Zen et nous

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    Fred
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    Message par Fred le Mar 10 Fév 2015 - 21:19

    Bonjour,

    Je réfléchissais l’autre jour au fait que pour ce qui concerne le domaine des idées, et pour restreindre le raisonnement à ces dernières, pour que l’une d’entre elles puisse faire sens, cela nécessitait une sorte d’accord de la part du lecteur, un accord consistant en une forme d’acceptation instinctive et préalable qu’une explication que nous lui fournissons puisse se référer à quelque chose de possiblement transmissible et de ce fait pouvant faire sens. De plus et pour préciser ; ce préalable à la possibilité qu’une idée fasse sens lors du déroulement de la phase de lecture d’un texte, serait peut-être exprimable sous deux aspects : un aspect passif et un autre actif. L’aspect passif est le plus évident : à la lecture d’un texte, nous sommes les récepteurs d’un ensemble d’informations. L’aspect actif est moins évident : le lecteur aurait le pouvoir d’investir l’information de la faculté de faire sens en ajoutant que cela se ferait de manière si automatique qu’aucune information ne pourrait échapper à ce réflex. Ainsi, lorsque nous disons qu’une idée n’a pas de sens, qu’elle n’est pas logique, qu’elle est fausse, à supposer bien sûr qu’elle ait été clairement exposée, cela est une manière de renforcer notre faculté de mettre du sens. En effet ce que nous percevrions comme ne faisant pas sens serait de manière positive, le renforcement du sens par tout ce qui lui ferait défaut. Ainsi, pour le lecteur, la validité de l’opinion se fabriquerait tout autant par le biais de l’acceptation que par celui de l’inhibition des informations qui lui sont fournies. Et selon cette question soulevée d’un accord instinctif et préalable à la possibilité qu’une idée puisse faire sens, il serait peut-être possible de dire que cet accord qui au final se traduira par la sentence propre à la faculté de jugement du lecteur adhérant ou non aux propos tenus, serait tel une graine qui, fécondée par l’information, arrivera à maturité au travers de ce pouvoir d’adhérer à ce que cette information transmet ou alors au contraire au travers de l'invalidation de ce qu’elle contient comme sens. En imaginant que cette graine ne soit pas fécondée par l’information divulguée par un texte, que tout simplement nous n’avons pas connaissance du contenu de ce dernier, ce qui caractériserait cette maturation de la graine fécondée décidant de la validité ou non du contenu d’une information, ne resterait donc relativement au texte en question, qu’à un stade de potentialité. En d’autres termes, la possibilité d’adhérer ou non aux opinions, est une faculté qui apparaitrait concomitamment à l’exposé de chaque opinion particulière. Cette faculté ne se traduirait en acte et par là ne deviendrait perceptible qu’à condition qu’une opinion soit exposée.
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    Message par Kaïkan le Mar 10 Fév 2015 - 23:45


    Si on prend le fait de recevoir une information, dans ce cas au cours d'une lecture, il y a effectivement une sorte de filtre de la conscience qui accepte ou rejette telle ou telle idée.
    Mais il n'y a pas que la conscience mentale ordinaire qui reçoit les informations, il y a aussi des parties plus cachées de l'esprit qui sont sous-conscientes ou sur-conscientes et qui vont aussi participer à un travail plus long d'assimilation au cours des nuits et des jours suivants.
    Notre opinion sur ce qui a été lu va donc sensiblement se transformer au fur et à mesure que ce "travail" évoluera en nous sans que nous n'y prenions garde.
    C'est certainement pour cela que lorsqu'on relit des passages quelques temps plus tard, on est souvent surpris d'y trouver un sens complètement différent. Quelque chose aurait pour ainsi dire mûri à notre insu.


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    Message par Fred le Ven 20 Fév 2015 - 12:32

    C'est vrai, d'ailleurs là où je suis plutôt content, c'est d'avoir insisté dans mes lectures même lorsque les propos tenus par l'auteur me semblaient obscurs. Je suis heureux d'avoir eu alors la présence d'esprit de me dire que ces lectures allaient bien finir par faire leur chemin. Mais cela tient aussi de la manière dont ces auteurs semblaient exhaler un je ne sais quoi de mystérieux et de puissant à mes yeux, quelque chose d'inexplicable qui m'attirait inexorablement malgré mes nombreuses incompréhensions.
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    Message par fonzie le Ven 20 Fév 2015 - 17:29

    Bonjour,

    j'ai aussi ce sentiment. J'ai retrouvé très longtemps après des livres achetés quand j'avais entre 15 et 20 ans et je me demande ce qui avait bien pu me pousser non seulement à les acheter (alors qu'à cet âge, on n'a pas un rond en plus)  et qu'est-ce qui avait pu me faire penser à l'époque qu'un jour, je comprendrais au moins un peu ce qui y est écrit ?
    Sinon pourquoi j'aurais investi dans des livres où je comprenais 1 ligne sur 25 ? (et encore !)  

    Etre en accord ou désaccord avec des écrits tient il me semble de notre subjectivité.
    Si on avait la possibilité de lire tous les livres du monde, notre subjectivité personnelle se verrait confrontée à toutes les autres subjectivités du monde (pour schématiser car il n'y a pas que les livres) qui elles, pourraient se représenter comme une image de l'objectivité par rapport à notre subjectivité personnelle (celle-ci étant comprise dedans aussi pour faire une globalité de toutes les subjectivités du monde).
    Peut-être est-ce un peu comme le karma, puisque Kaïkan parle de "mûrissement", n'est-ce pas un karma, l'acte d'acheter tel ou tel livre, même si c'est plus inconscient que la compréhension au fil des différents temps de lectures (puisque pour ça pour la compréhension, on voit justement la modification de conscience)?

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