de la lecture de ce sutra du fait que le Bouddha affirme l’absence de toutes ces choses (sons, odeurs, couleurs…) ne se situent pas dans la même logique que lui ; disons qu’ils se situeraient d’avantage au niveau du désir de connaissance du monde, alors que le Bouddha, lui, se situe au niveau de l’affirmation de l’état où il n’y-a pas désir de connaître, l’état hishiryo.

étoile

Je pense qu’il est nécessaire de terminer cet exposé, en rappelant que le bouddhisme est sensé ouvrir des portes si je puis dire, et non les refermer.

Ainsi, il s’agit de dire que la pensée cognitive et non cognitive ne se font pas obstacle l’une l’autre, que la pensée non cognitive ne s’affirme pas au détriment de la pensée cognitive, mais qu'elle est un enrichissement, une faculté qui est affranchissement de la pensée exclusivement cognitive.

En somme, c'est comme avoir deux cordes à son arc au lieu d’une.
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Re: Hishiryo ou la pensée non cognitive

Message par Fred le Lun 25 Déc 2017 - 20:23

Salut Tango,

Merci de mettre ma maladresse sur le compte de ce que j'ai mentionné : l'appauvrissement nécessaire des perceptions à visée de pouvoir les communiquer.

Tango a écrit:Mais bon, il me semble qu’il n’ est pas nécessaire d’ attendre le témoignage du Soleil, pour savoir que la Lune est là.

Shocked

Toutes tes contributions sont ce témoignage...alors évidemment je suis surpris de ta remarque Smile
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Re: Hishiryo ou la pensée non cognitive

Message par tangolinos le Lun 25 Déc 2017 - 21:46

Disons que :
1/la pensée Hishiryo est le discours de l’ intuition (pour ne pas dire de notre insaisissable véritable nature).
2/la pensée cognitive est notre façon de l’ accueillir en faisant intervenir notre raison.
Oui, je vois bien le discours de l’intuition comme étant une évocation de l’ Absolu qui nous inciterait à faire abstraction du dualisme dans lequel nous baignons…Et bien sur, puisque nous sommes ignorants de ce que veut notre véritable nature, nous brandissons notre raison pour que les idées brandies par l’ intuition puissent tant bien que mal se manifester dans la dualité.
Alors disons que parfois, on peut se laisser agir intuitivement (Hishiryoiquement ), mais souvent les actes qui surgissent à notre insu, nous retombent sur le nez… Alors le mieux est de ne pas laisser tomber notre pensée cognitive, mais en la considérant comme étant un outil indispensable qui arrive en second plan.
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Re: Hishiryo ou la pensée non cognitive

Message par Fred le Lun 25 Déc 2017 - 23:07

Non, hishiryo ne tient aucun discours.
Un discours peut seulement être tenu par la pensée cognitive.
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Re: Hishiryo ou la pensée non cognitive

Message par Yudo, maître zen le Mar 26 Déc 2017 - 15:16

Comme je ne cesse de le rappeler, hishiryô signifie littéralement "Absolument interdit de penser"
Et bien entendu, il s'agit effectivement de la pensée discursive, celle qui s'empare des images qui surgissent de notre cerveau et les transforme en film, ou en conférence.
D'où l'image de l'observateur qui regarde les pensées entrer et sortir, sans les arrêter pour leur faire la conversation. (Ou leur faire un cours...)
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Re: Hishiryo ou la pensée non cognitive

Message par Fred le Mar 26 Déc 2017 - 15:46

Oui, j'ai parlé quant à moi de la pensée non cognitive; cognition qui précisément se tisse par le biais de la pensée discursive.
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Re: Hishiryo ou la pensée non cognitive

Message par Kaïkan le Mar 26 Déc 2017 - 16:47


Bonjour,

Je ne crois pas, c'est un avis personnel, que l'on puisse comparer pensée non-cognitive avec hishiryõ.
La pensée non-cognitive pourrait être opposée à la pensée cognitive dont elle serait le contraire.
Par contre, en ce qui me concerne, je pense que hishiryõ n'est opposé à rien et n'est pas le contraire de quoi que ce soit.
La conscience hishiryõ c'est l'alternance de shiryo et fushiryo. C'est-à-dire qu'elle englobe pensée et non-pensée. Elle est en quelque sorte le témoin impartial de toutes nos divagations pendant zazen.
La conscience hishiryõ n'est pas quelque chose de spécial qui serait pour ainsi dire éloigné, comme un état lointain qu'il faudrait obtenir.
C'est tout simplement ce qui apparait lorsqu'on arrête de se prendre soi-même comme interlocuteur. Lorsqu'on cesse le dialogue intérieur. On se met alors à observer des pensées qui surgissent et qui passent comme des vagues. Inutile de chercher quoi que ce soit et surtout pas hishiryõ. Arrow


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Re: Hishiryo ou la pensée non cognitive

Message par tangolinos le Mar 26 Déc 2017 - 20:49

Salut les copains,
comme l’ évoque Fred dans son premier message, il nous est impossible de saisir Hishiryo….
Alors que faire ?
Il me semble que la seule alternative est de:
1/ laisser tomber toute prétention de le saisir, tout comme l’ évoque Yudo: ‘’"Absolument interdit de penser », dans son message N°8…
2/ et de se laisser saisir par le ‘’son du silence’’ qui n’ est pas dénué de discours, puisqu'il en est la source.
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Re: Hishiryo ou la pensée non cognitive

Message par Fred le Mar 26 Déc 2017 - 21:29

Bonsoir Kaïkan,

Je vais ici prêcher pour ma paroisse.

Tu dis :

La pensée non-cognitive pourrait être opposée à la pensée cognitive dont elle serait le contraire.

Cette affirmation révèle un paradoxe. En effet les contraires ne peuvent surgir que de la pensée cognitive. On connait une chose parce qu’elle est, mais aussi par ce qu’elle n’est pas.
Ainsi j’aurais envie de dire, que pour la pensée cognitive, il existe une pensée cognitive et une pensée non cognitive, mais que cette distinction n’existe pas pour la pensée non cognitive qui par définition, ne cherchant pas à se connaître elle-même, ne cherche pas d’avantage à connaître ce qui lui est contraire ou juste différent.
On peut donc dire comme tu le fais, « que hishiryõ n'est opposé à rien et n'est pas le contraire de quoi que ce soit. »
Mais en disant cela, on révèle précisément la distinction entre hishiryo et la pensée cognitive pour laquelle les contraires sont un principe révélateur d’une connaissance.

Tu dis :
La conscience hishiryõ c'est l'alternance de shiryo et fushiryo. C'est-à-dire qu'elle englobe pensée et non-pensée. Elle est en quelque sorte le témoin impartial de toutes nos divagations pendant zazen.

C’est à mon sens par cette alternance que tu évoques que les pensées ayant pour visée une connaissance sont abandonnées.

Tu dis :
C'est tout simplement ce qui apparait lorsqu'on arrête de se prendre soi-même comme interlocuteur. Lorsqu'on cesse le dialogue intérieur.

J’ai évoqué l’appauvrissement des perceptions à visée de pouvoir les communiquer.
Cette communication ne va pas seulement de soi à l’autre, mais de soi à soi (dialogue intérieur).
Ne plus être l'esclave de ce dialogue intérieur, c'est à mon sens retrouver toute la richesse des perceptions libérées du filtre de ce dialogue en quelque sorte.

Tu dis :
Inutile de chercher quoi que ce soit et surtout pas hishiryõ.

Absolument d’accord, mais en ajoutant que chercher, c’est espérer trouver quelque chose, quelque chose qui serait en l'occurrence de l’ordre d’une connaissance d’un état particulier nommé hishiryo.
On comprend donc aisément par là qu'un état que je pense être non cognitif, ne peut faire l'objet d'une quelconque recherche.

Quoi qu'il en soit, je pense que nous savons à peu près tous ici de quoi nous parlons. La difficulté réside bien évidemment dans cette tentative de le transmettre.
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Re: Hishiryo ou la pensée non cognitive

Message par Yudo, maître zen le Mar 26 Déc 2017 - 22:01

Je suis assez embarrassé par toute cette controverse, et ce pour plusieurs raisons.

La première, je le répète, c'est l'étymologie stricte du terme, plus le contexte dans lequel il est formulé. Hi, c'est une SUPER négation. HI sert pour indiquer les négations absolues, impératives, légales. Ce n'est pas "ne pas penser" c'est Cétotomatix qui hurle "NON! Tu ne penseras pas!"

L'autre, c'est que vous utilisez une terminologie qui prête à confusion. Que les pensées surgissent dans notre tête, c'est normal, c'est ce que fait le cerveau, et Sawaki disait à juste titre, "le seul moment où on a l'esprit vide, c'est quand on est mort!" "C'est ne vraiment pas penser" doit s'entendre comme de prendre une idée qui a surgi dans le cerveau, et la développer en un discours quelconque. Il s'agit donc de la pensée discursive. Pinailler sur la "pensée cognitive" ne fait qu'entretenir la confusion. Il s'agit de la pensée DISCURSIVE, celle qui fait des discours.

Parler de pensée cognitive contre non-cognitive passe à côté du problème et entretient la confusion. De même, parler de "conscience hishiryô" est un contresens. Ce n'est pas une modalité de conscience spéciale, c'est "on s'abstient de broder sur des thèmes que nous présente le cerveau".

Mais bon, après, vous faites comme vous voulez, hein!
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Re: Hishiryo ou la pensée non cognitive

Message par Kaïkan le Mar 26 Déc 2017 - 22:05


Pour Fred :
Je comprends bien ta réponse et ne suis pas étonné car tu traduis hishiryõ par pensée non-cognitive. C'est comme cela que toi, Fred, tu vois cette similarité entre les deux.
Pourtant ce n'est pas l'avis de tout le monde et la plupart des gens qui utilisent le mot : "pensée non-cognitive" n'ont aucune idée de ce qu'est hishiryõ.
Voir par exemple : https://varlyproject.wordpress.com/2015/09/29/les-competences-non-cognitives/
Bonne lecture...  Smile
Tu peux aussi faire une recherche sur google et tu verras d'autres aspect de ce que l'on entend par pensée non-cognitive. Les avis sont très variés...  study


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Re: Hishiryo ou la pensée non cognitive

Message par Kaïkan le Mar 26 Déc 2017 - 22:20

Yudo a écrit:Parler de pensée cognitive contre non-cognitive passe à côté du problème et entretient la confusion. De même, parler de "conscience hishiryô" est un contresens. Ce n'est pas une modalité de conscience spéciale, c'est "on s'abstient de broder sur des thèmes que nous présente le cerveau".

On parle de conscience hishiryõ alors qu'on devrait dire : hishiryõ (tout court). Mais on est bien obligé de dire conscience hishiryõ parce qu'on parle à des gens qui souhaitent comprendre de quoi il est question.
Ce n'est certes pas une modalité de conscience spéciale, mais ce n'est pas non plus une absence de conscience (comme certains samãdhi du yoga qui ressemblent à une sorte de coma éveillé).
On se doit donc de parler de : "conscience hishiryõ" pour expliquer la conscience au-delà de fushiryo et de shiryo. Ce fameux préfixe négatif : HI c'est pour dire rien de la pensée ou de la non-pensée c'est-à-dire au-delà de tout ce qui est un dérivé de shiryo.
Ce n'est pas pour dire non-pensée ou bien non-conscience. Il y a une conscience mais qui observe sans participer au jugement ou au "saisir" de ce qui se présente. C'est une conscience pure, totalement pure. En fait c'est la conscience complètement sainte. Pour moi c'est cela la véritable sainteté.   Laughing


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Re: Hishiryo ou la pensée non cognitive

Message par zanshin le Mer 27 Déc 2017 - 5:38

tao
Pour moi c'est très intéressant. Smile
Vous parlez tous les trois de hishiryo et pas vraiment de pensée non-cognitive.
Ce qui est le plus drôle c'est que vous exprimez des sensibilités différentes mais vous avez en fait raison tous les trois et aucun de vous n'est à côté de la plaque.
Alors comment faites-vous pour donner l'impression que vous n'êtes pas d'accord ? Shocked
Voilà le mystère. Laughing


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Re: Hishiryo ou la pensée non cognitive

Message par Yudo, maître zen le Mer 27 Déc 2017 - 7:58

C'est que je SAIS que nous sommes d'accord, mais que je crains que l'usage de certaines modalités pour l'expliquer induise de la confusion. Comme ceux qui ont connu maître Deshimaru parlent systématiquement de "conscience hishiryô", je sais pour l'avoir éprouvé, que l'usage de la locution entretient chez pratiquement tous ceux qui n'y ont rien compris, l'idée que c'est un état de conscience particulier (et mystérieux). C'est pourquoi j'estime si important de revenir à la source:

Maître Dôgen a écrit:Un jour, maître Yakusan Igen était assis en zazen. Un moine lui demanda: A quoi pensez-vous, assis là comme un gros rocher?"
Le maître répondit: "Je pense à l'état réel de la non-pensée (fushiryô)"
Le moine demanda: "Comment pouvez-vous penser (shiryô) à l'état réel de la non-pensée (fushiryô)?"
Le maître répondit: "Cel n'a rien à voir avec le fait de penser (hishiryô)."

Et comme le fait opportunément remarquer Kaïkan, il ne s'agit pas ici de l'état de coma de certains yogis. Toute l'explication de Dôgen, par la suite (je rappelle qu'il s'agit de son Zazenshin) tente de faire passer le message que tous trois nous avons trituré: ne pas blablater dans sa tête.

Mais il n'y a pas si longtemps, j'avais dû insister lourdement auprès d'un pratiquant (qui avait commencé avec le tout premier dôjô de Montpellier!) pour lui faire comprendre qu'il ne s'agit PAS de faire le vide! On n'a pas idée d'à quel point cette idée est répandue. Cette discussion est donc hyper-importante, malgré les apparentes dissensions.
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Re: Hishiryo ou la pensée non cognitive

Message par Kaïkan le Mer 27 Déc 2017 - 9:16

zanshin a écrit:tao
Pour moi c'est très intéressant. Smile

Moi aussi je trouve ce sujet tout à fait intéressant.
D'abord il faut bien voir la différence entre non-cognition et pensée non-cognitive. Dans la pensée non-cognitive, d'après ce que j'en ai compris, on suppose une sorte de terreau subconscient qui serait la matrice encore informe de la pensée qui va se faire. Il y aurait même un langage d'attitude qui l'exprimerait, un peu comme ce qu'on peut voir dans les anciens films muets.

En ce qui concerne hishiryō, on peut éventuellement l'inclure dans ce qui est appelé non-cognition mais je le vois moins bien dans une section "pensée" que celle-ci soit non-cognitive ou pas.
L'attitude hishiryō (j'évite le mot conscience) c'est seulement laisser passer les pensées, sans saisir ni rejeter, de façon impartiale et donc détachée.
Cela rejoint, d'une certaine façon, ce qui est pratiqué dans certaines formes de yoga, dans lesquelles on reconnaît qu'il y a en chacun une sorte d'usine à penser, mais qu'au lieu d'essayer de la faire taire, il est plus habile de se situer complètement en dehors de ce mécanisme en le laissant faire sans s'y intéresser particulièrement.
Dans le zen on observe la venue et le départ des pensées comme des nuages (des phénomènes) dans le ciel (l'esprit) et donc on laisse passer sans saisir ni rejeter. Ce qui est important c'est par conséquent l'attitude du pratiquant et peu importe l'étymologie du mot hishiryō du moment qu'on reste au-delà des pensées sans les tripatouiller ou les juger en bien ou en mal. Cette pratique d'observation a pour effet de réduire le débit surabondant de réflexions qui se manifeste lorsqu'on est débutant. Lorsque la pensée n'est pas entretenue ni approuvée elle devient parfois plus espacée et permet des résurgences d'anciens refoulements divers. Le subconscient se purge en quelque sorte.

Par la suite, les pensées qui passent, selon ma propre analyse, ne viennent de nulle part et repartent vers ce nulle part.  japonais


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Re: Hishiryo ou la pensée non cognitive

Message par Fred le Mer 27 Déc 2017 - 11:59

Oui, nous triturons tous : blablaté dans sa tête. (comme le dit Yudo)

Mais puis-je savoir selon vous ce qu'est sensé en définitive servir ce blabla ?
Je dis quant à moi, mais je reste ouvert à toute proposition, qu'il sert la soif (origine de Dukkha) qui, concernant "La Grande Affaire", est soif de connaître "le fin mot de l'Histoire".
Quand je parle de pensée non cognitive, c'est donc pour parler de cet état qui serait cessation de toutes nos vaines tentatives de mettre fin à cette soif par le biais de l'acquisition d'une connaissance quelle qu'elle soit.
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Re: Hishiryo ou la pensée non cognitive

Message par Yudo, maître zen le Mer 27 Déc 2017 - 13:41

Mais je pense que Kaïkan vient de l'exposer d'une façon particulièrement claire et éloquente!
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Re: Hishiryo ou la pensée non cognitive

Message par Fred le Mer 27 Déc 2017 - 16:51

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Re: Hishiryo ou la pensée non cognitive

Message par gigi le Mer 27 Déc 2017 - 18:49

Kaikan dit:

Moi aussi je trouve ce sujet tout à fait intéressant.
D'abord il faut bien voir la différence entre non-cognition et pensée non-cognitive. Dans la pensée non-cognitive, d'après ce que j'en ai compris, on suppose une sorte de terreau subconscient qui serait la matrice encore informe de la pensée qui va se faire. Il y aurait même un langage d'attitude qui l'exprimerait, un peu comme ce qu'on peut voir dans les anciens films muets.

En ce qui concerne hishiryō, on peut éventuellement l'inclure dans ce qui est appelé non-cognition mais je le vois moins bien dans une section "pensée" que celle-ci soit non-cognitive ou pas.
L'attitude hishiryō (j'évite le mot conscience) c'est seulement laisser passer les pensées, sans saisir ni rejeter, de façon impartiale et donc détachée.
Cela rejoint, d'une certaine façon, ce qui est pratiqué dans certaines formes de yoga, dans lesquelles on reconnaît qu'il y a en chacun une sorte d'usine à penser, mais qu'au lieu d'essayer de la faire taire, il est plus habile de se situer complètement en dehors de ce mécanisme en le laissant faire sans s'y intéresser particulièrement.
Dans le zen on observe la venue et le départ des pensées comme des nuages (des phénomènes) dans le ciel (l'esprit) et donc on laisse passer sans saisir ni rejeter. Ce qui est important c'est par conséquent l'attitude du pratiquant et peu importe l'étymologie du mot hishiryō du moment qu'on reste au-delà des pensées sans les tripatouiller ou les juger en bien ou en mal. Cette pratique d'observation a pour effet de réduire le débit surabondant de réflexions qui se manifeste lorsqu'on est débutant. Lorsque la pensée n'est pas entretenue ni approuvée elle devient parfois plus espacée et permet des résurgences d'anciens refoulements divers. Le subconscient se purge en quelque sorte.

Par la suite, les pensées qui passent, selon ma propre analyse, ne viennent de nulle part et repartent vers ce nulle part.   japonais
gigi dit:
On ne pouvait pas mieux dire Smile

Avec metta
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tangolinos
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Re: Hishiryo ou la pensée non cognitive

Message par tangolinos le Mer 27 Déc 2017 - 18:54

Salut Kaïkan
ton message N° 18 est succulent, puisqu'il explique bien le bienfait thérapeutique de la pratique de la méditation ''façon zen''.
Cependant, je ne pense pas que Fred ait pondu le titre de ce sujet pour rien... je soupçonne fortement qu'il ait médité à ce propos, et qu'il ait bien ressenti qu'une pensée pouvait se déployer au delà de son bon vouloir.
Vois-tu, il me semble que ce soit cette question fondamentale qui anime notre appétit pour ce sujet.

Tu dis:
'''Par la suite, les pensées qui passent, selon ma propre analyse, ne viennent de nulle part et repartent vers ce nulle part.''''

Je suis bien d' accord avec cette idée qu'on ne sait pas d' où ça vient, mais conclure que ça ne vient de nulle part, me semble maladroit... Il y a bien une source qui a produit tous ces phénomènes, et comme l' évoque Fred c'est ça la ''grande affaire''.

Alors disons que si Fred veut aller plus loin vers ton ''nulle part'', le mieux serait qu'il ouvre un sujet à ce propos...Il pourrait , par exemple, par souci d' esquiver les diverses interprétaions de mots étrangers et/ou intellos, intituler son nouveau sujet: ''Y-a-t-il quelque chose dans le rien ?
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Re: Hishiryo ou la pensée non cognitive

Message par Fred le Mer 27 Déc 2017 - 19:18

J'aime bien aussi : ‘’"Absolument interdit de penser ».
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Re: Hishiryo ou la pensée non cognitive

Message par lausm le Jeu 28 Déc 2017 - 23:45

C'est en fait un peu l'objet de ces discours: des inter-dictions au sujet de ce qui ne peut en fait se dire pas plus que se penser.
Roland posa cette question à Deshimaru: "pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien?".
Deshimaru lui répondit: "ne vous préoccupez pas des branches mais plutôt de la racine."

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Re: Hishiryo ou la pensée non cognitive

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