Zen et nous

Le zen, sa pratique, ses textes, la méditation, le bouddhisme, zazen, mu


    Zen, bouddhisme et attachements...

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    Zen, bouddhisme et attachements...

    Message par Subrisio Saltat. le Mar 18 Fév 2014 - 11:15

    Bonjour à tous,

    J'ai regardé rapidement s'il n'y avait pas un sujet similaire sur le forum, mais il y en a tellement qu'il est bien possible que le mien fasse doublon. Je m'en excuse par avance.

    Je viens vous soumettre une question (des questions) que je me pose.

    Nous sommes nombreux ici et ailleurs à nous définir comme "bouddhistes", ou "pratiquants du Zen", de zazen, de la méditation...
    Certains se rendent certainement au dojo pour pratiquer la méditation, peut-être sont ils soumis à un code vestimentaire particulier, sans compter ceux (peut-être moins dans le Zen que dans d'autres écoles) qui créent chez eux des autels où trônent des effigies du Bouddha, de l'encens, des offrandes...

    Loin de moi l'idée de vouloir fustiger qui que ce soit, de vouloir dogmatiser le non-dogme... Mais ces étiquettes, ces comportements, ce folklore s'il en est, ne sont ils pas des attachements ?

    L'attention, l'observation, la compassion, le Dharma ne sont ils pas suffisants ?


    sutta a écrit:
    Sois ton propre refuge Ananda. Ne prends pas d'autre refuge.

    Que l'Enseignement soit ton refuge. Ne prends pas d'autre refuge.

    Et comment, Ananda, un moine devient-il son propre et unique refuge ?

    Comment l'Enseignement devient-il son seul et unique refuge ?

    Un moine observe le corps dans le corps….les sensations dans les sensations….l'esprit dans l'esprit….les objets de l'esprit dans les objets de l'esprit, énergique, attentif et avec une compréhension claire, ayant surmonté les désirs et le chagrin vis-à-vis du monde.

    De cette façon, Ananda, un moine devient son propre et unique refuge, de cette façon l'Enseignement devient son seul et unique refuge.

    Et ceux, Ananda, qui maintenant ou après ma mort deviendront leur propre et unique refuge, possédant l'Enseignement comme seul et unique refuge, atteindront la réalisation la plus élevée, s'ils ont la volonté de s'y entraîner.

    Zazen, je le comprends, comme un moyen de recevoir, pratiquer, comprendre l'Enseignement, à condition que ça ne devienne pas aussi un attachement, une simple routine (la méditation doit pouvoir se faire tout le temps et partout, en pratiquant l'attention, et je m'interroge quand même sur la nécessité d'un cas particulier comme Zazen).

    Mais se dire "bouddhiste" n'est-ce pas absurde ? Ce mot, ce concept ne va-t-il pas contre lui-même ? L'étiquette qu'on se colle, n'est-elle pas elle même un refuge pris en dehors de nous même ? Etre bouddhiste, ne serait-ce pas aussi ne pas l'être ?
    Bouddha enseignait des principes relativement simples, qu'il fallait comprendre, puis accepter, puis adopter, non parce qu'ils émanaient de lui, mais parce qu'on avait compris qu'ils étaient justes.

    Je fais appel à vous, car je ne comprends pas : pourquoi le kimono ? Pourquoi Zazen comme rituel ? Pourquoi les prosternations ? Pourquoi les effigies de Bouddha ? Pourquoi les maîtres ? ... pourquoi ce forum ? Wink

    Je me suis intéressé au Zen, car il reste pour moi l'école la plus sobre. Ses pratiques sont bonnes et intéressantes.

    Mais va-t-on au bout des choses ? N'y a-t-il pas un dangereux besoin d'appartenance là dessous ? Est-ce que l'enseignement de Bouddha, non dogmatisé, non ritualisé, non nommé comme tel ou tel mouvement (quand on nomme, on conceptualise, on fige, donc on déforme) ne se suffit-il pas à lui même ?
    Et même cet enseignement, ne doit-on pas s'en débarrasser dès que possible, pour qu'il ne soit plus une manifestation de l'autorité (la nôtre propre, ou celle du Bouddha), mais bien NOUS (et non "en nous"), notre ultime liberté ?


    J'espère que ma question ne heurtera personne, je la pose en toute humilité. L'esprit du débutant va peut être de pair avec l'arrogance du débutant. J'imagine que vous allez me mettre face à mes contradictions, ou me répondre que le Zen les embrasse.

    Merci à vous.
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    Re: Zen, bouddhisme et attachements...

    Message par zanshin le Mar 18 Fév 2014 - 13:01

    Bonjour,

    Quelques précisions au sujet de la citatiion dans le message n°1 :

    http://www.dhammadelaforet.org/sommaire/nyanadhammo/commentaires.html

    Commentaires sur le Mahaparinibbana Sutta 
    Ajahn Nyanadhammo

    Extrait au 2/3 du texte :
    Le Bouddha fait ensuite une déclaration, très célèbre, que vous avez certainement déjà entendue.
     « En conséquence, Ananda, soyez des îles pour vous-mêmes, soyez votre propre refuge, n’ayez personne d’autre pour refuge. Que le Dhamma soit votre île, que le Dhamma soit votre refuge, ne cherchez aucun autre refuge. Et comment une personne vit-elle en étant une île pour elle-même, sans chercher d’autre refuge ? Voilà Ananda : cette personne demeure dans la contemplation du corps, honnêtement, clairement consciente, attentive, ayant éloigné tout attachement et inquiétude par rapport au monde. Elle fait de même pour les sensations, pour l’esprit et pour les objets mentaux. Voici, Ananda, comment une personne vit en étant une île pour elle-même, sans aucun autre refuge. Ceux qui, maintenant ou après moi, vivront ainsi deviendront des Éveillés, deviendront les meilleurs êtres qui soient, s’ils sont désireux d’apprendre.     



    http://zen-nice.org/enseignements/conferences/maitre_et_disciple.htm

    nous devrions bien méditer ces derniers enseignements, tirés du Maha Parinibbana Sutra :

    "Le Bienheureux dit : "Qu'attendez-vous encore de moi, ô Ananda, pour la communauté des bhikkhus ? J'ai enseigné la Doctrine sans faire aucune distinctions entre l'ésotérique et l'exotérique. Dans les enseignements du Tathagata, ô Ananda, il n'y a rien de semblable au poing fermé du maître. Si quelqu'un pense qu'il dirige la communauté des bhikkhus, ou bien si quelqu'un pense que la communauté des bhikkhus dépend de lui, alors c'est lui qui doit donner quelques instructions à la communauté. Pourtant, ô Ananda, chez le Tathagata ne vient pas cette idée "je dirige la communauté des bhikkhus" ou bien celle de "la communauté de bhikkhus dépend de moi". Alors pour quelle raison, ô Ananda, le Tathagata lui donnerait-il quelque instructions ? Moi, ô Ananda, je suis usé, vieux et chargé d'années. Je suis arrivé à la fin de mes jours. Je suis âgé de quatre-vingts ans. Tout comme, ô Ananda, un vieux char ne peut continuer à servir qu'à grand renfort de courroies, je perçois que le corps du Tathagata ne peut marcher qu'à l'aide de soins. C'est seulement quand le Tathagata, sans attention à aucune image mentale, demeure dans la "concentration mentale dépourvue de tout signe indicatif" dans laquelle toute sensation a cessé d'exister, c'est seulement alors que le corps du Tathagata est à l'aise. Demeurez donc, ô Ananda, en faisant de vous-même votre île ; demeurez faisant de vous-même votre refuge, mais de personne d'autre. Demeurez en faisant de la Doctrine votre île ; demeurez en faisant de la Doctrine votre refuge, mais de rien d'autre. Comment, ô Ananda, un bhikkhu peut-il être sa propre île ? Comment peut-il demeurer en faisant de lui-même son propre refuge, mais de personne d'autre ? Comment peut-il demeurer en faisant de la Doctrine son propre refuge, mais de rien d'autre ? En ce qui concerne cela, ô Ananda, le bhikkhu demeure en observant les sensations selon le fonctionnement des sensations. Cette introspection est présente à lui, uniquement pour la connaissance, uniquement pour la réflexion, et il demeure dans le monde, attentif, discipliné, sans convoitise, sans aversion. Aussi, le bhikkhu demeure en observant la pensée selon le fonctionnement de la pensée. Cette introspection est présente à lui, uniquement pour la connaissance, uniquement pour la réflexion, et il demeure dans le monde, attentif, discipliné, sans convoitise, sans aversion. Egalement, le bhikkhu demeure en observant les objets mentaux selon le fonctionnement des objets mentaux. Cette introspection est présente à lui, uniquement pour la connaissance, uniquement pour la réflexion, et il demeure dans le monde, attentif, discipliné, sans convoitise, sans aversion. C'est de cette façon, ô Ananda, qu'un bhikkhu peut demeurer faisant de lui-même sa propre île, faisant de lui-même son propre refuge, mais de personne d'autre. C'est ainsi qu'il peut demeurer faisant de la Doctrine son refuge, mais de rien d'autre. Ô Ananda, ceux qui demeureront en faisant d'eux-mêmes leur propre île, en faisant d'eux-mêmes leur propre refuge, mais de personne d'autre, dès maintenant, ainsi que lorsque je ne serai plus, ces bhikkhus bien disciplinés seront les meilleurs".



     Ceci étant posé (et en ce qui concerne mon opinion) tout peut devenir attachement.
    On peut voir toute chose positivement ou négativement c'est une question d’interprétation.  Wink 

     voilier 



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    Re: Zen, bouddhisme et attachements...

    Message par Yudo, maître zen le Mar 18 Fév 2014 - 14:08

    L'être humain est un animal rituel. Nous aimons les rites et nous en avons besoin parce qu'ils permettent de scander notre vie.

    Je m'élève fortement contre cette conception de l'attachement qui voudrait que nous ne fassions plus rien et que nous laissions tout tomber au prétexte de ne plus en avoir. Ce n'est pas de disposer d'outils, quels qu'ils soient qui pose problème. C'est d'y tenir même lorsqu'ils ne servent plus à rien, qu'ils ont été remplacés par des outils plus neufs ou de meilleure qualité.

    Par exemple, je fais beaucoup usage de limes. Or, ces limes finissent par être usées, par avoir leurs dents pleines de poussière. On peut éventuellement les réjuvéner une fois en les trempant dans l'acide, mais c'est tout. Il arrive fatalement un moment où elles ne servent plus à rien. Pourquoi ne pas les jeter alors? (A moins qu'on ait pu prévoir un usage différent pour le métal très dur dont elles sont constituées).

    L'attachement, ici, serait de refuser de les jeter alors qu'elles seraient désormais inutiles. Il en va de même des rituels. Zazen devrait se faire en silence. Pour diverses considérations pratiques, Deshimaru avait imaginer de le peupler de discours. L'attachement, ici, c'est de persister à le peupler de discours alors que l'urgence est passée.

    Mais tout le monde n'est pas d'accord avec moi: il en est qui aiment bien le ronron du kusen pendant leur assise.
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    Re: Zen, bouddhisme et attachements...

    Message par Kaïkan le Mar 18 Fév 2014 - 16:18

    Yudo a écrit:L'attachement, ici, serait de refuser de les jeter alors qu'elles seraient désormais inutiles. Il en va de même des rituels. Zazen devrait se faire en silence. Pour diverses considérations pratiques, Deshimaru avait imaginer de le peupler de discours. L'attachement, ici, c'est de persister à le peupler de discours alors que l'urgence est passée.

    Mais tout le monde n'est pas d'accord avec moi: il en est qui aiment bien le ronron du kusen pendant leur assise.

    Tout à fait d'accord. Dans l'AZI il y a eu transformation en rituel d'une création ponctuelle de Deshimaru pour des raisons qui n'ont plus lieu d'être.
    C'est donc devenu une sorte de fétichisme et donc un exemple type d'attachement.

    Autrement il faut quand même dire que le zen est une Voie qui se transcende elle-même. Cependant il faut bien commencer à faire des exercices avec un prof pour apprendre à danser ou à écrire ou à faire une activité quelconque. Par la suite on fait ça naturellement sans y penser.
    Pour zazen il faudrait d'abord commencer à pratiquer sérieusement avant de l'adopter ou de le rejeter.





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    Re: Zen, bouddhisme et attachements...

    Message par Yudo, maître zen le Mar 18 Fév 2014 - 17:58

    Kaïkan a écrit:Pour zazen il faudrait d'abord commencer à pratiquer sérieusement avant de l'adopter ou de le rejeter.


    De fait (sans vouloir vouss vexer, cher Subrisio Saltat) on rencontre trop souvent sur ces sites des gens qui, au prétexte que le Bouddha a averti de ce qu'on n'a pas besoin de se trimballer le radeau, une fois faite la traversée, voudraient qu'on se débarrasse tout de suite du radeau.

    Or, même si cela en choque certains, le Bouddha lui-même n'a jamais renoncé à pratiquer zazen jusqu'à la fin de ses jours;
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    Re: Zen, bouddhisme et attachements...

    Message par Subrisio Saltat. le Mar 18 Fév 2014 - 18:03

    Je vous remercie tous les trois pour vos réponses.

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    Re: Zen, bouddhisme et attachements...

    Message par gigi le Mar 18 Fév 2014 - 21:46

    Yudo dit:


    De fait (sans vouloir vouss vexer, cher Subrisio Saltat) on rencontre trop souvent sur ces sites des gens qui, au prétexte que le Bouddha a averti de ce qu'on n'a pas besoin de se trimballer le radeau, une fois faite la traversée, voudraient qu'on se débarrasse tout de suite du radeau.


    gigi dit:

    Peut- on considérer  zazen comme un fardeau et dans quel sens ?
    Avec metta
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    Re: Zen, bouddhisme et attachements...

    Message par Yudo, maître zen le Mer 19 Fév 2014 - 8:43

    radeau, pas fardeau!

    "Zazen est la porte agréable et confortable du Dharma" (Dogen)
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    Re: Zen, bouddhisme et attachements...

    Message par gigi le Mer 19 Fév 2014 - 9:45

    Yudo dit:

    radeau, pas fardeau!

    "Zazen est la porte agréable et confortable du Dharma" (Dogen)

    gigi dit:

    Ah! d'accord, c'est le f que j'ai rajouter c'est spécial, radeau et fardeau ont les mêmes lettres sans le f Smile 

    avec metta
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    Re: Zen, bouddhisme et attachements...

    Message par lausm le Mer 19 Fév 2014 - 22:58

    Bonjour Subrisio.
    Ton questionnement est très intéressant et pertinent, il est en fait un questionnement fondamental.
    Tu questionnes des points clés, largement impensés par chez nous à mon avis, souvent questionnés par des débutants, puis plus du tout par des gens qui développent une habitude.
    Oui, le besoin d'appartenance peut recouvrir tout le message originel sous des tonnes de formes.
    Meme un maitre aussi reconnu que Houei Neng, disait que l'éveil ne dépendait meme pas de la méditation assise.
    Pour ma part, quand j'ai commencé le zen, il y avait des formes, mais il était clair pour moi qu'il ne fallait pas s'y attacher, qu'elles étaient une expression externe d'une expérience intime. Leur nécessité était d'etre une interface: passer de l'extérieur pour aller vers l'intérieur, et ancré dans l'expérience intérieure, aller l'exprimer vers l'extérieur.
    Donc le kimono, zazen comme rituel, les prosternations, les effigies, les maitres, tout ça n'est pas forcément nécessaire....mais c'est un vecteur historique de transmission. C'est pourra-t-on dire, l'aspect karmique du zen...une autre tradition passera par un autre biais, influencé par d'autres aspects culturels.
    Mais à la fin, il ne faut pas identifier tout cela à l'éveil, à l'expérience ultime. Elle ne peut appartenir à quoi que ce soit.
    Effectivement, a-t-on besoin de l'enseignement une fois compris profondément ? Non. Mais on le respecte sans s'attacher aux formes. Du coup on peut devenir très libre dans sa façon de le transmettre.
    Je pense que lorsqu'on veut trop etre bouddhiste, l'on devient intégriste : le bouddhisme est bien plus léger que ça. Mon constat est que depuis qu'il y a une volonté de revendiquer l'étiquette bouddhiste de la part de divers milieux de pratique dont le zen, le formalisme, certaines violences et abus de pouvoir, se sont assez répandus comme une maladie. Signes d'une pratique comprise à travers un esprit étroit qui n'accepte pas que son expression soit remise en cause, signe à la fois d'un attachement à des aspects superficiels, et à une grande insécurité intérieure quand à la validité de l'enseignement, signe d'une compréhension superficielle....car quand on comprend l'expérience dans le vécu, profondément et intimement, on ne se laisse pas déstabiliser facilement.

    Oui, tu poses une vrai question importante, celle du bouddhisme non comme objet extérieur à sa conscience, mais comme pratique intimement comprise, comme pratique d'etre qui l'on est.
    Quelqu'un me disait : « le Bouddha était-il bouddhiste ? »
    Se dire bouddhiste est au final, une convention de langage pour que chacun soit d'accord autour d'une façon d'exister autour de certaines valeurs. Faut bien se servir des mots pour échanger, donc on se servira de celui-là. Mais on ne s'accroche pas à l'étiquette, elle n'est pas nous.

    Pour finir, je rappellerai cette phrase de Dogen que peu de gens citent, mais qui me semble tellement importante. Elle est dans le Fukanzazengi, après des instructions très formelles sur la façon de pratiquer zazen : «  le zazen dont je parle n'est pas l'apprentissage de la méditation assise. Il est le parfait dharma de paix et de bonheur. » Je crois que ça veut tout dire.

    Je pense aussi que tu n'as besoin de personne pour te mettre face à tes contradictions : tu sembles y arriver bien tout seul. Ce n'est pas péjoratif que je dise cela.
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    Re: Zen, bouddhisme et attachements...

    Message par Subrisio Saltat. le Jeu 20 Fév 2014 - 9:03

    Merci beaucoup lausm.

    Je crois que tu as cerné le fond de mon questionnement et ma motivation à vous le soumettre. Tu m'as arraché un sourire matinal Smile.

    lausm a écrit:C'est pourra-t-on dire, l'aspect karmique du zen
    Je trouve que c'est juste et bien dit.

    Ces remarques, certainement, parce qu'au fond de moi, je ne me considère pas comme "un bouddhiste" ou même "bouddhiste". Je sais que les enseignements du Bouddha sont justes, en accord avec ma vision des choses, et je suis venu vers eux pour ces raisons.

    Je ne sais pas être bouddhiste, et c'est en ça que je le suis.

    Celui qui résume le mieux mes objections est peut-être Krishnamurti, et ses discours sur l'autorité. Sur toutes les formes de l'autorité.

    Mais je me pose encore trop de question, preuve que ma compréhension de tout cela reste superficielle.

    lausm a écrit:le bouddhisme est bien plus léger que ça
    Smile


    Dernière édition par Subrisio Saltat. le Jeu 20 Fév 2014 - 9:25, édité 1 fois (Raison : "vers eux" et non "vers lui".)
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    Re: Zen, bouddhisme et attachements...

    Message par Yudo, maître zen le Jeu 20 Fév 2014 - 9:13

    "Autorité" a pour origine un mot latin dont le sens est "augmentation". La véritable autorité existe lorsqu'une personne, de par son avancement dans une pratique (n'importe laquelle: cela peut même être le ramassage des poubelles) est en mesure de donner des conseils dont on saura qu'ils peuvent être pertinents. Le métier de cette personne est donc, du coup, "augmenté" de par son perfectionnement.

    Cette autorité peut paraître fascinante pour celui ou celle qui ne l'a pas. Et qui va vouloir profiter d'une situation pour la feindre. Je dis "feindre" parce que ce n'est pas l'excellence de sa pratique qui lui donne de l'autorité, mais juste une position artificielle. C'est alors qu'on a de l'autoritarisme.

    Et j'ai toujours observé que la grande différence entre les personnes qui ont une véritable autorité, et les autoritaires, c'est que ces derniers veulent avoir raison même quand ils n'y connaissent rien.

    Quelle plaie!
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    Re: Zen, bouddhisme et attachements...

    Message par lausm le Jeu 20 Fév 2014 - 22:56

    Se poser des questions n'a rien de mal, c'est juste qu'il ne faut pas que ça devienne inhibant.
    Souvent, au nom de la non-pensée, dans le zen on dit à ceux qui réfléchissent un peu plus loin que le bout de leur nez, qu'ils pensent trop.
    Soit, mais ce que je vois, c'est qu'à force de non-penser, parfois on se retient d'utiliser sa pensée là où ce serait bien utile.
    Il faut surtout trouver la manière de se bien questionner pour faire avancer les choses. Et ne pas prendre les choses apparemment superficielles pour futiles, parce que parfois elles révèlent bien des choses pour qui prend le temps de les regarder.
    Une compréhension superficielle peut etre une préparation à une compréhension plus profonde.
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    Re: Zen, bouddhisme et attachements...

    Message par fonzie le Ven 21 Fév 2014 - 23:54

    Bonsoir,
    Yudo, maître zen a écrit:"Autorité" a pour origine un mot latin dont le sens est "augmentation". La véritable autorité existe lorsqu'une personne, de par son avancement dans une pratique (n'importe laquelle: cela peut même être le ramassage des poubelles) est en mesure de donner des conseils dont on saura qu'ils peuvent être pertinents. Le métier de cette personne est donc, du coup, "augmenté" de par son perfectionnement.

    Cette autorité peut paraître fascinante pour celui ou celle qui ne l'a pas. Et qui va vouloir profiter d'une situation pour la feindre. Je dis "feindre" parce que ce n'est pas l'excellence de sa pratique qui lui donne de l'autorité, mais juste une position artificielle. C'est alors qu'on a de l'autoritarisme. (...)

    lausm a écrit:(...) Il faut surtout trouver la manière de se bien questionner pour faire avancer les choses. Et ne pas prendre les choses apparemment superficielles pour futiles, parce que parfois elles révèlent bien des choses pour qui prend le temps de les regarder.
    Une compréhension superficielle peut etre une préparation à une compréhension plus profonde.
    Des fois, dans les Ecritures, on lit que tel ou tel a été conseillé en songe pour faire ceci ou cela, en ce sens on pourrait dire que le songe fait "Autorité".
    Vous trouvez pas que l'Eléphant Blanc à six défenses dans le songe de Maya ressemble à l'archange Gabriel de l'Annonciation de Marie ?
    http://fr.wikisource.org/wiki/La_Vie_du_Bouddha/Partie_I/Chapitre_2

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    Re: Zen, bouddhisme et attachements...

    Message par fonzie le Sam 25 Avr 2015 - 13:05

    lausm a écrit:(...) Une compréhension superficielle peut etre une préparation à une compréhension plus profonde.
    oui, c'est vrai, mais ce n'est pas sans lien avec ce qui a été dit sur "augmentation", parce que si on entend "superficielle" comme en agriculture par surface et donc tourné vers l'extérieur et donc "profonde" par tourné vers l'intérieur, la circulation de la compréhension allant du superficiel au profond et du profond au superficiel, peut être vue en cycles (un peu comme les 4 saisons) entraînant une "augmentation" comme un arbre qui pousse.

    lausm a écrit:Il faut surtout trouver la manière de se bien questionner pour faire avancer les choses. Et ne pas prendre les choses apparemment superficielles pour futiles, parce que parfois elles révèlent bien des choses pour qui prend le temps de les regarder.
    oui, voilà! et peut-être aussi c'est pas parce qu'on n'a pas de réponses à nos questions, que personne n'a répondu, c'est bien souvent parce qu'on n'a pas entendu la réponse.



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    Re: Zen, bouddhisme et attachements...

    Message par bulleOcéan le Dim 26 Avr 2015 - 0:41

    lausm a écrit: «  le zazen dont je parle n'est pas l'apprentissage de la méditation assise. Il est le parfait dharma de paix et de bonheur. » Je crois que ça veut tout dire.


    Et je préciserais  "le zazen dont je parle n'est pas l'apprentissage de la méditation assise.Il est le parfait dharma de paix et de bonheur" , d'Amour et de Compassion

    Le zazen lui même est  Aimer et Compatir.

    bulleOcean
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    Re: Zen, bouddhisme et attachements...

    Message par Yudo, maître zen le Dim 26 Avr 2015 - 9:08

    Ouais...

    Je pense, moi qui suis à la base très (j'insiste) aimant et compatissant, qu'il faut être méfiant avec ces termes.

    Il y a tellement de pression sociale et culturelle à en faire une obligation de "monde de bisounours", ou encore ce que les Américains appellent le "Lala-land", qu'il est important, je pense de s'arrêter avant de les mentionner trop facilement.

    La véritable compassion consiste à être en mesure de comprendre, non pas ce que les gens ressentent, (même si parfois cela peut être vrai), mais bien qu'ils puissent le ressentir. Cela veut dire parfois s'abstenir! S'abstenir de montrer sa compassion, par exemple. Il faut agir lorsqu'on peut agir, et ne pas agir lorsque l'action est inutile. Et cela, c'est quelque chose d'immensément difficile à capter.

    Bien sûr que, dans ma tête, lorsque je vois certaines injustices (il me suffit de voir les nouvelles du Québec pour avoir envie de faire la "fête du cochon" avec un certain ministre de la Santé), j'ai tendance à avoir des réactions excessives. Mais je suis à chaque fois obligé de me rappeler qu'il ne s'agit là que de fantasmes, et que mon champ d'action en la matière est proche de zéro.

    Quant à l'amour, je suis assez aimant pour répandre mon amour sur toute l'humanité, avec pour résultat qu'il m'en reste assez peu pour l'amour à deux... Du coup, je reste tout seul. C'est comme ça (lalala laaa). Mais encore là, la façon que j'ai de manifester mon amour pour l'humanité pourrait difficilement me faire passer, aux yeux des témoins, pour un bisounours.

    L'Amour dont tu parles doit rester le plus possible intérieur. Peu importe si les autres ne le voient pas. En autant qu'il soit là pour te rappeler à chaque fois que les gens sont humains, qu'ils sont imparfaits, qu'ils sont irritants et que même dans les cas extrêmes, de ces gens par exemple qui se sont mis à tout détruire ce qu'ont construit leurs prédécesseurs pour obéir à des intérêts extérieurs et d'avidité personnelle, même ces gens méprisables et qu'on a raison de mépriser, méritent notre amour!

    Dans ce genre de cas, évidemment, notre amour veut juste espérer qu'ils prennent conscience que les dégâts qu'ils infligent à ce qui est pour eux des inconnus, reviendront leur "dévorer le foie" comme dans une citation précédente. Et parce que nous les aimons en tant que membres de l'Humanité, nous pourrons préférer qu'ils changent avant que cela ne leur arrive à cause de l'inexorabilité de la loi de causalité.


    Mais bon...


    Dernière édition par Yudo, maître zen le Dim 26 Avr 2015 - 14:23, édité 1 fois
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    Re: Zen, bouddhisme et attachements...

    Message par bulleOcéan le Dim 26 Avr 2015 - 11:56

    Bonjour Yudo

    J'ai lu
    Chacun a ses circonstance de vie.  
    Je compléterai sur ce sujet dans le sujet " Amour    sa place dans le zen"  en temps et lieu   Wink

    Bonne semaine tout le monde Smile
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    Re: Zen, bouddhisme et attachements...

    Message par zanshin le Lun 27 Avr 2015 - 7:27

    Bonjour,

    Dans le bouddhisme, la compassion serait avant tout de s'oublier. C'est ce que j'en ai compris en tout cas. Smile


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    Re: Zen, bouddhisme et attachements...

    Message par Yudo, maître zen le Lun 27 Avr 2015 - 8:04

    zanshin a écrit:Bonjour,

    Dans le bouddhisme, la compassion serait avant tout de s'oublier. C'est ce que j'en ai compris en tout cas. Smile

    très juste...
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    Re: Zen, bouddhisme et attachements...

    Message par Frédérique le Dim 7 Juin 2015 - 9:14

    Bonjour Tout le Monde,

    Je m'interrogeais ce matin justement sur l'attachement, c'est pourquoi je me retourne à ce post.
    Le domaine de l'attachement est vaste.
    En le considérant, dans le domaine spirituel, nous pouvons être attaché à une idéologie tout en se méfiant des "groupes" qui en ont émanée, ce qui crée une forme de détachement dans l'attachement.
    Là où "l'autorité"  fait ( l'autorité comme définie par Yudo), est pour partage d'une expérience et d'une pratique confirmée, là où l'autorité ne fait plus, c'est lorsqu'elle se permet de juger, jusqu'à se croyant toute puissance pour torturer, blâmer etc...
    De ce fait, les étiquettes, c'est réducteur.
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    Re: Zen, bouddhisme et attachements...

    Message par Kaïkan le Dim 7 Juin 2015 - 22:40


    Bonsoir,

    Oui le non-attachement c'est aussi être détaché du non-attachement. Very Happy
    Là on entre dans le domaine du samma samãdhi.


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    Re: Zen, bouddhisme et attachements...

    Message par fonzie le Jeu 11 Juin 2015 - 9:51

    Bonjour,

    zanshin a écrit:Dans le bouddhisme, la compassion serait avant tout de s'oublier. C'est ce que j'en ai compris en tout cas. Smile
    "Etudier la voie du bouddhisme, c’est s’étudier soi-même, S’étudier soi-même, c’est s’oublier soi-même, S’oublier soi-même, c’est être illuminé par toutes les existences." Maître Dogen.

    "Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les Dieux." Socrate.

    Il me semble ne pas être seule à penser que Maître Dogen et Socrate disent la même chose à propos du "Mariage" (c'est plus facile à dire que "Vinculum sacrati matrimonii")  Rolling Eyes

    Frédérique a écrit:(...) De ce fait, les étiquettes, c'est réducteur.
    Kaïkan a écrit:Oui le non-attachement c'est aussi être détaché du non-attachement. Very Happy
    je me demande si je vais pas redéfinir le mot  "koans" par...
    "les phrases qui tuent !" Wink


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